Article
paru dans Combattre pour le Socialisme n°5 (87) d'octobre 2001
Italie:
Berlusconi revient au
pouvoir 7 ans après en avoir été chassé
par le mouvement du prolétariat italien.
A l’occasion du sommet de Gênes,
le gouvernement dirigé par Berlusconi tel qu'en lui-même.
Le
sommet du G8 était reçu par l’Italie les 20 et 21 juillet. Il venait à point
nommé pour Berlusconi et son gouvernement qui venait d’être formé le 12 juin. A
cette occasion, avec la caution de l'ensemble de ses collègues, à commencer par
celles de Chirac et du gouvernement de la "gauche plurielle", le
gouvernement Berlusconi a imprimé sa marque.
Dès
avant le sommet la ville était bouclée, son centre ancien grillagé. Un
véritable état de siège mis en œuvre. A la suite d’un attentat tellement
providentiel qu’il en était louche, le dispositif militaire et policier était
complet, une batterie de missiles anti-aériens fut même installée. Lors du
sommet les manifestations donnèrent lieux à des affrontements sanglants,
nourris par la police et ses provocateurs infiltrés. La police italienne tua un
des manifestants de deux balles dans le dos (et en faisant passer un véhicule
blindé sur son corps…) et fit des centaines de blessés. Mais cela n’était pas
encore suffisant. A la suite de cette manifestation le gouvernement lançait sa
police sur les locaux des mouvements "anti-mondialisation" dans la
nuit du 21 au 22 juillet. Sang sur les murs, passages à tabac, arrestations
arbitraires suivies de détentions dans des conditions hallucinantes: sévices
divers, concentré du catalogue fourni des brutalités policières, le tout aux
cris de « viva il duce » (vive Mussolini).
Berlusconi
et son gouvernement indiquaient par la même au prolétariat italien qu’ils
étaient au pouvoir pour en découdre, pour mener de manière décidée le combat
nécessaire à la bourgeoisie italienne. Certes le gouvernement Berlusconi est un
gouvernement bourgeois, mais ce n’est pas n’importe quel gouvernement bourgeois,
il manifeste son ambition de réaliser l’Etat fort, de mettre en place un régime
bonapartiste. A ce titre il s’en prend aux libertés démocratiques, s’attaque
aux locaux de mouvements politiques, jette ses militants dans les geôles des
commissariats où ils sont tabassés, en dehors de tout cadre légal. Telle est la
signification des « événements de Gênes ».
Ce
qui lui permis de mener une telle politique lors du sommet de Gênes, c’est son éclatante
victoire aux élections quelques semaines auparavant. Mais il faut encore
souligner, qu’après cette vague de répression policière, le gouvernement n’a
nullement été inquiété. En effet les dirigeants de l’opposition bourgeoise,
comme les dirigeants du mouvement ouvrier italien, partis et syndicats ont
refusé d’appeler à une manifestation centrale et massive contre le gouvernement
et sa politique antidémocratique… les dirigeants des DS se sont contentés
d’appeler à la constitution d’une commission d’enquête parlementaire se
cantonnant ainsi aux protestations platoniques au lieu d’en appeler à une
mobilisation du prolétariat et à la jeunesse d’Italie, pourtant outrés par
l’attitude du gouvernement. Ils ont réclamé dans l’hémicycle par une motion de
défiance la démission du ministre de l’intérieur… ce qui signifie qu'ils
refusent de combattre le gouvernement dans son entier, de le mettre en cause.
Rutelli,
candidat de l’Olivier, déclare au Monde du 27 juillet :
« le
gouvernement s’est montré faible avec les violents, incapable de contrer les
groupes de casseurs qui ont pu saccager impunément la ville. Et violent sans
raison avec les autres, les innocents… le président du conseil s’était occupé
uniquement de question marginales alors qu’il y avait des problèmes plus
sérieux ».
De
fait Rutelli au nom de l’Olivier, et derrière lui des DS (démocrates de
gauche), condamnent l’incapacité de Berlusconi à faire face aux
manifestations ! La réponse politique du gouvernement fut de faire
applaudir par la majorité des députés les force de l’ordre, devant les députés
des DS et de Rifondazione Communista murés dans leur silence.
Le
gouvernement put alors encore une fois se sentir affranchi des lois, du droit
pourtant tout à fait bourgeois, au point de faire disparaître
« légalement » trois chefs d’inculpation qui pesaient sur Berlusconi,
au titre de ses affaires de corruption, à peine une semaine après les
matraquages de Gênes, sans trouver d’autre opposition, encore une fois, que les
glapissements parlementaires des dirigeants de DS.
Elections du 13 mai
2001 : une victoire pour la bourgeoisie italienne.
Les
élections législatives du 13 mai 2001 ont constitué, annoncées par les
échéances précédentes, européennes de 1999, ou encore les régionales du
printemps 2000, une victoire importante sur le terrain électoral pour la
bourgeoisie italienne, dont la représentation politique a directement pris le
pouvoir. La « maison des libertés » coalition électorale constituée autour
de "Forza Italia" le parti de Berlusconi, de "l’Alleanza
Nazionale" de Fini, de la Ligue du Nord, de Bossi et de différents
fragments issus de l'implosion de la démocratie chrétienne dans les années 90.
Cette coalition a obtenu 368 sièges sur 630 à la chambre des députés, au sénat,
177 sur 315 au sénat, soit la majorité absolue dans les deux chambres. Dans le
cadre même de cette alliance, Forza Italia, le parti créé par Berlusconi en
1994, est devenu le premier parti d’Italie avec 29.5% des voix. L’Alliance
nationale de Fini, issue du MSI fascisant, a obtenu le score de 12%. Enfin la
Ligue du Nord, 3.9 %. A elles seules ces trois organisations dépassent donc
45.4 %.
Forza
Italia est en constante progression depuis 1994. En 1994 le parti de Berlusconi
obtenait 20.1 % des voix, en 1999 aux européennes, 25.2 %. Ce parti créé de
toutes pièces en 1994 autour d'un aventurier politique richissime, qui s'est
certes structuré et organisé depuis, intégrant une série de cadres de la
démocratie chrétienne, est donc ce qu'a saisi la bourgeoisie italienne pour
pallier à la disparition de son parti historique, la DC, pour lui servir de
représentation politique.
A
contrario, c’est une défaite très nette pour la coalition au pouvoir,
l’Olivier, avec 43 % et surtout pour les Democrati du Sinistra, héritiers du
puissant PCI qui n’obtiennent plus que 16.6 %, leur plus faible score depuis
des décennies. A l’intérieur de la coalition progresse au contraire la
« marguerite » regroupement de partis purement bourgeois: le PPI,
fraction de l’ancienne démocratie chrétienne, le parti de Prodi, le parti de
Dini, les « démocrates », ou encore l’UDEUR, union des démocrates
européens; obtient 14.5 %. Rifondazione Communista, parti lui aussi issu du
PCI, arrive péniblement à 5 % des voix, ce qui lui permet tout juste de
dépasser la barre qui autorise d’avoir des députés à la chambre et au sénat.
