Article publié dans CPS n°18 nouvelle série, décembre 2004
Constitution européenne :
le Parti Socialiste apporte son soutien à Chirac
Le 1er décembre 2004,
les adhérents du PS étaient appelés à se prononcer par un référendum interne
sur la constitution européenne. Ils devaient répondre par « oui » ou
par « non » à la question « Approuvez-vous
le traité constitutionnel ? ». Avec une très large majorité le
« oui » l’a nettement emporté : sur 128 038 adhérents, 99 865
(83,19 %) ont participé au vote ; 57 646 (58,62 %) ont voté
« oui » ; 40 691 (41,38 %) ont voté « non » ;
1528 (1,53 %) bulletins ont été blanc ou nuls. Le « oui » est
majoritaire dans 76 des 102 fédérations du PS. Les quatre fédérations
« mastodontes », comptant le quart des effectifs du PS (Pas-de-Calais,
Nord, Paris et Bouches-du Rhône) ont donné une majorité pour le
« oui ».
Pour le vote d’orientation sur
les motions présentées lors de la préparation du congrès de Dijon qui s’est
tenu en mai 2003, la participation au vote avait été de 76,95 %. La motion
conduite par François Hollande, soutenue par les « éléphants » du PS
dont Laurent Fabius, avait rassemblé 61,12 % des voix. Les motions des
différentes oppositions, lesquelles appelaient à voter « non » lors
de la consultation du 1er décembre, en avaient recueilli 37,64 %
(16,88 % pour la motion du Nouveau Parti Socialiste, 16,51% pour celle du
Nouveau Monde et 4,45 % pour celle de la motion Forces Militantes conduite par
Etienne Dolez).
Des esprits chagrins ont commenté
ces résultats en pointant que le ralliement de Laurent Fabius au camp du
« non » n’avait ramené que moins de 4 % de voix. Force est de
constater que dans nombre de bastions fabiusiens, le « oui »
l’emporte : ainsi dans le Tarn département de Paul Quiles, dans le Pas-de
Calais, dans l’Isère, en Haute-Vienne ou encore en Seine-Saint-Denis,
département du bras droit de Fabius, Claude Bartolone. Le bilan n’est pas plus
glorieux pour les courants NPS et Nouveau Monde. Le « oui » est
majoritaire dans deux (Jura et Bas-Rhin) des six départements dont NPS dirige
la fédération. Etienne Dolez, partisan du « non », est quant à lui
battu dans la fédération du Nord, le « oui » obtenant 55,8 % des voix
avec une participation largement plus faible qu’au plan national.
Incontestablement, la victoire du
« oui » et les conditions dans lesquelles elle a été acquise sont un
succès politique pour François Hollande et un échec cuisant pour Laurent Fabius
au regard de son objectif d’être désigné comme le candidat du PS pour la
prochaine élection présidentielle prévue en 2007. C’est aussi une aubaine pour
ses rivaux, ou prétendus tels, dans cette compétition, tels Dominique
Strauss-Kahn, Jack Lang et Marine Aubry.
Commentant à chaud ce résultat,
en visite en Allemagne, Jacques Chirac a déclaré le 2 décembre 2004 que
c’était «une bonne
nouvelle pour l’Europe » et
qu’ « il appartiendrait donc à toutes les françaises et les français de se
prononcer l’année prochaine sur une
question absolument majeure pour notre avenir commun » » (Le Monde du 4/12/2004).
En promettant lors de son
allocution du 14 juillet 2004 d’organiser un référendum sur l’approbation de la
constitution européenne, Chirac engageait une nouvelle « grande
manœuvre » : effacer les défaites électorales du printemps 2004 par
une victoire au référendum, escomptant le soutien du PS et préparer ainsi les
échéances de 2007.
L’affaire semblait bien engagée.
En effet Chirac ne faisait que saisir la perche tendue notamment par le PS qui
avait réclamé de Chirac l’organisation d’un tel référendum. Bien que la date
présumée de sa tenue soit pour l’automne 2005, dès septembre 2004, au sein du
PS, le débat s’engageait entre les partisans du « oui » et ceux du
« non » sur la position à adopter. Ce débat était relayé par le PCF,
la LCR, le PT qui entamaient déjà leur campagne pour le vote « non »
avant même que la tenue du référendum ne soit confirmée. C’était de la part des
uns et des autres reconnaître la légitimité de Chirac pour convoquer son
référendum, se situer pleinement sur le terrain de l’organisation par lui d’un
nouveau plébiscite, indiquer de ce fait que Chirac ne devait pas être remis en
cause et qu’il avait toute latitude pour poursuivre son mandat jusqu’aux
prochaines échéances électorales du printemps 2007.
De plus, cela présentait
l’avantage de faire diversion en tentant de focaliser la vie politique sur la
question de la constitution européenne, laissant au gouvernement
Chirac-Raffarin et à la majorité UMP-UDF le loisir de poursuivre leur politique
de liquidation des acquis de la classe ouvrière. L’affaire semblait d’autant
mieux engagée que l’effet escompté par Chirac, faire éclater au grand jour les
divisions du PS, divisions que, d’un commun accord, majoritaires et
minoritaires au sein de ce parti avaient décidé de taire pendant la campagne
électorale des élections européennes, s’est concrétisé.
Toutefois, les événements au sein
du PS ont pris en septembre 2004 une tournure inquiétante pour Chirac. Laurent
Fabius, touché par une soudaine révélation, s’est engagé pour le vote
« non ». Il était accompagné dans cette voie par d’autres dirigeants
se situant dans la mouvance de la garde rapprochée de Hollande, tel que par
exemple Manuel Valls. La débâcle électorale de l’UMP
lors des élections régionales et cantonales exprimait le rejet par les masses
du gouvernement Chirac-Raffarin, leur aspiration à en finir avec Chirac. Au
sein du PS, cette aspiration trouve un écho déformé sous la forme « il n’est pas possible que notre électorat
comprenne que nous appelions une nouvelle fois à voter Chirac en appelant à voter « oui » ».
