Article paru dans Combattre pour le socialisme n°14 (96) de décembre 2003

 

"Forum social européen" de Paris Saint-Denis

Les habits neufs des vieilles bureaucraties

 

 « Un Forum social européen financé par Matignon » (Libération du 3 octobre)…


Du 13 au 16 novembre s’est tenu à Paris et en proche banlieue le Forum Social Européen, déclinaison sur le vieux continent du Forum Social Mondial lancé à Porto Alègre. Une première remarque s'impose. Ce "forum" présenté à loisir comme le nec plus ultra en matière de contestation est une manifestation financée directement par l'Etat, comme le résume le titre d'un article de Libération du 3 octobre, ou comme le détaille la dépêche d'agence suivante, parue le jour de l'ouverture du forum:

« Aujourd'hui s'ouvre à Paris le second forum social européen où près de 60000 personnes sont attendues. Le budget de ce grand rendez-vous altermondialiste est pris en charge à 85 % par l'Etat et les collectivités locales à l'exception de la région Ile de France qui a refusé de voter le budget.


Quatre sites, 55 conférences plénières, 250 séminaires, plus d'une centaine d'ateliers, la préparation du forum social a nécessité d'énormes besoins logistiques tant sous forme de matériel que de locaux. "Nous avons un budget global de l'ordre de 6 millions d'euros, hors bénévolat " précise Marc Mangenot, directeur financier du FSE. "Il comprend les aides en infrastructure que nous fournissent les mairies organisatrices comme des salles ou des gymnases pour l'hébergement mais aussi le budget monétaire qui s'élève lui à 3,5 millions d'euros".


Celui-ci comprend les frais de fonctionnement comme les charges de personnel, les coûts de communication ou bien encore ceux de traduction. Si près de 1500 associations, syndicats et mouvement divers participent à l'élaboration du forum, leur apport monétaire reste relativement faible, environ 60 000 euros au total.

De leur côté, les organisateurs tablent sur un apport de 450000 euros grâce aux droits d'inscription. Car l'accès aux différentes manifestations n'est pas gratuit, loin s'en faut. Si les personnes sans revenus bénéficient d'un tarif de 3 euros, pour les autres, il vous en coûtera 11, 22 voir 55 euros suivant que vos revenus se situent en dessous de 1000, entre 1000 et 2000 ou bien au-dessus des 2000 euros mensuels. Après vous être acquitté de ce droit, vous aurez accès à tous les sites durant les trois jours.


Au final, ce sont des fonds publics qui financent la plus grosse part du budget de ce forum européen qui, au passage, ne bénéficie d'aucune aide européenne. 500000 euros pour Matignon, 500 000 pour le quai d'Orsay et environ 2,5 millions pour les collectivités territoriales que sont les villes où se déroulent les manifestations et les conseils généraux de Seine St Denis et du Val de marne.


Seule manque à l'appel la région Ile de France dont le groupe UMP a refusé de voter le budget de 300000 euros initialement prévu. »

 

Et encore cette dépêche ne fait-elle pas mention des facilités d'autorisation d'absence pour les fonctionnaires consenties à l'occasion du FSE par le ministère de l'Education nationale, ni du fait qu'une partie de ses travaux se déroulait dans une salle prêtée par le groupe Vivendi!

 

A ce premier constat se conjugue un second. A parcourir la liste des multiples réunions organisées dans le cadre de FSE, on constate qu'elles sont pour l'essentiel placées sous la direction de figures politiques bien connues.


Les chevaux de retour du stalinisme donnent le ton


La charte des principes du Forum Social Mondial de Porto Alegre spécifie que les partis politiques n'ont pas leur place en tant que tels dans ces forums qui se veulent "un espace non partisan". Es qualité ou non, à l'évidence l'injonction d'être "non partisan" s'adresse aux participants lambdas à ces forums mais pas … à leurs organisateurs. Quelles que soit l'étiquette arborée, des membres éminents des morceaux de l'ancien appareil international du stalinisme, et d'abord du PCF, ont trusté ce FSE.

 

On pouvait ainsi entendre dans les séances du FSE P.Cohen-Seat discuter avec P.Khalfa, de SUD, "l'Europe des droits citoyens", Bernard Thibault (CGT) discourir sur la "charte des droits fondamentaux" inscrite dans le projet de constitution européenne, Gérard Aschieri (FSU) bavarder sur l'AGCS, P.Boccara se demander doctement comment mettre "l'euro au service de l'emploi", tandis que Marie-George Buffet débattait de son côté de "l'Europe au défi de sa dimension sociale" avec notamment le candidat LCR à l'élection présidentielle, Olivier Besancenot. N'oublions pas Francis Wurtz "à la recherche de la démocratie perdue"; Pierre Zarka se penchant quant à lui sur l'actualité de l'autogestion, avec comme partenaire Catherine Samary, autre membre dirigeante de la LCR.

 

Tout ceci sans compter Jacques Nikonoff, président PCF d'ATTAC, les représentants de la fondation Copernic dont le président, Salesse, fut membre du cabinet ministériel de J-C.Gayssot, ou les représentants du PRC italien, du PCE espagnol.

Bien entendu, le PCF n'est pas le seul parti, la seule force politique à intervenir dans le FSE (la charte du Forum Social Mondial précise " Ne pourront participer au Forum en tant que tels les représentations de partis" – mais le caractère "non partisan" du FSM est seulement un message adressé à l'extérieur). La LCR y est largement représentée, elle aussi sous d'éventuels pseudopodes. Les Verts, le PS ont pu aussi y intervenir, et encore des représentants des gouvernements brésilien ou vénézuélien, de l'Eglise catholique.