La
comparaison est possible entre 1996 et 2001. Mais il faut tenir compte de
l’évolution des forces politiques, scissions, regroupement, crises et autres
mouvements qui se poursuivent depuis le début des années 1990 en Italie, et ce
aussi bien dans la représentation politique de la bourgeoisie que dans les
organisations issues du mouvement ouvrier traditionnel.
|
1996 |
2001 |
2001 |
|||
|
%
votants |
voix |
% votants |
voix |
Sièges
-proportionnel |
Sièges
–uninominal |
Rifondazione communista |
8.6 |
3213846 |
5 |
1868113 |
11 |
|
Democrati di Sinistra |
21.1 |
7889118 |
16.6 |
6177624 |
31 |
|
Communisti italiani |
- |
- |
1.7 |
619912 |
- |
|
Total partis ouvriers |
29.7 |
11012964 |
23.3 |
8565745 |
42 |
|
Margherita |
- |
- |
14.5 |
5386950 |
27 |
|
Girasole |
- |
- |
2.2 |
804488 |
- |
|
PPI-Prodi |
6.8 |
2554072 |
- |
- |
- |
|
RI-Dini |
4.3 |
1627380 |
- |
- |
- |
|
Total Olivier (sans RC) |
42 |
13020768 |
42 |
12988974 |
- |
188 |
Forza Italia |
20.1 |
7712149 |
29.5 |
10923146 |
62 |
|
Alleanza Nazionale |
15.7 |
5870491 |
12 |
4459397 |
24 |
|
Ligue du Nord |
10.1 |
3776354 |
3.9 |
1461854 |
- |
|
Total pôle, maison des libertés |
40.1 |
12189692 |
45.4 |
16844387 |
|
282 |
CCD-CDU |
5.8 |
2189563 |
3.2 |
1193643 |
- |
|
Total coalition gouvernementale |
- |
- |
48.6 |
18038081 |
86 |
|
Di Pietro |
- |
- |
3.9 |
1443271 |
- |
|
Pannella-Bonnino |
- |
- |
2.2 |
831199 |
- |
|
Total partis bourgeois |
70.3 |
26067722 |
76.7 |
29197151 |
113 |
|
Depuis
1996, la progression de Forza Italia est spectaculaire, notamment aux dépends
de ses alliés, mais aussi dans une certaine mesure de l’Olivier. Au contraire
les « démocrates de gauche » perdent plus d’un million de voix,
notamment au grand bénéfice du PPI de Prodi, et de Dini, regroupés dans la
« margherita ». Le « girasole » alliance des verts et des
sociaux démocrates italiens, font moins que les verts seuls en 1996. Quant à
Rifondazione Communista, après sa scission d’avec les CI (Communisti Italiani)
son déclin électoral est très net.
Coalition de
"l'Olivier": le prolétariat italien politiquement expulsé des
élections.
L’appréciation
qui doit être portée sur les élections, ne peut être la simple addition de ces
voix. Il faut caractériser l’Olivier. Le système électoral italien intègre deux
types de scrutin: l'un uninominal à un tour, ce qui pousse à la formation de
coalitions pour arriver en tête,
représente 75 % des sièges ; l’autre proportionnel, auquel concourt
chaque parti présentant ses propres listes. Pour ce qui concerne donc 75 % des
sièges, le prolétariat ne peut voter pour ses organisations, issues du PCI ou
du PSI. En lieu et place, c’est l’Olivier qui s'est présenté aux suffrages,
avec l’assentiment des DS. En réalité, l’Olivier est une alliance entre
certaines organisations issues des partis traditionnels PCI et PSI, et des
fractions diverses de la représentation politique de la bourgeoisie, dont le
PPI, de Prodi, issu lui de l’éclatement de la démocratie chrétienne, ou encore
le parti de Dini, le Renouveau Italien. Cette mosaïque politique, est
parfaitement bourgeoise.
On
doit ajouter que "le Parti de la Refondation Communiste", tout en
critiquant formellement "l'olivier", s'est abstenu de présenter des
candidats dans le scrutin uninominal contre cette coalition de l'Olivier, ce
qui, selon Livio Maïtan, membre du PRC et dirigeant du Secrétariat Unifié de l'Internationale
pabliste (auquel se rattache la LCR française), aura permis à l'Olivier de
remporter 30 sièges (Inprecor de juillet 2001).
Pour
analyser les rapports politiques réels entre les classes en Italie, il faut
utiliser les chiffres concernant seulement les partis et organisations issues
du mouvement ouvrier traditionnel, exprimés dans le scrutin de liste à la
proportionnelle. On notera, que l’Olivier au pouvoir, voulait supprimer ce
scrutin de liste proportionnel, pour passer l’ensemble du scrutin au système uninominal !
C’est Berlusconi qui a mené le combat pour le maintien de la proportionnelle,
et empêché le gouvernement de faire basculer le système électoral. Berlusconi
l’a fait pour des raisons électorales, alors qu’il ne pensait peut être pas
gagner les élections aussi nettement, au milieu de l’année 2000.
Les
rapports politiques indiqués par le tableau entre les classes apparaissent très
clairement : la bourgeoisie et sa représentation politique, sous toutes
ses formes, et elles sont fort variées en Italie, est largement dominante sur
le plan électoral. Entre 1996 et 2001, elle progresse aussi bien en voix qu’en
pourcentage: la coalition de Berlusconi progresse, mais à l’intérieur de
l’Olivier, les organisations et partis bourgeois progressent eux aussi !
Au détriment évidemment, des DS, et de refondation communiste. La Marguerite,
forte de son succès électoral, au départ une alliance de partis bourgeois, dont
celui de Dini et de Prodi, s’est transformée en un parti le 14 juillet, afin de
peser de tout son poids dans l’Olivier, face au démocrates de gauche.
Aujourd’hui moins d’un million de voix les séparent, 2 % à peine.
« Un gouvernement de
combat ». (Libération, 12 juin.)
