Editorial de C.P.S Nouvelle série n°31 (n°113) – 12 janvier 2008
La leçon essentielle de la défaite subie sur les régimes spéciaux
Pour stopper la nouvelle vague des « réformes » Sarkozy:
Briser la collaboration des appareils syndicaux avec le gouvernement
Pour le gouvernement et la bourgeoisie, une importante victoire politique
22 novembre 2007. Après plusieurs tentatives repoussées par la détermination des agents en grève, les appareils syndicaux, CGT en tête, parviennent à faire voter la reprise du travail dans la plupart des dépôts SNCF après neuf jours de grève. Les régimes spéciaux de retraite sont condamnés, et s’ouvrent des « négociations tripartites » présentées comme une « avancée » par les bureaucrates syndicaux, alors que le gouvernement en avait accepté le principe avant même que la grève ne s’engage, et que les cheminots et agents de la RATP les avaient rejetées.
Avant de s’envoler pour la Chine au compte des intérêts des grands groupes capitalistes français, Sarkozy exulte : « cette réforme, je l’ai promise je l’ai tenue ». Trois jours plus tard, la « coordination » étudiante vole en éclats, et la direction de l’Unef porte un coup fatal au mouvement engagé sur les universités contre la loi Sarkozy-Fillon-Pécresse instaurant l’autonomie des universités.
Nous avons eu l’occasion de souligner dans les numéros précédents de CPS l’importance politique pour le gouvernement d’offrir à la bourgeoisie l’occasion de prendre sa revanche sur les catégories qui lui avaient infligé ces dernières années des échecs sur le terrain direct de la lutte des classes : les cheminots et agents de la RATP, ainsi que les étudiants.
Il s’agissait d’abord politiquement de transformer l’essai de la victoire électorale de Sarkozy en faisant rentrer dans le rang les fortes têtes du prolétariat et de la jeunesse.
C’est à cette aune qu’il faut apprécier la victoire remportée par le gouvernement grâce à la politique des appareils syndicaux, victoire complétée par l’instauration, au premier janvier, du « service garanti » dans les transports.
Cette victoire ouvre un boulevard aux contre-réformes nécessaires aux capitalistes français, à commencer par l’allongement de la durée de cotisation à 41 annuités.
Le 10 décembre, Fillon résume dans Les Echos : « 2008 verra l’engagement des principales réformes sociales ».
En effet : dès le 29 novembre, Sarkozy intervient sur les télévisions. Il annonce les premiers éléments d’une nouvelle accélération de sa politique, de la « nouvelle étape de réformes de civilisation (sic !-Ndlr) » qui « touchent à l’essentiel », pour reprendre les termes qu’il emploiera lors de ses vœux du 31 décembre. Il met au centre de ses préoccupations la question de la durée légale du travail. Et il décide la tenue d’une « conférence sociale » intégrant les directions confédérales, pour « faire ensemble l'agenda social de 2008, les grandes réformes que nous allons mettre en œuvre ».
Sarkozy-Fillon accélèrent : la liquidation de toute durée légale du travail mise à l’ordre du jour
Dès le 29 novembre, sous couvert de « pouvoir d’achat », Sarkozy annonce une série de mesures qui convergent toutes vers un objectif : en finir avec la durée légale du travail, l’allonger sans limite.
En effet, quelles sont les mesures-phares annoncées ? Lier les accords pour les augmentations salariales à … « l’exonération des 35 heures », ce qui signifie pratiquement l’arrêt de la rémunération des heures supplémentaires comme telles, donc…conditionner les hausses de salaire à la baisse du prix de la force de travail! Autres mesures : l’élargissement du travail le dimanche (avec ses conséquences sociales catastrophiques sur les familles des employés), ou, dans la fonction publique, la « monétisation des RTT » qui revient là encore à un allongement de facto du temps de travail.
Quant au « pouvoir d’achat » proprement dit, une mesure frappe : l’annonce de l’indexation des loyers non plus sur l’indice de la construction, mais sur l’inflation… au moment même où cette dernière, dans la plupart des pays capitalistes dominants, remonte significativement !
Pour le prolétariat, la question des salaires est de plus en plus brûlante, comme l’indiquent par exemple les grèves répétées dans le secteur privé sur cette question. La réponse ouvrière, c’est le rattrapage inconditionnel de ce pouvoir d’achat perdu, l’augmentation générale des salaires et leur indexation sur l’inflation réelle (contrôlée par les organisations syndicales), le blocage des prix des loyers, des produits de première nécessité, des carburants. En d’autres termes : aux capitalistes de payer ! Voilà ce que devraient défendre les organisations du mouvement ouvrier.
Pour Sarkozy, au contraire, ce sont aux travailleurs de payer, et son discours, appuyé sur sa victoire sur la question de régimes spéciaux, est un encouragement clair au patronat à intensifier l’exploitation.
Message reçu 5/5 par la direction de Continental, laquelle fait ratifier par un référendum cousu main un allongement de la durée hebdomadaire moyenne du travail à 40 heures dans son usine de Sarreguemines. Mais les heures au delà de là 35ème (en moyenne, dans le cadre de la flexibilité instaurée par les lois Aubry) sont encore considérées comme des heures supplémentaires… C’est pour faire sauter cet ultime verrou, après les lois successives d’aménagement de l’ARTT que Fillon a adressé le 26 décembre un courrier aux directions syndicales.