Le risque était réel que le PS
bascule vers le « non ». Au sein de l’UMP, de l’UDF on a craint le
pire : que comme en 1997 lors de la dissolution de l’ Assemblée Nationale
par Chirac, la « grande manœuvre » se transforme en Bérézina. De plus
chacun a en mémoire le résultat du référendum sur le traité de Maastricht en
1992 quand, malgré l’appel à voter « oui » du PS, le résultat n’avait
été acquis qu’avec 51,05 % des exprimés. Dans les semaines qui ont précédé la
consultation au sein du PS, des voix se sont élevées pour conseiller à Chirac
d’envisager une position de repli et de se préparer à faire retraite au cas où
l’affaire tournerait mal. A noter que Lionel Jospin s’est joint à ce chœur en
expliquant que l’exigence du PS que Chirac que convoque un référendum était une
erreur et que la ratification de la constitution aurait pu être décidée par le
Parlement réuni en Congrès. Le Monde
du 17/11/2004 indiquait à juste titre « La
stratégie de M. Chirac suspendue à l’issue du référendum au PS » et
poursuivait :
«Le référendum de 2005 étant le dernier grand scrutin avant
l’élection présidentielle de 2007, l’Élysée espère que le résultat du vote au
PS sera un « oui » massif. Un franche victoire des partisans du
projet de Constitution favoriserait l’approbation du texte par les français,
conforterait la fin du quinquennat de M. Chirac et rendrait moins crucial le
remplacement rapide de Monsieur Raffarin ».
Le verdict est tombé. Le
« oui » l’a effectivement largement emporté. Le Monde du
3/12/2004 commente :
« La
première haie est sautée. Avec le « oui » des militants socialistes
au traité constitutionnel européen, mercredi 1er décembre, le
paysage se dégage pour le référendum national proposé par Jacques Chirac, le 14
juillet. ».
Le même numéro du Monde précisait
« Le « oui » massif du PS incite M.
Chirac à avancer la date du référendum. L’Élysée envisage désormais d’organiser
la consultation nationale sur la Constitution européenne au printemps 2005 afin
de profiter de la dynamique créée par l’approbation des militants socialistes.
Le chef de l’État veut éviter que le débat soit parasité par la question
turque ».
Lors d’une conférence de
presse au siège du PS, le 2 décembre 2004, François Hollande a déclaré :
«C’est autour de la réponse des socialistes que la
campagne référendaire va se structurer. Toutes les grandes formations
politiques, tous les citoyens, mais aussi les autorités les plus éminentes,
vont avoir à se situer par rapport à notre position. C’est nous qui avons
donné, les premiers, le « oui », et ce sera aux autres de savoir comment ils
auront à se situer.»
En d’autres termes Hollande
signifiait qu’il s’était mis à l’œuvre pour faire adopter le traité et que
c’était maintenant à Chirac, à l’UMP et à l’UDF de s’engager. Il poursuivait en
formulant un conseil à Jacques Chirac :
« Puisque nous avons pris nos responsabilités,
d’autres doivent le faire également. Je demande donc au Président de la
République d’organiser le référendum dans le pays en le déconnectant de tout
enjeu de politique intérieure, en lui laissant son seul caractère : l’Europe,
et en le protégeant de toute tentation d’instrumentalisation qui serait fatale
à la consultation elle-même et à ceux qui en seraient à l’initiative. »
En clair, le PS donnait une
précieuse recommandation à Chirac: tout faire pour éviter que les masses
ne se saisissent du vote « non » pour exprimer tout simplement
« non à Chirac, dehors Chirac et son gouvernement », comme lors des
dernières élections régionales, cantonales. Le PS s’y emploie a affirmé
François Hollande. Le 13 décembre il déclarait sur la chaîne de télévision LCI:
« Je souhaite que l’on puisse déconnecter l’enjeu
européen de tout aspect de politique intérieure.(…) Il y aurait maintenant nécessité
à ce que le président de la République reçoive les partis représentés au
Parlement pour que nous définissions ensemble, parce que je crois que c’est une
question commune... D’ailleurs qu’on appelle à voter "oui" c’est le
cas du Parti socialiste - ou qu’on appelle à voter "non" - c’est le
cas d’autres formations politiques -, mais qu’on ait à définir ensemble le
calendrier, la question posée et les modalités de campagne. » [souligné par nous - ndlr].
De même, sur la question de
l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, il n’est pas dans l’intention
du PS de venir « parasiter » le débat. Il apporte un soutien total au
gouvernement Chirac-Raffarin. Chirac a jugé nécessaire d’intervenir
publiquement à la télévision le 15 décembre 2004 afin de rappeler à l’ordre les
oppositions à son orientation qui se manifestent dans l’UMP et l’UDF. Il a
d’ailleurs soigneusement évité d’aborder le sujet du référendum sur la
constitution lors de cette intervention.
Il a encore reçu le soutien du
PS. Dans un communique daté du 15/12/2004, son porte parole, Julien Dray,
déclare :
« Dans son intervention télévisée, le président
de la République a repris à son compte la position déjà exprimée par le Parti
socialiste en octobre 2004. Cette négociation pour l’entrée de la Turquie dans
l’Union doit être ouverte, mais elle n’a cependant pour l’instant pas valeur
d’adhésion. (…). Au-delà de toutes ces considérations, cette intervention nous
apparaît clairement comme un rappel à l’ordre de Jacques Chirac à sa propre
majorité divisée sur cette question. Le président de la République se démarque
ainsi de ses propres amis de l’UMP et de l’UDF qui refusent toute négociation
qui aboutirait à une entrée de la Turquie dans l’Union. »
S’il y a un domaine où la prise en charge la politique de
défense des intérêts de la bourgeoisie française par le PS s’exprime sans fard,
c’est bien celui de la de la politique vis-à-vis de l’Union Européenne. C’est
d’ailleurs le cas dès qu’il s’agit de préserver les intérêts de l’impérialisme
français partout dans le monde. Il suffit de rappeler, par exemples, la
politique de la SFIO au gouvernement pendant la guerre d’Algérie, la prise en
charge par François Mitterrand et le PS de la participation de l’impérialisme
français à la guerre contre l’Irak en 1991. Pour les partis sociaux démocrates,
c’est une orientation qui est inhérente à leur nature même, depuis leur
transformation qualitative de partis ouvriers en partis ouvriers bourgeois qui
s’est cristallisée en août 1914, quand la deuxième internationale et ses
partis, à l’exception du Parti Bolchevik, sont définitivement passés du coté de
l’ordre bourgeois. Chacun d’entre eux s’est aligné derrière la bourgeoisie de
son pays dès le début de la première guerre mondiale.
