Article paru en septembre 1991 dans Combattre pour le Socialisme n°39
urss :
APRES L’ECHEC DU PUTSCH, la lutte
qui s’ENGAGE
inconditionnellement contre
le putsch et les putschistes
naissance et apogée de la bureaucratie du
kremlin
nouvelle oscillation de gorbatchev
déchaînement des forces centrifuges
le kgb, les forces répressives, le corps des
officiers demeurent
questions nationales et révolution politique
pour des congrès ouvriers, paysans, travailleurs
des républiques et de l’union
Nulle
organisation ouvrière révolutionnaire, nul militant ouvrier révolutionnaire — à
plus forte raison lorsqu’ils se réclament de la IVe Internationale et de son
programme — ne pouvaient rester neutres. Compte tenu des rapports sociaux et
politiques existant en URSS, tous ne pouvaient se prononcer que :
pour la défaite inconditionnelle
du coup d’Etat annoncé le lundi 19 août à l’aube, organisé par les chefs du
KGB, de la caste des officiers, de l’appareil du PC de l’URSS regroupés dans ou
derrière le “Comité d’Etat pour l’Etat d’urgence”.
Ils devaient formuler les mots d’ordre suivants :
— Liquidation immédiate : du
KGB ; de toutes les forces répressives ; du corps des
officiers ; du PC de l’URSS, etc...
— Organisation et armement de la classe ouvrière, de la population laborieuse,
de la jeunesse pour faire face aux putschistes et instaurer leur propre ordre.
Pourquoi cette tentative de coup d’Etat ? L’aile de la bureaucratie du
Kremlin qui l’a fomenté voulait rétablir dans son intégrité “l’ordre”
bureaucratique, enserrer, aussi étroitement que du temps de Staline,
Krouchtchev, Brejnev et leurs successeurs, dans un carcan de fer, les
nationalités, la classe ouvrière, la population laborieuse, la jeunesse, les
intellectuels, les artistes, etc..., les écraser à nouveau totalement sous sa
botte sanglante.
Quelques
années après avoir pris le pouvoir en octobre 1917, sous la direction du parti
bolchevik, de Lénine et de Trotsky, le prolétariat soviétique était exsangue.
Quatre années de guerre impérialiste, trois années de guerre civile l’avaient
épuisé, saigné, réduit à sa plus simple expression. La Russie et les pays qui
composaient l’URSS étaient ravagés, leur économie détruite. A la fin et à la
suite de la première guerre mondiale, de nombreux et puissants mouvements
révolutionnaires avaient déferlé en Europe. Tous avaient été battus,
particulièrement en Allemagne. Ce qui restait en URSS de la classe ouvrière
était isolé. Sur le plan international l’URSS était assiégée. C’est dans ces
conditions que s’est formée, développée, renforcée la bureaucratie du Kremlin,
couche sociale parasitaire et contre-révolutionnaire.
«L’autorité bureaucratique a pour base la pauvreté en articles de consommation
et la lutte (de tous) contre tous qui en résulte. Quand il y a assez de
marchandises au magasin, les chalands peuvent venir à tout moment. Quand il y a
peu de marchandises au magasin, les acheteurs sont obligés de faire la queue à
la porte. Sitôt que la queue devient très longue, la présence d’un agent de
police s’impose pour le maintien de l’ordre. Tel est le point de départ. Elle
“sait” à qui donner et qui doit patienter» (Trotsky, “La Révolution
trahie”).
Bien entendu, le gendarme commence par se servir d’abord et à se bien servir.
Au cours des années vingt, la bureaucratie a occupé tous les rouages de l’Etat,
s’est subordonnée le Parti. Elle a chassé du pouvoir la classe ouvrière,
monopolisé le pouvoir politique.
Disposant du monopole du pouvoir politique, la bureaucratie du Kremlin s’est
soumise : l’économie de l’URSS fondée sur les rapports de production établis
à la suite de la révolution d’octobre 1917 (expropriation des capitalistes,
institution de la propriété étatique des moyens de production, planification
économique) ; tous les rouages de la vie sociale (syndicats, associations,
organisations de toutes sortes). Néanmoins : pendant des décennies, pour
déséquilibrée qu’elle ait été, la croissance économique fut gigantesque ;
des dizaines de millions de femmes et d’hommes ont, non seulement appris à lire
et à écrire, mais beaucoup d’entre eux ont accédé à un niveau de culture ;
les sciences et les techniques ont fait de gigantesques bonds en avant ;
etc... Le mérite en revient aux rapports de production constitués à la suite de
la révolution d’octobre. Mais la gestion de l’économie et de toute la vie
sociale par cette bureaucratie, monstrueuse et parasitaire, l’isolement
économique de l’URSS, la course aux armements imposée par l’impérialisme ont
multiplié et poussé au paroxysme les contradictions déjà existantes et en ont
engendré de nouvelles (par exemple : celles qui ont résulté de la mainmise
par la bureaucratie du Kremlin sur la partie est de l’Allemagne et les pays de
l’est de l’Europe), économiques, sociales et politiques qui ne sont pas moins
explosives.
