Cet article a été publié
dans Combattre pour le Socialisme n°72 (juin 1998)
Après
la trahison du mouvement des enseignants de Seine-Saint-Denis, le gouvernement lance
l'assaut contre l'enseignement public
Un
plan d'ensemble
Écoles
primaires (rapport Pair, dont le contenu est donné dans le précédent numéro de
CPS), collèges (poursuite de la " réforme " Bayrou et
annonce d’une " réforme " pour 1999), lycées (rapport
Meirieu), liquidation du mouvement national, enseignement supérieur (rapport
Attali, voir le tract de L’Insurgé
dans ce numéro de CPS), démantèlement de la recherche (CNRS): c'est bien un
plan systématique de destruction de l'enseignement public à tous les niveaux
que le gouvernement a dévoilé depuis le mois de mai.
Son
origine est que les besoins du capital, qui tient la laisse du gouvernement
Jospin-Gayssot-Chevènement-Voynet-Kouchner, se font plus pressants. Préssé par
la concurrence de ses rivaux impérialistes, il doit, pour diminuer la valeur de
la force de travail, diminuer les coûts de formation, employer moins
d’enseignants, diminuer le nombre d’élèves, des constructions scolaires, accroître
la précarité, la flexibilité et la polyvalence des personnels, liquider les
diplômes nationaux reconnus par les conventions collectives.
Toute
"réforme" de l'enseignement du gouvernement
Jospin-Gayssot-Chevènement-Voynet-Kouchner ne peut que viser ces objectifs.
Mais
le gouvernement sait que, malgré les coups déjà portés, malgré en particulier
la liquidation de la FEN unitaire, mener cette politique implique l'engagement
de sérieux combats contre les enseignants.
Par
milliers, les enseignants de la Seine-Saint-Denis ont engagé le combat contre
le "plan de rattrapage pour la Seine-Saint-Denis"
du gouvernement, pour la création de
postes statutaires d’enseignants, et de personnels.
Leur
mobilisation souligne qu’aucune revendication sérieuse ne peut être satisfaite
en collaborant avec le gouvernement, qu’il faut le combattre. Pour lui infliger
une défaite décisive, il est nécessaire de le priver du soutien que lui
apportent les dirigeants syndicaux, il est nécessaire de les contraindre à
rompre avec le gouvernement dirigé par Jospin.
un
"plan d'urgence" qui concentre la politique gouvernementale...
J.C.
Fortier, ancien délégué national à l’éducation du Parti socialiste, et
actuellement recteur, a remis au gouvernement un rapport sur " les
conditions de réussite scolaire en Seine St Denis ". Loin de dénoncer
le manque drastique de postes, de locaux, de perspectives d’emplois stables
pour la jeunesse, ce document de commande déclare que:
" les
dispositifs visant à réduire l’impact des inégalités sociales sont extrêmement
peu développés " (Libération, 3 mars)
En
fait, il sert le gouvernement Jospin-Gayssot-Chevènement-Kouchner-Voynet,
l’objectif du cassage du caractère national de l’enseignement public, des
diplômes et des statuts des personnels. Le rapport prône la déréglementation,
l’accentuation de la politique de " baisse des coûts ".
Le
2 mars, les ministres Allègre et Royal annoncent un " plan de
rattrapage " pour la Seine St Denis qui prévoit de faire du
département une super ZEP.
Par
la multiplication des postes " à profil " qui vont partout
se multiplier si le mouvement national est liquidé, le doublement du nombre " d’emplois-jeunes "
recrutés qui plus est par "dérogation" jusqu’à 28 ans, il s’agit
d’établir une " zone franche " dans laquelle la politique
du gouvernement peut être expérimentée.
Conséquence
de toute cette politique: tandis que les enseignants et les élèves réclament
des postes, le gouvernement Jospin - Gayssot - Chevènement - Kouchner -
Voynet entérine les réductions de
postes décidées par le gouvernement Chirac - Juppé, poursuit la politique de
suppression de postes aux concours. Pour la Seine-Saint-Denis, ce plan prévoit 200
postes, dont 60 d’enseignants: ils procèdent d’un " redéploiement ".
Alors que le déficit en postes est criant, le gouvernement applique le budget
qu’il a fait voter: aucune création: " la
clé de voûte du changement est une meilleure gestion des ressources
humaines " (Allègre, Le
Monde, 6 février).