Quand « la patrie est en danger » ils répondent
toujours présent. De ce point de vue, «l'Internationale socialiste » et le
Parti Socialiste Européen (PSE) sont des fictions politiques. En effet les
limites d’une simple collaboration entre les partis sociaux-démocrates sont
celles de la collaboration possible à un moment donné entre les bourgeoisies
respectives de leurs différents pays. Ce qui oriente fondamentalement la
politique de ses partis, c’est d’abord la défense des intérêts de leur propre
bourgeoisie.
L’impérialisme français se débat
pour tenter de maintenir ses positions en Europe. Sur ce terrain, jamais le PS
ne lui a fait défaut depuis plus de 30 ans. En 1972 encore, le PS fraîchement
reconstitué autour de Mitterrand l’année précédente au congrès d’Épinay, avait
appelé à l’abstention au référendum sur l’élargissement de la CEE organisé par
Georges Pompidou (le « oui » l’avait emporté par 67,7 % des
exprimés). Mais très rapidement, Mitterrand a voulu remettre le PS dans le
droit chemin et en phase avec les besoins de la bourgeoisie française. Dans une
tribune publiée dans Le Nouvel
Observateur en septembre 2004, Jospin rappelle qu’il était aux cotés de
Mitterrand lorsque : «En 1973, il a
provoqué une discussion au PS et mis
en jeu sa démission parce qu’il craignait que son parti ne s’éloigne de sa
vocation européenne ». En décembre 1973, le PS tenait un congrès
extraordinaire à Bagnolet consacré exclusivement à la question de l’Europe.
Dans la perspective de sa participation à un gouvernement
de « gauche » il y est affirmé que le PS devra « participer à la construction de la
CEE, à ses institutions, à ses politiques communes » (histoire des
socialistes édition pro-edi 1990).
Depuis, à chaque étape
décisive, le PS a soutenu dans l’opposition la politique des gouvernements en
place jusqu’en 1981. Avec l’accession de François Mitterrand à la Présidence de
la République en mai 1981, ce dernier et le PS derrière lui (sans oublier aussi
la présidence Delors de la Commission Européenne pendant huit ans jusqu’en
1993) ont pris en charge la mise en œuvre des orientations de l’impérialisme
Français sans interruption. Ainsi la décision de ne pas sortir du Système
Monétaire Européen en 1983, la signature de l’Acte unique européen en février
1986, du traité de Maastricht en 1992, la mise en place de l’Acte unique en
janvier en janvier 1993. A partir de 1997, Lionel Jospin, à la tête du
gouvernement de la gauche plurielle et le PS ont marché main dans la main avec
Chirac (signature du traité d’Amsterdam en octobre 1997, passage à l’euro en
janvier 2001, signature du traité de Nice en février 2001).
Le « oui » du PS
s’inscrit dans la continuité de cette politique. Dans la tribune déjà citée
Jospin rappelait justement « les
imperfections de l’Europe ne nous ont
jamais conduit à dire non ». C’est même un peu plus que ne l’écrit
Jospin : à chaque étape importante pour l’impérialisme français, sa
politique européenne le PS a prôné l’union nationale. Effectivement, comme
l’ont souvent répété François Hollande et ses amis, confortés par Jospin,
abondamment relayés sur ce thème par les média , une prise de position du PS
pour le « non » aurait constitué une rupture certaine avec
l’orientation sur l’Europe suivie depuis des décennies.
La discussion sur l’orientation
sur la question de l’Europe a pris une place importante dans le PS depuis deux
ans. Les deux nouveaux courants minoritaires constitués après l’élection
présidentielle de 2002, celui du Nouveau Monde (NM) dirigé par Jean-Luc
Mélanchon et Henri Emmanuelli, et le Nouveau Parti Socialiste (NPS) avec comme
figures de proues Arnaud Montebourg et Vincent Peillon,
en ont fait l’un de leurs chevaux de bataille dans la préparation du congrès de
Dijon qui s’est tenu en mai 2003, en plein cœur du mouvement contre le projet
de loi Fillon sur les retraites. Sur la caractérisation de ces courants voir CPS nouvelle série n° 11 du 11/03/2003.
Dès le début des travaux présidé
par Giscard d’Estaing sur le projet de constitution, NM a engagé une campagne
sur la ligne « non à la constitution
Giscard ! ». Un axe significatif : la cible est Giscard et
pas Chirac. Les critiques émises par NM et par NPS sur le projet de
constitution, contre « l’Europe libérale et pour une Europe
sociale », sont totalement déconnectées d’un semblant de combat politique
contre le refus de la direction du PS d’engager le combat réel contre la politique
du gouvernement Chirac-Raffarin. Ce que Jospin, en homme averti, soulignait
d’une certaine manière dans sa tribune du Nouvel
Observateur : «le paradoxe de la démarche du non, c’est qu’elle déplace l’attention
des français de la véritable crise
politique qui secoue le pouvoir exécutif et la majorité ».
Lors du congrès de Dijon, les
deux minorités obtenaient l’organisation d’un référendum interne au PS sur le
projet de constitution. A l’automne 2003, Hollande cherche à donner le change. Le
Monde du 2/12/2004 indique :
« Face à
cette fièvre qui ne faiblit pas - et commence même à contaminer les rangs de sa
majorité – M. Hollande essaye un remède. En septembre 2003, le PS pose sept
exigences sur la future constitution européennes (pour les services publics,
l’harmonisation fiscale, l’exception culturelle…). « Je ne pense pas
qu’il faille aller beaucoup plus loin », commente alors devant la
presse M. Fabius. Pour la direction du PS, il s’agit surtout de combattre
l’argument avancé par NPS et Nouveau Monde : approuver la Constitution
reviendrait à voter, une nouvelle fois, en faveur de Jacques Chirac. En
novembre, les élus des deux courants minoritaires accentuent la pression et
s’affranchissent de la consigne de vote du PS en s’abstenant, lors de la
ratification du traité sur l’élargissement de l’Union européenne ».