Il leur demande, pour le 31 mars (c’est-à-dire au lendemain des municipales), de lui faire des propositions visant à renvoyer aux accords d’entreprise le « seuil de déclenchement des heures supplémentaires », « leur taux de rémunération », et ouvrant même la voie à un « accord direct » individuel entre chaque salarié et son patron « en matière de durée du travail ». On a bien lu : si chaque entreprise peut déterminer le seuil de déclenchement des heures supplémentaires, alors c’est qu’il n’existe plus de durée légale du travail nationale… voire de durée légale tout court si chaque salarié est amené à « négocier » (on imagine en quelle position de faiblesse) directement cette question avec son patron. C’est en ce sens que Fillon lie dans son courrier la question du temps de travail avec celle de la « représentativité syndicale », dont la modification doit servir de levier poussant les organisations syndicales à ratifier de tels accords locaux.
L’objectif fixé à ces « négociations » est donc bien de liquider purement et simplement toute référence nationale, tout point d’appui collectif du prolétariat en matière de temps de travail! Or, cette initiative fait directement suite à la conférence sociale organisée par Sarkozy (Fillon justifie en effet sa lettre de mission ainsi « au vu de nos entretiens du 19 décembre et compte-tenu du fait que vous allez enfin ouvrir des discussions à ce sujet»).
La réaction de la direction CGT est glaçante. Une dépêche Reuters du 5 janvier rapporte :
« Pour Jean-Christophe Le Duigou, l'agenda de Nicolas Sarkozy, qui veut par exemple que les partenaires sociaux concluent en trois mois sur la question du temps de travail, "est intenable".
"Il faut laisser le temps au débat social de se développer, que les gens s'approprient le contenu des réformes", dit-il.
"Sinon, il va y avoir une réaction du type 'on veut passer en force d'en haut' et ce qui est au crédit du président, son volontarisme politique, peut facilement se retourner. On irait alors sans doute à des formes de confrontation sociale".
Il s’agit bel et bien d’un accord de principe, s’inscrivant dans la continuité de ce qu’a signifié la participation des directions confédérales CGT et FO à la conférence du 19 décembre.
« Agenda
2008 » : un nouveau cran dans l’association des directions syndicales
à la politique du gouvernement
Dans son discours introductif lors de cette réunion du 19 décembre, Sarkozy précisait l’importance qu’il donnait à celle-ci dans les termes suivants :
« Le but de cette réunion est d’élaborer en commun l’agenda social des mois à venir. C’est la première fois qu’une telle procédure est utilisée (…)
Vous connaissez mes objectifs (…) ma volonté de changement est sans failles (…)
Ce que je vous propose est très simple : sur chaque thème de réforme, qu’il soit à l’initiative du gouvernement ou des partenaires sociaux [du Medef- Ndlr], nous allons décider ensemble de la voie la plus efficace et le calendrier le meilleur pour le traiter. »
Aucun faux-semblant : c’est un discours invitant les « partenaires sociaux », donc les directions confédérales CGT et FO au premier chef, à mettre en œuvre elles-mêmes la politique du gouvernement !
Or, ces dernières se sont totalement inscrites dans cette perspective, demandant même, comme Mailly, que d’autres points soient ajoutés à cet « agenda », comme on rajoute des condiments à un plat immangeable pour en masquer le goût. Thibault s’est même félicité de « la prise de conscience, que toute réforme devait s’accompagner d’un processus de concertation voire de négociation». Commentaire de Michel Noblecourt dans Le Monde du 25 décembre : « les syndicats veulent démontrer leur aptitude à négocier des compromis. »
Cette conférence doit être suivie d’une autre du même genre, courant janvier, sur les questions de la protection sociale et des retraites, domaine dans lequel le gouvernement, appuyé sur le rapport du C.O.R. où siègent les dirigeants syndicaux CGT FO ou FSU, a déjà annoncé comme irrémédiable l’allongement à 41 annuités dans des délais rapprochés.
A noter également au programme de « l’agenda 2008 » une question qui a une grande importance : la réforme de la représentativité syndicale (qui inquiète grandement la direction confédérale FO, on s’en doute), et aussi du financement des organisations syndicales (et patronales), dont les comptes seraient soumis au contrôle de l’Etat en échange d’un financement public accru. C’est un levier fort pour amener les appareils à s’impliquer davantage dans la mise en œuvre des plans de Sarkozy-Fillon, à franchir un nouveau pas dans leur dégénérescence.
Une première échéance de « l’agenda 2008 » : la mise en pièces du contrat de travail
Sarkozy a donné, on l’a vu, trois mois aux directions confédérales pour concocter avec le patronat un accord pour lacérer la définition légale, collective, du temps de travail. Trois mois (plus quinze jours que Sarkozy a généreusement concédés le 19 décembre, en annonçant un projet de loi pour le mois de février), c’est également le temps qu’il a fallu au patronat et aux directions confédérales pour arriver au terme des négociations sur la question du contrat de travail.