...
perçu par les enseignants comme une provocation
Depuis
qu'il est ministre, Allègre a multiplié les provocations contre les
enseignants, depuis le "dégraissage du mammouth" jusqu'aux
déclarations assassines sur le prétendu absentéisme des enseignants. Il ne
s'agit pas d'un trait de caractère, mais bien de "ballons d'essai"
mûrement réfléchis.
A
chaque fois, il ont permis au ministre de mesurer ce que les dirigeants syndicaux
pouvaient faire avaler aux enseignants, ils ont donné le ton de tables rondes
et de concertations destinées à détruire les statuts exemple: la table ronde
sur l'absentéisme (voir CPS 71).
En
Seine-Saint-Denis, tous les enseignants et personnels sont pris à la gorge par le
manque dramatique de moyens face l'ampleur de la décomposition sociale qui est
à l'évidence particulièrement avancée
dans ce département, ce qui est un produit direct du maintien du régime
capitaliste.
Alors
que s'étaient déjà produites un peu partout en région parisienne des grèves
contre les dotations depuis janvier, et notamment en Seine-Saint-Denis, le volet
"postes" du "plan de rattrapage" présenté le 2 mars était vraisemblablement
une nouvelle provocation à leur encontre, cyniquement calculée par le
gouvernement, au terme de laquelle il comptait faire de la Seine-Saint-Denis un
laboratoire de sa politique de déréglementation à l'échelle nationale.
...
qui a reçu l'assentiment du PS, du PCF et des dirigeants syndicaux
Aussitôt,
les maires PS et PCF du département " saluent
favorablement l’effort du gouvernement " (Le Monde, 12 mars). La FSU de Seine St Denis publie le communiqué
suivant, daté du 2 mars:
" (...)
la FSU et ses syndicats, avec la FCPE, sont à l’initiative de l’exigence d’un
‘plan d’urgence pour l’école en Seine St Denis’, cette exigence est aujourd’hui
reprise par l’ensemble des partenaires de l’école dans le département.
Aujourd’hui,
le Ministre annonce un ‘plan de rattrapage’ comportant l’attribution de moyens
nouveaux en postes d’enseignement et d’ATOSS, la classement d’une dizaine de
collèges supplémentaires en ZEP, le doublement des emplois-jeunes prévus.
Il
s’agit là d’une reconnaissance publique des retards considérables accumulés
dans ce département, des besoins immenses qui sont ceux des jeunes et du
système éducatif, de la justesse des actions menées depuis des années par les
personnels avec les parents et les élèves pour obtenir satisfaction à leurs
demandes.
Pour
autant, les mesures annoncées sont loin de répondre à ces besoins (...)
S’il
s’agit là d’une première étape de " rattrapage ", elle doit
permettre l’ouverture de négociations avec l’ensemble des partenaires afin
qu’un véritable plan d’urgence qui s’attaque à l’échec scolaire dans le
département soit mis en œuvre. Il nécessitera une programmation pluriannuelle
de moyens importants."
Cette
déclaration est un soutien ouvert au gouvernement, elle affiche la position de
la direction de la FSU: améliorer cette " première étape "
par des " négociations ", où elle fera entendre ses " propositions
pour changer l’école ".
Pas
un mot contre la politique du gouvernement Jospin - Gayssot - Chevènement -
Kouchner - Voynet au service du
capital, acceptation du cadre qu’il a fixé, aucune revendication chiffrée en
postes statutaires.
Les enseignants de Seine st Denis ont rejeté le plan du gouvernement,
et engagé le combat
Contre
la position des maires PS, PCF, des dirigeants FSU, les enseignants ont rejeté
les mesures gouvernementales, se sont mis en grève, dès le 12 mars dans une
trentaine de collèges. Le 13 mars, 2 000 enseignants, parents et élèves
manifestent à Paris, tandis que la grève touche une quarantaine
d’établissements secondaires de la seule Seine-Saint-Denis.
Ce n'est
pas pourtant que les mêmes problèmes ne se posent pas ailleurs en région
parisienne et en France. Mais c'est en Seine-Saint-Denis que le mouvement se
développe. A moins d'émettre l'hypothèse absurde que les enseignants du Val de
marne, par exemple, sont satisfaits de leurs conditions de travail, on ne peut
comprendre ce fait qu'en considérant qu'au point de départ du mouvement, il y a
la provocation gouvernementale, le "plan de rattrapage" et son rejet
par les enseignants. Les enseignants du "93" n'ont pas choisi ce
terrain, mais c'est ainsi. C'est donc dans ce cadre qu'ils se sont engagés, et
qu'ils ont cherché à s’organiser pour combattre.