Pendant des décennies, la bureaucratie du Kremlin, les a comprimées en
maintenant et en renforçant sa dictature de fer : par l’assassinat des
dirigeants du Parti Bolchevik du temps de Lénine, dont Zinoviev, Kamenev,
Boukharine et finalement Léon Trotsky ; par la déportation et la liquidation
de dizaines de milliers de combattants de la révolution d’octobre, (les
fantasmagoriques “procès” des années 1934-1938 en ont été les aspects
publics) ; par les répressions de masse (de millions de déportés, de
liquidés physiquement). Staline a été le maître d’œuvre, le grand architecte de
cette répression, ce qui lui valut alors l’admiration délirante et la
soumission sans faille des dirigeants, des appareils, des militants de
l’ensemble des PC dans le monde. La plus grande partie du personnel politique
des différentes bourgeoisies l’a sacré “grand chef d’Etat”.
A la
mort de Staline, les formidables contradictions, comprimées mais croissant
constamment, les énormes pressions contradictoires des prolétariats et des
peuples de l’est de l’Europe, de l’URSS d’un côté et de l’impérialisme de
l’autre, ont secoué les bureaucraties de l’URSS et celles qui lui étaient
satellites. Le mouvement révolutionnaire du prolétariat de la partie est de
l’Europe en juin 1953, la révolution hongroise des conseils de
novembre-décembre 1956, le mouvement révolutionnaire du prolétariat polonais au
cours de l’année 1956, telle a été la première vague mettant en cause le pouvoir
des bureaucraties de l’est de l’Europe. Dans la partie est de l’Allemagne, en
Hongrie, les tanks de la bureaucratie du Kremlin ont noyé dans le sang le
soulèvement de la population laborieuse et de la jeunesse. En Pologne la
pression militaire et les illusions sur les possibilités de réforme de la
bureaucratie l’ont étouffé. Dès 1968, un processus de la dislocation de
l’appareil bureaucratique tchécoslovaque s’est conjugué au déferlement de la
classe ouvrière, de la population laborieuse, de la jeunesse. A nouveau les
tanks de la bureaucratie du Kremlin ont écrasé ce mouvement, l’ont noyé dans le
sang. Mais dès décembre 1970-janvier 1971, la grève générale des ouvriers des
chantiers navals de la Baltique a déferlé. Elle a ébranlé la bureaucratie
polonaise. En 1976 ce furent les mouvements de Radom et d’Ursus. Par ailleurs,
dès 1948 ç’avait été la rupture entre les bureaucraties du Kremlin et
yougoslave. En 1960 cette fois c’était la rupture entre Moscou et Pékin.
Lorsque
le 11 mai 1985 Gorbatchev est élu secrétaire général du PC de l’URSS, en
remplacement de Tchernenko décédé la veille : les contradictions
économiques, sociales et politiques, les pressions contradictoires de la classe
ouvrière, de la population laborieuse, de la jeunesse, des nationalités et de
l’impérialisme ont atteint un point critique ; les impasses, les
distorsions de l’économie de l’URSS dues à sa gestion par la bureaucratie parasitaire,
à son isolement relatif du marché mondial, à la course aux armements, ont
entraîné sa régression. Sa désagrégation menace. Il n’est plus possible à la
bureaucratie du Kremlin de contenir ces contradictions, de résister aux
pressions, de surmonter la menace de désagrégation de l’économie en utilisant
les méthodes de Staline, la répression sanglante de masse ou de les masquer par
“l’immobilisme” à la façon de Brejnev (les deux pouvant être associés).
Gorbatchev a tenté de dénouer cette situation : en faisant d’immenses
concessions à l’impérialisme ; en orientant l’économie de l’URSS vers une
“économie de marché”, c’est-à-dire vers la restauration capitaliste (la
perestroïka) ; en assouplissant la domination politique de la bureaucratie
du Kremlin et en l’adaptant aux exigences de la “pérestroïka” (la
glastnost) ; en acceptant, plutôt de force que de gré, une certaine
“libéralisation” politique limitée.
Mais par les fissures ouvertes dans le système bureaucratique un flot
tumultueux d’événements s’est précipité. Ces fissures sont devenues des brèches
béantes. Gorbatchev s’est efforcé, en vain, de les colmater. Questions des
nationalités, revendications des différentes couches sociales et au premier
chef du prolétariat, mise en cause du passé de la bureaucratie, de ses crimes,
de ses répressions, réhabilitation des victimes des procès de Moscou des années
1934-38, etc... : tout a surgi. En août 1981, la grève générale en
Pologne, la constitution de Solidarnosc ont été le point de départ de l’irruption
qui, après beaucoup de vicissitudes, allait bouleverser ce pays, s’étendre à la
Hongrie, provoquer l’effondrement du mur de Berlin, toucher la Bulgarie,
soulever les masses en Tchécoslovaquie, provoquer la révolution roumaine, faire
exploser les régimes bureaucratiques de la partie est de l’Europe, y compris
celui de Yougoslavie. L’engagement par le prolétariat de la partie est de
l’Allemagne du combat pour la réunification de ce pays, les développements qui
s’en sont suivis, ont porté le coup mortel à la domination par la bureaucratie
du Kremlin, depuis la fin de la IIe guerre mondiale, des pays de la partie est
de l’Europe. L’économie de l’URSS s’est décomposée sous l’effet de la crise
politique et en raison de l’incapacité de Gorbatchev de maintenir l’ancien
système de gestion alors qu’il n’a pu pourtant appliquer vraiment, la
“perestroïka”. Le processus de rupture à l’intérieur de la bureaucratie a pris
de plus en plus d’ampleur. Les oppositions entre les différentes couches de la
bureaucratie, jusqu’en ses sommets, sont devenues de plus en plus âpres,
violentes, brutales. En même temps, l’appareil d’Etat, ses organes, le PC de
l’URSS, son appareil se sont désagrégés.