Le 23 novembre, à l’issue d’une nouvelle séance de négociations se tenant au moment de la liquidation de la grève cheminote, Cathy Kopp, chef de la délégation patronale en remplacement au pied levé de Gauthier-Sauvagnac, pris dans les remous liés aux fonds secrets de l’UIMM, annonçait un « avant-projet d’accord dont l’architecture convient aux organisations syndicales ».
Ce projet, précisé par un texte « paritaire » la séance du 7 décembre, fait droit aux principales revendications patronales en matière de flexibilité : le doublement de la période d’essai (jusqu’à 6 mois pour les ouvriers et un an pour les cadres), la création d’un « contrat de mission », « à rupture précausée », contrat précaire durant plusieurs années ; et enfin pour en rester à l’essentiel l’instauration de la « séparation à l’amiable », laquelle signifiera immanquablement le « licenciement express » aux conditions du patron.
Challenges du 3 janvier relate des réactions significatives: « Laurence Parisot, présidente du Medef, se réjouit : «C'est un changement énorme de leur part d'accepter de discuter des modalités de séparation à l'amiable.» ou encore : « Jean-Dominique Simonpoli, ancien de la CGT et directeur du club de réflexion sociale Dialogues, le reconnaît : «il y a dix ans, voire cinq, on ne pouvait pas parler de ces sujets : la séparation de gré à gré, le contrat de projet [proposé par le Medef. NDLR]. En2004, la commission de Virville avait proposé en vain le contrat de mission. Le contrat de projet dont on parle aujourd'hui, c'est la même chose.»
Mais d’autres aspects de ce texte doivent être soulignés. En particulier, il prévoit l’association accrue des organisations syndicales à la « gestion prévisionnelles des emplois et compétences », nationalement et localement, ce qui en termes décryptés veut dire les associer à la prévision des plans de licenciements (prenant appui sur les « accords de méthode » créés comme la GEPC par le plan Borloo de cohésion sociale de 2005).
Et surtout, ce texte consacre une large part à la question de
l’assurance-chômage et de sa prochaine convention, dans le cadre de la fusion
ANPE/Unedic qui doit être votée début janvier. Notons que, tout en disant
combattre cette fusion, les appareils syndicaux sont déjà dans la définition de
ses conséquences. Or, à la lecture du projet d’accord, il apparaît clairement
qu’il s’agit de transformer le nouvel organisme en un instrument formatant les
chômeurs, pour qu’ils « s'adaptent aux nouvelles caractéristiques du
marché du travail », « soient incités à la reprise
d’emploi », notamment en redéfinissant ce qu’est une « offre
valable d’emploi ». On le voit, la sortie de Sarkozy en ce début
janvier, annonçant de nouvelles sanctions contre les chômeurs (alors qu’à force
de radiation, de Pare, les chiffres officiels du chômage sont de plus en
déconnectés de la réalité) a été entièrement préparée par ces
« négociations ».
C’est d’ailleurs dans ce cadre que s’inscrivent ce que les dirigeants syndicaux ne manqueront pas de présenter comme des « avancées », avec cette terminologie qui n’appartient qu’à eux, à savoir la « portabilité des droits », qui sont en l’état actuel des choses le droit (individuel) à la formation (ce qui s’inscrit dans le cadre de l’accord de fin 2003) et à la validation des acquis de l’expérience (auquel pourrait s’ajouter l’épargne salariale). ‘Portabilité’ de ces droits d’un emploi à l’autre en échange d’une flexibilité record, on comprend que Fillon s’enthousiasme à l’avance et ait affirmé dans les Echos du 10 décembre:
« Avant fin 2008, la vraie « flexisécurité à la française » aura vu le jour en France »
Cette « flexisécurité », dans la continuité d’un autre dispositif instauré par le plan Borloo, le Contrat de Transition Professionnelle, n’est rien d’autre que la liquidation des droits et acquis collectifs au profit de « droits » individuels de salariés mis à la disposition du patronat dans un bassin d’emploi donné, passant d’une entreprise à une autre avec un « contrat » individuel, sans s’inscrire dans les conventions collectives de ces dernières. Significativement, un autre point abordé par le projet d’accord porte sur le développement du « portage salarial », la mise à disposition de salariés d’une entreprise à une autre entreprise.
Michel Noblecourt indiquait dans l’article déjà cité :
« tous les partenaires sont en quête d'accord (…)Bernard Thibault, artisan du compromis de sortie de crise sur les régimes spéciaux, aimerait signer un accord qui lui permettrait de montrer une capacité nouvelle à rechercher des compromis dans des négociations nationales. »
Au bout des négociations, qui s’achève au moment où ces lignes sont écrites, le patronat obtient un texte lui donnant gain de cause, sa négociatrice, C.Kopp, parlant même d’accord « historique », tandis que Fillon s’en réjouit publiquement. En effet le projet d’accord allonge la durée de la période d’essai, crée le « contrat de mission » (d’une durée maximale de trois ans), instaure la « séparation à l’amiable », etc. La délégation CGT a quitté les négociations en annonçant son intention de ne pas signer… mais comme on l’a vu elle a permis à ce texte d’exister, et pis encore, elle a « salué l’importance du travail effectué par les organisations syndicales (…) quel que soit le positionnement final des uns et des autres quant à la signature de l’accord ». C’est ouvrir en grand la porte à la signature… aux dirigeants FO. En 1984, un projet d’accord interprofessionnel sur la « flexibilité » avait échoué, la direction confédérale FO ayant dû s’incliner devant l’exigence montée de la base : « ne signez pas !». C’est aujourd’hui ce combat qu’il faut mener, dans les conditions données par la défaite sur les régimes spéciaux et la mise en route de « l’agenda 2008 ».