Une
"assemblée générale des établissements en lutte ", antérieure au
mouvement contre le "plan de rattrapage", a intégré des membres des
différents collèges et lycées en grève, regroupant parfois les représentants de
plus de cent établissements. Le besoin ressenti par les enseignants était la
constitution de comités de grève, élus par les assemblées de grévistes, du
comité central de la grève générale en Seine-Saint-Denis, à même de diriger le
combat sous le contrôle des enseignants. Ce que n’était pas cette
"assemblée générale".
Pour
cela, la première condition, c'était que
les dirigeants des syndicats SNES, SNUIPP, SE-FEN, SNLC-FO appellent tous les
enseignants du département à la grève générale. C'était de rejeter
totalement le " plan de rattrapage ", application en Seine
St Denis de la politique du gouvernement Jospin - Gayssot - Chevènement -
Kouchner - Voynet. C'était, sur cette base, de dresser la force de tous les
enseignants, au lieu de les laisser dispersés, par établissement.
Or,
tandis que, spontanément, les personnels de l’enseignement public étendent la
grève, la direction du SNES-FSU "appelle
à la poursuite du mouvement et à son élargissement sous des formes diversifiées"
(Pour n°45, mars 1998).
Le
17 mars, 68 établissements sont en grève, et une manifestation de 3 000
personnes se rend au ministère. Les bureaucraties syndicales ne peuvent plus
étouffer la mobilisation établissement par établissement, la grève générale de
Seine St Denis tend à se réaliser. Partout est portée la même exigence: "des postes! baisse des effectifs des
classes, 20 élèves maximum en école primaire et collège, 25 en lycée!"
Devenant
ainsi le point vers lequel converge l'attention des personnels partout en France,
ce mouvement pose la question de l'appel à la grève générale de l'enseignement
public dans l'unité des organisations syndicales. Les revendications ci-dessus
sont celles de tous les enseignants, tous sont confrontés à la même politique.
Ne
pouvant plus empêcher la mobilisation, les dirigeants syndicaux vont s’acharner
à la fois à amoindrir totalement sa puissance, multipliant les journées, et à
la fois à la circonscrire au seul département, combattant pour ce faire sur la
ligne d’un " bon plan d’urgence ". Ainsi, le soir de la manifestation du 17
mars, ils tentent même de présenter comme positives les nouvelles annonces
gouvernementales que, massivement, les enseignants vont rejeter, sifflant
copieusement les envoyés du ministère dans les établissements. La direction de
la FSU déclare alors:
" La
force de la mobilisation a déjà apporté quelques résultats. (...) Cette annonce
est la reconnaissance officielle des insuffisances du plan initial. Pour
obtenir que des mesures significatives soient prises sans délai, l’ensemble des
organisations syndicales et des établissements ont appelé à la poursuite et à
l’élargissement du mouvement de grève et à préparer activement la grande
manifestation de la Seine St Denis, samedi 21 mars à Paris à laquelle appelle
aussi le SNUIPP (aucune mesure n’est prévue pour le 1er degré). La FCPE, quant
à elle organisera une ‘école déserte’ " (Pour n° 45,
mars 1998)
" Temps
forts " et " tables rondes "
Le
21 mars, une centaine des 186 établissements scolaires de Seine St Denis sont
en grève. Une nouvelle manifestation regroupe 10 000 enseignants,
personnels non enseignants, lycéens, parents.
C’est
le jour qu’Allègre choisit pour déclarer:
" Il
est plus facile de manifester que de se retrousser les manches, il y a des
attitudes irresponsables qui nourrissent le Front national " (Le Monde, 25 mars)
Le
ministre réaffirme sa volonté d’appliquer la politique anti-ouvrière du
gouvernement Jospin - Gayssot - Chevènement - Kouchner - Voynet en disant qu’il
lui " faudra nécessairement
prendre ailleurs ce qu’il donnera à la Seine St Denis ". Il
annonce l’ouverture d’une " négociation
sous la responsabilité du recteur ". Une seule orientation est
possible:
"Pour
obtenir satisfaction, il était donc clair qu'il fallait combattre contre le
gouvernement, le faire capituler. Pour cela, ce dont les enseignants de Seine
saint Denis avaient besoin, c'est que les dirigeants départementaux FSU et FEN,
ceux du SNES, du SNU-ipp, du SE-FEN et de FO rejettent totalement le plan de
rattrapage, qu'ils se prononcent pour les revendications des enseignants, et
qu'ils appellent à la grève générale de l'enseignement public dans le 93. (...)