Il faut également noter l'importance toute particulière donnée aux représentants de la "Confédération Européenne des Syndicats", organisme créé et se situant totalement dans le cadre de l'Union Européenne des capitalismes. Alors que s'achèvent les tractations au sommet de l'Union entre impérialismes sur le contenu de la future "constitution", toute cette réunion du FSE était ainsi placée dans une perspective de soumission, "critique", bien entendu, à l'Union Européenne, sur une ligne d'amendement de celle-ci, en l'occurrence d'amendements à sa "constitution".

 

Enfin, comment ne pas relever la présence en vedette dans un colloque sur le syndicalisme organisé par la C.E.S. à l'occasion du FSE de Jacques Chérèque, secrétaire général de la CFDT et ardent défenseur de la politique du gouvernement Chirac-Raffarin!

 

Le Forum Social Européen fonctionnant selon le principe anti-démocratique " Les participants ne doivent pas être appelés à prendre des décisions" (charte du FSM), s'y juxtaposent et s'y télescopent une foule de forums sur tous les sujets, dont le grotesque n'est pas absent: " L'origine de la pratique du yoga", " Des fleuves, des rivières, de l’eau, des citoyens poissons volants" "pour la paix dans l'espace" et autres "village intergalactique".

 

Mais, dans ce FSE, le summum du grotesque n'est-il pas la prétention de faire dans "l'alter", du prétendre à "un autre monde", en se situant sous la coupe de l'ensemble des forces insérées et attachées à la défense de l'ordre social existant?


Pour que "le monde ne soit pas une marchandise", un seul "autre monde est possible": le socialisme


Autant il est indispensable de n'entretenir aucune illusion sur la nature des organisateurs des grandes "fêtes altermondialistes" ("Une grande fête. Sauf qu'il n'y a rien à fêter : l'Irak ? La crise économique?", propos d'une participante rapportés par Libération du 17 novembre), autant on ne peut en rester là. Car après tout, qu'ils soient issus des débris de l'ex appareil international de la bureaucratie du Kremlin ou non, les initiateurs de ces forums, depuis le premier FSM à Porto Alègre, n'affirment-ils pas que "un autre monde est possible"?

 

La charte des principes du FSM spécifie en même que les participants

"s’opposent au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme (…)" , "s’opposent à un processus de mondialisation capitaliste commandé par les grands entreprises multinationales et les gouvernements et institutions internationales au service de leurs intérêts."

Et qu'en conséquence le FSM se veut:

" un mouvement d’idées qui stimule la réflexion, et la diffusion transparente des fruits de cette réflexion, sur les mécanismes et instruments de la domination du capital, sur les moyens et actions de résistance et la façon de dépasser cette domination, sur les alternatives proposées pour résoudre les problèmes d’exclusion et d’inégalité sociale que le processus de mondialisation capitaliste, avec ses composantes racistes, sexistes et destructrices de l’environnement est en train de créer, au niveau international et dans chacun des pays. "

 

Voilà qui mérite qu'on s'y attarde. "Dépasser cette domination"? Pour aller où? Les réponses apportées par le FSM. sont sans aucune ambiguïté, pour qui sait (ou veut) lire. Sa charte précise en effet qu'il regroupe des "instances et de mouvements de la société civile (…) qui s’emploient à bâtir une société planétaire axée sur l’être humain." Et encore:

" Les alternatives proposées au Forum Social Mondial s’opposent à un processus de mondialisation capitaliste commandé par les grands entreprises multinationales et les gouvernements et institutions internationales au service de leurs intérêts. Elles visent à faire prévaloir, comme nouvelle étape de l’histoire du monde, une mondialisation solidaire qui respecte les droits universels de l’homme, ceux de tous les citoyens et citoyennes de toutes les nations, et l’environnement, étape soutenue par des systèmes et institutions internationaux démocratiques au service de la justice sociale, de l’égalité et de la souveraineté des peuples."

 

"Une mondialisation solidaire", "respectueuse des droits de l'homme" de "l'environnement" fruit "d'institutions internationales démocratiques", au service de la "justice sociale"… ? Disons-le: un tel programme, rempli de vœux pieux et de formules creuses, pourrait se retrouver mot pour mot dans la doctrine sociale de l'Eglise catholique, laquelle répétons-le est tout à fait impliquée dans le FSM, notamment au Brésil – comme dans le soutien au gouvernement Lula-Alencar. "Dépasser le capitalisme" est l'antienne de tous les congrès du PCF et autres qui se sont mis à employer ce vocable uniquement pour proclamer qu'il ne faudrait pas en finir avec lui, le renverser, exproprier le capital pour faire passer les moyens de production et d'échange entre les mains des travailleurs.

Avec d'un côté les références à la "société civile", le refus des partis politiques en tant que tels, et de l'autre la "mondialisation à visage humain" en guise d'étendard, il est on ne peut plus clair que le cadre du FSE nie, s'oppose à la lutte des classes, et à plus forte raison à la remise en cause du mode de production capitaliste.

 

Leur "altermondialisme" c'est un "altercapitalisme".

 

C'est là le nœud de la question. Les mouvements étiquetés "altermondialistes", ATTAC en tête, clament volontiers "le monde n'est pas une marchandise". Mais si on prend ce slogan au sérieux, pour que le monde ne soit pas une marchandise, il faut en finir avec les rapports sociaux capitalistes, mode de production précisément constitué, dans les frontières nationales, sur la base de la production de produits en tant que marchandises et qui a comme moteur le profit. Il faut combattre pour le socialisme. Mais c'est exactement ce dont les FSM, FSE, ATTAC et cie ne veulent pas entendre parler.

