Supplément à Combattre pour
le socialisme n°11 - 25 avril 2003
Pour arracher le retrait du plan Fillon:
affronter et vaincre le gouvernement UMP Chirac-Raffarin
Une offensive d'une
brutalité inouïe contre les travailleurs de la fonction publique
Le
24 avril, F.Fillon a présenté formellement l'essentiel du futur projet de loi
gouvernemental en matière de retraites. Afin de permettre de "décider
dès 2003" le passage dans les années qui viennent à 41, 42… annuités
pour tous, le gouvernement veut pour le secteur public: en finir avec les 37,5
annuités et passer au galop (en 5 ans) à 40; augmenter les cotisations
retraites; faire baisser drastiquement (de 20 à 30% en moyenne) les pensions
des fonctionnaires d'ici cinq ans par l'introduction d'un système de décote.
Corrélativement, les régimes spéciaux (RATP, SNCF), le secteur hospitalier,
devraient suivre l'évolution d'EDF-GDF via des négociations d'entreprise. Mais
à EDF c'est la destruction pure et simple du régime particulier de retraite qui
a été annoncée! En fait le gouvernement cherche à éviter un combat immédiat
dans ces secteurs et leur régler leur compte plus tard, une fois le gros du
travail achevé.
Les
travailleurs de la fonction publique sont en première ligne de l'offensive du
gouvernement. Celui-ci entend leur asséner coup sur coup. La future loi de
"transfert de compétences" dans le cadre de la décentralisation doit
supprimer 150 000 postes, organiser la destruction des statuts et garanties de
corps entiers de fonctionnaires. Ce serait un saut franchi vers le
démantèlement et la privatisation de l'enseignement public, la soumission
immédiate de tout l'enseignement professionnel au patronat, la destruction des
diplômes nationaux. Le prochain budget doit porter la hache contre les postes,
notamment aux Finances.
Les
syndicats de la fonction publique, et d'abord de l'enseignement, ont multiplié
ces dernières semaines les manifestations et grèves. Mais ce n'est pas dans
la division, ce n'est pas avec des "journées d'action" à répétition,
ce n'est pas avec des grèves locales que l'on peut vaincre le gouvernement.
Les travailleurs de la fonction publique de la Réunion dont les manifestations
et grèves massives ont été censurées durant des semaines pourraient en
témoigner.
Or,
après les manifestations du 1er mai, les enseignants sont appelés à
une grève le 6 (et les agents, seuls!, encore le 22 mai), puis l'ensemble des
travailleurs à une journée "d'actions, de manifestations, de grèves"
le 13. Une manifestation nationale est évoquée par les dirigeants CGT et FSU
pour fin mai… un dimanche!
Les
dirigeants fédéraux de la fonction publique ont précisé (B.Lhubert, CGT) qu'en appelant au 13 mai (pas le 6 avec les
enseignants!) et à "un très
haut niveau d'action inscrit dans la durée", ils entendaient: "en clair, ça veut dire
qu'on ne s'arrête pas le 13 et qu'on peut commencer avant". Merci du
conseil! Les
enseignants y répondent, comme 300 d'entre eux à Montpellier, le 11 avril:
"Il
ne s’agit pas de “se féliciter”, de “soutenir”, d’appeler à “étendre”,
“élargir”, “construire”, d’évoquer des “temps forts”, des grèves de 24 heures.
Votre responsabilité, c’est de réaliser, contre les attaques du gouvernement,
le front uni dont l’absence réjouit Raffarin. Alors qu’attendez-vous pour
déclarer qu’il n’y a pas à discuter ou négocier les attaques du gouvernement
mais à les combattre ? Alors qu’attendez-vous pour appeler dès la rentrée du 5
mai à la grève générale de l’Éducation nationale ?"
Ils
ont raison. La masse des travailleurs de la fonction publique ne montera dans
le train de la grève que s'il est clair que son terminus est le retrait du plan
Fillon; ils n'y monteront que s'ils sentent qu'il ne risque pas de s'arrêter ou
perdre des wagons en route au gré des "reconductions" locales et
quotidiennes. Il faut imposer que les directions des fédérations de
l'enseignement et de toute la fonction publique appellent sans attendre dans
l'unité à :
la grève générale pour le retrait
du plan Fillon
le
maintien des 37,5 annuités et du code des pensions; le rejet de tout transfert
de personnel et de compétences.
L'initiative
des travailleurs peut aujourd'hui l'imposer.
L'offensive contre les
fonctionnaires, marchepied d'une offensive anti-ouvrière d'ampleur
Sur
tous les plans, l'offensive immédiate contre les fonctionnaires s'avère le
marchepied d'une attaque en règle contre tous les travailleurs. Le gouvernement
casse le code des pensions? C'est pour décider immédiatement de passer tous les
travailleurs à 41, 42 annuités (Fillon l'a dit après injonction de Seillière),
de vouer l'ensemble des prolétaires à des retraites de misère, alors que les
licenciements ne cessent de pleuvoir, que les jeunes ne trouvent pas de travail
ou alors après des années de précarité ou d'études.
C'est
pour poursuivre la baisse des pensions, et ouvrir en grand la porte aux fonds
de pension des capitalistes type Enron. Les prétextes
"démographiques" (en 2040!) cachent que la contre réforme des
retraites vise uniquement à ce que les patrons et l'Etat paient moins, au
bénéfice de leurs profits, des allègements de charges, de la baisse des impôts
des plus riches, des dépenses militaires. Sous couvert de "sauvetage du
régime par répartition", le gouvernement Chirac-Raffarin l'assassine. Mais
là ne s'arrêtent ses projets pour les semaines et les mois qui viennent.