Les
dirigeants syndicaux du 93 devaient lancer un appel aux dirigeants des
fédérations FSU et FEN, de leurs syndicats nationaux, pour qu'ils réalisent le
front unique et appellent à la grève générale de tout l'enseignement public.
Ainsi il était possible d'infliger une dure défaite au gouvernement. "
(Extraits de CPS
enseignement public du 3 mai 1998.)
L’absence
d’une organisation révolutionnaire, capable d’ordonner cette bataille, a pesé
dans les capacités des appareils liés au gouvernement à juguler la mobilisation
des travailleurs de l’enseignement public.
Mardi
24 mars, le ministère annonce une " réactualisation du plan de
rattrapage ", au cours d’une première séance de " négociation "
à l’inspection académique, où tous les responsables syndicaux se sont rendus.
Le nombre de postes d’enseignants passe de 60 à 83, ceux des autres catégories
de 140 à 148, 18 fermetures de classe sont annulées dans les écoles, la carte
scolaire du secondaire " étant à rediscuter ".
La
soixantaine de collèges et lycées en grève rejette le plan. "L’assemblée
des établissements en lutte" fait de même. Les responsables syndicaux
participent à chacune de ses réunions, parce qu’ils entendent bien garder le
contrôle de cette mobilisation, contrôle que ne leur disputent d’ailleurs pas
les militants de l'école émancipée ou de SUD, activistes
auxiliaires de la bureaucratie syndicale FSU.
Tous
s'opposent à la demande formulée le 26 mars par l'Assemblée Générale des
instituteurs grévistes de Pantin: que les dirigeants syndicaux appellent à la
grève générale de tout l'enseignement public.
Ainsi,
les dirigeants des syndicats FEN et FSU peuvent-ils manœuvrer. La FEN, secondée
par la FCPE, déclare que " les
dernières mesures annoncées permettent de tenir une vraie négociation ".
FO s’y rend également. Tandis que " le
SNES refuse de s’asseoir à la table des négociations, jugeant que les nouvelles
propositions ne couvrent que 10% des besoins du département " (Le Monde, 27 mars). Tous refusent
d’affronter le gouvernement pour le vaincre, révisant en baisse les
revendications des enseignants. Interviewé dans L’Humanité du 27 mars, le secrétaire départemental de la FSU 93
cherche une porte de sortie pour le gouvernement:
" Il
faut commencer à mettre sur la table ce plan de rattrapage de 400 postes pour
atteindre la moyenne nationale de référence. A partir de là, on pourra ouvrir
des négociations et discuter sérieusement d’un plan d’urgence pour la Seine St
Denis. "
Alors
que 90 établissements, dont des écoles primaires ont débrayé, que 8 000
personnes manifestent le 26 mars, puis 10 000 le 31 mars, les dirigeants
n’appellent pas à la grève générale. Ils vantent la " grève
reconductible ", c’est-à-dire le morcellement de la mobilisation en
une addition de grèves d’établissements. Ils multiplient les " temps
forts ", les " journées d’action " pour
essouffler le mouvement. Ils poursuivent dans l'isolement de la
Seine-Saint-Denis en refusant d'appeler à la grève générale de l'enseignement
public.
P.S.
et P.C.F. à la rescousse du gouvernement
Le
31 mars, Allègre annonce la tenue d’une " table ronde sur les problèmes des établissements scolaires de la Seine
St Denis ". Les directions de tous les syndicats de
l’enseignement public, les fédérations de parents d’élèves se déclarent
satisfaits. R. Clément, président PCF du Conseil général du département et J.P
Huchon, président PS du Conseil régional d’Ile-de-France appuient l’initiative
qu’ils ont préparée avec le gouvernement. Leur objectif est de prétendre " traiter localement d’un problème
local " et surtout, de faire rentrer les grévistes en obtenant
que siègent tous les représentants syndicaux, flanqués d’ailleurs de
représentants de " l’assemblée générale des établissements en
lutte ".
Réunie
le 2 avril à Bobigny, la table ronde enregistre la troisième version du " plan
de rattrapage ": plus 125 postes d’enseignants dans le secondaire,
plus 75 postes en primaire. Cela représente, au mieux, 1 poste pour 20 écoles,
et ½ poste par établissement du second degré.
Les
réactions des directions syndicales sont unanimement positives, en opposition
nette avec les assemblées tenues dans les établissements:
" A
la FSU, Michel Deschamps, fort discret depuis le début du mouvement, marque sa
volonté de ‘sortir du conflit’. Le secrétaire général de la fédération estime
que les propositions de Claude Allègre commencent ‘à avoir de l’allure’, même
s’il faut encore ‘lever quelques ambiguïtés’, notamment concernant les
personnels non enseignants.