En
fomentant et en tentant de réaliser leur coup d’Etat, les conjurés du “comité
d’Etat pour l’Etat d’urgence”, situés au sommet de l’Etat (dirigeants du
gouvernement, de l’ensemble des organes répressifs de cet Etat, du KGB, de
l’armée, de la milice, de l’économie, dirigeants du PC de l’URSS) ont tenté de
rétablir dans toute sa brutalité la dictature bureaucratique, l’Etat
totalitaire, donc, au premier chef, de liquider les éléments de liberté conquis,
arrachés, au cours de ces dernières années. La lecture de leur «appel au peuple soviétique : “Notre
grande patrie est menacée d’un danger mortel”» ne laisse aucun doute, s’il
pouvait y en avoir :
«Le pouvoir s’est aliéné la confiance populaire à tous les niveaux. La
politicaillerie a évincé de la vie sociale le souci des destinées de la patrie
et du citoyen. Toutes les institutions d’Etat commencent à être bafouées de
manière venimeuse. De fait le pays est rigoureusement ingouvernable.
Des forces extrémistes ont émergé à la faveur des libertés accordées et ont
foulé aux pieds les premiers germes de la démocratie (sic) afin de liquider l’Union
Soviétique, de démanteler l’Etat et de prendre le pouvoir à tout prix. La
spéculation cynique sur les sentiments nationaux n’est qu’un écran pour
satisfaire des ambitions. Les aventuriers politiques n’ont pas cure des
malheurs vécus actuellement par leurs peuples, ni de leur avenir...
…La crise du pouvoir a eu un impact catastrophique sur l’économie. Le glissement
vers une économie de marché, chaotique et spontanée, a provoqué une explosion
d’égoïsme régional, corporatiste, collectif et personnel. La guerre des lois et
l’encouragement des tendances centrifuges ont enrayé un mécanisme économique
unique, vieux de plusieurs décennies. En conséquence, le niveau de vie de la
plus grande partie des Soviétiques a brusquement chuté, la spéculation et
l’économie parallèle fleurissent. Il est grand temps de dire la vérité à la
population : si des mesures urgentes et énergiques ne sont pas prises pour
stabiliser l’économie, nous ferons inévitablement face, et dans un avenir
proche, à la famine et à un nouvel appauvrissement (...). Ce sont seulement des
gens irresponsables qui peuvent espérer une aide de l’étranger...
... Les institutions démocratiques créées par la volonté du peuple ont perdu, à
nos yeux, prestige et efficacité ; cela résulte des actions délibérées de
ceux qui, en violant grossièrement la loi fondamentale de l’URSS, commettent
pratiquement un coup d’Etat anti-constitutionnel et cherchent à accéder à une
dictature personnelle. Des préfectures, des mairies et d’autres se substituent
de plus en plus souvent, sans s’en cacher aux soviets, élus par le peuple.
… Le pays plonge dans un gouffre de violences et d’arbitraire. La propagande du
sexe et de la violence, mettant en péril la santé et la vie des générations
futures, n’a jamais connu, dans l’histoire du pays, une telle envergure. Des
millions de personnes exigent que des mesures soient prises contre la preuve de
la criminalité et l’immoralité inqualifiable, flagrante. La destabilisation de
la situation politique et économique qui s’aggrave en Union Soviétique
compromet nos positions dans le monde. Des appels à la revanche commencent à
retentir ici et là, on exige de réviser nos frontières. On appelle même à
démembrer l’Union Soviétique et à établir une tutelle internationale sur
certaines entreprises et régions de notre pays. Telle est la réalité amère.»
En même temps, les putschistes laissaient ouverte la porte de la
“pérestroïka” :
«Tout en développant les multiples modes de production dans le domaine de
l’économie nationale, nous soutiendrons également l’entreprise privée en lui
accordant les possibilités nécessaires à son développement.»
Aucune hésitation n’était permise : pour défendre les éléments de libertés
démocratiques, indispensables à la classe ouvrière, à la population laborieuse,
à la jeunesse, pour défendre leurs intérêts, il fallait combattre
inconditionnellement contre le coup d’Etat, contre les putschistes.
Les
gouvernements impérialistes, les hommes politiques bourgeois, la presse ont
feint la surprise. Qu’un coup d’Etat, un putsch se produirait, était pourtant
évident. Seules la date et l’heure pouvaient être ignorées. Il y a déjà un an,
CPS n° 34 en date du 11 septembre 1990 écrivait à propos du 28e congrès du PC
de l’URSS :
«Le 28e congrès a été celui d’un parti déliquescent, qui se déchire, se délite,
comme se déchire et se délite la bureaucratie du Kremlin. La question se
pose : y aura-t-il un 29e congrès du PC de l’URSS ?»
Toutefois, cet article soulignait :
«Certains haut-gradés de la hiérarchie militaire sont allés jusqu’à
affirmer : de toutes les structures de la société, l’armée, la marine sont
par essence et par structure les symboles les plus entiers de l’Etat. Qui veut
détruire l’Etat jusqu’à ses fondements commence par diffamer les forces armées.