La politique de « civilisation » de Sarkozy qu’accompagnent les dirigeants syndicaux, c’est la négation du droit à l’instruction, du droit à la santé, c’est l’obscurantisme et la réaction sous toutes ses formes
En s’inscrivant dans le cadre de « l’agenda 2008 », les dirigeants syndicaux ont pris la responsabilité d’accompagner la politique du gouvernement dans sa totalité, quelque réticence qu’ils puissent émettre. Dans ses vœux du 31 décembre, Sarkozy, en annonçant une « nouvelle étape » de son offensive, a nommé cette étape « une politique de civilisation » « qui touche l’essentiel ».
Qu’est-ce que la « civilisation » selon Sarkozy ?
Une nouvelle « réforme de la Santé », notamment de l’hôpital public, est engagée, sous la houlette de la « commission Larcher ». Selon la CFDT, le gouvernement entend cette année traiter « cinq chantiers » :
« accès aux soins, partage entre régime obligatoire et complémentaire, modernisation de l’hôpital, prise en charge des affections de longue durée et les agences régionales de santé. Avant de lancer ces chantiers, des États généraux de l’organisation de la santé se tiendront le 4 février à Paris. »
L’accès aux soins ? Les franchises médicales entrent en vigueur au 1er janvier, et elle montre à quelle civilisation rêve Sarkozy : celle où les malades payent le fait d’être malades ! « L’accès aux soins », c’est, selon la ministre Bachelot, dans un discours du 17 décembre « mettre en œuvre les méthodes medico-économiques formalisées par les ango-saxons », en clair avoir comme référence des système de santé qui se caractérisent par la prédominance du privé, et de la « responsabilisation financière » des malades : réserver aux plus riches les avancées technologiques, voire même l’accès tout court à l’hôpital, car telle est l’un des objectifs que fixe la lettre de Sarkozy à la commission Larcher. Quant à l’hôpital, Sarkozy a annoncé lors de sa conférence de presse du 8 janvier :
« on va, en 2008, changer de fond en comble la gouvernance de l’hôpital»
En réalité, c’est un plan de privatisation général du système de santé public qui s’annonce, prenant appui sur la généralisation de la « tarification à l’activité » qui impose la « rentabilité » service par service et une concurrence totale entre établissements laquelle implique à court terme la remise en cause des statuts mêmes de l’hôpital public et de ses personnels. C’est à quoi s’associent les dirigeants syndicaux en participant aux travaux de la commission Larcher ou en s’apprêtant à participer aux Etats Généraux du 4 février.
Dans l’enseignement, alors que la commission Pochard-Rocard doit annoncer des mesures visant à porter un coup décisif au statut des enseignants du second degré, en remettant en cause le décompte du service de ceux-ci exclusivement en heures de cours, dans le premier degré, la suppression de deux heures de cours (celles du samedi) doit servir de levier à une contre-réforme à laquelle les dirigeants du SNU se sont associés par avance en signant un protocole de discussion avec le ministère sur la mise en œuvre de la suppression de ces heures de cours… tandis que le ministère annonce la mise en place d’un « service minimum » anti-grève dans le primaire, expérimenté dès le 24 janvier !
Et que dire de la « réforme »-destruction de l’enseignement professionnel ! En engageant la liquidation des BEP, le gouvernement veut aller vers l’expulsion de dizaines de milliers d’enfants de la classe ouvrière des lycées professionnels, vers l’apprentissage ou … le néant, tout en supprimant le quart du volume de formation en enseignement professionnel (et les postes afférents).
L’accélération du gouvernement dans son offensive contre l’enseignement se traduit aussi par la liquidation totale de la carte scolaire dès la rentrée 2008, avec toutes ses conséquences en terme de suppression d’options et de concurrence accrue entre établissements.
Négation de l’accès aux soins, destruction du droit à l’instruction, on peut ajouter à ce tableau sinistre l’accentuation de la traque aux travailleurs sans-papiers, parqués dans des camps de rétention infâmes sur lesquels la ténacité de certains d’entre eux à braqué un instant les projecteurs – mais guère ceux du mouvement ouvrier.
C’est en cohérence avec ce qui précède que Sarkozy s’en est rendu au Vatican pour réaffirmer ses « valeurs » : celle de l’obscurantisme religieux le plus crasse. Extraits :
« C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l‘Eglise. Les faits sont là. (…) Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes (…) la laïcité (…) n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. »
Autre agression, contre l’enseignement laïque :
« Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche »
Conclusion, s’adressant au pape et son Eglise : « Partout où vous agirez, (…) je vous soutiendrai ». Le soutien à la réaction la plus noire (à la lutte contre le droit à l’avortement), à l’obscurantisme (Sarkozy ose même affirmer, là encore au mépris de toute l’histoire que l’athéisme mène logiquement au fanatisme !), voilà bien le programme en tous domaines du gouvernement, que ce dernier compte appliquer dans la concertation avec les dirigeants syndicales, et en accélérant grâce à la victoire politique remportée sur la question des régimes spéciaux.