 


Contre l'AGCS: rompre avec l'OMC et les institutions internationales des puissances capitalistes


A l'occasion de chaque sommet de l'OMC se tiennent des rassemblements sous le drapeau de l'altermondialisme, (jusqu'à s'attribuer frauduleusement le "mérite" de l'échec de tel ou tel sommet, comme celui de Seattle, alors que eux-ci sont dus uniquement à l'incapacité des membres de l'OMC à se mettre d'accord entre eux). ATTAC et cie font à l'évidence de l'OMC le centre d'où viendraient les directives de déréglementations, de privatisations, etc. Ainsi, Ignacio Ramonet écrivait dans l'éditorial du monde diplomatique de décembre 1997, qui allait servir de plate-forme à ATTAC:

"La mondialisation financière a d'ailleurs créé son propre Etat. Un Etat supranational, disposant de ses appareils, de ses réseaux d'influence et de ses moyens d'action propres. Il s'agit de la constellation Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et Organisation mondiale du commerce (OMC). Ces quatre institutions parlent d'une seule voix - répercutée par la quasi- totalité des grands médias - pour exalter les «vertus du marché».

Cet Etat mondial est un pouvoir sans société, ce rôle étant tenu par les marchés financiers et les entreprises géantes dont il est le mandataire, avec, comme conséquence, que les sociétés réellement existantes, elles, sont des sociétés sans pouvoir "

 

Cette envolée journalistique ne résiste pas plus à l'analyse que celles du Parti des Travailleurs faisant de la commission de Bruxelles la cause de tous les maux. En réalité, les déréglementations (la casse des acquis ouvriers), les privatisations, la liquidation de pans entiers de la classe ouvrière dans tel ou tel pays, s'inscrivent dans un processus qui n'a pas attendu la transformation du GATT en OMC en 1995 pour se manifester, et qui est distinct de celui de baisse des droits de douane opéré depuis l'après-guerre dans le cadre du GATT (Accord Général sur le Commerces et les Tarifs douaniers).

 

C'est en effet à partir des années 1980, d'abord aux USA et en Grande-Bretagne, les gouvernements au service du capital ont réussi à porter des coups profonds aux prolétariats leur pays, d'autant plus qu'ils étaient aiguillonnés par le retour, depuis les années 70, de la crise récurrente qui ronge le capitalisme pourrissant, avec en conséquence l'exacerbation de la concurrence entre entreprises et entre Etats. C'est dans chaque pays que chaque Etat national, "mandataire des entreprises et des marchés" pour utiliser à bon escient l'expression d'Ignacio Ramonet, a commencé de faire reculer progressivement la classe ouvrière, et chacun d'abord au compte de ses propres groupes industriels et financiers.

 

Cette précision est indispensable. Cela dit, l'OMC, comme sur un autre plan l'UE, n'en est pas quantité négligeable pour autant. C'est un organisme dans lequel les grandes puissances capitalistes se concertent et s'affrontent pour définir et redéfinir les règles de leur concurrence, et donc aussi la manière dont elles s'entendent sur le dos des exploités et des opprimés. Ainsi, l'accord général sur les commerces et les services actuellement en discussion au sein de l'OMC pourrait constituer un instrument juridique puissant pour livrer en pâture aux grands groupes capitalistes des secteurs clés de l'économie qu'ils ne se sont globalement pas encore soumis, et poussant à l'ouverture totale à la concurrence de la santé, de l'éducation, des transports, etc. Il est à cet égard parfaitement correct de combattre contre l'AGCS en tant que tel, tout comme il peut l'être de combattre contre les directives de la commission européenne œuvrant dans le même sens avec bien plus de poids d'ailleurs puisque ces directives (par exemple celles libéralisant par étapes le marché de l'énergie, ou de la poste) ont un poids juridique – donc pratique – bien plus important que les accords au sein de l'OMC.

 

Mais comment les combattre sans militer pour la rupture avec l'OMC? Comment les combattre sans militer pour la rupture avec l'Union Européenne? Ce qui aussitôt pose la question: quel gouvernement pourra en France rompre avec l'Union Européenne, avec l'OMC? A l'évidence, pas un gouvernement au service des capitalistes, car les plus grands groupes industriels et financiers français sont tous partisans et ont largement profité et profitent encore des décisions de ces institutions, de ces "cavernes de brigands" pour reprendre l'expression de Lénine.

 

Poser la question du gouvernement ? De la rupture avec l’OMC ? Pour ATTAC pas question. Ainsi, un tract d’ATTAC de mars 2003 se conclut-il ainsi:

"Nous exigeons :

- Un moratoire (suspension) sur les négociations de l’AGCS, cela tant que n'aura pas été réalisée une évaluation, avec la pleine participation des mouvements citoyens, des politiques, des règles et des pratiques de l’OMC depuis sa création ;(…)

- Le retrait du domaine de compétence de l’AGCS de ces secteurs essentiels ou biens communs que sont l'eau, la santé, l'éducation, la culture, l'audiovisuel, les services de communication, les transports, le logement, l'énergie ;

- L'abrogation de l’article de l’AGCS, qui limite les services publics à ceux fournis gratuitement et sans concurrence ;

(…)

Le gouvernement français doit :

- proposer aux gouvernements de l’UE de définir un nouveau mandat de la Commission reprenant les points précités ;

- utiliser son droit de veto dans les secteurs régis par la règle de l’unanimité (culture, santé, éducation, services sociaux), si les offres de libéralisation de la Commission touchent directement ou indirectement l’un d'entre eux ;

- organiser un débat parlementaire et, au-delà, un débat citoyen sur l'OMC et l'AGCS (…)"

Il faudrait donc une bonne OMC, un bon accord sur l’AGCS, qui plus est, cette transformation du plomb en or pourrait être accomplie sous l’impulsion du gouvernement Chirac-Raffarin. Singuliers alchimistes que voilà !