Le
11 juin, le gouvernement dirigé par Berlusconi était constitué. Il faut d’abord
préciser que Berlusconi a une place bien particulière dans la vie politique et
économique italienne. C’est l’homme le plus riche d’Italie qui possède la
moitié des médias italiens, notamment dans l'audiovisuel, totalement inféodé à
ses intérêts politiques dans les campagnes électorales. Il faut préciser aussi
que c’est un des hommes les plus poursuivis pénalement d’Italie, pour de
nombreuses malversations financières, et qu’il a été, par exemple, de fait
interdit de séjour en Espagne, où l’attendait le juge Garzon, jusqu’à ce
qu’Aznar intervienne en sa faveur. La bourgeoisie italienne, représentée par
G.Agnelli, sénateur à vie (!) et président honoraire de Fiat, ne lui fait
qu’une confiance limitée, et cherche à le contrôler. C’est un Tapie exposant
cent !
Le
gouvernement qu’il a formé est qualifié par Libération du 12 juin, de
gouvernement de combat. Le gouvernement lui même dans sa composition vaut un
manifeste. Evidemment Forza Italia s’y taille la part du lion, avec le premier
ministre et cinq autres portefeuilles : l’intérieur, la défense,
l’économie et les finances, l’industrie et les « biens culturels ».
La présence de l’Alleanza Nazionale est notable. Giafranco Fini est vice-président
du conseil, et ses partisans occupent les postes de la politique agricole,
l’environnement, et les communications. La Ligue du Nord obtient quant à elle
trois maroquins, Bossi est au ministère de la réforme et de la décentralisation
- tout un programme pour celui qui voulait proclamer l'indépendance du Nord de
l'Italie, la "padanie", contre "Rome la voleuse"! - la
justice et les affaires sociales étant détenues par ses amis ! Le CDU
obtient les politiques européennes. De nombreux "sans étiquettes" ont
reçu des postes, ce sont ce qu’on appelle en langage politique italien les
techniciens. Qu’on juge des techniques : aux affaires étrangères Renato
Ruggiero, ancien directeur général de l’OMC, candidat poussé énergiquement par
Giovanni Agnelli, propriétaire de Fiat, et un des représentants les plus
importants du capitalisme italien. Berlusconi l’a rencontré à plusieurs
reprises pendant la constitution du gouvernement, pour des rencontres
« strictement privées »…dont l’effet est strictement public, puisque
Berlusconi y a négocié des postes ministériels et a obtenu la caution
d’Agnelli, c’est à dire du grand Capital italien. (Notons que cette caution
semble aussi importante que l’investiture par le parlement, puisque D’Alema
était allé la demander, et l’avait obtenue en 1999).
Afin
d’officialiser encore les choses Antonio d’Amato, président de la Cofindustria,
l’organisation patronale italienne, a salué « cette équipe de prestige
et de qualité », Cesare Romiti, ancien patron de Fiat, quant à lui a
jugé « le choix des ministres me paraît excellent pour cet exécutif
très bien harmonisé ». Et enfin le gouvernement a reçu le blanc seing
de G.W. Bush en visite en Europe. A cette occasion, Berlusconi a affiché son
soutien au plan de bouclier anti-missile du nouveau patron de la première
puissance impérialiste.
De
leur côté, le Vatican et la hiérarchie catholique, qui ne sont pas pour rien
dans la victoire de la "maison des libertés", se sont bruyamment
manifestés:
Intervenant,
jeudi 17 mai, devant l'assemblée des évêques à Rome, le pape Jean Paul II
a apprécié le résultat du scrutin des législatives du 13 mai, saluant le "gouvernement ami" et estimant que "le
pays a besoin de stabilité et de bonne harmonie".
Puis
il a rappelé quelques priorités vues du Vatican. "Il faut que soit
réalisée la parité de situation scolaire entre le public et le privé", par
un financement direct, comme le demande la hiérarchie de l'Eglise. (…) Enfin, "la famille est un facteur décisif
dont il faut préserver les droits". Son soutien est "inséparable de
la défense de la vie humaine de sa conception jusqu'à son terme naturel".
(…) Déjà, au lendemain du vote, le cardinal
Angelo Sodano, secrétaire d'Etat du Vatican, avait tenu à féliciter le
vainqueur, son candidat de prédilection."
Grand
patronat, Eglise catholique: toutes les fées de la réaction se sont penchées
sur le berceau du gouvernement nouveau-né. Le choix des hommes est
effectivement particulièrement significatif, l’alliance entre Berlusconi et
Fini structure le gouvernement, signifiant la volonté de mener un combat
acharné contre le prolétariat italien. Les « techniciens » sont les
représentants direct du capital italien, et sont les cautions auprès des
gouvernements de l’union européenne, afin de leur signifier que Berlusconi et
son gouvernement veut poursuivre la politique d’intégration européenne. Enfin
les hommes de la Ligue du Nord, sont dans les postes les plus sensibles, sans
doute pièges, et prêts à être expulsés au moment voulu. Qu’on en juge, Bossi à
la décentralisation, Maroni aux affaires sociales, et enfin Caselli à la
justice devra couvrir les autres membres du gouvernement engagés dans des
affaires, aussi bien Berlusconi, que Maroni accusé notamment « de
participation à une association antinationale et paramilitaire ».
La campagne électorale et le
programme de Berlusconi.
Le
gouvernement est donc tout à fait conforme à la campagne électorale et au
« programme » annoncé durant les mois qui ont précédé sa constitution.
Les priorités sont donc avant tout l'allègement de la fiscalité sur les
bourgeois et les capitalistes:
*
une vaste réforme fiscale doit ramener le nombre de taxes à 8 ; un code
fiscal unique sera institué avec deux taux pour les personnes physiques et un
pour les entreprises.
*
Les investissements « utiles » devront être détaxés, et les impôts
sur la succession purement et simplement abolis ! Autant de mesures
d’allègements des impôts et taxes sur les capitaux, qui peuvent s’appuyer sur
ce qu’a déjà fait l’Olivier au pouvoir, notamment par les gouvernements de
D’Alema et de G. Amato.
Un
plan de privatisation est aussi prévu, afin de ramener à la norme l’Italie qui
possède un vaste secteur nationalisé notamment dans l’industrie. Il faut aussi
prévoir des rentrées financières en contrepartie du plan d’allègement fiscal
massif, et dynamiser le capital italien. A propos de l’administration publique,
il s’agit de la débarrasser de ses « bureaucraties et gaspillages »,
par une réforme d’envergure sur l’axe de la décentralisation.
Les
retraites seraient à nouveau sous le feu de Berlusconi qui envisage la mise en
place de fonds de pensions privés. Lors de la présentation du programme en
septembre 2000, et en souvenir des mésaventures de l’ultime gouvernement dirigé
par Berlusconi, il ne s’agit dans l’immédiat que d’une « étude
approfondie », chargée de la mise en œuvre du plan.
Enfin
un plan de renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine a été
adopté en accord avec la Ligue du Nord. Selon ce pacte contre l’immigration
« clandestine », ce seraient les régions qui mèneraient la lutte, et
fixeraient les quotas d’immigration, et renforceraient les conditions d’acceptation de la présence
des travailleurs étrangers, notamment par l’obligation de présenter un contrat
de travail, ce qui revient à expulser les travailleurs immigrés au chômage.