Au
SNES, Monique Vuaillat tient un discours similaire, tout en cherchant des
assurances pour la reconduction du plan. Les parents de la FCPE estimaient
qu’une ‘première marche a été franchie’.
Les
instituteurs du SNUIPP - FSU se sont félicités des ‘premiers résultats pour les
écoles’. "
(Le Monde, 4 avril)
Quant
à la FEN, elle estime que " sur
ces bases, la discussion peut s’engager, catégorie par catégorie, établissement
par établissement, afin d’optimiser les propositions ministérielles "
(communiqué du 3 avril).
Visiblement,
les dirigeants syndicaux ont hâte d’en finir. Les vacances approchent, ils
espèrent que les enseignants lâcheront prise: d’ailleurs, ils ont tous siégé cette
fois-ci dans la commission chargée de répartir les mesures du plan
gouvernemental. Publiées par L’US le
8 avril, les déclarations du secrétaire académique du SNES de Créteil sont
édifiantes:
" En
tout état de cause, le mouvement engagé en Seine St Denis ne peut esquiver
aujourd’hui de s’interroger sur les formes de sa poursuite et de sa
prolongation dans la durée. "
La
septième manifestation, le 7 avril, témoigne du poids de ces déclarations de
sabotage de la mobilisation (une soixantaine d’établissements en grève). Non
seulement elle rassemble moins que les précédentes, mais surtout elle est
dévoyée par les appareils syndicaux, le PS et le PCF sur la ligne du "collectif
budgétaire" qu’il faudrait réclamer au gouvernement et aux députés. Le Monde du 9 avril relate:
" Dans
la matinée, une vingtaine de personnes représentant l’assemblée générale des
établissements en grève, des parents d’élèves et des chercheurs en sciences
sociales signataires du ‘Manifeste pour le droit à l’éducation’ ont été reçues
à l’Assemblée nationale par quatre députés de la Seine St Denis, François
Asensi (PC), Patrick Braouezec (PC), Alain Calmat (PS) et Robert Pandraud
(RPR). L’idée d’un collectif budgétaire, seule solution permettant, selon les
manifestants, de rattraper le retard de la Seine St Denis et d’éviter toute
tentative de redéploiement des moyens, a reçu le soutien des élus communistes
et Verts. "
C’est
l’organisation du dénigrement d’une véritable manifestation à l’Assemblée
nationale, appuyée sur la force des enseignants en grève, manifestation en
direction des députés du PS et du PCF, qui aurait exigé d’eux qu’ils rompent
avec le gouvernement et satisfassent les revendications.
Les
appareils syndicaux saluent comme une victoire la quatrième version du " plan
de rattrapage "...
A
la rentrée des vacances de printemps, deux manifestations supplémentaires de
milliers d’enseignants, de lycéens montrent: le mouvement n’est pas liquidé. Le
gouvernement Jospin-Gayssot-Chevènement-Kouchner-Voynet, que les directions de
la FSU, de la FEN et de FO aident à manœuvrer, annonce alors le 30 avril un
nouveau plan. Il affiche 3 000 postes ouverts sur 3 ans: 800 en septembre
1998, 1 000 en 1999, et 1 200 en 2000. En réalité, sur ces 800, 300
ont été attribués en avril. Les 500 supplémentaires ne sont couverts par aucun
poste supplémentaire aux concours. Ils se distribuent sur tous les secteurs
(enseignement primaire, secondaire, agents de service...) soit moins d’un poste
en moyenne pour chacun des mille établissements de Seine St Denis.
Le
ministère prévoit de placer sur les postes d’enseignants des titulaires
académiques, (notamment en déplaçant les maîtres auxiliaires de toute la région
parisienne vers le 93), professeurs auxquels il refuse le nomination sur poste
fixe budgétaire, mais aussi de recruter des vacataires, de "gérer au plus
près du terrain", c'est à dire faire des recrutements annoncés un bélier
contre les garanties statutaires des enseignants.
Les
autres mesures aggravent le dispositif dévoilé le 2 mars: recrutement par les
mairies de 5 000 emplois-jeunes (faut-il rappeler que ce n’était, nulle
part, une revendication des enseignants en grève?)
* création d’un nouveau rectorat, planifiant " la transformation de la Seine St
Denis en un véritable laboratoire d’expérimentation de la discrimination
positive et de nouvelles méthodes pédagogiques d’enseignement "
* développement, dans les bassins de formation, du
réseau de ZEP pour " favoriser
l’insertion des établissements dans le tissu économique " (Le Monde, 3 mai).