Lors du conseil national
d’octobre 2003, l’orientation de François Hollande « Pour l’Europe, les exigences des socialistes » saluant les
avancées positives mais posant les sept exigences des socialistes est adoptée
par 116 voix contre l’orientation « Oui
à l’Europe fédérale et sociale, non à la Constitution Giscard ! »
laquelle obtient 61 voix (NM, NPS et Force Militantes). Les axes de l’orientation
du projet de la minorité sont les suivants : un régime parlementaire avec
un vrai parlement, une Europe gouvernable, une véritable fédération, un traité
social spécifique « comportant,
comme celui de Maastricht, cinq
critères capable de faire reculer la pauvreté, le chômage, de garantir les
droits sociaux et un niveau de protection
sociale élevé, d’assurer un développement commun et durable », une
Europe capable de se faire entendre sur la scène internationale. En réalité, au-delà
du baratin sur l’Europe sociale, ce que prône la minorité c’est une véritable
Constitution instaurant une Europe fédérale. Une constitution qui soit autre
chose que ce qu’elle ne peut qu’être, c’est-à-dire un compromis, sous forme
d’un nouveau traité, codifiant la collaboration des gouvernements des États
capitalistes en Europe… tout en préservant la souveraineté de chacun d’entre
eux sur l’essentiel.
Une illustration de cette
orientation de la minorité est donnée, par la pétition européenne que le courant
NPS, sous la direction de Montebourg, a pris l’initiative de faire signer en
janvier 2004, pétition qui exige :
« C’est pourquoi, nous demandons à tous les
partis politiques nationaux et européens des 25 pays membres de l’Union, de
: se prononcer sur l’exigence que le prochain Parlement européen exerce un
pouvoir constituant ; d’expliciter, dans la perspective de l’élection des
parlementaires européens du mois de juin 2004, leurs conceptions de cette
constitution, afin que tous les citoyens puissent se prononcer en toute clarté
sur leur avenir commun.
Le grand rendez-vous de juin 2004 doit donner mandat
au parlement européen de faire aboutir un projet de constitution qui devra
ensuite être soumis à la ratification de l’ensemble des pays membres. »
Pour ce
qui concerne l’orientation du Nouveau Monde, Jean-Luc Mélenchon la présentait
ainsi :
« Jacques Chirac a négocié de façon déplorable.
Je voterai non sans hésitation Mais encore faut-il que Chirac organise un
référendum ! Ce projet de Constitution institutionnalise le libéralisme.
C’est la première fois depuis la constitution de l’URSS qu’un régime économique
est ainsi coulé dans le bronze d’un texte constitutionnel ! C’est un
voyage sans billet retour dans la mesure où la règle de l’unanimité rend la
transformation du texte impossible ! C’est décisif pour un
socialiste ! Car je veux rappeler que l’Europe n’a jamais été une fin en
soi pour notre mouvement. Elle est devenue un objectif central pour nous après
1983, quand nous avons compris que nous ne pouvions plus accomplir le projet
socialiste dans un seul pays. Je reproche aux gens de gauche qui foncent tête
baissée vers le oui de tourner le dos à cet idéal. J’ai la conviction que la
France sera plus forte pour négocier une nouvelle constitution ou la création
d’un noyau fédéral avancé. L’intérêt des français, c’est l’Europe fédérale,
c’est la création d’un république européenne !
Tout ce qui s’en éloigne ou rend cet objectif impossible est contraire à notre
intérêt national » (Libération du 1/07/2004)
Par la
suite, le débat sur la constitution européenne du fait de la préparation des
élections régionales et cantonales, passe au second plan. Lors du conseil
national du 17 avril 2004, chargé d’adopter l’orientation pour les élections
européennes de juin, François Hollande, fort du triomphe du PS aux élections
régionales, obtient que la minorité taise ses divergences. Le Monde du 2/12/2004 rappelle :
« Le moratoire est prolongé au lois de juin, pour
la campagne des élections européennes. Minoritaires et majorité du parti
conviennent de passer sous silence le projet de constitution européenne et
se rassemble sur le slogan : « Et maintenant l’Europe
sociale » »
La
plate-forme, soumise au vote dans les semaines qui suivent est adoptée par
89.78 % de pour (contre 3.32 %, abstentions 6.95 %) tous les courants appelant
à l’approuver à l’exception de Forces Militantes qui prônait l’abstention. La
majorité disposait d’un argument de choc pour faire taire la minorité pendant
la campagne : c’est aussi le conseil national du 17 avril 2004 qui
décidait de la composition des listes présentées par le PS et par conséquent de
la répartition des places éligibles entre les courants… Mélanchon, Montebourg
et autres savent garder raison quand les choses sérieuses pour eux sont en jeu.
Le 14 juillet 2004 Chirac a
annoncé l’organisation d’un référendum. François Hollande a décidé de reprendre
l’initiative. Dès août 2004, en particulier à l’occasion de l’université du PS,
en concertation avec Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et Jack Lang, il a
décidé de précipiter la prise de position du PS pour le « oui ». Cet
engagement présentait l’avantage de faire passer par ailleurs au second plan le
bilan de la politique du PS face au gouvernement Chirac-Raffarin (réforme
Douste-Blazy, privatisation d’EDF/GDF) et face à la nouvelle série d’attaques
qu’il engageait contre le prolétariat (projet de budget de l’État, projet de
loi Borloo, projet de loi d’orientation sur l’enseignement). De fait la vie
politique du PS va presque se résumer au débat sur la constitution européenne
pendant trois mois, de septembre à novembre. En arrière plan, déjà, les petites
et grandes manœuvres par lesquelles les candidats potentiels du PS à l’élection
présidentielle de 2007 cherchent à prendre position.