Seuls nos cultivés caquetants vont répétant que personne n’a l’intention de
nous attaquer. C’est une idée faite pour les simples d’esprit. L’armée est la
structure sociale la moins défendue de la société, celle qui a été la plus
sacrifiée, lorsqu’elle couvrait de son corps les réacteurs mortifères de
Tchernobyl, mourait dans le Karabakh et au-delà de l’Indoukouch (Afghanistan).»
Le n° 37 de CPS en date du 18 avril 1991 rappelait :
«Depuis octobre 1990 l’axe du pouvoir à la tête duquel est Gorbatchev s’est
déplacé. Confronté à l’accentuation des crises économique, sociale et
politique, il ne pouvait y faire face en s’appuyant sur le centre de la
bureaucratie et sur son aile “réformatrice” en raison de leur hétérogénéité, de
leur division, de leur impuissance. Le programme des cinq cents jours le
contraignait à affronter directement les masses. Il a dû y renoncer. Et alors
que dans les mois précédents il avait porté, notamment en juillet au 28e
congrès, de durs coups à l’aile “conservatrice” de la bureaucratie, à
l’appareil d’Etat et du parti, il en est venu à s’appuyer sur elles : sur
le KGB, la caste des officiers, l’appareil de l’Etat et le parti plus ou moins
disloqués.
Le 13 novembre, il s’adressait à 1000 officiers réunis au Kremlin. Il leur aurait
dit (la réunion s’est déroulée à huis clos) que l’intégrité de l’URSS était «la
dernière tranchée à défendre». “Sovietskaïa Rossia” du 14 novembre publiait un article signé du
maréchal Serguei Akhromeyev, qui n’occupe plus d’importantes fonctions militaires.
Il écrivait :
«La lutte politique est en train de s’aggraver... Les éléments séparatistes
ébranlent toujours plus la structure fédérale de l’Etat... L’armée fait l’objet
d’un pilonnage acharné... Si la Constitution se trouvait bafouée et que les séparatistes
ou d’autres forces anti-socialistes essayaient de démembrer notre pays ou de
changer son système social, les forces armées, sur la décision du soviet
suprême et du président de l’URSS pourraient être utilisées... Le temps est
venu de protéger notre Etat fédéral socialiste.»
Gorbatchev nommait à la tête du ministère de l’Intérieur un de ses proches
assisté d’un militaire réputé à poigne, le général Gromov. Le KGB était chargé
de la distribution de l’aide alimentaire qu’alors les pays capitalistes
européens commençaient à envoyer en URSS. Le nouveau chef du KGB, Vladimir
Krioutchkov accusait, dans un discours prononcé le 11 décembre à la télévision,
les «groupes extrémistes radicaux» d’être soutenus «moralement et politiquement par
l’étranger» (...)
«Le
KGB a fait son choix, celui de défendre la patrie socialiste». Il s’opposera «par tous
les moyens à sa disposition (aux) forces anti-communistes qui luttent pour le
pouvoir par des moyens anti-démocratiques.»
La session de décembre du “Congrès des députés du peuple” a marqué une étape de
ce réaxage de la direction de l’Etat fédéral, avec la démission de Chavardnazé
dénonçant «l’approche de la dictature», les révisions de la constitution, la
désignation d’un vice-président, etc. (voir le n° 36 de CPS) et aussi
l’opportune crise cardiaque de l’ancien premier ministre Rijkov.
La constitution du nouveau gouvernement a été longue puisqu’elle n’a été
terminée que le 25 février 1991. Pavlov est devenu premier ministre. Ancien
président du comité d’Etat aux prix, il s’est toujours rangé du côté des
“conservateurs”. Boris Pougo, nouveau ministre de l’Intérieur, a été le
dirigeant du KGB en Lettonie. Il est doublé par l’ancien commandant en chef des
troupes du Kremlin en Afghanistan.
(…) L’audiovisuel
a été l’objet d’une reprise en main. Début novembre, Gorbatchev a nommé
Kravtchenkov, qui a dirigé pendant deux ans la Pravda, à la direction du
“comité d’Etat pour la télévision et la radio”. Sa tâche consiste à normaliser
l’audiovisuel.
En même temps, les “conseillers libéraux” de Gorbatchev étaient éliminés ou
démissionnaient : Youri Ossipian, membre de l’ancien conseil
présidentiel ; Léonid Albakine, ancien vice-président, ministre du
gouvernement Rijkov qui était chargé de la réforme économique ; Stéphan Sitarian
également vice-premier ministre du gouvernement Rijkov ; Nicolaï Pétrakov
et Stanislas Chataline, conseillers économiques de l’ancien conseil
présidentiel en ont démissionné pour protester.
Le nouveau cours s’est manifesté, entre autre, dans la tentative de mettre au
pas les Républiques baltes par des moyens militaires, à l’appel de soi-disant
comités de salut public (voir CPS n° 36). Un décret publié le 25 janvier créait
“pour assurer l’ordre” des patrouilles mixtes qui devaient parcourir les grandes
villes. Le 29 janvier un autre décret autorisait le KGB et les organes du
ministère de l’Intérieur à enquêter directement auprès des entreprises et des
banques pour lutter contre l’économie souterraine. Ils étaient également
autorisés à perquisitionner dans ces établissements.»
Mais ce réaxage du pouvoir s’est heurté à de puissantes réactions des masses.