Pour briser l’offensive
gouvernementale, tirer les bilans de la défaite sur les régimes spéciaux :
c’est « le sens de la responsabilité » des directions
syndicales a permis au gouvernement de vaincre…
« Le gouvernement et moi-même, on a été heureux de trouver des partenaires sociaux qui ont pris leurs responsabilités ». Cette phrase laconique lâchée sur les plateaux télévisés par Sarkozy le 29 novembre résume à elle seule les raisons de la destruction de ces régimes.
Les travailleurs ne sont pas responsables : ils se sont engagés massivement, une première fois en octobre, puis à partir du 14 novembre. Et malgré quels obstacles ! Isolés des autres travailleurs par la succession de « réformes » des retraites, les agents SNCF et RATP se sont trouvés face à un chœur unanime des dirigeants du mouvement ouvrier (syndicats, partis) qui refusaient de défendre les régimes spéciaux et acceptaient le principe de la « réforme ». De plus, à EDF-GDF, où les travailleurs sont sous le coup de la défaite qu’a constitué le changement de statut de leur entreprise, Le Monde a pu rapporter ces propos de Sarkozy :
« Nicolas Sarkozy en a gardé de bonnes relations avec Frédéric Imbrecht, secrétaire général de la Fédération CGT de l'énergie, qu'il tutoie et sur lequel il ne tarit pas d'éloges. "Imbrecht m'a dit : "D'accord pour négocier, mais tu mets quoi dans ma gamelle [sic !-Ndlr] ?" Moi, j'aime ça", sourit Sarkozy. »
Autant dire que l’isolement des travailleurs de la SNCF et de la RATP était organisé par l’appareil.
Mais dans ces deux dernières entreprises, les appareils syndicaux n’avaient pas plus l’intention d’engager le combat réel en défense des régimes spéciaux. Ainsi appelèrent-ils en commun à une grève « carrée » le 18 octobre, massivement suivie, dans l’objectif que « le gouvernement revoie sa copie », terme qui fit florès dans les bouches des bureaucrates, et qui en clair signifie qu’il n’avait pas à la déchirer. A cette occasion, SUD jouait en solo sa partition spécifique, celle de la « reconductible », pour ses propres intérêts d’appareil, c’est-à-dire sans mener un seul instant pour l’appel uni à la grève générale, au contraire. Après le 18, SUD rejoindra les autres appareils syndicaux pour laisser un délai d’un mois au gouvernement en prétendant « attendre des réponses précises du gouvernement » (communiqué commun de tous les syndicats RATP en date du 31 octobre). Comme si la moindre ambiguïté sur ses « réponses » pouvait exister ! SUD comme les autres directions syndicales se situait pleinement dans le cadre de la pression sur le gouvernement, pas du combat contre lui.
Puis l’ensemble des directions syndicales (CFDT et fgaac exceptés) appelèrent à un mouvement « reconductible » à compter du 14 novembre. La plus grande clarté s’impose : ce type de grève est conçue comme un mouvement morcelé, susceptible de céder localement en tel ou tel point (là où le poids de l’appareil peut l’emporter), entraînant la dislocation du mouvement dans son ensemble. Sans appel à la grève jusqu’à satisfaction, a fortiori sans appel à la constitution d’un comité central de grève intégrant les syndicats pour assurer une direction unie au mouvement, les appareils gardent les mains libres.
Mais ce n’était pas assez : à la veille de ce mouvement. Thibault, Le Duigou, flanqués des secrétaires fédéraux directement concernés, se rendaient nuitamment au ministère de Xavier Bertrand pour livrer les régimes spéciaux au gouvernement sans combat, en échange de la promesse de « négociations tripartites » entreprise par entreprise, que précisément le gouvernement appelait de ses vœux et accepta évidemment derechef. En échange ? Xavier Bertrand vendit la mèche sans jamais être démenti : « j'attends tout simplement que l'on fasse ce qui m'a été dit dans mon bureau, à savoir que l'on appelle à la suspension du conflit ».
Voici une leçon précieuse pour tous les travailleurs, jeunes, militants, qui cherchent à briser l’offensive gouvernementale : le « dialogue social » avec le gouvernement, c’est le terrain des briseurs de grève.
Relevons par exemple la réaction du bras droit de Sarkozy à l’Elysée, Guéant: « Bernard Thibault a fait en sorte que la crise puisse se dénouer dès le premier jour du conflit ».
Au lendemain du premier jour de grève, Le Reste montait au créneau à son tour sur RTL:
« Hier, j'ai été fondé au niveau de la fédération CGT des cheminots de proposer aux autres fédérations que le mouvement soit reconduit puisqu'il n'y avait aucun élément nouveau. Maintenant, il y en a. Maintenant, il y a des éléments nouveaux et il appartient aux salariés concernés d'en débattre et de décider. »
Mais les travailleurs de la SNCF et de la RATP se sont opposés à la manoeuvre des bureaucrates syndicaux. Massivement, les Assemblées générales ont rejeté les « négociations-trahisons ».