Le mouvement international créé par ATTAC se nomme : "Mouvement international pour le contrôle démocratique des marchés financiers et de leurs institutions" (sic!).

Comprenons donc que "l'autre monde » d'ATTAC serait un monde avec des marchés financiers et les institutions internationales actuellement existantes…sous "contrôle citoyen", bien entendu, le tout étant possible grâce à l’action du gouvernement UMP. « l’Autre monde possible » ressemble fort à l’actuel !


Pour "désarmer les marchés": annuler la dette publique, exproprier les spéculateurs


La proposition phare autour de laquelle s'est constituée ATTAC est celle de la "taxe Tobin". Ignacio Ramonet proposait dans l'éditorial fondateur déjà cité:

"Les institutions financières internationales et les grands médias (dont les bénéficiaires de la mondialisation sont souvent propriétaires) ont fait le silence sur la proposition de l'économiste américain James Tobin, prix Nobel d'économie, de taxer les transactions spéculatives sur les marchés des devises. Même fixée à un taux particulièrement bas de 0,05%, la taxe Tobin rapporterait près de 100 milliards de dollars par an. Collectée, pour l'essentiel, par les pays industrialisés, où sont localisées les grandes places financières, cette somme pourrait être reversée aux organisations internationales pour des actions de lutte contre les inégalités, pour la promotion de l'éducation et de la santé publique dans les pays pauvres, pour la sécurité alimentaire et le développement durable. Un tel dispositif mettrait du sable dans les rouages de la spéculation. Il alimenterait des logiques de résistance, redonnerait des marges de manœuvre aux citoyens et aux Etats et, surtout, signifierait que le politique reprend le dessus."

 

Ainsi appelé sur le berceau de la jeune association, la fée Tobin se transformait en Carabosse:

"A vrai dire, en Europe, on s'est souvent trompé sur le sens premier de ma taxe. On pensait que je voulais taxer les mouvements de capitaux pour dégager des ressources qui iraient à une organisation internationale, comme l'ONU, qui les mettrait au service du développement ou de l'environnement. Ce n'était aucunement ma priorité. Mon objet était bien d'essayer de contrôler les mouvements de capitaux à court terme, ceux qui peuvent avoir des effets déstabilisants sur les économies." (dans Le Monde en novembre 1998)

 

Et effectivement, c’est une simple vision de l’esprit de croire que les « valeurs » s’échangeant en bourse sont des valeurs réelles que l’on pourrait utiliser à sa guise en dehors de la sphère financière en les convertissant en investissement sonnants et trébuchants. Les actions, obligations, produits dérivés, monnaies, sont du capital fictif. Prétendre les convertir en capital réel immédiatement disponible en investissements reviendrait à considérer les places financières comme des véritables pays de cocagne, comme les sources potentiellement les plus importantes de création de richesse nouvelles, alors qu’elles sont en réalité au contraire des lieux où une partie de la richesse réelle ne trouvant s’investir dans la production est aspirée et détruite. Le sort des marchés d’actions de sociétés des nouvelles technologies l’indique assez clairement : il ne resterait plus rien à « taxer ».

 

Alors, de quoi s’agit-il ? ATTAC – ainsi que l’Eglise catholique - revendiquent l’abrogation de la dette des pays les plus pauvres. Cette opération d’ailleurs serait peu coûteuse vu la dévalorisation de ces titres, et vu que cette dette a été payée plusieurs fois déjà via des intérêts usuraires, et serait en grande partie à la charge des Etats et non des banques. Mais que dire alors des titres de la dette publique des plus grandes puissances capitalistes, véritable caverne d’Ali Baba pour les voleurs des fonds de pension ? Cette dette là non plus n’a pas à être payée par les masses. Sinon, comment oser prétendre une seule seconde "désarmer les marchés"?

Mais poser ainsi la question revient à nouveau à poser celle, taboue pour ATTAC, du pouvoir, du gouvernement. Quel gouvernement s’en prendrait à la dette publique et anéantirait ainsi la base du parasitisme financier ?

 

Poursuivons. I.Ramonet et ATTAC prônent une taxation à 0,05% des transactions « spéculatives ». Resterait donc entre les mains des auteurs de la plupart des transactions… 99,95% de leurs gains en capital. Pas de quoi trembler ! Toutes les opérations d’investissement direct, d’OPA, de prises de participation, de fusion etc. au niveau des entreprises… et les plans de restructuration qui en découlent seraient ainsi entièrement préservés. D’ailleurs ATTAC n’en fait pas mystère. Cette association écrivait en mai 2001 dans un document adressé aux parlementaires français :

 "Certes, le droit de la propriété capitaliste implique celui d’embaucher et de licencier. La question est de savoir jusqu’à quel point. Nous voulons, quant à nous, que le licenciement devienne l’ultime recours, une fois épuisées toutes les autres possibilités pour garantir la survie de l’entreprise. Il importe donc, comme dans les rouages financiers, de jeter quelques grains de sable dans l’engrenage des licenciements de convenance boursière"

 

« L’autre monde » d’ATTAC , tenons-le nous pour dit, comprendra également des spéculateurs, des licenciements, qui sont un « droit » mais sera agrémenté de « grains de sable » pour privilégier… les « bons » licenciements (et lesquels ?). Leur « altermondialisme », c’est le capitalisme à 99,95%

 

Pas question pour eux d’envisager (horreur !) l’expropriation pure et simple des spéculateurs, pas plus qu’il n’est question pour eux d’interdire tous les licenciements collectifs.