Derrière
le plan sur les retraite s'annonce déjà celui sur la Sécurité Sociale, prévu
pour la rentrée. L'arrêt (ou presque) du remboursement de médicaments courants
(anti-inflammatoires, antihistaminiques, antiseptiques) l'indique: il s'agit
d'en finir avec le droit aux soins, aux médicaments, sous couvert de
"responsabiliser" les patients… et d'ouvrir le juteux marché de la
santé aux compagnies privées. C'est la même logique que la contre-réforme des
retraites.
La
décentralisation, elle, signifie dans une première étape le démantèlement de
nombreux services publics, leur étranglement, vers leur privatisation. Mais la
régionalisation de la formation professionnelle, sa mise en coupe réglée par le
patronat indique aussi à terme la régionalisation, donc la destruction, des
garanties collectives de la classe ouvrière, des diplômes. Et encore, le
transfert du RMI aux départements vise à fournir une main d'œuvre gratuite (et
contrainte) aux entreprises.
Bref:
soutenue par les lois antidémocratiques et policières Sarkozy-Perben, toute la
politique du gouvernement Chirac-Raffarin et sa majorité UMP vise à satisfaire
les appétits de ses commanditaires, le grand Capital, les licencieurs, les
spéculateurs et les banquiers, et ce d'autant plus que la situation économique
est exécrable.
Pour
toute la classe ouvrière, qu'il se casse les dents dans son offensive brutale contre
les travailleurs du public est d'une importance cruciale. Pour tout le
prolétariat français, arracher toute revendication sérieuse nécessite de le
combattre et vaincre le gouvernement, et pour commencer: arracher le retrait du
plan Fillon.
Pour
cela, la responsabilité des directions confédérales CGT, FO, des dirigeants des
fédérations CGT, FO, FSU - et aussi du PS et du PCF- est essentielle, ils
doivent rompre avec le gouvernement et le patronat, et engager le combat dans
l'unité contre eux.
Assez de concertations, de
"dialogue social", avec Chirac-Raffarin-Fillon. Trop de temps a déjà
été perdu!
L'heure est au combat uni CGT, FO, FSU, PS, PCF, contre le gouvernement et sa
politique.
Alors
que le 28 mai, le conseil des ministres doit adopter le projet de loi sur les
retraites, ni Blondel, ni Thibault, ni Aschieri (FSU) ne reprennent la première
exigence élémentaire: le retrait du plan Fillon.
Dès
le premier mai, ainsi que le 13 mai pour une nouvelle journée "d'actions,
de manifestations, de grèves", c'est avec la CFDT, partisane déclarée
de la "réforme" des retraites et de la casse du code des pensions des
fonctionnaires, que Blondel, Thibault, et Aschieri (FSU) appellent à manifester
– et ils osent écrire ensemble:
"seule
l'intervention de l'ensemble des salariés pourra permettre de modifier ces
choix".
Comment
pourrait-il être question d'imposer "d'autres choix" à un
gouvernement de guerre contre les travailleurs, de chercher en somme à le
convaincre qu'il se tromperait? Au contraire, il faut le combattre, le
vaincre, pour en finir avec sa politique, et donc rompre avec lui. Et
c'est cette orientation, vers la grève générale, qu'il s'agit d'imposer aux
dirigeants des confédérations et fédérations.
Les
"concertations" et "groupes de travail" sur la plan Fillon
auxquels les dirigeants confédéraux et fédéraux ont pris la lourde
responsabilité de participer depuis des mois ont eu pour fonction que de
rapprocher le gouvernement de ses objectif, de lui faire gagner de précieux
mois. On ne peut accepter que les dirigeants confédéraux et fédéraux CGT, FO
et FSU n'aient pas déjà annoncé solennellement qu'ils rompaient toute
discussion avec le gouvernement sur le plan Fillon (comme ceux de l'enseignement
ont été amenés partiellement à faire sur la décentralisation).
Les
dirigeants CGT et FSU parlent d'une grande manifestation nationale à
Paris. Mais s'il ne s'agit pas de
réclamer le retrait sans condition du plan gouvernemental sur les retraites, si
pendant ce temps se poursuivent les discussions avec le gouvernement, s'il ne
s'agit pas en particulier d'aller d'ores et déjà manifester à l'Assemblée
contre la majorité UMP à laquelle le gouvernement demandera de voter son projet
de loi, comment pourrait-il s'agir d'autre chose que d'une inoffensive
promenade dominicale, même massive?
Il s'agit d'exiger dans tous
les secteurs des dirigeants CGT, FO, FSU qu'ils se prononcent:
Retrait
du plan Fillon!
- maintien du code de pensions, de tous les régimes spéciaux,
des 37,5 annuités;
- pas un trimestre de plus, public ou privé;
- rupture de la "concertation", assez du
"dialogue social" avec le gouvernement.
Et en particulier, dans la fonction publique, d'imposer aux dirigeants des fédérations de fonctionnaires CGT, FO, FSU et de ceux de leurs syndicats qu'ils appellent à :
La
grève générale jusqu'au retrait total du plan Fillon
Le retrait du plan Fillon par la grève
générale de la fonction publique, ouvrirait en grand la voie au combat uni pour
la satisfaction des revendications des tous les travailleurs.
* * *
La
réalisation du front unique des organisations ouvrières (PS, PCF, syndicats)
contre le gouvernement Chirac-Raffarin et sa politique permettrait le combat
uni de tous les travailleurs contre lui, par la grève générale. Il poserait
directement la question de chasser le gouvernement, d'en finir avec lui , sa
politique, sa majorité UMP, de son remplacement par un gouvernement issu de ce
front unique, un gouvernement d'unité des organisations ouvrières, ne
comprenant aucun ministre capitaliste.
Combattons ensemble, prenez
contact!