… en dépit de l’opposition des travailleurs à la politique des appareils syndicaux
Le figaro du 16 novembre pouvait le constater au lendemain de l’intervention de Le Reste : « les militants de base restent très motivés et se méfient des dirigeants syndicaux. ». En effet, dans la quasi-totalité des assemblées générales, les cheminots ou les agents de la RATP (voir dans ce numéro le supplément CPS) réaffirment leur refus du passage à 40 annuités, de la décote, etc. Rares sont toutefois les motions exigeant ouvertement le retrait sans conditions du projet de « réforme ». Mais ces mêmes motions, dans des termes quasi identiques, demandent : « nous exigeons d’être consultés (…) et d’être informés du contenu des discussions à chaque étape ». Là encore il faut souligner le double langage de SUD (comme celui des dirigeants FO SNCF) qui, en soutenant ces motions adressées aux dirigeants syndicaux, laisse grande ouverte la porte des « discussions » avec l’ennemi qu’il faut vaincre. Néanmoins, dans plusieurs assemblées générales, le refus explicite des négociations entreprise par entreprise s’exprime (Béziers, Austerlitz, Dieppe, Saint-Lazare, etc.).
Dans ces conditions, tandis que les appareils restent maîtres du mouvement, la résistance des agents RATP et SNCF ne peut être que provisoire. Mais ceux-ci espèrent ne pas demeurer isolés alors que les étudiants sont engagés dans le mouvement pour l’abrogation de la loi LRU (voir l’article dans ce numéro) et que par ailleurs les fédérations de la fonction publique appellent à la grève pour le 20 novembre sur les salaires et alors que les fonctionnaires se savent sous la menace de la « réforme-liquidation » de leur statut.
Mais la seule possibilité, ouverte par le refus des cheminots et travailleurs RATP des combines bureaucratiques, c’est, ainsi que le prônait une déclaration du Groupe en date du 17 novembre, la manifestation centrale des travailleurs et de la jeunesse à Paris, au siège du pouvoir, à l’appel des directions syndicales, pour le retrait des « réformes » Sarkozy (cf. les interventions militantes sur cette orientation publiées dans ce numéro).
Or de cette possibilité brièvement ouverte, l’isolement des cheminots, des travailleurs de la Ratp, est maintenu par les appareils. Il est aussi conforté par le PS, qui dès le premier jour, réclamait par la voix de François Hollande que la grève s’arrête (« qu’on en termine dès ce soir en permettant aux organisations syndicales d’en sortir par le haut »). Quant au PCF, il n’avait pas d’autre position l’on s’en doute que les Le Reste, à savoir souligner les prétendus « reculs » du gouvernement.
Une telle conjugaison de forces hostiles, dans une situation encore marquée par la victoire de Sarkozy aux présidentielles, permet alors à l’appareil CGT de remettre le couvert. Le 21, une réunion entre l’ensemble des appareils syndicaux et la direction de la SNCF a lieu. Cette dernière propose plusieurs tables rondes en ouvrant la possibilité d’aménagements à la marge de la « réforme ». En fait, ces propositions sont exactement celles faites à la FGAAC (autonomes) dès le 18 octobre, au nom desquelles propositions cette organisation syndicale avait suspendu son mot d’ordre de « grève reconductible » d’alors. Son secrétaire général protestera même contre un « hold-up » par la direction CGT sur ses « acquis ». Voilà qui donne la mesure des « concessions » du gouvernement et de la direction. Cela n’empêche pas Le Reste de déclarer le soir même à la télévision, tout en hypocrisie, que, s’il ne donne « pas de consigne », la fédération CGT « n’appelle pas à poursuivre la grève ». Dans les AG, tous les appareils syndicaux font voter la « suspension » du mouvement, souvent sous les huées et les cris de dépit. Seul SUD appelle à « reconduire », mais il ne s’agit à nouveau que de se démarquer de la direction CGT, et en aucun cas de mener un combat pour contraindre la CGT et FO à rejeter les « négociations ». Les cheminots ne sont pas dupes de ce jeu de rôle, et s’inclinent en votant le jour même dans la plupart des dépôts la reprise du travail. Un scénario équivalent est joué dès le lendemain par les bureaucrates syndicaux à la RATP. La confédération FO elle, se permet d’affirmer dans un communiqué « les syndicats en position de force dans les négociations ». La réalité, c’est que la voie est ouverte pour le gouvernement.Pour preuve : le gouvernement a publié ses projets de décrets le 26 décembre (incluant pour faire bonne mesure le passage à 41 annuités de cotisation pour 2016).
Dans cette situation, que les appareils syndicaux aient convoqué une manifestation nationale à la SNCF (sans appel à la grève) pour le 22 janvier n’est qu’un subterfuge pour couvrir leur trahison qui a mené à cette défaite.
Symboliquement, comme pour la faire mieux ressortir, l’appareil CGT déposa en décembre deux préavis de grève : le 13 à la SNCF, le 12 à la RATP… préavis ensuite abandonnés en rase campagne.
Les répercussions de cette défaite se sont faites sentir immédiatement chez les étudiants. Sans analyser ici ce mouvement, puisqu’il fait l’objet d’un article spécifique dans ce numéro, il faut noter que dès les 24 et 25 novembre, la « coordination » vole en éclats, la direction de l’Unef utilisant les provocations à son encontre pour la quitter, et aller négocier directement avec le ministère des crédits... qui serviront à appliquer la loi LRU.