Dans
le même pacte, sont prévus : la dérégulation économique, la détaxation des
bénéfices, la lutte contre le travail au noir, de grands travaux, une politique
en faveur de la famille et de l’école privée. On voit que certains termes de
l’accord, tenu secret jusqu’au 5 avril, puis divulgué par Bossi, sont de toute manière parfaitement
compatibles avec le programme de Forza Italia, publié en septembre 2000 !
Le plan annoncé le 28 juin.
En
conséquence, Berlusconi, ayant formé son gouvernement, présente ses premières
mesures, annonce l’axe de sa politique. La loi Tremonti, de 1994 déjà promue
par le précédent gouvernement de Berlusconi, sera élargie aux artisans et aux
commerçants. Cette loi défiscalise les bénéfices réinvestis. Berlusconi annonce
qu’il souhaite « débureaucratiser le pachyderme de l’administration »
(tous droits d’auteurs réservés), par dans un premier temps la suppression de
500 lois. Les conséquences de cette flexibilisation peuvent être multiples et
ravageuses. Le Monde du 30 juin précise pour les impatients, que les
suppressions de postes dans la fonction publique ne sont pas encore prévues,
mais devraient être à l’ordre du jour de la loi de finances 2002. Afin de
ramener dans la légalité le travail au noir, une amnistie est prévue, assortie
de facilités fiscales et d’aide financières. L’impôt sur la succession
totalement supprimé.
Et last
but not least, la législation sur les contrats de travail à durée
déterminée doit être assouplie dans le but avoué de flexibiliser le marché du
travail, sous prétexte de lutte contre le chômage.
Ces
annonces sont accueillies favorablement par A. D’Amato, ancien président de la
Cofindustria qui se réjouit que « le gouvernement entende mettre un peu
de turbo dans l’économie du pays ». Il avait d’ailleurs proposé un
plan comparable à Berlusconi, dès le 13 mai. Les dirigeants syndicaux quant à
eux, accueillent prudemment et sans refus ces annonces, pour ce qui est de la
CISL (catholique) et de l’UIL. Quant à la CGIL, son principal dirigeant, Sergio
Cofferati, avait déjà annoncé dès le 26 juin à propos du volet sur les contrats
à durée déterminée :
« si
le gouvernement devait décider de mettre en œuvre la directive européenne sur
les contrats à durée déterminée comme l’a proposé la Cofindustria, selon des
modalités qui sont contraires aux règles européennes, la CGIL
s’opposera. »
Donc
si l’application faite par le gouvernement est conforme aux directives
européennes, la CGIL ne s’opposera pas ? Dans une conférence de presse du
28 juin, Cofferati qualifiait le plan du gouvernement en ces termes :
« le
gouvernement a eu pour préoccupation de donner un signal explicite aux
entreprises, sans donner aucune perspective intéressante pour les travailleurs,
les retraités et les consommateurs ».
Comme
si le signal n'était pas clair aussi du coté des travailleurs: le signal d'une
agression !
Afin
de mettre en place son plan, Berlusconi souhaite "innover" dans les
méthodes de discussion, afin de ne plus provoquer de vastes chantiers de
participation regroupant toutes les directions syndicales, mais de mettre en
place des discussions séparées avec chaque confédération.
A
cet égard, il faut rappeler que précisément le 18 mai, soit 5 jours après les
élections des centaines de milliers de métallos défilaient dans les rues de
Rome, précisément pour protester contre les contrats à durée déterminée, la
précarité dans le secteur de la métallurgie, soit le secteur central de
l’industrie italienne. Il faut dès lors pour le gouvernement jouer serré. La
discussion séparée est un moyen de court-circuiter la centrale italienne la
plus puissante, la CGIL, en obtenant éventuellement l’accord de la CISL et de
l’UIL antérieurement, et ensuite faire peser la pression maximale sur la
direction de la CGIL. Mais il est aussi possible de passer par dessus des
fédérations, comme la FIOM, fédération de la métallurgie de la CGIL, qui s’est
vue imposer par les travailleurs du secteur d’organiser une journée d’action le
18 mai. La direction de la CGIL annonce d’ores et déjà son refus de signer un
accord séparé sur les contrats à durée déterminée.
Plus
précisément voici la position exprimée le 28 juin par Cofferati : « Ce
n’est pas une concertation mais une méthode de confrontation pénible et
d’efficacité douteuse à laquelle toutefois, nous ne nous soustrairons pas ».
Le
gouvernement pourra donc mettre en place les discussions pour la mise en œuvre
de son plan, en particulier sur les CDD, comme il l’entend, ce n’est pas
la direction de la CGIL qui l’en
empêchera, même si la direction de la CGIL ne souhaite pas signer à cette étape
un texte sur les contrats à durée déterminée, elle ne se "soustraira
pas" à la concertation sur leur mise en oeuvre.
Ce
programme est une déclaration de guerre au prolétariat et à la jeunesse
d’Italie. Or il faut préciser que le précédent gouvernement dirigé Berlusconi
avait déjà engagé le fer contre le prolétariat italien en 1994, et avait dû
renoncer à la suite du dernier grand mouvement de la classe ouvrière italienne.
La mobilisation importante des métallos au lendemain des élections prouve que
le prolétariat italien peut à nouveau se mobiliser sur une telle question. Il
faut donc tirer les enseignements de 1994.
Rappel, Berlusconi chassé du
pouvoir en 1994.
Le
premier gouvernement dirigé par Berlusconi
a duré 226 jours. C'était déjà un gouvernement d'agression contre les
acquis ouvriers. Le projet de budget 1995 présenté par Berlusconi prévoyait une
baisse des dépenses de 48000 milliards de lires, 162 milliards de francs !
dont 17000 milliards(56 milliards de francs) d’économies prévues sur le système
de santé et sur les retraites. En conséquence il prévoyait, dans la
prolongation du plan Amato sur les retraites de 1992, un gel des départs en
retraite jusqu’en janvier 1996, une pénalisation de 3% par ans pour ceux qui partiraient
avant l’âge, même avec 35 ans de cotisations ; une accélération de
l’élévation de l’âge minimal de départ à la retraite, une baisse des
coefficients de calcul, une indexation sur les prix et non sur les salaires.
Une attaque frontale contre un des principaux acquis de la classe ouvrière
italienne ! (pour plus de détail sur les attaques du gouvernement et un
développement complet sur le mouvement du prolétariat italien, on se reportera
à CPS n°56).