C'est
à dire l'application totale de la politique du gouvernement.
Les
dirigeants syndicaux donnent leur aval, œuvrant à dégager le gouvernement et à
dicter aux enseignants que leur mouvement serait désormais sans objet. Aucun
doute n'est possible dès le lendemain de l'annonce gouvernementale: c'en est
fini. L'enterrement est programmé le 5 mai par l'appel à ... une journée
d'action régionale en région parisienne par les dirigeants FSU, CGT et FO.
...
ouvrant la voie à la (contre) réforme des lycées
La
liquidation du mouvement en Seine-Saint-Denis ouvre grand la voie à la (contre)
réforme des lycées qui était annoncée précisément en même temps que le dernier
"plan de rattrapage. Dès l’abord, le ministre a affirmé qu’il en
commencerait l’application à la prochaine rentrée, avant même le vote au
parlement. Le département de Seine St Denis risque fort d’en être un
laboratoire, car le " plan de rattrapage " prévoit
l’attribution de postes au profil, c’est-à-dire à la discrétion de la
hiérarchie, dans " les établissements dotés de projets
particuliers ".
C'est ce que prêche le rapport de P. Meirieu,
chargé par le gouvernement de la " consultation " sur les
lycées, dont Allègre a déclaré retenir les 49 "principes". On peut
les résumer ainsi:
* diminution massive des
horaires obligatoires d’enseignement pour toutes les séries et toutes les
matières. (Un symptôme: dans la première version du rapport, dans le
" tronc commun " enseigné, il n’est question ni de la
physique, ni de la chimie, ni des mathématiques!).
Contrôle continu pour les nouvelles matières (dont
" l’éducation civique, juridique et politique ") pris en
compte pour l’obtention du baccalauréat. C’est un clou enfoncé contre ce
diplôme.
* Dans le même temps:
annualisation du temps de travail de tous les personnels, permettant, entre
autres, de ne plus payer les heures supplémentaires, donc de faire baisser les
salaires. En effet, la durée du service moyen professeurs certifiés et agrégés
augmente respectivement d'une et deux heures par semaine. Dans ces horaires, respectivement
3 ou 4 heures sont consacrées à des "activités" ne relevant pas de
l'enseignement.
* Cqfd: se faisant à moyens
constants, la baisse du nombre d'heures d'enseignement rapportée à la baisse
annoncée des heures de cours pour les lycéens exige un alourdissement du
service considérable pour les enseignants, donc l'annualisation de ce service. Le
rapport prévoit explicitement l'annualisation de l'enseignement des SES, des
arts plastiques, de "l'éducation civique" (cours d'embrigadement).
Il prévoit aussi l'ouverture
des établissements, les mercredi et samedi après-midi et durant les vacances
(!) sous la responsabilité des personnels (enseignants, documentalistes, cpe...),
avec des emplois-jeunes.
* Les personnels sont ainsi
soumis au chef d'établissement: les heures "d'activités" hors
enseignement relèvent du projet d'établissement, tout comme l'organisation de la formation continue (qui se ferait
désormais hors du temps de travail). Ainsi la première mesure de la (contre)
réforme des lycées, c'est la liquidation du mouvement national qui n'a
comme objectif que de renforcer le pouvoir des chefs d'établissements sur les
enseignants, dans la voie de l'autonomie des lycées.
* Les
" conseils " de participation à la mise en place et au
suivi de l’application des mesures destructrices de l’enseignement secondaire
public sont multipliés tandis que le proviseur de l'établissement se voit
adjoint deux ou trois enseignants pour diriger l'établissement, qui bénéficient
d'un service "allégé".
* La préparation du BEP est
réduite à une année effective, avec amputation des horaires. L’enseignement
professionnel est de nouveau dans le collimateur. La mise en place de la " réforme "
des lycées dorerait encore le blason de l’apprentissage, retardant la
possibilité d’intégrer une filière publique qualifiante, tuant un diplôme comme
le BEP reconnu dans les conventions collectives.
La
responsabilité des dirigeants syndicaux: rejet total de la "réforme"
des lycées !