Dans la foulée, Julliard (avant de quitter la présidence du syndicat pour rejoindre les listes PS aux municipales) va employer mot pour mot le langage de la direction CGT cheminots, appelant les AG étudiantes à « prendre en compte les avancées importantes », puis consultant (par internet !) ses adhérents avant de conclure (dans Libération du 28 novembre) :
« Le rapport de forces existe d’abord pour obtenir des victoires. C’est le rôle du syndicat, comme la CGT l’a fait dans le conflit des cheminot »
C’est le chant du requiem.
La capacité de combat du prolétariat demeure
Si le gouvernement a remporté une importante victoire politique, si cette victoire lui permet d’accélérer encore la mise en œuvre de son programme en accroissant la participation des directions syndicales, cette victoire n’est pas la victoire décisive.
D’une part, le gouvernement est et va être de plus en plus tenaillé par la dégradation de la situation économique, laquelle affectera forcément l’impérialisme français plus que ses rivaux immédiats, à commencer l’impérialisme allemand. Plusieurs titres de la presse s’en sont fait l’écho, la bourgeoisie s’alarme. Et si l’on y ressort à Sarkozy sa mégalomaniaque fanfaronnade de l’été dernier (« je veux 3% de croissance pour 2007»), c’est surtout pour l’inciter à donner, encore, un coup d’accélérateur. Qui plus est, pour le gouvernement, pour le patronat, la perspective d’une récession signifie aussi la possibilité accrue d’affrontements avec le prolétariat notamment sur le terrain du pouvoir d’achat à l’heure où le pays dénombre officiellement 7 millions de « travailleurs pauvres ».
Or précisément il y a des les grèves pour les augmentations de salaire, voire contre les licenciements, depuis la rentrée. La journée d’action dans la fonction publique du 20 novembre à quant à elle montré qu’une fraction significative des travailleurs de la fonction publique n’acceptaient pas le nouveau gel des salaires (donc 2,5% de perte de pouvoir d’achat au bas mot) pour 2007.
Après la grève du 20 novembre, les dirigeants syndicaux se sont bruyamment enthousiasmés… d’une phrase d’Eric Woerth selon laquelle il n’excluait pas des mesures sur le point d’indice., promesse d’un genre connu, qui n’engage que ceux qui la reçoivent. Ainsi Aschieri (FSU) écrit-il dans l’éditorial de Pour de décembre : « le gouvernement est capable de prendre en compte les rapports de force dès lors qu’ils existent : il fait des concessions (sic !), parfois notables, (re-sic !) tout en s’efforçant de maintenir ses orientations. »
Mais le 17 décembre, le ministre n’annonçait pas la moindre mesure indiciaire. Par contre il mettait en avant des propositions individualisées, fonctionnaire par fonctionnaire, sensées compenser pour ceux-là l’absence de progression à l’ancienneté ces dernières années. Il faut le dire : cette proposition s’inscrit totalement dans la perspective de la destruction de la grille indiciaire, d’un des éléments majeurs d’unification du corps des fonctionnaires. En ce sens, ces propositions s’inscrivent totalement dans le cadre ce qui est discuté avec les dirigeants fédéraux au sein des « conférences fonction publique », où tous les points examinés convergent vers l’individualisation des traitements, de la gestion de la carrière, et donc la destruction de tous les éléments collectifs comme les corps de fonctionnaires.
Si au sortir des négociations du 17, les dirigeants fédéraux (Cfdt exceptée) annoncèrent une nouvelle suspension de leur participation pour une semaine (sic !) à ces conférences, ils n’en restent pas moins engagés jusqu’au cou dans l’élaboration du plan « fonction publique 2012 ».
Dans ces conditions, l’appel à la grève qu’ils ont lancé pour le 24, rejoint par la confédération qui appelle, elle, à manifester (sans faire grève), ne se situe évidemment pas sur l’axe du combat contre le gouvernement, axe nécessaire pour arracher l’augmentation des salaires.
Sans aucun doute, les travailleurs, la jeunesse, n’ont pas d’illusions sur la politique des dirigeants syndicaux et sur la journée du 24, réplique de celle du 20 novembre. Dans des circonstances où les moyens d’engager le combat sur leur propre terrain, avec leurs propres méthodes, surtout après la défaite des régimes spéciaux, ne leur apparaît pas évidente, cela ne peut que peser sur eux.
D’autant qu’ils le ressentent: engager le combat signifie engager le combat contre le gouvernement, donc poserait la question d’un autre gouvernement. Or la politique du PS à cet égard se caractérise par un refus absolu de remettre en cause le gouvernement, et même à semer un constant brouillard sur ses intentions, ses objectifs. Ainsi la conférence de presse de rentrée de Sarkozy, reprenant toute sa politique réactionnaire, a-t-elle été considérée comme « du vent », « des mots » par les dirigeants PS, Sarkozy ayant annoncé aux « français » « une banale continuité de leur vie d’aujourd’hui » dixit François Hollande. On peut difficilement semer plus de confusion. C’est que le PS (comme le PCF, engoncé dans sa crise interne) refuse de combattre Sarkozy comme l’illustre son attitude sur le traité constitutionnel européen de Lisbonne.