Leur "tabou des tabous" : la question du pouvoir


Toute mesure un tant soit peu sérieuse contre le Capital financier poserait une question simple : combattre dans chaque pays pour porter au pouvoir un gouvernement menant réellement une politique révolutionnaire. Un gouvernement qui interdise les licenciements ; qui refuse d’accepter pour des fatalités les exigences des capitalistes ; un gouvernement qui assure le droit au travail en abaissant la durée hebdomadaire de la journée du travail jusqu’à embauche de tous les chômeurs, qui garantisse le pouvoir d’achat par l’échelle mobile des salaires, qui dénonce la dette publique et crée les postes nécessaires dans les services publics, qui arrête l’ensemble des cadeaux au patronat, qui abroge l’arsenal législatif réactionnaire accumulé sous la Cinquième République, notamment les plans contre la Sécurité sociale. Pour mener une telle politique, il faut naturellement rompre avec l’OMC, avec l’Union Européenne et l’euro. Il faut impulser un plan qui oriente la production, dans les principaux domaines de l’alimentation au logement selon les besoins des masses.

 

Rien de tout ceci n’est possible sans aller vers l’expropriation des grands groupes capitalistes, et notamment des groupes bancaires pour disposer des moyens nécessaires pour planifier la production en fonction des besoins des travailleurs et sous leur contrôle, sans la dictature révolutionnaire du prolétariat. Sans doute la mise en place du monopole du commerce extérieur serait un autre instrument de cette politique.

 

L’engagement d’une telle politique dans un pays d’Europe serait un appel extraordinaire à la lutte dans cette même direction dans tous les autres pays du continent, vers les Etats Unis Socialistes d’Europe, à l’échelle desquels seulement il est réellement possible d’assurer la victoire du socialisme.

 

Evidemment, le premier mot de cette politique est le combat contre le gouvernement Chirac-Raffarin et sa politique, pour la réalisation du front uni des organisations ouvrières (partis, syndicats) contre lui, se saisir de toutes les occasions politiques susceptible d’aboutir à en finir avec lui, développer le combat pour la rupture des organisations ouvrière avec le gouvernement UMP.

De tout cela, que disent les « alter », que dit ATTAC ? Le 30 avril 2003, le président d’ATTAC J. Nikonoff était reçu à l’Elysée par Chirac. Après l’avoir félicité quant à son attitude pendant la guerre en Irak (« je voudrais vous faire part de notre soutien total pour votre action, ainsi que celle du ministère des affaires étrangères, contre la guerre en Irak… ») Au terme de la réunion, Chirac a proposé la formation d’un groupe de travail sur les questions des « taxes globales » du type taxe Tobin, se félicitant pour sa part du travail des « altermondialistes » en matière « d’expertise, de proposition, d’humanité », se félicitant de voir en ce mouvement dans ce mouvement « l’émergence d’une société civile internationale, d’un pôle social de la mondialisation ».

 

Ajoutons que de leur côté F.Chesnais et A.Byrrh dans Le Monde Diplomatique d’octobre 2003 ont cosigné un article titré : « s’attaquer au tabous des tabous : A bas la propriété privée ». En fait de mettre « à bas la propriété privée », leur article se conclut en proposant comme « premier pas » « d’affirmer la prééminence du droit des travailleurs sur celui des propriétaires-actionnaires et des managers notamment pour ce qui concerne les décisions affectant directement les conditions de travail et d’existence » … Eux aussi ont du mal à envisager un « autre monde » sans actionnaires/propriétaires. A tel point que le mot « expropriation » ne figure pas dans cette page si généreusement allouée à ces membres éminents d’ATTAC (qui préfèrent pourfendre « l’intrusion européenne dans les affaires françaises » à propos du groupe Alstom!). Contre la propriété privée… mais sans exproprier le capital – pour ne pas avoir à poser la question du pouvoir politique. Il fallait le faire.

Le « tabou des tabous » pour ATTAC et les « altermondialistes », c’est la question du pouvoir.

 

Reprenons: dans « l’autre monde possible » d’ATTAC, on trouve non seulement l’ONU, le FMI, l’OMC, les spéculateurs, les licencieurs, mais encore leur état-major en France : le gouvernement Chirac-Raffarin. A quelque retouches cosmétiques près, plus on avance, plus "l'autre monde" est une copie conforme de l'ancien.


La « mondialisation », une mystification


Et pourtant, c'est au nom d'une transformation qu'ils considèrent comme décisive, la "mondialisation de l'économie", que les "altermondialistes" justifient leur politique, et que tout particulièrement ils ont "théorisé", si l'on ose dire, qu'il ne servait à rien de combattre pour la conquête du pouvoir politique dans les frontières nationales. L'éditorial d'Ignacio Ramonet cité plus haut parle d'un "Etat international" créé par des "firmes multinationales". Un des éminents théoriciens de la "mondialisation" en France, François Chesnais (dont le sérieux se mesure au fait qu'il dise lui-même avoir changé de théorie entre les deux éditions de son propre livre sur la question!), siège au "conseil scientifique" d'ATTAC.