Dans
son précédent numéro, Combattre pour le
Socialisme a établi comment les directions syndicales ont participé au
démarrage de cette opération, en appelant à remplir les questionnaires
ministériels et en affirmant qu’il fallait " changer
l’école ". Que les syndicats enseignants rejettent le rapport
Meirieu, se prononcent contre la " réforme "
gouvernementale des lycées, voilà la première exigence, le préalable pour
bloquer la "réforme" des lycées. Il est de la responsabilité des
directions syndicales de réaliser le front unique pour infliger une défaite au
gouvernement en mettant au panier les 49 principes Meirieu, socle de la "réforme".
Au
lieu de quoi, les directions nationales des syndicats enseignants acceptent de
dire qu’il faut " réformer " et soutiennent tout ou partie
du rapport Meirieu.
Du
côté du soutien éhonté, les représentants de la FEN et de ses syndicats:
" Le
ministre de l'Éducation nationale, de la recherche et de la technologie ne doit
plus attendre pour mettre en route les réformes qu’il semble souhaiter. C’est
la principale conclusion que nous pouvons tirer de l’enthousiasmant colloque
national de Lyon des 28 et 29 avril. " (FEN Actualités, 6 mai)
" Le
rapport de P. Meirieu répond assez bien aux demandes des élèves et des
enseignants, et forme un projet cohérent pour le lycée du XXI° siècle (...)
Jamais les finalités du lycée n’ont atteint ce niveau d’ambition
démocratique. " (L’Enseignant, mai 1998)
Champions
de la marche en crabe, les directions des syndicats de la FSU, majoritaire dans
l’enseignement public:
" Nous
partageons un certain nombre des objectifs et des principes énoncés par M.
Meirieu, a déclaré M. Vuaillat, secrétaire générale du SNES - FSU " (Le Monde, 30
avril)
Ses
critiques vont aux mesures concernant le temps de travail et à " l’engagement
financier ":
" Tout
ce qui est proposé a un coût. Qui paye? "
Ainsi,
la menace serait dans l’absence de moyens pour appliquer la réforme! Pour de mai 1998 le confirme en publiant
une déclaration SNES - SNEP qui se conclut ainsi:
" Nous
sommes prêts à débattre de l’évolution de nos services et de nos missions, mais
nous voulons une vraie négociation qui ne parte pas de l’a priori de moyens
constants ".
La
puissante mobilisation en Seine St Denis l’a confirmé: sans le soutien, direct
ou camouflé, que lui prodiguent les appareils des syndicats, le gouvernement
Jospin-Gayssot-Chevènement-Kouchner-Voynet n’aurait pas la force d’affronter
les travailleurs de l’enseignement public, les deux millions de lycéens, prêts
au combat pour défendre le droit aux études.
Aussi
Allègre prévoit-il " la tenue
d’une table-ronde avec les grandes centrales syndicales, le patronat et les
régions, qui sera suivie d’un débat au parlement. Puis débutera la consultation
des organisations syndicales d’enseignants. " (Le Monde, 2 mai). Aussi faut-il
combattre sur la ligne:
Dirigeants
des syndicats, boycottez la table-ronde, les " négociations "
de mise en place des projets du gouvernement! Exigez le retrait de la "réforme"
des lycées. Préparez la grève générale de l’enseignement public pour faire
échouer la destruction du lycée public!
Les
directions traîtres des organisations, créées à l’origine par la classe
ouvrière pour combattre la bourgeoisie, ne veulent pas de la rupture avec le
gouvernement au service du capital. Il faudra la leur imposer, parce que ces
appareils bureaucratiques se disposent, au contraire, pour miner le terrain de
la riposte que les enseignants, les lycéens voudront à coup sûr engager contre
le gouvernement et sa politique.
Au programme
des dirigeants syndicaux: pour la rentrée, la bousille
Du
4 au 7 mai, le SNUIPP a tenu son congrès national. Fenêtre sur Cour(s) du 19 mai en rend compte:
" Manifestement
les congressistes, bien représentatifs à cet égard de la profession, n’étaient
pas préparés au grand débat sur l’école de demain. Les ambitions de la
direction syndicale ont donc du s’accommoder des vicissitudes de la vie. "
Quelle
morgue! La direction du SNUIPP, tournant le dos aux revendications des
enseignants, à leur défense, a entonné le refrain des " réformes
nécessaires ". L’intitulé du congrès rappelait fort celui de la FSU
en décembre dernier: " Pour
l’école, quelle alternative, quel saut qualitatif? "
Au
graves attaques perpétrées ou planifiées par le gouvernement Jospin - Gayssot -
Chevènement - Kouchner - Voynet, nulle riposte n’est organisée. Pas de rejet
total du rapport Pair; rien sur le budget actuellement en préparation; pas un
mot sur le mauvais coup que concocte le gouvernement contre les collèges, alors
qu’Allègre a déclaré lors du colloque de Lyon, qu’un questionnaire et une
démarche analogue à celle de la " réforme " des lycées
seraient mise en place l’an prochain; pas d’exigence d’abrogation de la loi
Aubry dite pour l’emploi des jeunes. Plus, contre les syndiqués qui, dans le
congrès même, affirmaient que c’est aux enseignants de faire classe, la
direction nationale a fait adopter:
" Laissons
entrer les emplois-jeunes (dans les classes) et obtenons avec eux un statut clair et une
formation. "
Autre
congrès national, même capitulation: celle de la FEN au sein de l’UNSA réunie
en congrès du 27 au 29 mai qui:
" a
apprécié positivement le plan Juppé sur la protection sociale, la loi Aubry sur
les 35 heures et la mise en place de l'Euro. " (Le Monde, 28 mai)
Enfin,
il faut donner une place particulière au dispositif que la direction nationale
du SNES a arrêté.