Devant
la volonté des travailleurs italiens, les dirigeants syndicaux de la CGIL,
de l’UIL et même du syndicat chrétien la CISL, d’appeler à une « grève
générale de 4 heures avec manifestation » le 14 octobre 1994. Des
centaines de milliers de travailleurs sont en grève ce jours là, malgré le
cadre, et un million manifestent. Dans le même temps, un mouvement parallèle
naît chez les étudiants qui protestent contre l’augmentation des droits
d’inscriptions, rejoint par les lycéens. Le 24 octobre on dénombre 200 000
manifestants dans les principales villes italiennes, dont 50 000 à Naples. Des
journées d’actions sont fréquentes dans la fonction publique. Un nouvel appel
est lancé pour le 12 novembre, avec une manifestation nationale à Rome qui
regroupe plus d’un million de personne, peut être un million et demi. La
question de chasser le gouvernement dirigé par Berlusconi est ouverte, la
question de la grève générale est posée. Mais les directions syndicales
arrivent à refouler le mouvement de la classe ouvrière et de la jeunesse
italienne. Elles poursuivent les « négociations » avec le
gouvernement jusqu’au bout, et sous prétexte d’avoir trouvé un accord, elles
annulent la journée de grève générale qu’elles avaient elles-mêmes appelée pour
le 2 décembre. Le gel des départs en retraite est maintenu jusqu’en juillet
1995, et le reste du plan est renvoyé à un vote ultérieur, ce qui lui permettra
de passer. Surtout le gouvernement est sauvé. Berlusconi peut alors
déclarer : « la guerre des retraites est finie, désormais nous
commençons à travailler sur la réforme des retraites », avec les
dirigeants syndicaux.
Si
pour les dirigeants du capital financier italien, il était nécessaire que le
gouvernement dirigé par Berlusconi tînt face au prolétariat italien, il
constatait que ce gouvernement était affaibli par cette épreuve de force, qu’il
fallait le remplacer. Le 13 décembre Berlusconi était interrogé pendant 7
heures sur une tentative de corruption par la brigade financière… Il ne lui
restait plus qu’à céder la place, le 22 décembre 1994 à un gouvernement de technicien,
dirigé par L. Dini, ancien ministre du gouvernement de Berlusconi, et depuis
passé à l’Olivier. Tout était maintenu. Cependant pour la bourgeoisie
italienne, en crise quasi-permanente, il est nécessaire de porter des coups
décisifs au prolétariat de ce pays.
La bourgeoisie italienne en
crise perpétuelle… doit porter des coups majeurs au prolétariat italien.
Sans
remonter à la constitution même de l’Etat italien, aux difficiles conquêtes
coloniales, au fascisme, et aux mouvements révolutionnaires des années 45 et
70, il est clair que la bourgeoisie italienne est en crise permanente, et reste
une des plus débile d’Europe. Elle est sans cesse confrontée aux difficultés de
se tailler une place dans le monde, avec un Etat imparfaitement unifié, et doit
faire face au mouvement des masses. Dans les années 90, la représentation
politique traditionnelle de la bourgeoisie, la démocratie chrétienne a volé en éclat face à l’opération politique
et judiciaire « Mani pulite »
- "mains propres" - et ses conséquences (600 000
arrestations au total, dans le cadre d'une "purge" de l'appareil
d'Etat rendue indispensable pour le réorganiser et le disposer plus
efficacement contre les masses italiennes). Le PSI déjà exsangue, a quasiment
disparu. Ces partis, liés à la Mafia et à l'Eglise, promoteurs de la politique
menée, à peu de chose près depuis 1945, n’y ont pas survécu.
La
constitution a été modifiée, mais en réalité les problèmes fondamentaux,
l’instabilité politique sont restés en l’état. En cinq ans de législature de
l’Olivier, quatre gouvernements se sont succédés. Après les élections de 1994,
la chute de Berlusconi, des élections anticipées en 96 ont été nécessaires. De
plus l’unité imparfaite du pays s’est encore manifestée, notamment par la
création de la Ligue du Nord, organisation ultra-réactionnaire réclamant la
séparation de l’Italie en trois, afin que « le Nord ne paie plus
pour le Sud ».
Enfin,
en 1997-1998, a plané pendant plusieurs mois la menace de l’exclusion de
l’Italie de l’Euro. Au nom des critères de convergence l’impérialisme allemand
a tenté d’empêcher l’intégration de la monnaie italienne dans la future monnaie
européenne. L’Olivier, couvert par le PDS et RC, a réussi à mener la politique
nécessaire aux yeux des concurrents européens. L’Allemagne a fini par accepter
l’intégration de l’Italie, même si les critères de convergences n’étaient sans
doute pas strictement respectés.
Aujourd’hui
encore les difficultés de la bourgeoisie italienne sont grandes, et le
programme de Berlusconi, notamment pour une politique fiscale et économique
« à l’allemande » manifeste l’impérieuse nécessité de s’en prendre
aux acquis restants de la classe ouvrière italienne. Sa victoire électorale
constitue un point d'appui très important. Les mouvements actuels de
concentration du capital en Italie, manifestent à leur manière l’étroitesse des
entreprises privées italiennes, leur faiblesse vis à vis des capitalistes
étrangers, notamment dans le cas de Montedison, de la France. De ce point de
vue la privatisation est urgente, les fonds de pensions aussi, pour rendre le
capital italien compétitif vis à vis des concurrents européens. Mais le
gouvernement Berlusconi-Fini-Bossi-Ruggiero aura-t-il la force de mener à bien
son programme, voire de faire plus ?
Cela
dépendra de la capacité du prolétariat italien à se saisir de ses
organisations, à dicter une politique conforme à ses intérêts aux dirigeants du
mouvement ouvrier italien, syndicats CGIL et UIL, et des partis issus du
mouvement ouvrier traditionnel, DS, RC en particulier. Or ce sont eux qui ont
permis précisément le retour de Berlusconi et de ses alliés au pouvoir.
Comment en est-on arrivé
là ? Le PDS au pouvoir : un bilan impressionnant.
A
la suite des élections de 1996 remportées par la coalition de l’Olivier, un
gouvernement de cette coalition a été mis en place, avec le soutien du PDS et
de RC. Pour comprendre la victoire remportée par Berlusconi, il faut se pencher
sur son œuvre, totalement démobilisatrice pour le prolétariat italien. C’est en
effet un gouvernement qui a mené avec la participation des deux principales
organisations issues du PCI, un politique totalement anti-ouvrière. Le bilan de
ces cinq années est impressionnant.