"Mondialisation"? Dans Notre première mondialisation un ouvrage paru récemment (ed. Seuil), Suzanne Berger, professeur au MIT du Massachussets (USA), rappelle après d'autres quelques faits utiles:

"(…) voici cent ans, les pays développés d'Europe Occidentale et d'Amérique étaient engagés dans un processus de mondialisation analogue à celui que nous connaissons aujourd'hui. Par mondialisation, j'entends une série de mutations dans l'économie internationale qui tendent à créer un seul marché mondial pour les biens et les services, le travail et le capital. De ce point de vue, la période qui s'étend des années 1870 à la Grande Guerre est bien celle de la "première mondialisation": l'internationalisation de l'économie y atteignit, dans les domaines du commerce et de la mobilité des capitaux, un niveau qu'elle ne retrouverait qu'au milieu des années 80. La baisse du coût des transports favorisa un vaste mouvement de populations hors des économies à bas salaires. (…) En Europe occidentale, les travailleurs pouvaient franchir les frontières sans qu'on leur demande ni passeport, ni permis de séjour ou de travail. (…) en 1910, le commerce extérieur représentait une part des économies nationales qu'il ne retrouverait, là encore, que soixante-dix ans plus tard.

Des torrents d'actions et d'investissements directs furent déversés des pays développés vers le Nouveau monde et les pays en voie de développement, aux marges de l'Europe et de l'Asie. Certaines années, la Grande-Bretagne exporta jusqu'à 9% de son PIB en capitaux, tandis que d'autres pays européens s'approchèrent de ce chiffre. De 1887 à 1913, le volume net des investissements français à l'étranger représentait environ 3,5% du revenu national – une proportion plus importante qu'aujourd'hui. Les français envoyaient leur épargne partout dans le monde, et particulièrement en Russie, dans l'empire ottoman et en Amérique latine. Et déjà les industriels français délocalisaient la production pour s'implanter en Europe de l'est, en Asie mineure et ailleurs.

 

En termes de mobilité et d'intégration internationale, nous avons rejoint le niveau de la première mondialisation: la plupart des économistes s'accordent sur ce point même s'ils divergent sur la chronologie. " (pages 6-7)

 

Et elle complète par ailleurs

" En 1914, le télégraphe et le téléphone reliaient les principales places mondiales presque aussi instantanément que l'internet aujourd'hui(…)" (page 22)

 

Il faudrait ajouter à ce tableau rapide qu'en réalité, le rôle des Etats nationaux dans l'économie n'a jamais été aussi important qu'aujourd'hui, et que c'est même leur intervention à fonds perdus engloutis dans l'économie d'armement et autres dépenses parasitaires qui a permis de repousser jusqu'ici l'effondrement de l'économie capitaliste dans son ensemble, avec comme contrepartie un développement fantastique de la sphère financière. Et, même s' il semble curieux de devoir le préciser, les firmes multinationales ne sont pas, en aucun cas, des firmes sans nationalités, à tel point qu'on voit les gouvernements des principaux pays de la planète – à commencer par le gouvernement - se transformer régulièrement en VRP pour placer "leurs" entreprises, "leurs" capitalistes, sur différents coins de la planète.

 

Que ceci exprime une contradiction qui ne peut être surmontée qu'en liquidant les Etats nationaux dans le cadre desquelles les forces productives de l'humanité étouffent, c'est une certitude. Mais en quoi cela justifierait-il de se cacher derrière la "mondialisation" pour arguer contre la prise du pouvoir en France, le renversement de la Cinquième République, la rupture avec l'Union Européenne, l'OMC, en reprenant ainsi un vocable de patron annonçant les licenciements ("ce n'est pas de ma faute, c'est la mondialisation")?

 

En réalité, le changement central et décisif intervenu dans la situation économique et politique mondiale dans les années 90 n'est pas la prétendue "mondialisation". C'est la restauration du capitalisme dans quasiment tous les pays d'où le capital avait été exproprié, et d'abord et avant tout dans l'ex-URSS (fait sans lequel personne d'ailleurs n'oserait parler de "mondialisation"). En un sens, ce terme de "mondialisation" en témoigne, puisque les tenants de cette théorie s'en servent uniquement pour enfoncer le clou de la victoire politique historique remportée par le capitalisme mondial contre les exploités du monde entier, dont le contenu est, que l'on ne saurait exproprier le capital et qu'il faut donc trouver "autre chose" (et tout le programme des "alters" s'inscrit dans ce cadre).

 

Autre conséquence de ce tournant majeur: l'impérialisme US s'est retrouvé seule puissance mondiale avec l'effondrement de l'URSS et en position de lutter sur l'objectif (encore lointain) de reconquérir l'hégémonie qui était la sienne au sortir de la seconde guerre mondiale, sans avoir plus besoin de ménager ses ex-alliés, et d'autant que les tensions épouvantables de toute l'économie mondiale l'y incitent puissamment. Illustration la plus éclatante : la guerre de colonisation de l'Irak pour faire main basse sur ses ressources et ses marchés au grand dam des impérialismes français et allemand.

 

Or, c'est sous le signe de la défense de l'impérialisme français que se sont placés dès leur constitution les organisations "altermondialistes", ATTAC et cie.


Sous le patronage de l’organe officieux de « gauche » du Quai d’Orsay


On l'a vu, l'essentiel des forces qui ont propulsé ATTAC et l'altermondialisme sont issues de la décomposition de l'ancien appareil international du stalinisme (PCF, bureaucraties CGT, FSU, etc.), appuyées par les chevaux légers de la LCR, bénies par des secteurs de l'Eglise catholique. Mais c'est à l'initiative du directeur du Monde diplomatique, Igniacio Ramonet, qu'était lancé en décembre 1997 l'appel:

"Pourquoi ne pas créer, à l'échelle planétaire, l'organisation non gouvernementale Action pour une taxe Tobin d'aide aux citoyens (Attac) ? En liaison avec les syndicats et les associations à finalité culturelle, sociale ou écologique, elle pourrait agir comme un formidable groupe de pression civique auprès des gouvernements pour les pousser à réclamer, enfin, la mise en oeuvre effective de cet impôt mondial de solidarité. "

 

ATTAC (devenue "association pour la taxation des transactions et l'aide aux citoyens") était sur les rails. B.Cassen et I.Ramonet, du Monde Diplomatique, en devenaient les présidents d'honneur. Mais qu'est-ce que Le Monde Diplomatique? L'organe "de gauche" de la bourgeoisie français et de sa politique impérialiste.