Le dimanche 20 janvier, une puissante manifestation se déroulait à Moscou dont
le mot d’ordre était : “Aujourd’hui
la Lituanie, demain la Russie”. L’agence officielle Tass annonçait :
300 000 manifestants, les organisateurs en annonçaient 500 000. A la
suite de cette manifestation, Gorbatchev, le KGB, les officiers assouplissaient
leur attitude à l’égard des Etats baltes. Le référendum du 17 mars 1991, portant
sur le maintien de l’URSS, avait été conçu ainsi qu’un plébiscite. De ce point
de vue ce fut un échec. Du 1er mars à la mi-mai, des centaines de milliers de
mineurs se mettaient en grève pour leurs revendications, mais ils exigeaient
aussi le départ de Gorbatchev de la présidence de l’URSS.
Le 9
avril, Gorbatchev soumettait au Conseil de la Fédération un plan ‘anti-crise”.
Il était repoussé. Nouvelle embardée de Gorbatchev, cette fois vers les
“réformistes” : le 24 avril il concluait avec Boris Eltsine un accord
politique, ce dernier acceptant le “plan” anti-crise. Le 12 juin, Eltsine était
élu au suffrage universel, président de la République de Russie. Ensuite,
Gorbatchev réclamait aux sept plus grandes puissances impérialistes une aide
financière et économique considérable (on parle de 100 milliards de dollars).
Le 17 juillet, il participait au G7 de Londres. En réponse à ses demandes, les
gouvernements des grandes puissances capitalistes lui soumettaient leurs
exigences : l’URSS pourrait devenir membre associé du FMI et de la Banque
mondiale ; elle aurait droit à tous leurs services... sauf à des crédits ;
elle devrait pratiquer une politique de resserrement macro-économique, de
limitation des crédits militaires, s’engager quant aux flux d’échanges avec les
pays de l’est de l’Europe ; régler harmonieusement les relations entre les
Républiques et le Kremlin, avoir une attitude conciliante vis à vis des Etats
baltes. L’aide serait alors accordée au coup par coup. Le 20 juillet, Boris
Eltsine signait un décret qui interdisait :
«l’activité des structures organisationnelles des partis politiques (en
l’occurrence du PC) et des mouvements sociaux dans les organes, les
administrations d’Etat de la fédération de Russie.»
Au plénum du Comité Central des 25 et 26 juillet, Gorbatchev proposait que le
PC de l’URSS adopte un nouveau programme qui abandonnerait le “concept” de la
lutte des classes ; se rallierait officiellement aux “principes”
social-démocrates et en conséquence le nom du parti changerait. Un congrès
extraordinaire, réuni avant la fin de l’année, ratifierait ce programme. Enfin,
le traité sur l’”Union des Républiques
Souveraines” était amendé. Tout en maintenant l’URSS en tant qu’Etat
souverain, il faisait une place importante, au sein de l’Union, aux
gouvernements des Républiques. Les gouvernements de neuf Républiques sur quinze
étaient prêts à le ratifier au cours d’une cérémonie qui devait avoir lieu le
20 août. Les six autres continuaient à le rejeter car, selon eux, il signifiait
le maintien de la subordination des Républiques à l’Union. De leur côté, les
“conservateurs” considéraient qu’il engageait le processus de la dislocation de
l’URSS et était donc inacceptable.
Pour
les “conservateurs” qui détenaient les principaux postes gouvernementaux et de direction
de l’Etat, la coupe était pleine. Pavlov, chef du gouvernement, demandait au
“parlement” de l’URSS des pouvoirs spéciaux qui devaient contre-balancer ceux
dont disposaient Gorbatchev. Il était soutenu par le maréchal Iazov,
Krioutchkov, Pougo. Le “parlement” repoussait cette demande. Le 28 juillet,
Iakovlev démissionnait de son poste de conseiller de Gorbatchev. Menacé d’être
exclu du PC de l’URSS, il en démissionnait le 16 août. Dans une déclaration, il
écrivait :
«Je voudrais prévenir la société qu'un groupuscule stalinien influent s’est
formé au sein du noyau dirigeant du parti, qui se prononce contre le cours
politique de 1985... La direction du parti, en dépit de ses déclarations,
élimine l’aile démocratique et prépare une revanche sociale, un coup d’Etat et
une prise de pouvoir au sein du parti.»
Le même jour, “L’Etoile rouge” publiait un sévère avertissement du comité du
parti des forces armées aux “forces
anti-communistes (qui) attaquent ouvertement le PCUS”. On y lisait :
«Les agressions contre l’armée ne cessent pas, ainsi que les tentatives de
faire éclater l’armée en unités nationales (...). On fait croire à la société
que l’Etat est en totale sécurité et que les forces armées sont inutiles. Nous
vous appelons, communistes des forces armées, à consolider l’unité dans les
rangs du parti et à empêcher une scission du PCUS.
(…) C’est de nous, les communistes de l’armée que dépend en grande partie la
destinée de notre pays et de ses forces armées. Notre devoir en tant que
communistes et citoyens est d’être des patriotes internationalistes et de
confirmer les idées de Lénine sur la défense de la patrie socialiste.»
Les forces armées soviétiques doivent, conclut l’appel, restée “stables et unifiées”, continuer à
représenter “un soutien solide pour le
président et le soviet suprême” et assurer la population que “l’armée reste le garant de l’indépendance
de notre grande puissance”. (d’après l’AFP et l’agence Tass). Le membre de
phrase sur le “président” et le “soviet suprême” n’était qu’une feuille de
vigne.
