Supplément RATP à Combattre
pour le Socialisme – 9 février 2006
« La RATP réforme ses retraites en douceur » (Le monde - 27-28/11/2005)
« Il est institué une caisse de retraite (…)
organisme de sécurité sociale de droit privé… » (décret
numéro 2005 – 1653)
Depuis
toujours, le régime des retraites de la RATP, son financement, ont été garantis par le statut du personnel. Quelques lignes
dans une annexe du statut (règlement particuliers) ont suffi depuis 58 ans à
assurer une protection hermétique : « la régie supporte obligatoirement les charges résultant à l’application
du présent règlement. (…) ces charges sont imputées à un compte spécial dit
compte des retraites, ouvert dans le compte général de résultat ». Et
puisque la RATP ne pouvait pas équilibrer ses comptes par ses propres
ressources, c’est l’État qui automatiquement versait la différence (« indemnité compensatrice »)
jusqu’il y a quelques années.
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décrets en date du 26 décembre viennent de mettre fin à cette situation :
le financement a transféré une caisse « adossée » à la CNAV et aux institutions de retraite
complémentaire, Arcco et Agirc. L’utilisation du mot « adossement »
est une astuce pour « flouter » la réalité : il y a eu 1°)
intégration au régime général : la cotisation salarié passe de 7,85 % à 12
% et patronale de 15,34 % à 10,43 %. 2°)
au 1/1/2006, les droits particuliers des retraites ont été maintenus. Une «
usine à gaz » a été constituée ; un millier de lignes, sans compter les
conventions financières non d’encore connues, à décrypter !
Un
régime fragilisé. Nul doute
qu’il s’agit d’une 1ère étape et qu’une pression va s’exercer venant
de la Direction, de l’État, des tutelles, du patronat, pour aligner le « régime
spécial » sur le régime général, sur lequel on l’« adosse », alors que la
contre-réforme Fillon a planifié la dégradation des retraites. La démonstration
la plus convaincante a été donnée par la présidente de la RATP, lors de ses «
vœux » :
«
Avec cette réforme, disparaît l’anomalie
dangereuse qui nous faisait porter les engagements de retraite dans nos comptes
sans les garanties juridiques suffisantes. La RATP est désormais en capacité
d’affronter la concurrence à armes égales…»
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« Je tiens à saluer particulièrement les 6
organisations syndicales qui, bien qu’elle n’ait pas demandé cette réforme,
l’accompagnent avec le sens des responsabilités » (les « vœux » de la
présidente, le 3 janvier). Pour les responsables de FO, les autonomes et 4
autres organisations, l’affaire est tranchée : ils ont roulé pour la
direction.
« Retraites :
« tout est négociable »… oui mais !... » (tract
de l’union CGT – 30/6/2005)
Le
14 juin, un militant intervenait au comité ferré du syndicat CGT et
concluait : « il est urgent que la
CGT se prononce nettement de. Elle exige que toute modification, de quelque
nature qu’elle soit, soit retirée. Aucune négociation ! Si le gouvernement
et la direction de cette part, elle prépare la riposte unitaire nécessaire
jusqu’à satisfaction. » Les responsables du syndicat feront fi de cette
intervention. Le lendemain, alors que la RATP « ouvre officiellement les négociations sur la retraite », ils concluent
dans leur déclaration : «pour la
CGT, consultation des salariés et négociations sont 2 phases indispensables au traitement
du dossier retraite». Nouvelle « réunion de concertation » avec la
direction de la RATP, cette fois-ci le 21 septembre et conclusion
identique : « pour la CGT,
consultation des salariés et négociations sont 2 phases indispensables au
traitement du dossier retraite ».
Il
était possible de combattre la contre-réforme des retraites :
l’appel de 650 travailleurs des lignes 2, 7, A et
B. aux bureaux syndicaux
Pour
les travailleurs, il n’y avait pas de fatalité, comme l’indique l’appel :
prononcez vous immédiatement contre l’opération en
cours dirigée contre le régime de retraites, exigez de la Direction le retrait
de cette contre-réforme et le maintien intégral du règlement particulier des
retraites ! arrêtez, refusez toute négociation,
toute concertation, sur la question des retraites.
Nous
savons que si la Direction ne cédait pas à l’injonction de retirer son
opération en cours, la mobilisation générale, dans l’unité, des organisations
syndicales et de l’ensemble du personnel serait nécessaire. Nous, soussignés,
nous adressons à vous, bureaux syndicaux : prenez les décisions
nécessaires pour mener au combat et arracher le maintien intégral de notre
régime de retraites.