De plus François Hollande sait
que Fabius va tenter de se démarquer. Déjà en octobre 2003, bien que soutenant
la position de la majorité, il a pris quelques distances par rapport à un vote
« oui » du PS. Sur France 2 ; il déclarait « L’Europe ne doit pas être seulement soutenue par les cadres mais
aussi par les ouvriers ».En juin 2003, il réitère après être resté
ostensiblement en retrait dans le débat sur la plate-forme du PS pour les
élections européennes. Le Monde du
2/12/2004 rappelle :
« Cette fois encore la victoire est au
rendez-vous. Mais aussitôt après, M. Fabius franchit un pas supplémentaire
lorsqu’il se dit « très réticent » au projet de constitution
européenne. Interrogé par Le Monde le 23 juin, il affirme : « Je
doute qu’en l’état, les socialistes et les français votent pour ». Très
critique sur l’action du chef de l’État, il ajoute : « Je ne pense pas
qu’il faille toujours voter avec Chirac » ».
Cette prise de position avait
entraîné une réaction immédiate de Bertrand Delanoë et de Dominique
Strauss-Kahn qui s’exprimaient publiquement pour
l’approbation de la constitution européenne dans Le Monde du 3/07/2004. En juillet et août, les prises de position
publiques pour le « oui » se multiplient (Élisabeth Guigou, Ségolène
Royal) ; les partisans du « non », au nom de Nouveau Monde et de
NPS répondent de la même manière. Hollande se devait d’intervenir. Il était d’autant plus motivé que dans
les rangs même de la majorité, certains se prononcent aussi pour le
« non », tel Manuel Valls, député de l’Essonne, « numéro
quatre » du PS, secrétaire national chargé de la coordination ou encore
Marie-Noëlle Lienemann. Lors de l’Université d’été du PS, François Hollande
annonçait que la consultation interne décidée à Dijon aurait lieu avant la fin
de l’automne et il s’engageait fermement pour le « oui ».
En réponse à l’initiative de
Hollande, Fabius a décidé de s’engager. Il avait bien évidemment préparé ses
partisans à cette éventualité. Début septembre les dirigeants du cercle des
fabiusiens (Paul Quiles, Claude Bartolone, Martin Malvy, Michel Vauzelle,
Daniel Percheron etc.) font connaître leur prise de position pour le
« non ». Le 9 septembre 2004, sur France 2, adoptant la posture d’un
futur présidentiable en s’adressant directement à Chirac par dessus la
direction du PS, Fabius lançait un « ultimatum » au président de la
République.
Il « a menacé de voter « non », mettant
en demeure Jacques Chirac d’obtenir, dans les mois qui viennent, « des
avancées » sur l’emploi et les délocalisations. Se disant
« inquiet » devant « la dérive » de l’Europe, le numéro
deux du PS souhaite « une révision du pacte de stabilité », « un
budget amplifié » pour le recherche, l’investissement et la formation,
« la fin de la concurrence fiscale qui alimente les délocalisations »
et « une directive protégeant les services public » (le Monde
11/09/2004).
Fabius concluait
« Si le chef de l’État prend ces orientations, ce
qui implique une réorientation assez forte par rapport à ce qu’il a fait, et
s’il arrive à convaincre nos partenaires, c’est bien pour les salariés et le
traité. Mais s’il ne prend pas cette orientation, ma réponse sera
« non » ».
Fabius n’a pas laissé le temps à Chirac de répondre et personne
n’a été dupe. Trois jour après, sur
LCI, il confirmait qu’il voterait « non ». Au sein du PS, la bataille
s’engageait entre les partisans du « oui » et du « non ».
Pendant trois mois, une intense
campagne était menée part les deux camps, dans un climat parfois tendu à
l’extrême où tous les coups étaient permis. De plus à l’extérieur du PS, via la
presse, Fabius étaient soumis à un feu roulant des partisans de la constitution
européenne, les dirigeants de l’UMP et de l’UDF prenant soin de ne pas trop se
mettre en avant pour ne pas cristalliser le débat en termes de
« pour » ou « contre » Chirac et le gouvernement UMP-UDF.
Contre le « non » les
dirigeants des principaux partis sociaux démocrates d’Europe prenaient
position. Le maire de Londres Ken Livingstone (dit « Ken Le
rouge » !) avec Bertrand Delanoë, maire de Paris et les maires de
Rome, Berlin, Barcelone, Vienne et Stockholm publiaient dans Le Monde du 13 octobre 2004 une tribune
pour le « oui ». Le PSE et les eurodéputés de tous bords prenaient
eux aussi position en ce sens. A plusieurs reprises, la confrontation directe
entre Fabius et Hollande, en particulier lors des journées parlementaires du PS
le 29 septembre et lors de la réunion des secrétaires nationaux du 5 octobre,
est à deux doigts de tourner au pugilat.
La direction du PS relayée par la
presse n’a pas manqué de s’interroger sur les véritables motivations de Laurent
Fabius. En effet les uns et les autres ont rappelé constamment que par le passé
ce dernier a toujours été un partisan zélé de l’Union européenne et de l’orientation
du PS. En particulier il était premier ministre lorsque fut engagée la
rédaction de l’Acte unique européen en 1985 et lorsqu’il fût signé en février
1986. Sous l’impulsion de Delors cet Acte unique a été une étape décisive de la
relance de la coopération entre les capitalismes européens pour donner un
nouveau souffle dans la marche à l’achèvement du marché unique européen. Mais
plus encore Fabius était le premier secrétaire du PS en 1992 au moment du
référendum sur Maastricht et il conduisit la campagne du PS pour le
« oui » (tel était aussi le cas pour Henri Emmanuelli, partisan
acharné du « oui » en ce temps là). Il n’a rien eu à redire quand
ministre du gouvernement dirigé par Jospin ont été signés les traités
d’Amsterdam et de Nice et pris en charge le passage à la monnaie unique. Il y a
encore un an les fabiusiens, à l’automne 2003, fustigeaient « la démagogie
gauchiste » de ceux qui rejetaient la constitution. Ainsi, Pervenche Berès
dénonçait « ce gauchisme aigre-doux
qui dit non à la constitution européenne » dans les colonnes du Monde du 23/10/2003).