Le
programme de Prodi est l’assainissement des finances publiques afin de
satisfaire aux critères de convergence de Maastricht. Prodi doit faire le
forcing pour mener l’Italie dans l’Euro étant donné son piètre bilan économique
et l’hostilité de l’Allemagne à la présence des pays méditerranéens, Italie,
Espagne, Portugal et Grèce dans le dispositif. Cette politique se traduit
d’abord pour 1997 par la création d’un impôt exceptionnel pour la réduction du
déficit représentant 3 % du PIB ! En complément les départs en retraite ne
sont pas remplacés dans la fonction publique, le nombre de lits est réduit dans
les hôpitaux, l’augmentation du prix de l’essence.
La
CGIL, liée politiquement au PDS, signe en septembre 1996 avec le gouvernement
et le patronat, un « pacte de flexibilité salariale dans six zones
géographiques d’Italie » qui autorise des dérogations au salaire minimum,
et montre encore une fois l’imparfaite unité italienne. Ainsi le gouvernement
dispose d’une arme efficace contre la classe ouvrière italienne, la
participation active du PDS, le
soutien-couverture du PRC, et l’obéissance des centrales syndicales en
particulier la CGIL, et de l’UIL.
Pour
1998 le deuxième budget Prodi, c’est au secteur de la santé qu’il s’attaque.
Pour obtenir 17 nouveaux milliards d’économie, Prodi fait doubler le forfait
hospitalier. Il accélère l’application de la loi sur les retraites votée par le
gouvernement Dini, en raccourcissant son application, et supprime certains
régimes spéciaux (banques).
Mais
en 1998, le budget n’est pas voté par le PRC qui n’obtient pas les quelques
miettes qu’il réclame. Pour autant le PRC se divise sur la question du soutien
au gouvernement. Et un accord intervient qui permet à Prodi de revenir au
gouvernement. Prodi promet les "35 heures" à la française, et
effectue une légère concession sur les retraites (15 milliards d’économie au
lieu de 17). Le 1er novembre la CGIL, la CISL et l’UIL signent un
accord qui entérine toutes les mesures prévues fin septembre, l’échéancier Dini
est effectivement raccourci, et les régimes spéciaux détruits…
Pour
autant Prodi est usé par les différents budgets de rigueur qu’il a dû faire
passer. C’est D’Alema qui le remplace en 1999. En fait, il s'agit de faire
monter le PDS, l'ex-PCI, en première ligne pour assurer la stabilité nécessaire
au gouvernement de coalition, pour affermir le soutien des directions
syndicales au gouvernement et à sa politique, ainsi que raréfier les écarts de
conduite du PRC au parlement.
Il
présente son budget comme le « moins restrictif de ces dix dernières
années ». Mais s’il coupe moins dans les dépenses, il se situe dans le
même axe. Et enfin le projet majeur c’est l’allègement fiscal. Adopté donc sans
coup férir, le budget 2000 est tout simplement dans la lignée du programme … de
Berlusconi. La première tranche d’allègement, soit un tiers du total,
représente 139 milliards de francs. Elle est donc à la hauteur de ce que fait
Schröder en Allemagne. Le barème de l’impôt sera abaissé d’un point. La baisse
d’impôt profitant évidemment aux tranches supérieures. La pression fiscale sera
de 42.6 % en 2000 et devrait s’établir en 2001 à 41.1. Dans le même temps ce
budget prévoit une aide à l’économie, c’est à dire des aides directes aux
entreprises pour 220 milliards de francs. En mars 2000, alors que l’inflation
est plus forte que prévu, le gouvernement prend en urgence un plan
anti-inflation, se traduisant par de nouveaux allègements fiscaux, sur
l’essence, et sur les assurances automobiles dont la fiscalité baisse, alors
que l’augmentation du prix des assurances a été de 17.5 % en 1999. Afin de
lutter contre l’inflation on augmente les marges des pétroliers et des
assureurs. L’inflation s’établit pour 2000 à 2.3 % au lieu des 1.2 % prévus par
le gouvernement lors du budget, et au lieu des 2.4 % prévus en mars au moment
du plan de lutte contre l’inflation !
Le
gouvernement formé par Amato, vertébré par le PDS, après la démission de
D’Alema en avril 2000, poursuit cette politique budgétaire et pour maintenir la
lutte contre les déficits budgétaires cherche à privatiser de nouvelles
entreprises, après la grande vague de privatisation des années 90. Ainsi
l’ENEL, société nationale d’électricité, doit être privatisée, et devant le
fiasco des ventes des licences UMTS (téléphones portables), le programme
pourrait aussi se porter sur l’ENI, société nationale des hydrocarbures, ainsi
que les Telecom italiens.
Ainsi
le budget du gouvernement D’Alema puis celui du gouvernement Amato sont dans la
totale continuité des budgets Prodi, auxquels le PDS n’a cessé à aucun moment
de donner son total soutien, et même le PRC à l’exception formelle de la crise
dans un verre d’eau de 1997.
Il
faut ajouter à cela que le gouvernement D’Alema a participé à la guerre contre
la Serbie et les peuples des Balkans en
1999.
C’est
bien une telle politique qui est à l’origine de la défaite électorale de mai
2001. Il faut ajouter à cela l’impressionnante décomposition du mouvement
ouvrier italien, en particulier sur le plan politique, qui ne fait qu’accentuer
au désarroi politique qui règne dans les masses.
Sur la campagne électorale
de l’Olivier.
La
campagne électorale de l’Olivier a été dans la continuité totale de sa politique
au gouvernement. C’est à dire entièrement située sur le terrain de la
bourgeoisie. Il est impossible de mobiliser le prolétariat pour les DS dans ces
conditions. L’alliance de classe, l’exclusion du prolétariat sur le terrain
électoral, le système électoral ont largement contribué à la défaite pour les
masses italiennes. Mais le contenant a toujours un contenu : l’axe central
de la campagne de l’Olivier, donc des DS, c’était la réduction de la pression
fiscale à moins de 40 % du PIB d’ici cinq ans. Les aides aux petites
entreprises devaient être massives par des « crédits d’impôts »,
notion en vogue dans toute l’Europe décidément, des primes pour l’emploi des
jeunes, un « encouragement à la flexibilité » selon Le Monde
du 23 avril. Selon ce programme, le « différentiel » entre le
« coût du travail » et la rétribution des travailleurs aurait dû être
réduit de 6 à 7 %. Une restructuration du système de santé et des services
publics était aussi promise afin d’améliorer le service public (sic). Les
familles qualifiées de « noyaux de base de la société », comme au
plus beau temps de la démocratie chrétienne, devaient recevoir des aides
substantielles. Un volet sécuritaire suivait, la lutte contre les
nouvelles mafias, et contre… l’immigration clandestine. Un plan de grands
travaux était lui aussi annoncé. Pour l’enseignement il était question d’un
vaste programme de requalification des structures scolaires dans toute
l’Italie, comme de la recherche publique afin d’atteindre les standards
européens, ce qui signifie là comme ailleurs le démantèlement de l’enseignement
public. D’ailleurs il était prévu de mettre à disposition des familles des
instruments de comparaison fiables des résultats des établissements scolaires,
publics comme privés, afin d’aider leurs choix !