Une
délégation aux bureaux syndicaux, constituée le 7 novembre et composée de 10
conducteurs, avait conclu dans son compte-rendu :
Les “ réponses ”
aboutissent à une même conclusion : aucune organisation ne combat pour le maintien intégral du règlement
particulier des retraites ! Il faut désormais le constater :
cela fait maintenant 6 mois que l’opération a été engagée au grand jour et la
direction avance imperturbablement; elle soumet aux responsables syndicaux les
projets de décrets dont la promulgation marquerait la liquidation du régime
actuel des retraites. Dire sans détour : en participant inlassablement aux
réunions de “ négociations ” - et les dirigeants de la cgt, par exemple, n’en finissent pas de
réclamer “ de véritables négociations ” ! – les
responsables syndicaux assurent la direction de leur soutien.
Pour ne pas se soumettre une
nouvelle fois au mauvais coup de la direction, les représentants syndicaux
doivent boycotter la séance du cre
du 23 novembre ! Il est encore temps !
Une
déclaration de huit conducteurs faisait le 8 décembre le constat suivant :
L’info flash (21 novembre) de la Direction a rappelé :
“ La réforme du financement du régime spécial de retraite ratp, déjà présentée, en juin, au
Comité d’entreprise et au Conseil d’administration, entre dans sa dernière
étape. ”
Depuis, la Direction a obtenu ce qu’elle voulait : il lui
suffisait que le cre se tienne,
que les élus syndicaux acceptent d’y participer et donnent leur avis, puis, que
le ca, dont la composition a été
fixée pour que la majorité approuve toujours la Direction, tienne séance, avec
les élus du personnel.
Pourtant,
« si le temps presse », affirmait la déclaration du 8/12 :
«il est encore possible de le défendre; les décisions ultimes
(décrets) ne sont pas finalisées; ce qui est encore possible pour les
organisations syndicales (l’union
syndicale cgt a déclaré, le 28/11 : “ Notre condamnation
de cette réforme est claire ”), c’est de se dresser pour affirmer : Bas les pattes devant le
règlement particulier des retraites ! et mener au combat et arracher le maintien
intégral de notre régime des retraites. Si “ rien n’est joué ”,
alors c’est la responsabilité totale des organisations syndicales d’organiser
immédiatement la mobilisation générale pour préserver le règlement particulier
des retraites !
Pourquoi
la direction de la RATP a eu les mains libres
Il
faut le constater : les travailleurs n’ont pas pu, comme il l’avaient fait
en 1995 puis en 2003, s’opposer à la remise en cause du régime des retraites.
En
1995, c’est à leur initiative que la grève a été déclenchée.la puissance du
mouvement (grèves et flot de manifestations) des cheminots, à la RATP, les
fonctionnaires…, a pris le gouvernement Chirac-Juppé à la gorge et il a fini
par retirer son projet (tout en maintenant à la loi Juppé de saccage de la
sécurité sociale).
En
2003, la détermination de la grève, le 13 mai, à la RATP, a poussé le
gouvernement Chirac-Raffarin à sortir la régie du champ de sa loi ; idem
pour les autres entreprises publiques. Les dirigeants syndicaux ont appelé à la
reprise. La direction ne tardait pas à mettre en route une nouvelle offensive
et engagé publiquement la « concertation » le 15 décembre 2004. Cette
fois-ci, les travailleurs n’ont pas trouvé les ressources pour engager le
combat.
Les travailleurs ne sont pas responsables de
la défaite.
Depuis
2002 (et l’appel, au deuxième tour de la présidentielle, les dirigeants de
presque toutes les organisations ouvrières à élire Chirac), les défaites se
sont accumulées pour les travailleurs. Des acquis obtenus depuis des décennies,
dans l’après-guerre, ont été effacés. Quelques brefs rappels : loi Fillon contre
les retraites adoptées après que les confédérations syndicales aient refusé
d’appeler à la grève générale contre le projet et le gouvernement, malgré la demande qui montait
des massives manifestations ; privatisation d’EDF-GDF, après que toutes
les fédérations se soient prononcées contre toute grève « radicale » ;
quant à la nouvelle contre-réforme de la sécurité sociale, le « diagnostic
partagé », et « réforme nécessaire » mise en avant par toutes les
confédérations en ont pavé la voie.
En
outre, malgré la « défaite historique » (le ministre Fillon) subie en 2004 aux
élections régionales, le gouvernement a pu redoubler son offensive réactionnaire.
Pire, après le référendum–plébiscite archi–perdu par Chirac en 2005, les
dirigeants syndicaux ont accordé au pouvoir bien plus que les « 100
jours » qu’il leur avait demandé pour faire passer ses ordonnances et
engager la formidable offensive contre le droit au travail, les chômeurs, etc.