Menant campagne pour le
« non », Laurent Fabius n’a eu de cesse de s’affirmer partisan de
l’Union européenne. De plus, il a constamment défendu qu’il ne s’agissait pas
de remettre en cause le besoin d’une constitution mais qu’il fallait renégocier
le projet actuel pour le débarrasser de tout ce qui ne concernait pas
strictement l’organisations des institutions européenne. En réalité sur le
fond, pas grand chose ne sépare Fabius de la majorité du PS : il se situe
sur le même terrain qu’elle en termes d’allégeance à la bourgeoisie française.
Ce sont d’autres motivations ont conduit Fabius à se démarquer de la direction
du PS en menant campagne pour le « non ». Il n’a pas été l’objet
d’une soudaine révélation. Sa démarche relève d’un froid calcul. Le Monde du 2/12/2004 rapporte qu’avant
de s’engager, Fabius aurait confié à l’un de ses proches « Hollande et Strauss-Kahn sont en train de m’égorger
tranquillement ». De fait, Fabius a estimé que prendre position pour
le « non » était la voie à suivre pour s’imposer comme le futur
candidat du PS contre ses principaux rivaux. Contrairement à ce que les uns et
les autres ont affirmé pendant trois mois, tous la main sur le cœur, c’est
aussi la question de la direction du PS qui était en cause dans cette affaire.
Intervenant dans sa section du 18ème à Paris, Lionel Jospin parlant
des partisans du « non » les dénonçait ainsi « Leur objectif réel n’est pas de changer la face de l’Europe mais
de changer la donne au Parti Socialiste »
(Le Monde du 25/11/2004).
.La politique du PS est une
politique continue d’allégeance et de soumission à Chirac, au gouvernement
Chirac-Raffarin, à la 5ème République. En avril 2002, cette
orientation s’est manifesté au plus haut niveau par l‘appel à voter Chirac
contre Le Pen au nom du front républicain. Le PS, aux côtés des dirigeants
organisations syndicales ouvrières et enseignantes, a participé aux
concertations concluant à des « diagnostics partagés » qui ont permis
au gouvernement Chirac-Raffarin de faire passer les contre réformes des
retraites et de la Sécurité sociale. Il a été aussi de la partie au sein de la
commission Thélot préparant la contre réforme de l’enseignement. Face aux
attaques du gouvernement, il se cantonne à une opposition respectueuse au sein
de l’Assemblée Nationale, cautionnant et s’appuyant sur la collaboration des
dirigeants syndicaux à l’élaboration et à la prise en charge des plans de la
bourgeoisie contre le prolétariat. En matière de politique extérieure, il a
apporté son soutien total à Chirac sur les question de l’Afghanistan et de
l’Irak ; il vient de récidiver en soutenant l’intervention de
l’impérialisme français en Côte d’Ivoire, ne faisant aucun cas des massacres
perpétrés par l’armée française.
Après les élections régionales de
mars 2004, le PS est immédiatement monté au créneau pour signifier que l’avenir
de Chirac n’était pas en cause et qu’il devait aller au terme de son mandat en
2007. Au moment où les coups redoublent contre la classe ouvrière, où le
gouvernement et la majorité UMP-UDF à l’Assemblée Nationale appliquent
méthodiquement les plans de la bourgeoisie, la seule perspective offerte par le
PS est celle des prochaines élections présidentielles et législatives de 2007.
L’appel à voter « oui » pour le prochain référendum sur le traité
européen s’inscrit pleinement dans cette politique.
Fabius n’a pas choisit sa
stratégie indépendamment du contexte de la situation politique en France. En
mars dernier, les élections régionales et cantonales ont démontrés que le prolétariat
et la jeunesse n’avaient pas d’autre alternative sur le train des élections que
d’utiliser le PS pour exprimer leur aspiration à en finir avec le gouvernement
Chirac-Raffarin et chasser Chirac. Ces élections ont été un triomphe pour le PS
qui par la suite en juin, malgré le contexte de l’abstention, a connu à nouveau
la victoire aux élections européennes. Ceci bien que pour les régionales et les
européennes il ait constitué des listes associant partis et personnalités
bourgeoises et petites bourgeoises afin d’empêcher que s’exprime un vote de
classe contre les partis bourgeois. Cette aspiration des masses en réalité
contradictoire à la politique du PS lui même.
Mais en même temps, le PS n’est
pas imperméable aux aspirations des masses. Cela s’est pleinement exprimé lors
du congrès Dijon en mai 2003 lorsque le PS, alors qu’avec le gouvernement de la
gauche plurielle il avait engagé le processus de la concertation préparant le
contre réforme des retraites, a pris position, pour le retrait du projet de loi
Fillon (voir à ce propos CPS nouvelle
série n° 13). Bien entendu, aussitôt le mouvement retombé le PS a classé
aux archives sa résolution.
Il est incontestable que
l’aspiration des masses à en finir avec Chirac telle qu’elle s’est exprimée
lors des élections de mars 2004 se répercute au sein du PS. Une partie du PS
craint que les masses, dans le cas où le référendum sur la traité européen se
tiendrait, vote « non » tout simplement pour voter contre Chirac,
pour exprimer une fois de plus leur volonté d’en finir avec lui. Elle craint
que les masses restent sourdes à l’appel à voter « oui » et même le
rejette parce que ne voulant pas voter Chirac une seconde fois comme au second
tour de l’élection présidentielle.
Cette aspiration des masses secoue
tous le PS. Il est significatif que les tenants du « non » et du
« oui » aient été presque à égalité au sein des instances dirigeantes
du PS (le secrétariat national, les groupes parlementaires, les présidents des
conseils régionaux et généraux).