Quant
au choix du « leader » pour les élections, il s’est porté sur
Rutelli, politicien bourgeois, ancien maire de Rome, où il a notamment montré
son « pragmatisme » selon la presse, en privatisant une partie des
services publics. Rutelli dès qu’il le peut s’affiche avec le Pape, et fait
profession de foi de son catholicisme tardif, mettant en scène son deuxième
mariage à l’église. Il faut ajouter que ce candidat est issu des Verts parti
totalement bourgeois de la coalition. Voilà la personne adéquate pour défendre
le programme !
Un
programme que ni Fini, ni Bossi et encore moins Berlusconi renieraient. Ils le
trouveraient simplement trop timide, insuffisant, incomplet. Pour autant un tel
programme, tout entier au service de la bourgeoisie italienne, a contribué à
écœurer le prolétariat italien, et a fait le lit du retour au pouvoir de
Berlusconi.
Dégénérescence du mouvement
ouvrier italien.
En
Italie, vu les circonstances particulières, la décomposition du mouvement
ouvrier est sans doute plus avancée qu’ailleurs. Le PSI, lié corps et âme à la
Démocratie Chrétienne, depuis les années 70, mouillé jusqu’au coup dans les
affaires politico-maffieuses, n'a occupé qu'une place résiduelle, avant
d'imploser en même temps que la Démocratie Chrétienne. Le PCI, lui, tenait la
place la plus importante dans le prolétariat italien depuis 1943. Dans les
années 70, il regroupait régulièrement 30 % des voix. La crise de la
bureaucratie du Kremlin, et son éclatement en 1991 ont été l’occasion pour les
dirigeants italiens d’entamer une mutation (comme dirait Robert Hue) rapide qui
a amené l'essentiel des troupes à occuper politiquement l'espace laissé vacant
par le PSI, celui d'un parti social démocrate.
Le
PCI s’est transformé d’une part en PDS, "parti des démocrates de
gauche" qui reniait toute référence au communisme, comme son nom
l'indique. Lors de cette transformation, il s’est divisé en deux parts
inégales, la large majorité suivant le processus entamé par la direction, une
autre partie, plus restreinte, maintenait la référence au
« communisme », "rifondazione communista". Il s'agissait en
réalité d'un partage du travail pour occuper avec les deux branches issues de
la scission l'ensemble de l'espace politique occupé antérieurement par le PCI.
Cela dit, l’évolution électorale des deux branches issues du PCI, montre une
perte sensible par rapport aux scores que celui-ci réalisait dans les années
80, manifestant ainsi la défiance des masses italiennes pour ces deux partis.
Les pablistes italiens, dirigés par Livio Maitan, suivant leur tradition de
conseillers des appareils, entrèrent dans Refondation Communiste.
Mais
de fait, si le PRC n’a pas participé aux gouvernements de l’Olivier, il les a
soutenu, à sa manière, comme lors du dernier vote du budget présenté par Prodi
en 1998. A cette occasion, RC a d’ailleurs connu une nouvelle scission, une
partie de son appareil, refusant de faire tomber le gouvernement, et entrant
dans l’Olivier, partie dirigée par Cossuta, devenue depuis les Communistes
Italiens. En 1996, RC obtenait 8.6 % des voix. En 2001, RC obtenait juste 5 %,
et CI, 1.7 %.
Quant
aux confédérations syndicales (excepté la CISL, agence du Vatican), divisée
entre CGIL et UIL (issues de la CGIL unitaire créée en 1944, lors d'une
scission comparable à celle de la CGT et de FO en France), elles ne cessent de
multiplier les actes d'allégeance à la bourgeoisie italienne, comme les
développements de cet article le montrent. On peut rappeler à cet égard la
participation de toutes les centrales au "jubilé des travailleurs", à
un défilé du premier mai 2000 placé sous la direction effective de l'Eglise
catholique!
Toutefois,
selon Le Monde du 30 juin, la CGIL compte 5 millions d’adhérents: sa
puissance est encore considérable. Dans le mouvement syndical, des COBAS,
comité de base, se sont créés, largement investis par les flanc-gardes
gauchistes des appareils, manifestant pourtant le rejet de la politique de la
direction de la CGIL.
Mais
l’événement le plus important de ces dix dernières années a été le congrès de
décembre 1998 du PDS, confirmé en 2000, le transformant en DS ("démocrates
de gauche"), un bloc regroupant autour du PDS les restes du PSI ainsi que
différents partis et organisations bourgeois.
Le PDS se transforme en DS
en 1998.
En
1991, le PCI, a donc disparu en tant que tel. Sa branche majeure suivant la
ligne de la transformation en parti proche de la social-démocratie.
Si
momentanément le PDS a pu occuper la place d’un parti social-démocrate, son
évolution politique n’est pas terminée, une large part de sa direction aspirant
à un parti « démocrate » à la bourgeoise, à sa destruction en tant
que parti ouvrier. En décembre 98 a eu lieu un congrès transformant le PDS en
DS, par l’intégration du PSI, du moins de sa plus grande partie, mais encore de
« chrétiens-sociaux » et de « républicains ». Cette
absorption est évidemment un pas dans la dégénérescence de cette fraction issue
du PCI. La suppression du terme de "Parti" dans la dénomination de ce
regroupement est un manifeste: contre l'organisation de la classe ouvrière,
pour les réseaux, clubs et autres instruments politiques "citoyens",
"démocrates", en un mot: bourgeois. Le congrès tenu en 2000 a
fusionné l'ensemble des groupes organisés au sein des DS. A noter: les restes
du PSI ont ainsi été absorbés, confirmant la vocation du nouveau regroupement à
occuper la place tenue dans d'autres pays par la social-démocratie.
D’Alema
juste avant le congrès avait condamné le « mouvement communiste qui
s’est rapidement transformé là où il a conquis le pouvoir en une force
d’oppression responsable d’un totalitarisme qui s’est rendu coupable de crimes
gigantesques. » Pour un ancien dirigeant du PCI ce message est clair,
communisme = stalinisme, conçu comme levier pour adapter le PDS, vers la
création d’un parti démocrate. L'emblème du nouveau parti supprime toute
référence visuelle à l'ex-PCI, dont le PDS avait gardé (au pied d'un chène…) le
drapeau. Le nouveau regroupement DS a été porté sur les fonts baptismaux sous
le signe du drapeau de l'Union Européenne, ainsi que de la rose servant
d'emblème à la social-démocratie en Europe. Le sommet de Florence en novembre
1999 illustre cet axe : D’Alema a organisé ce sommet des
"progressistes", en compagnie de Clintonn, président de la première puissance
impérialiste, ou de Cardoso le
président du Brésil. Ces « progressistes » sont évidemment les
représentants de partis purement bourgeois, et pour Clinton, de l’impérialisme
dominant. Il faut aussi dire que Blair, Schröder et Jospin y participèrent.