Le
lundi 19 août au matin, le “Comité d’Etat pour l’Etat d’urgence” annonçait sa
tentative de coup d’Etat. Il était composé de Ianaev, vice-président de l’URSS,
de Valentin Pavlov, premier ministre, Vladimir Krioutchkov, chef du KGB, Oleg
Baklanov, vice-président du Conseil de défense, Boris Pougo, ministre de
l’intérieur, Iazov, maréchal et ministre de la défense, Staroudoubtsev,
président de l’Union des paysans de l’URSS, Tiziakov, président de
l’Association des entreprises d’Etat. Gorbatchev était destitué et Ianaev
assurait les fonctions de président de l’URSS.
Comme tout coup d’Etat, celui des conjurés du “Comité d’Etat pour l’Etat
d’urgence” était un coup de poker. Compte tenu de l’évolution de la situation
en URSS, des rapports entre l’URSS et les puissances impérialistes, ils
n’avaient pas le choix, il leur fallait abattre leurs cartes. Les principales
de celles-ci étaient précisément la politique louvoyante, d’équilibre à bascule
entre les différentes couches de la bureaucratie, menée depuis des années par
Gorbatchev et son impopularité criante parmi les masses de l’URSS. Mais leurs
cartes se sont révélées être faibles, c’est d’ailleurs pourquoi ils ont mal
joué. Le PC de l’URSS était en pleine décomposition. L’armée, loin d’être un
corps homogène, était elle-même la proie des antagonismes et contradictions qui
déchirent l’URSS. Le KGB était également profondément atteint. La tentative de
mettre en œuvre les dispositions qu’exigent tout coup d’Etat a révélé à quel
point les superstructures, les organes, les corps de l’Etat bureaucratique,
étaient atteints, paralysés, gangrénés, y compris les forces répressives, le
KGB, les cadres de l’armée.
La classe ouvrière, la grande masse des travailleurs sont restées dans
l’expectative. Dans leur ensemble, elles n’ont pas répondu à l’appel à la grève
générale lancé, dès le matin du 20 août par Boris Eltsine. La responsabilité en
revient à Gorbatchev : les prolétaires n’avaient nulle envie de défendre
celui qu’ils considéraient comme étant responsable de leur situation matérielle
désastreuse. Boris Eltsine leur était suspect : n’est-il pas partisan du
libéralisme sans frein ? N’a-t-il pas pactisé avec Gorbatchev pour faire
cesser les grèves du printemps 1991 ? Pourtant, la plus grande partie du
corps des officiers, des chefs du KGB, des forces répressives, avaient une peur
bleue que s’ils exécutaient les ordres des putschistes, s’ils faisaient
intervenir leurs unités, la classe ouvrière, la population laborieuse, les
nationalités s’ébranlent et engagent le combat. C’est pourquoi (Boris Eltsine
ayant appelé à la désobéissance civique, les “réformateurs” engageant la
résistance suivis d’une partie de la population), ils n’ont pas exécuté les
ordres des putschistes et que le coup d’Etat à foiré.
Le coup
d’Etat a lamentablement échoué. Les putschistes ont été arrêtés. Certains se
sont suicidés. Gorbatchev a repris, sous la haute protection de Boris Eltsine,
ses fonctions de président de l’URSS. Il a fait son “autocritique” devant le
“soviet suprême de la République de Russie”. En République de Russie, le PC a
été “suspendu”, sa presse et ses activités interdites, son siège occupé et ses
archives saisies par décision du “soviet suprême” (encore appelé “parlement”)
de Russie. Le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau a été descendu.
A sa place a été hissé le drapeau de la Russie, mais qui est aussi le drapeau
de la Russie des tsars. En de nombreuses Républiques, le PC a été interdit. Par
décision du gouvernement de Russie, le siège du KGB a été occupé, les archives
saisies. Les statues de Derjinski et de Sverdlov ont été déboulonnées. Dans
certaines Républiques, celles de Lénine l’ont été également. La boue
réactionnaire des popes et des nostalgiques des tsars s’est répandue dans
Moscou. Gorbatchev a démissionné de son poste de président du PC de l’URSS. Il
a intimé au CC d’avoir à se dissoudre. Eltsine et les “réformateurs”
apparaissent comme étant politiquement les grands vainqueurs. Nombre de
fonctions exercées jusqu’alors par le pouvoir central et concernant l’URSS dans
son ensemble ont été accaparées par le gouvernement de la République de Russie.
Le nouveau gouvernement devrait être dirigé par un “réformateur” et composé de
“réformateurs”. Les réformes pro-capitalistes devraient être désormais
appliquées à une vitesse grand “V”. Après s’être convaincues que le putsch
n’avait aucune chance de réussite, les puissances impérialistes ont appuyé de
tous leurs moyens Eltsine et les “réformateurs” dont elles exigent qu’ils
satisfassent leurs “revendications”.
Mais le contre coup du putsch, son échec ont tout ébranlé en URSS et ébranlé
l’URSS elle-même, déchaîné les forces centrifuges, libéré les forces sociales
et politiques les plus contradictoires. Une partie importante du prolétariat de
Moscou a commencé à sortir dans la rue en participant aux obsèques des victimes
du putsch qui ont été suivies par des centaines de milliers de personnes.