C’est pour cette raison que
Fabius a jugé possible de s’engager pour le « non ». C’est pourquoi,
au-delà du débat sur la constitution européenne et l’échéance du 1er
décembre approchant, Fabius et ses partisans, mais aussi les courants
minoritaires ont mis l’accent sur la ligne « refuser d’appeler à voter
Chirac, refuser de voter pour la constitution négociée par Chirac et
Sarkozy » ou encore, dans le cas de Montebourg, « refuser de voter
pour la constitution approuvée par le MEDEF » et en dénonçant « Le virage centriste des promoteurs
socialistes du « oui » » (Le Monde du 20/11/2004). Fabius a multiplié les déclarations sur la
ligne :
« Je serais d’ailleurs assez inquiet si
l’identité socialiste dépendait à ce point d’un projet qui sera porté au
premier rang notamment par messieurs Chirac et Berlusconi. L’engagement pour
l’Europe, « oui » ! Mais le projet européen des socialistes
français est-il le même que celui de la « droite américaine »
illustrée avec fougue par M. Sarkozy ? Pour moi, « non » »
(Le Monde du 30/11/2004) ou encore « Je ne suis pas sûr que la meilleure
façon de préparer le projet des socialistes soit de commencer par voter avec la
droite » avant d’avoir précisé « « Je ne réclame évidemment pas
une constitution socialiste » (Le Monde du 19/11/2004).
Le vote « oui » a été
largement majoritaire. Ce résultat est un révélateur de l’état du PS. Les liens
du PS avec les masses exploitées, l’ensemble du prolétariat, sont distendus à l’extrême.
Depuis l’éclatement de la FEN, les liens du PS avec le mouvement syndical
enseignant se sont délités et la plus grande majorité des adhérents du PS qui
ont une activité syndicale dans les entreprises et la fonction publique
militent à la CFDT. Le PS possède des dizaines de milliers d’élus à tous les
niveaux (députés, conseillers généraux et régionaux, maires et conseillers
municipaux etc.). Autour de ces derniers, quelques dizaines de milliers
d’adhérents gravitent et constituent une partie du « monde associatif »
bénéficiant plus ou moins directement sinon de prébendes ou au moins
d’«avantages ». Cet ensemble constitue l’essentiel des 130 000 adhérents
du PS. La quasi totalité de ses adhérents est
politiquement et organiquement attachée à la société bourgeoise, imprégnée de
la « culture de gouvernement ». Cette composition politique et
sociale est une expression du caractère ultra dégénéré du PS en tant que parti
ouvrier. Depuis le début des années
quatre-vingt dix, avec la réintroduction du capitalisme en URSS et la chute du
mur de Berlin, il est devenu un propagandiste ouvert de la lutte contre le
socialisme, promoteur de l’économie de marché. Il contribue ainsi à
l’accentuation du désarroi politique du prolétariat et de la jeunesse. Cet état
fixe les limites de l’expression au sein du PS de la pression des masses. Les
courants Nouveau Monde, Forces militantes et Nouveau Parti Socialiste ne sont
en rien des courants « gauche ». Ils se référent tous à la nouvelle
déclaration de principe, adopté à l’unanimité lors du congrès de Rennes en
1990, déclaration qui substitue à la nécessité de la propriété collective des
moyens de production pour aller vers le socialisme, la reconnaissance de
« l’économie de marché » comme la seule base possible pour l’organisation
de la production.
Hollande, après s’en être défendu
pendant des semaines, a dans les derniers jours mis dans la balance que c’était
aussi la question de la direction du PS qui était en réalité en jeu. A la
question « Que ferez-vous si le « non » l’emporte
le 1er décembre ? » il répondait
«Si le « oui » l’emporte, je sais ce qui se
passe : nous continuons, avec les mêmes équipes et la majorité du congrès
de Dijon, le travail engagé depuis deux ans et demi et qui nous a permis
d’avoir des victoires électorales importantes. Si c’est le « non »,
je ne sais pas, c’est l’inconnu au sein du PS parce que cela pourrait être le
saut dans le vide.(…) j’ai posé une règle simple qui
vaudra pour tous les cas de figure : mèneront la campagne pour le
référendum dans le pays ceux qui auront défendu la ligne choisie par les
militants. Si le « non » l’emporte, ce sera ceux qui ont défendu
cette position dans le parti d’en convaincre les français »
(Le Monde du 23/11/2004).
Auréolé des victoires électorales
du PS lors des dernières élections, il est jugé capable de ramener le PS au
pouvoir lors des prochaines élections présidentielles et législatives par une
grande partie de l’appareil. De ce point de vue est significatif qu’une partie
des fabiusiens, dont Jack Lang, n’ait pas suivi leur chef et se soit rangée du
côté de Hollande en restant dans la majorité.
De plus, Fabius génère envers sa
personne beaucoup de méfiance de la part d’une grande partie des adhérents.
Fils spirituel de François Mitterrand, sa carrière au sein du PS est jalonnée
de coups fourrés et ses efforts récents pour donner un vernis gauche à son
personnage suscitent la suspicion. Pour une grande partie du PS, son engagement
pour le « non » a été perçu comme une basse manœuvre de plus. Pendant
ses années il a été catalogué comme le Tony Blair du PS, voulant le transformer
en un parti « à l’américaine », une simple machine électorale pour
servir ses ambitions.
Enfin, dans le camp du
« oui », tous ceux qui ont des prétentions avouées ou encore cachées
pour les prochaines présidentielles ont fait bloc contre Fabius, mobilisant le
banc et l’arrière banc de leur clans, cliques et écuries.
François Hollande a tiré les
conséquences de la défaite du « non ». Lors du Conseil National du
4décembre 2004, il a remanié la direction du PS. Les fabiusiens sont affaiblis
mais Fabius reste « numéro deux », les membres de la majorité qui ont
failli en militant pour le « non » ont été éjectés ou dégradés et le
trio Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn, Jack Lang opère un retour au
secrétariat national. Il leur revient à tous les trois de diriger l’élaboration
du programme du PS pour les prochaines élections de 2007.
Le conseil national du PS réunit
le 4 décembre a entériné les résultats. François Hollande a confirmé son
orientation telle que définie le 2 décembre (voir plus haut).
Parmi les partisans du
« non » le courant NPS a déclaré son ralliement au « oui ».
Son porte-parole, Arnaud Montebourg a avoué :
« Et, je veux prendre ici au mot les partisans du
oui qui ont eu raison d’expliquer, et nous les approuvions en notre for
intérieur, qu’ils faisaient de leur approbation à cette Constitution une
condition de la renégociation ultérieure du Traité .Est-ce que le oui du Parti
socialiste de France sera le oui qui exige la renégociation immédiate ? Est-ce
que le oui du Parti socialiste de France sera le oui qui porte l’exigence du
Traité social ? Est-ce que le oui du Parti socialiste sera le oui de combat
pour la renégociation de ce texte s’il est approuvé ? Nous le souhaitons, nous
le demandons au nom de ceux qui ont exprimé un non tout en étant, comme nous
tous ici, désireux de poursuivre la construction européenne.