Pour
autant ce mouvement, notamment souhaité ardemment par Veltroni alors numéro 2
du PDS, n’a pu aller jusqu’au bout. Les DS restent pour l’essentiel une force
constituée de l’ancien PDS. En un sens, le recul des DS lors des élections au
sein de l'Olivier en est une confirmation en négatif.
Elle
reste la force politique majeure dont se saisit lorsqu’il le peut le
prolétariat italien lors des élections. Même si les DS ont perdu la moitié de
leurs adhérents, ce parti a encore 740 000 adhérents en 2000. Les sections du
PDS sont les anciennes sections du PCI qui ont suivi la direction. La direction
a réussi toutefois à mettre à mort l’Unita le journal fondé par Gramsci en
1924. Sa reparution 8 mois plus tard, s’est faite sur des bases différentes,
c’est à dire que ce n’est plus l’organe des DS.
Comme
on le voit, les liens entre le prolétariat et ces organisations issues de la
décomposition du mouvement ouvrier traditionnel italien se distendent. La
confusion politique qu’elles organisent contribue encore à cet éloignement en
bouchant toute perspective politique.
Les conditions du combat
aujourd’hui .
On
le conçoit, les conditions politiques du combat du prolétariat et de la
jeunesse d’Italie, sont difficiles. Les élections elles mêmes sont un revers. Le
prolétariat doit les digérer. Or le gouvernement Berlusconi-Fini-Bossi-Ruggiero
a un programme politique chargé a faire passer.
Si
les travailleurs ont perdu sur le terrain électoral, ils auront à affronter le
gouvernement sur le terrain de la lutte des classes. Pour cela ils devront
imposer aux dirigeants du mouvement ouvrier et des organisations issues du
mouvement ouvrier traditionnel, syndicats comme partis, la rupture avec la
bourgeoisie, avec le gouvernement dirigé par Berlusconi, mais aussi avec l’Olivier,
dans des conditions où il se trouve de plus en plus désarmé politiquement.
Les
années de dégénérescence pèseront inévitablement, notamment pour poser la
question du pouvoir. L’expérience négative du gouvernement de l’Olivier, rejeté
par les masses, pèsera elle aussi de tout son poids. Le fait que le PSI et le
PCI n’existent plus, mais au contraire qu’ils aient volé en éclats, SDI, DS,
RC, CI, rajoute à la confusion, au désarroi politique. La formulation de la
question du gouvernement dans les conditions actuelles, de majorité politique,
de dégénérescence ne peut plus se poser que comme le combat pour un
gouvernement du Front Unique des organbisations ouvrières.
Pour
autant, la lutte de classe du prolétariat italien ne sera pas interrompue
l’enjeu étant de trouver l’issue politique, c’est à dire de poser les questions
pratiques au plus haut niveau politique. La défense des retraites, des
fonctionnaires, le combat contre les privatisations, la défense des
travailleurs immigrés, de l’école publique ne peuvent être victorieuses
durablement qu’en posant la question du gouvernement, surtout à la rentrée se
posera immanquablement la question des contrats à durée déterminée. Les
dirigeants de l’UIL et de la CGIL ont d’ores et déjà une responsabilité écrasante
face à l’annonce du plan du gouvernement. Ils doivent se prononcer pour le
rejet en bloc des mesures annoncées, et en particulier la flexibilisation des
contrats à durée déterminée. Ils doivent déclarer d’ores et déjà qu’ils ne se
rendront à aucune discussion organisée par le gouvernement sur les contrats à
durée déterminée, qu’elle soit générale ou unilatérale !
Quelle orientation ?
Aujourd’hui,
la perspective, c’est évidemment de combattre, vaincre et chasser le
gouvernement Berlusconi-Fini-Bossi-Ruggiero. La manière de le faire est
fondamentalement la même qu’en 1994.
CPS
n°56 concluait :
« Préparer
les futurs, inévitables et nécessaires combats du prolétariat et de la jeunesse
implique d’adresser au « PDS », au PS, à « Refondation
Communiste » les revendications : rompez avec la bourgeoisie, les
partis bourgeois, ses hommes politiques ; réalisez le Front Unique sur
tous les aspects de la lutte des classes du prolétariat et de la jeunesse.
Ils
n’obéiront pas à cette revendication, ils ne réaliseront pas ipso-facto le
Front Unique des partis ouvriers contre les partis bourgeois. De toute façon la
politique que pratiquent ces partis et organisations a accumulé parmi les
masses scepticisme et amertume à leur égard, ce qui ne peut disparaître
instantanément et leur permettre de gagner d’éventuelles élections. Enfin ni le
PDS, ni le PSI, ni Refondation Communiste n’abandonneront sur le fond la
politique qui correspond à leur nature d’organisations ouvrières dégénérées et
traîtres. Mais l’action politique sur cet axe –rupture avec la bourgeoisie,
Front Unique des organisations ouvrières contre elle, sa politique, ses
gouvernements, pour un gouvernement de ce Front Unique sans ministres membres
des organisations et partis bourgeois- contribue à ouvrir une voie au
prolétariat et à la jeunesse, à les dresser, à les organiser pour imposer ce
qui correspond à leurs besoins et aspirations.
Cette
orientation est une ligne d’affrontement contre les organisations ouvrières
dégénérées et traîtres. Il est d’ailleurs possible que celles-ci soient
contraintes de faire des pas vers la rupture avec la bourgeoisie, le Front
Unique, sans aller jusqu’au bout ; un gouvernement de Front Unique. En
tous cas dans cet affrontement le processus de reconstruction du mouvement
ouvrier sur un nouvel axe peut s’engager et corrélativement, ce qui est
décisif, la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire. Naturellement le
prolétariat italien, comme tous les autres prolétariats, ne pourra prendre le
pouvoir, réaliser ses tâches historiques sans que se forme, grandisse un tel
parti jusqu’à devenir sa direction politique.
Bien
sûr ce qui vaut pour les organisations et partis ouvriers dégénérés et
traîtres, vaut pour les appareils syndicaux avec la complication que la
centrale chrétienne italienne n’est pas au sens réel des mots une centrale
syndicale ouvrière. Les événements permettront de le faire ressortir.
En
Italie sont concentrés l’essentiel des problèmes auxquels les prolétariats de
nombreux pays d’Europe ont à répondre. Mais peut-être est-ce plus net et plus
brutal qu’ailleurs. »