L’ébranlement de l’appareil d’Etat, les brèches qui s’y sont ouvertes, la
liquidation des cellules du PC de l’URSS dans l’administration, l’appareil économique,
les entreprises, ouvrent de nouvelles possibilités à la classe ouvrière, à la
population laborieuse, à la jeunesse. Dans l’armée, différenciations sociales,
politiques, nationales vont s’accentuer et agir ainsi que des ferments de sa
décomposition que la suppression des cellules du PC de l’URSS accroîtra
également. Déjà, sept des quinze Républiques ont proclamé leur indépendance.
L’accélération des réformes pro-capitalistes, l’ouverture des frontières à la
pénétration économique et financière des puissances impérialistes, la crise
politique vont porter à leur paroxysme la crise et la désintégration économique
et générer des mouvements que la grève des mineurs a annoncés et par rapport
auxquels elle n’aura été qu’un simple avertissement, une esquisse.
Eltsine,
les “réformateurs” ont été des composantes de la bureaucratie du Kremlin à
laquelle Gorbatchev reste lié. Ce sont les partisans les plus acharnés et les
plus décidés de la restauration capitaliste, de la pénétration des marchandises
et des capitaux impérialistes en URSS, en Russie, dans les Républiques. Ce sont
les agents directs des puissances impérialistes, notamment de l’impérialisme
américain. Il ne faut pas s’y tromper : s’ils “épurent” l’appareil d’Etat,
ses organes, le KGB, le corps des officiers, les forces répressives, en aucun
cas ils n’entendent les détruire, les liquider. Ils veulent en faire leurs
dociles instruments du “maintien de l’ordre” contre les masses et de
l’application de leur politique restaurationniste. Eltsine vient de montrer le
bout de l’oreille : en menaçant les Républiques qui ne signeraient pas le
“traité de l’Union” et notamment l’Ukraine, d’exiger d’elles des rectifications
de frontières ; en faisant de la Russie la maîtresse des réserves d’or et
de devises de l’URSS. Il s’est révélé être un nationaliste chauvin grand russe,
se situant dans la tradition de l’empire tsariste. Gorbatchev, appuyé par
Eltsine, veut maintenir le carcan que représente pour les peuples de l’Union,
l’URSS actuelle. Gorbatchev veut même maintenir le PC de l’URSS. Au cours des
inéluctables affrontements sociaux et politique à venir, il se pourrait que ce
soit eux qui deviennent les “putschistes” restaurant le carcan politique et
policier hérité du régime bureaucratique. De plus, si le KGB, les forces
répressives, le corps des officiers, etc... sont durement éprouvés,
déliquescents, ils ne sont pas morts. Le chaos politique, les impasses
sociales, économiques, nationales peuvent leur permettre de se regrouper, de se
réorganiser, de se revitaliser et de préparer de nouvelles tentatives de coups
d’Etat.
Plus que jamais, les mots d’ordre suivants doivent être avancés :
l
Liquidation immédiate du KGB, de toutes
les forces répressives, du corps des officiers, du PC de l’URSS, etc...
l Organisation et armement de la classe ouvrière, de la population laborieuse,
de la jeunesse pour éliminer toute possibilité de putsch, assurer leur propre
ordre.
Une des
résolutions adoptées à la Ve Conférence du “Comité pour la Construction du
Parti Ouvrier Révolutionnaire (la reconstruction de la IVe Internationale)”
(2-3-4 juin 1990) expliquait :
«L’un des legs de la bureaucratie du Kremlin sera vraisemblablement d’avoir
provoqué, par sa politique d’oppression et de spoliation, la dislocation de
l’URSS... La défense des rapports de production issus de la révolution
d’octobre ne s’identifie pas strictement à tout moment à la défense de l’espace
et à la structure politique de l’URSS actuelle. On ne peut défendre contre les
masses ces rapports de production mais seulement avec elles et le processus de
l’éclatement de l’URSS actuelle est engagé par le mouvement des masses... Tout
en se prononçant pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, en
combattant avec ces peuples lorsqu’ils engagent la lutte pour leurs droits
nationaux et l’indépendance nationale, des sections de la IVe Internationale
dans ces pays auraient à défendre le programme de la révolution politique ainsi
que le concevait Trotsky. Il écrivait, par exemple, en ce qui concerne
l’Ukraine : “Mais l’indépendance d’une Ukraine unifiée signifierait la
séparation de l’Ukraine de l’URSS, vont s’écrier en chœur les “amis” du
Kremlin. Qu’y-a-t-il de si terrible ? Répondrons-nous. L’adoration des
frontières des Etats nous est totalement étrangère. Nous ne soutenons pas la
thèse d’un tout “un et indivisible””.
Et encore : “Il est évident qu’une Ukraine ouvrière et paysanne
indépendante pourrait ultérieurement rejoindre la fédération soviétique, mais
de sa propre volonté, à des conditions qu’elle jugerait acceptables ce qui
présuppose à son tour la régénérescence révolutionnaire de l’URSS”.