A propos du traité de Lisbonne
C’est le 4 février que le congrès doit se réunir pour ratifier le traité de Lisbonne. Ce qu’est ce traité, c’est une reprise de la « constitution européenne », sous une forme absolument illisible, et sans les symboles qui émaillaient le précédent texte. C’est, bien évidemment, un texte totalement réactionnaire, à l’image des politiques menées dans chaque pays par les gouvernements qui l’ont fait rédiger, un texte qui fixe le cadre de leur collaboration conflictuelle contre les travailleurs d’Europe.
A vrai dire, ce texte porte aussi la marque des relations de plus en plus tendues au sein de l’union entre ses principaux membres, comme en témoigne parmi de multiples exemples la création de modes de scrutins à géométrie variable, la bataille pour un siège de plus ou de moins au parlement européen, ou encore la multiplicité des dérogations nationales à tel ou tel aspect de ce traité. Quant à son avenir, la situation économique, en aiguisant encore les rivalités inter-impérialistes sur le vieux continent, en décidera plus que tout.
Mais il s’agit donc, aujourd’hui, pour les « démocrates », de refaire passer, sur le fond, le même texte qui a été rejeté par référendum en France et en Hollande ! Voici la démocratie bourgeoise mise à nu : son essence est, comme le disait Marx, de « décider périodiquement qui représentera et foulera du pied le peuple au parlement ». Mais il n’en fallait pas plus au PCF, à la LCR ou au PT pour exiger (de Sarkozy) « un référendum ». Mais sous la 5ème république, les référendums ne sont rien d’autres que des instruments plébiscitaires. Si Sarkozy en avait décidé ainsi, c’eut été pour s’octroyer un plébiscite – ce qu’il tentera peut-être sur la prochaine « réforme des institutions ». Demander un plébiscite au petit bonaparte en faisant passer cette revendication pour une « exigence démocratique », c’est tout simplement se moquer du monde. D’autant que, s’il s’agit de faire rejeter ce traité, une solution simple existe : mener le combat pour imposer au PS de voter contre.
Mais le PS, lui, dont la majorité est favorable à ce traité, a fait savoir depuis longtemps qu’il ne comptait pas « s’opposer ». C’est en ce sens que Jean-Marc Ayrault a eu la trouvaille (au nom de l’exigence du référendum !) de proposer que les parlementaires PS ne se rendent pas au congrès le 4 février… ce qui laissera une confortable majorité à Sarkozy pour le faire avaliser, après que, sans doute, la majorité des parlementaires PS aient voté pour lors de l’examen préalable dans les deux chambres du parlement. « Ne pas s’opposer »… quel résumé de la politique du PS !
Seule l’intervention des masses peut changer la donne et briser la collaboration la dirigeants du mouvement ouvrier (syndicats, partis) avec le gouvernement
Le dispositif des appareils, du PS, du PCF, est clair : il s’agit pour eux, plus encore après la défaite des travailleurs de la SNCF, de la RATP, et d’EDF-GDF, d’ouvrir la voie au gouvernement et au Medef.
Mais le gouvernement n’est pas invincible. L’irruption des masses sur leur propre plan, combattant sur leurs revendications par leurs propres méthodes, peut tout changer. Encore faut-il que la voie s’ouvre. Or, ces premiers jours de janvier ont délivré un indice de cette voie. Sur la question de la liquidation de la durée légale du travail s’est constitué objectivement un front commun du PS, du PCF, des dirigeants des organisations syndicales, pour y dire, au moins en apparence, non. Cela seul a suffit pour que le gouvernement, à défaut de « revoir sa copie » comme l’affirme mensongèrement Le Monde du 11 janvier, du moins infléchisse prudemment son discours pour ne pas mettre en péril l’association des directions du mouvement ouvrier à sa politique en allant trop au-delà de ce qu’ils pensent pouvoir faire passer. A l’inverse, cet épisode indique la voie pour combattre et vaincre le gouvernement, celle qui découle des leçons du mouvement défait sur les régimes spéciaux : briser la collaboration des directions syndicales avec lui, militer pour le front unique des organisations du mouvement ouvrier contre lui.
Les prochaines municipales et cantonales, d’autant que Sarkozy a décidé de leur donner une portée nationale, pourraient être l’occasion pour les masses d’exprimer leur rejet de la politique du gouvernement.
Mais, alors que la politique du PS et du PCF privent chaque jour davantage les travailleurs, la classe ouvrière, de toute expression, même déformée, sur la scène politique, alors que de leur côté la LCR promeut un « nouveau parti » qui n’a pour objectif premier que de renier ouvertement le « communisme », la perspective du socialisme, et le PT lance un « parti ouvrier indépendant » plus dégénéré politiquement que jamais, chauvin et républicain bourgeois, le prolétariat et la jeunesse ont besoin d’un parti qui combatte pour balayer le gouvernement Sarkozy-Fillon, la 5ème République, un parti qui défende la seule politique à même de satisfaire les aspirations et revendications des travailleurs exploités et opprimés, une politique révolutionnaire, dans la perspective du socialisme. C’est ce à quoi entend contribuer notre Groupe.