 

Ce journal est la propriété à 51% du Monde (qui compte lui même parmi ses actionnaires TotalFinaElf, la BNP, Suez, etc.), quotidien créé à la demande de de Gaulle après-guerre pour doter la bourgeoisie d'un organe qui soit "la voix de la France". Le Monde Diplomatique a été créé pour relayer cette ambition via les relais diplomatiques. Il s'est développé à partir de sa création en 1954 (perte de l'Indochine française, début de la guerre du peuple algérien pour son indépendance), grâce à sa diffusion dans la "francophonie", dans les zones d'influence de l'impérialisme français. C'est encore le cas, mais aussi en publiant régulièrement des encarts publicitaires à la gloire de tel ou tel pays d'Afrique francophone.

 

D'une manière générale, Le Monde Diplomatique est un grand défenseur de la "françafrique" de l'impérialisme français. Pour n'en rester qu' aux dernières années (sous la direction de Cassen et Ramonet), il faut relever au minimum le soutien aux interventions françaises du type de celles menée en Centrafrique (article de juin 1996)

"La multiplication des mutineries de soldats, en Afrique, menace de déstabiliser de fragiles démocraties. La récente intervention militaire française en Centrafrique se veut un signal pour les rassurer. Au risque, pour Paris, d'endosser à nouveau l'uniforme de « gendarme » du continent noir..."

 

Mais le sommet avait été atteint sur le Rwanda. Avant de finir par publier après coup des articles tels ceux de F-X.Verschave soulignant que même pendant le génocide, on se réunissait à Matignon et à l'Elysée pour trouver un moyen de soutenir le camp des massacreurs, le Monde diplomatique de juillet 1994 titrait ainsi sur l"'intervention Turquoise": "Tardif "réveil humanitaire" Litigieuse intervention française au Rwanda", article débutant ainsi:

"Ils l'ont surnommée "Turquoise"; ils auraient pu l'appeler opération "rachat". Tardive, ambiguë, confuse, risquée, telle apparaît l'intervention française au Rwanda."

Syndrome africain? Du tout. Ainsi, concernant le dépeçage de l'ex-Yougoslavie par les puissances impérialistes, Le Diplo pouvait écrire sans honte ceci (avril 1996):

"Alors que les forces armées de l'OTAN s'appliquent, en Bosnie, à mettre en oeuvre les accords de Dayton, la presse et les hommes politiques dans leur ensemble décrivent l'intervention occidentale comme une réponse noble - bien que tragiquement tardive - à l'explosion des massacres ethniques et des violations des droits de l'homme. Pourtant, cette vision occulte de nombreux facteurs, notamment les intérêts stratégiques de l'Allemagne et des Etats-Unis ainsi que le rôle des créanciers extérieurs et des institutions financières internationales, qui jouèrent un rôle non négligeable dans l'éclatement de la Yougoslavie"

On a bien lu: seraient responsables de l'éclatement les USA, l'Allemagne, le FMI … tous, sauf l'impérialisme français. Deux mois plus tôt, le Monde Diplomatique titrait sur le même sujet:

"Quand l'alliance atlantique se substitue aux nations unies- Bosnie, la paix sans la démocratie"

 

Ces rappels sont nécessaires. Le Monde Diplomatique n'a pas changé quant au fond depuis sa création: il est et demeure la voix officieuse de la diplomatie impérialiste de la France. Il est aussi violemment opposé à l'intervention américaine contre l'Irak que compréhensif vis-à-vis de celles de la France en Afrique. Sa rhétorique contre l'OMC, la FMI, la banque mondiale, l'OTAN, n'est dans le fond que le cri de rage de l'impérialisme français voyant ses positions dans le monde menacées sinon perdues.

 

Reste à ajouter que dans les réseaux d'influence de ce journal, on trouve des pans entiers de l'Eglise catholique, et notamment ceux de la "théologie de la libération". Le Diplo est aussi propriétaire de Témoignage Chrétien, ce dernier faisant partie des membres fondateurs d'ATTAC. Enfin il ouvre depuis longtemps et largement ses colonnes à des éminents membres de la direction internationale du courant de la LCR, notamment Catherine Samary, Michel Husson, mais encore à François Chesnais, économiste tantôt keynésien tantôt régulationniste, tantôt, prétend-il, "marxiste", selon l'endroit où il pose sa plume.

 

D'aussi larges affinités ont permis au Diplo, dernier salon où causent les "intellectuels" installés dans la société bourgeoise, de lancer ATTAC.


Une réaction petite bourgeoise contre l'impérialisme


En 1916, dans sa brochure sur l"'impérialisme, stade suprême du capitalisme, Lénine soulignait que les partis sociaux-démocrates (et notamment le social-démocrate allemand Kautsky) s'alignaient sur la petite bourgeoisie quand ils critiquaient l'impérialisme (dans le chapitre 9)

" Les particularités politiques de l'impérialisme étant la réaction sur toute la ligne et le renforcement de l'oppression nationale, conséquence du joug de l'oligarchie financière et de l'élimination de la libre concurrence, l'impérialisme voit se dresser contre lui, dès le début du XXe siècle, une opposition démocratique petite-bourgeoise à peu près dans tous les pays impérialistes. La rupture de Kautsky et du vaste courant international kautskiste avec le marxisme consiste précisément dans le fait que Kautsky, loin d'avoir voulu et su prendre le contre-pied de cette opposition petite-bourgeoise, réformiste, réactionnaire, quant au fond, sur le plan économique, a au contraire pratiquement fusionné avec elle."