Trotsky spécifie que l’indépendance nationale ne peut être pleinement acquise
qu’en opposition et contre l’impérialisme et qu’en conséquence seul le
prolétariat peut mener jusqu’au bout, dans les pays soumis à la bureaucratie du
Kremlin, la lutte pour l’indépendance, cela contre les agents de l’impérialisme
et les forces sociales et politiques bourgeoises et pro-bourgeoises. Les
sections de la IVe Internationale doivent participer à tout combat réel pour
l’indépendance nationale que mènent les peuples de l’URSS contre la
bureaucratie du Kremlin. Mais quels que soient les pas en avant que pourraient
faire sur cette voie les directions nationalistes liées à l’impérialisme et
pro-bourgeoises, jamais les sections de la IVe Internationale ne doivent se
confondre avec ces directions. Dans la lutte pour l’indépendance nationale de
tel ou tel pays actuellement membre de l’URSS, il peut devenir nécessaire de
lancer le mot d’ordre d’une Assemblée Nationale souveraine élue au suffrage
universel. Mais, même dans ce cas, le prolétariat, force motrice du combat, ne
peut renoncer à ses revendications, à ses formes de lutte, à ses formes
d’organisations, syndicats, partis, soviets.
Trotsky conclut : “Pas le moindre compromis avec l’impérialisme qu’il soit
fasciste ou démocratique ! Pas la moindre concession aux nationalistes
ukrainiens, qu’ils soient réactionnaires-cléricaux, ou pacifistes libéraux. Pas
de “Fronts populaires”. Indépendance totale du parti prolétarien en tant
qu’avant-garde des travailleurs”.»
Les conséquences de l’échec du coup d’Etat confirme pleinement cette
appréciation et cette orientation. En quelques jours, sept des quinze
Républiques ont proclamé leur indépendance : la Lituanie, la Lettonie,
l’Estonie, l’Ukraine, la Moldavie, la Biélorussie, la Géorgie. Seulement cinq
Républiques n’ont pas encore dénoncé le projet de “traité de l’union”. Mais les
trois Républiques baltes sont engagées par leurs gouvernements à vive allure
sur la voie de la réintégration dans le système impérialiste et la restauration
capitaliste. Les dirigeants de la Moldavie veulent la réintégrer à la Roumanie
dont elle a été arbitrairement coupée par la bureaucratie du Kremlin. Les
dirigeants des autres Républiques, celles sont l’indépendance a été proclamée
et celles où elle n’est pas loin de l’être, sont également orientés vers la
restauration capitaliste, la porte ouverte à la pénétration des marchandises
des pays capitalistes dominants, la soumission aux puissances impérialistes et
à leurs organismes internationaux. Les structures de ces Etats intègrent les
structures locales du vieil appareil bureaucratie de l’URSS, des forces de
répression, du KGB, etc... Le personnel politique qui dirige ces nouveaux Etats
est le plus souvent issu de la vieille bureaucratie, du PC de l’URSS et de
toute façon il est pro et néo-bourgeois. Pour toutes les Républiques de l’Etat
de l’URSS en décomposition vaut ce que Trotsky écrivait à propos de l’Ukraine.
Par conséquence, dans toutes les Républiques les morts d’ordre, ci-dessus
rappelés, sont indispensables.
La
situation économique dramatique et qui va encore s’aggraver, fait peser la
menace de la famine, du froid, de la mort, cet hiver, sur des millions
d’ouvriers, de paysans, de travailleurs de diverses couches sociales. La
restauration capitaliste, la subordination à l’impérialisme, vont provoquer la
privatisation, la liquidation de milliers et de milliers d’entreprises, le
chômage et la misère noire pour des millions et des millions de travailleurs,
ouvriers et paysans. La classe ouvrière, la population laborieuse, la jeunesse
useront des libertés existantes de fait pour se regrouper, s’organiser, combattre.
Il n’y a d’issue pour elles que si “la
lutte pour la liberté des syndicats et des comités d’usines, pour la liberté de
réunion et de la presse, se développe en lutte pour la renaissance et
l’épanouissement de la démocratie soviétique”.
A l’orientation de destruction de la propriété étatique, de liquidation des
entreprises, de réintroduction du mode de production capitaliste, de chômage
massif, de la misère et de la faim, il faut opposer celle : de la
satisfaction des revendications des ouvriers, des travailleurs des différentes
couches productrices, de la jeunesse ; de la garantie de l’emploi et du
pouvoir d’achat. Ce n’est possible que si l’économie est arrachée des mains des
liquidateurs, des agents de la restauration capitaliste, des néo-bourgeois et
aspirants bourgeois provenant de la bureaucratie et est placée sous le contrôle
du prolétariat. Mais pour cela il faut que le pouvoir politique soit repris par
la classe ouvrière s’appuyant sur toutes les couches de producteurs.
Dans chaque République et à l’échelle de l’Union, l’organisation et la tenue de
congrès d’ouvriers, de paysans, de producteurs sont indispensables. Ils auront
à répondre aux questions qui se posent au prolétariat : de la gestion de
l’économie et de son orientation, à la liquidation des organes et corps de
l’Etat hérités du pouvoir bureaucratique et dirigés par des néo et
pro-bourgeois ; aux rapports entre les Républiques ; à la question du
pouvoir. Particulièrement urgente est la revendication du contrôle des ouvriers,
des paysans, des producteurs sur les stocks, les moyens de consommation, les
moyens de production, la production, la distribution, pour l’élaboration et la
réalisation d’un plan économique correspondant aux moyens économiques et aux
besoins des masses.
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v v
Tel est
l’essentiel des réponses politiques que la situation existant en URSS et dans
les Républiques exige d’urgence. Mais pour les formuler, les projeter dans la
lutte politique, il faudrait que se constitue en URSS un parti de la IVe
Internationale, parti qui se construirait au cours du combat. En l’absence de
ce parti, les convulsions politiques seront longues, douloureuses et
dangereuses...
Le 29/08/1991