L’US du 23 mai détaille ce plan
de dislocation de la combativité des enseignants, qui empile " journées
d’action " et " campagne d’opinion ". S’étale en
éditorial toute l’imagination dont fait preuve la bureaucratie syndicale pour s'opposer
à ce qui peut mettre à bas la (contre) réforme des lycées: préparer pour la
rentrée la grève générale de tous les enseignants, tous les personnels du
second degré.
" Action
avant ‘la sortie’:
·
La
recherche se fait autour ‘d’opérations de blocage’ symboliques conduites avec
le souci d’avoir le soutien des jeunes, des parents, de l’opinion. Plusieurs
idées sont exprimées: actions aux péages d’autoroute ou sur les axes routiers,
coordonnées dans toute la France en juin avec distributions de tracts.
·
Expression
des jurys d’examen de fin d’année sous des formes appropriées pour formuler les
désaccords et les exigences tout en veillant à ne pas pénaliser les élèves
(pétitions à faire circuler, refus d’utiliser le Minitel pour transcrire les
notes; parfois est évoquée l’idée d’un retard de la délibération des jurys du
premier groupe du bac).
·
Les
3,4 et 5 juin, jours du colloque ZEP ministériel, nous proposons des actions
dans toutes les IA sous des formes adaptées.
Décisions
avant les congés d’été pour la rentrée:
La
CA nationale met en débat l’idée du recours à des actions de grève à répétition
à partir de la rentrée dans des conditions qu’il faut définir plus précisément.
Le Conseil national de la FSU a décidé le recours à une grève nationale dès la
rentrée. Cette décision que nous appelions de nos vœux depuis des mois peut
nous permettre de marquer fortement la rentrée 98 par une action qui marque les
esprits".
Pour
bloquer l'attaque généralisée en cours, imposer aux dirigeants de la FSU, de la
FEN et de leurs syndicats de rompre avec le gouvernement
Briser
l’offensive gouvernementale contre l’enseignement public et les statuts,
satisfaire les revendications exigent de combattre pour contraindre les
directions de la FSU, de la FEN et de leurs syndicats à rompre avec le
gouvernement, c’est à dire: réclamer la création de tous les postes statutaires
nécessaires; rejeter totalement le rapport Meirieu et boycotter la concertation
sur la " réforme " des lycées; se prononcer et combattre pour
le maintien inconditionnel du mouvement national; rejeter les rapports Pair, Attali et Guillaume.
Aucune
revendication sérieuse ne peut être satisfaite sans combattre le gouvernement
Jospin - Gayssot - Chevènement - Kouchner - Voynet et lui infliger une défaite
décisive. Comme pour l’ensemble du prolétariat, la seule perspective positive
pour les enseignants, c’est d’imposer au PS, au PCF, qu’ils rompent avec le
gouvernement, de dicter aux députés PS et PCF à l’assemblée nationale qu’ils
mettent à bas la V° République et Chirac, qu’ils constituent un gouvernement du
PS et du PCF sans représentant de formations bourgeoises, gouvernement dont les
travailleurs exigeront satisfaction de leurs revendications.
Mais
pour les satisfaire, il faut rompre avec les exigences du capital, s’engager
sur la voie du socialisme, exproprier le capital pour organiser la production
en fonction des besoins des masses, et non plus du profit. Cela exige de porter
au pouvoir un gouvernement révolutionnaire, un véritable gouvernement ouvrier.
Pour cela il est nécessaire de s’organiser pour construire un parti ouvrier
révolutionnaire.
Le 2 juin 1998