Les
personnels de la régie étaient prêts à défendre le régime des retraites. Comme
le soulignait la délégation aux bureaux syndicaux, les 650 signataires sur les
4 lignes ont indiqué combien était profonde et dominante l’aspiration des
travailleurs de la RATP à défendre leurs retraites. Mais les dirigeants
syndicaux ont refusé de remettre en cause l’opération. Pour affronter la
direction, il aurait fallu submerger les organisations syndicales : dans
le contexte qui vient d’être décrit, cette fois-ci, les travailleurs de la RATP
ne s’en sont pas jugé capables. A l’automne 2005, la cause décisive de la
défaite a reposé sur les dirigeants syndicaux. Les travailleurs n’en portent
aucune responsabilité !
Alors
que de « nouvelles étapes » sont annoncées (« voeux de la RATP »), un
impératif :
rompre avec la direction, unité des organisations
syndicales pour combattre et mettre en échec la direction et sa
politique !
En
présentant ses vœux, Mme Idrac, après s’être congratulée de ce qui s’était
passé en 2005, nous a « assurés : en
2006, on va faire beaucoup mieux encore ». Voilà donc la direction, « assurée »
dit-elle, de mener à bien son plan d’entreprise, mieux connu sous son
slogan : faire de la RATP « une
entreprise comme les autres », avancer dans ses objectifs majeurs –
l’automatisation et la «modernisation» du métro, ouragan…, filialisation de
pans entiers, en premier lieu, l’ingénierie…
«
Performance », « compétitivité », « concurrence
», «règlement européen», ces mots
de la direction sont devenus familiers aux travailleurs de la RATP, à leurs
dépens, parce qu’ils annoncent : remise en cause des droits, flexibilité,
polyvalence, salaires liés à la productivité, individualisation,
restructurations, suppressions de postes…
Une nouvelle fois, un vibrant remerciement
de la présidente au « dialogue social »…
…
Pratiquée du sommet, le conseil d’administration [« merci aux administrateurs pour leur contributions (…) toujours
éclairantes»] à la base : « management
décentralisé et dialogue social continuent à nous donner un coup d’avance en
matière d’innovation sociale, avec notamment 26 accords signés et la
confirmation du succès de l’alarme sociale utilisée 352 fois en 2005 ».
Pour
empêcher que l’« essai » marqué contre les retraites soit «transformé », pour
empêcher de nouvelles atteintes au régime médical, au statut, au pouvoir
d’achat, aux acquis, pour : pas un emploi en moins, pas un poste en moins,
la responsabilité des syndicats est entière.
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L’isolement, le sentiment d’isolement, tant
qu’ils prédominent chez les travailleurs, permettent aux bonzes syndicaux de poursuivre
le «dialogue social ». Cela, les travailleurs de la RATP chercheront à le
surmonter et à s’ouvrir la voie du combat, à décider et à diriger leur lutte.
Il faut y contribuer dès maintenant, s’organiser.
Offensive généralisée contre les masses laborieuses
et la jeunesse
Il
dépend aujourd’hui des dirigeants de la CGT, de FO, notamment, du PS, du PCF,
d’organiser la mobilisation du prolétariat et de la jeunesse pour faire échec
au gouvernement Chirac – Villepin et au patronat. Au moment où ces lignes sont
écrites, c’est un fait qu’ils ont refusé de faire ce qui était nécessaire pour
obtenir le retrait du projet incluant le « contrat 1ère
embauche » : appeler, dans l’unité, à une manifestation nationale à
l’assemblée nationale pour faire échec au gouvernement et à sa majorité UMP.
Le
gouvernement actuel montre qu’aucun droit acquis n’est définitivement garanti
pour les travailleurs dans la société capitaliste, qu’aucune catégorie, même la
mieux protégé, n’est à l’abri de la loi impérieuse de la recherche du profit,
et de tous les maux qu’elle engendre. Parce que les dirigeants du PS, du PCF,
des confédérations ouvrières, sont liés au régime capitaliste, ils
s’interdisent et s’opposent à tout combat (réel) qui puisse remettre en cause
le gouvernement, sa politique et qui pourrait ouvrir la possibilité d’un autre
gouvernement, un gouvernement des organisations ouvrières unies.
Seul
un gouvernement ouvrier, expropriant le capital, à l’économie planifiée au
compte des intérêts des masses, sous contrôle ouvrier, peut, dans la voie du
socialisme, entreprendre de satisfaire les besoins et les aspirations du
prolétariat. C’est pourquoi la construction du parti ouvrier révolutionnaire
est nécessaire.