 

Lénine insistait:

Est-il possible de modifier par des réformes les bases de l'impérialisme ? Faut-il aller de l'avant pour accentuer et approfondir les antagonismes qu'il engendre, ou on arrière pour les atténuer ? Telles sont les questions fondamentales de la critique de l'impérialisme.

 

On pourrait reprendre aujourd'hui les mêmes termes pour caractériser la tendance sur laquelle les appareils réactionnaires qui dominent le mouvement ouvrier se sont alignés et organisés pour donner de la chair et des muscles au mouvement "altermondialiste" – transformant au passage sa dénomination, de "anti-mondialisation" à "alter-mondialisation".

On trouve d'un côté, un F.Chesnais qui définissait comme objectif d'en "revenir aux années 60":

« " il faut en revenir à un régime dans lequel la finance est non le maître, mais le serviteur de l'investissement et de la production", "retirer aux investisseurs institutionnels la capacité de dicter leur politique" ou encore "préserver l'autonomie des gouvernements en matière de politique macro-économique". » (Le Monde du 8 septembre 1998).

 

De l'autre, un José Bové, "robin des champs" défenseur des petits producteurs de tous les pays, mais d'abord de France, écrasés par les multinationales de l'agro-alimentaire.

 

Jusque dans la composition sociale d'ATTAC, c'est la petite bourgeoisie qui s'exprime et qui exprime sa peur et ses "solutions" (au sujet desquelles on a vu qu'on ne pouvait même pas parler de "réformisme"). Les dites "solutions" sont dans le fond de l'affaire le programme de la "citoyenneté" développé par le Parti communiste français depuis des années.

Leur modèle est celui de la "démocratie participative" mise en place par le courant proche de la LCR dans le PT, au Brésil : associer le maximum (en fait très peu) de "citoyens" au vote d'un budget cadré par l'acceptation de toutes les contraintes dictées par les capitalistes.


*

*          *

 


"Revenir en arrière ou approfondir les tendances de l'impérialisme" disait Lénine il y a un siècle. Partout sur la planète, travailleurs, intellectuels, jeunes, sont saisis d'angoisse et de colère devant la situation de crise de l'humanité. A la destruction des acquis ouvriers dans l'ensemble des pays capitalistes dominants répond l'établissement de conditions particulièrement féroces d'exploitation y compris des enfants dans d'autres parties du monde. Tandis qu'il y a des dizaines de millions de chômeurs dans les pays capitalistes dominants, un continent comme l'Afrique est ravagé par la misère, la faim, et des pays entiers sont menacés par le Sida que les compagnies pharmaceutiques préfèrent voir se répandre plutôt que de laisser produire des médicaments génériques. L'Amérique du Sud va de convulsion en convulsion, et est tenue en laisse par les puissances impérialistes par les mécanismes de la dette publique. L'accumulation du Capital, de plus en plus concentrée, ne se poursuit qu'au prix de l'accumulation d'une dette mondiale bien plus grandissante encore, dont une des contreparties est l'hypertrophie de la sphère financière.

 

Partout, les gouvernements bourgeois accumulent les forces de destruction, à commencer par le militarisme, l'industrie d'armement. Le monde va de guerre impérialiste en guerre de pillage. Des zones entières sont recolonisées, comme l'Afghanistan, l'Irak, mais encore la Côte d'Ivoire par la France. Des crises financières violentes se succèdent aux quatre coins de la planète et jusqu'au cœur de la citadelle impérialiste américaine. Et la soif de profit des firmes multinationales dans les domaines de la santé, de l'alimentation, de la santé, de l'énergie, est lourde de catastrophes. Cet été, symboliquement, après la Californie, c'est tout le nord de Etats-Unis qui s'est trouvé plongé dans le noir pendant plusieurs jours par "un réseau électrique digne du tiers-monde".

 

Ce qui est en cause, c'est le mode de production capitaliste lui-même. Les conditions d'existence faites aux masses par le Capital ne nourrissent pas encore le mouvement vers la reconstruction du mouvement ouvrier, mais – la politique des appareils contre-révolutionnaires y contribue pleinement - aggravent le désarroi, le sentiment d’impuissance. "L’alter-mondialisme" fait partie de l’arsenal idéologique des appareils traîtres. Des dizaines de milliers de jeunes, de travailleurs, sont venus au Larzac dans les semaines suivant le mouvement de masse du printemps 2003. Fort peu ont participé aux manifestations tenues en septembre à l'occasion du sommet de l'OMC à Cancun. Ils se sont heurtés à la décomposition du mouvement ouvrier, à ceux qui clament leur amour des appareils syndicaux ("les syndicats sortent grandis du mouvement du printemps 2003" dixit Nikonoff, président d'ATTAC, l'Humanité du 19 août 2003).

 

Au travers des FSE, de l'alignement des vieux appareils du mouvement ouvrier sur la réaction petite bourgeoise, la "société civile", le corporatisme, c'est la décomposition du mouvement ouvrier qui s'exprime et qui avance.

 

C'est contre celle-ci et sa politique de prosternation devant le capitalisme que le prolétariat révolutionnaire et la jeunesse auront à frayer leur chemin, vers la construction de nouveaux partis ouvriers révolutionnaires, pour le socialisme.

 

Le 22 novembre 2003


 

Haut

 

Retour à la section: théorie

 

Retour à l'accueil