Mais de toute évidence une partie
des partisans du « non » n’a pas renoncé et est décidée à poursuivre.
Pour le courant Nouveau monde, Jean-Luc Mélanchon a pris date :
« Amis, il y a un non socialiste. Ce non
socialiste a été porté par plus de 40 000 adhérents du Parti, mais c’est un non
socialiste qui existe aussi dans le peuple français. Ce non, ami Poignant,
hélas, je le crains, ne pourra pas t’obéir. Il m’est arrivé... C’est un double
devoir. Il y a le devoir de loyauté à l’égard du Parti qui ne nous appartient
ni aux uns ni aux autres, qui appartient au peuple de gauche, qui prend ses
décisions, et le Parti a décidé. Et je ne discute pas une seule seconde sa
décision. Je ne discute pas sa décision. Mais la dernière fois aussi, il avait
décidé la guerre du Golfe. J’ai voté contre et je ne le regrette pas. Et pareil
pour la Banque centrale européenne. Et je ne le regrette pas non plus. »
Dans le même registre Marc
Dolez, au nom de Force Militantes a ajouté :
« Deuxième question que je voulais évoquer : l’élaboration
de notre projet, la construction d’une véritable alternative à gauche, n’aurait
pas de sens si nous ne disions pas dès maintenant ce que nous allons faire
vis-à-vis des lois les plus injuste et les plus scandaleuses de la droite.
C’est, je crois, un préalable politique indispensable et je suis de ceux qui
pensent que le Parti devrait dire dès maintenant haut et clair que, si nous
revenons aux responsabilités en 2007, nous abrogerons les lois les plus
injustes de la droite, nous abrogerons la loi Fillon sur les retraites et la
loi Douste-Blazy sur l’assurance maladie. C’est, me semble-t-il, l’une des
conditions pour préparer cette alternative que les Françaises et les Français
demandent avec impatience dans la situation d’urgence sociale dans laquelle
nous sommes ».
Laurent Fabius a pris acte
de la victoire du « oui » et a fait profil bas. Mais déjà il a
entrepris d’organiser les partisans du « non » issus de la majorité
du PS. Le 16 décembre, Manuel Valls, Paul Quiles, Marie-Noëlle Lieneman, André
Laignel, Jean-Pierre Balligand ont lancé, en présence de Fabius, l’association
Ambition Europe. Comme l’indique Claude Bartolone, les 41.2 % de
« non » constituent une « bonne base de départ » et Fabius
de prédire à ses partisans « qu’ils
étaient très proche du moment où la
gauche allait rencontrer son point de vérité » (Le Monde du 18/12/2004). Le 4 décembre, François Hollande a affiché
une certaine fermeté :
« Jean-Luc a dit : il faut dire ce que l’on
pense. Je crois que c’est un principe que nous partageons dans ce Parti. Il
faut aussi penser ce qu’on dit. Là aussi, on peut arriver à un consensus et à
une synthèse. Mais cette liberté-là n’est pas en cause, et je remercie tous
ceux qui ont cette sincérité et qui continuent de l’exprimer. Mais ce qui serait
un problème grave entre nous, c’est si, dans une campagne qui est celle du
Parti pour le oui, à laquelle ne participeront que ceux qui ont appelé à cette
décision dans le Parti, il y avait une autre campagne pour le non. Il y a un
oui socialiste, il n’y a pas un non socialiste. Je veux le dire clairement,
parce que sinon notre réunion n’aurait servi à rien.
Et il poursuivait :
« Mais, je veux le dire à Marc, pour moi, un
projet socialiste, ce n’est pas une somme d’abrogations. Et, si nous nous
lancions dans l’idée même que tout devrait être abrogé, peut-être qu’il faudra
le faire, mais que nous n’aurions rien à construire, le plus difficile n’est
pas d’abroger, de supprimer, d’effacer, le plus difficile, ce qu’on attend de
nous, c’est d’abord de porter des projets, de porter des réformes, de donner
une perspective, de donner du sens. Et si on était simplement en face des
Français en disant : « Ne vous en faites pas, nous annulons tout et nous
repartons, de quoi ? De 2002 ? » Qui pourrait l’imaginer ? Donc nous avons à
faire un effort intellectuel et politique bien supérieur parce que nous devons
aller vers les Français pour les convaincre que nous portons un projet qui a du
sens. ».
Mais quelques jours après
la victoire du « oui », l’inquiétude est présente parmi les membres
de la majorité autour de Hollande. Le
Monde du 10/12/2004 indique
« M. Hollande n’ignore pas pour autant les
risques que fait peser, au sein du PS, le sentiment de « voter
Chirac » (…) En marge du conseil national du PS du 4 décembre, il
indiquait d’ailleurs son intention de se rendre en Espagne, au mois de février,
pour participer à la campagne de son ami le chef de gouvernement José Luis Zapatero. Las , trois jours plus tard, le 7 décembre,
au cours du 17ème sommet franco-espagnol, M. Chirac annonçait qu’il
se rendrait, le 11 février, « a l’invitation de M. Zapatero »,
pour participer à un « meeting pédagogique » sur la constitution
européenne. Une réunion à laquelle a été également invité un autre leader
social-démocrate, le chancelier allemand Gerhard Schröder ».
La majorité du PS sait que
si les partisans du « non » s’obstinent, c’est parce qu’ils sont
forts du fait que les 41.2% contre le traité constitutionnel sont une
expression au sein du PS de ce que le « non » à Chirac pourrait
l’emporter lors du référendum.
Fabius a décidé de ne pas
renoncer pour cette raison. Une partie du PS s’aligne sur la perspective d’une
défaite de Chirac. C’est pourquoi, même si la victoire du « oui » à permis à Chirac de franchir la « première haie »,
rien n’est définitivement joué.