Editorial de C.P.S Nouvelle série n°13 (n°95) 29 septembre 2003

 

 

Pour briser l'offensive du gouvernement Chirac-Raffarin,

tirer les leçons de la défaite sur les retraites

 

Le gouvernement serait "désemparé" (Hollande)?


Le 24 juillet 2003, Raffarin tenait une conférence de presse au terme de la session parlementaire dont l'acte essentiel venait d'avoir lieu à savoir le vote de la loi Fillon sur les retraites. Raffarin qualifiait ce vote de "date majeure", d'une "étape franchie" pour son gouvernement.

 

Et pourtant, à en croire François Hollande, premier secrétaire du PS, dans une interview au Monde du 22 septembre, le gouvernement serait "aux abois", Raffarin "désemparé", son  action "éclatée" et sa communication "épuisée". Au delà du goût aussi douteux que proverbial de Hollande pour les formules de "communiquants", force est de constater que cette position ne lui est pas propre. Ainsi Bernard Thibault (CGT) intervenait-il en ces termes dans Libération du 3 septembre:

Le mouvement sur les retraites marque encore les esprits, y compris au gouvernement, qui s'affiche moins à l'aise qu'avant l'été. S'il a aujourd'hui le souci de ménager l'opinion, c'est parce qu'il mesure qu'une telle réforme, dans les conditions dans lesquelles il l'a menée, constitue un boulet qu'il traînera longtemps.

La "réforme" Fillon, un "boulet" pour le gouvernement? Un gouvernement "moins à l'aise"? Dans cette voie, Thibault avait été précédé par un de ses camarades qui fut comme lui dirigeant du Parti Communiste Français, Jacques Nikonoff, président d'ATTAC qui écrivait pour sa part dans l'Humanité fin août que le gouvernement avait "perdu la bataille de l'opinion" "échoué" à "administrer une leçon aux syndicats et aux salariés", cette leçon étant "il ne sert à rien de lutter".

 

PS, PCF, dirigeants CGT …là ne s'arrête pas la liste de ce chœur des menteurs. La vérité, elle, est loin des dires de ces charlatans dont certains faisaient des gorges chaudes d'une rentrée qui devait, selon eux, l'être aussi. Elle est tout aussi loin de ces organisations d'extrême gauche telles la LCR ou LO qui essayent de raviver artificiellement à la rentrée des "collectifs", "coordinations", et braillent "la lutte continue". Par contre, l'immense masse des travailleurs la connaît: la vérité c'est qu'avec le vote de la loi Fillon, ils ont subi une dure défaite.


"Dans l'histoire économique et sociale de notre pays, c'est une page qui se tourne." (Seillière)


Le vote de la loi Fillon entraîne le passage à quarante annuités d'ici 2008 pour l'ensemble de la fonction publique, puis à 41 annuités pour tous en 2012, vers les 42, ainsi qu'une nouvelle baisse générale du niveau des pensions, en même temps qu'elle ouvre en grand ce "marché" aux fonds de pension, aux banques françaises en premier lieu (avec la création dès cette rentrée du P.E.R.).

 

Autrement dit, le Capital va voler à tous les travailleurs de nouvelles années de leur vie; la misère de la majeure partie des retraités et pensionnés va empirer; des dizaines de milliers de jeunes ne pourront entrer dans la fonction publique; l'emprise des banques sur tous les salariés va s'accroître considérablement.

 

Le gouvernement Chirac-Raffarin a réussi là où, à plusieurs reprises, les gouvernements au service de la bourgeoisie de ce pays ont échoué, et notamment le gouvernement Chirac-Juppé en 1995, d'autres avant, qui n'avaient pu détruire un acquis historique issu de la vague révolutionnaire d'après-guerre, les 37,5 annuités inscrites dans le code des pensions.                              

 

D'avoir fait sauter un tel verrou permet au patronat d'envisager pour ses profits un "avenir" (41, 42, vers les 45 annuités), qui pour la classe ouvrière industrielle a les traits d'une antichambre de cimetière.

Début juillet, Seillière, parlant au nom du capital financier tout entier donnait la portée du vote de la loi Fillon, soulignant également l'efficacité de la méthode gouvernementale, de la "concertation":

" Le gouvernement a donc avancé, selon sa méthode. Il a cerné les contours de sa réforme au terme d'une période qu'il a voulue longue (concertation, consultation, négociation), ce qui a déclenché des réactions sociales fortes. Il a tenu tranquillement sa position, jusqu'à ce que la réaction s'apaise et que le Parlement donne au projet sa forme législative.

Pour la première fois depuis des décennies, la volonté de réforme d'un gouvernement l'emporte sur la somme des réactions négatives, corporatistes, extrémistes, de refus et de blocage. Dans l'histoire économique et sociale de notre pays, c'est une page qui se tourne. (…)

 

Oui, nous sommes dans un pays réformable, qui reconnaît que l'organisation sociale "modèle 1945" doit évoluer.(…)

Et l'accord modifiant le régime des intermittents du spectacle, signé avec la CFDT, la CFTC, et la CFE-CGC, montre qu'un vent de réforme souffle, même s'il n'est pas encore assez fort. (Le Monde du 2 juillet)

 

Seillière parle clair, comme c'est de coutume parmi ses pairs ("les gens qui sont riches le méritent" - Francis Mer sur France 2). Si Thibault et ses confrères en trahison tiennent tant à raconter des salades, ce n'est bien évidemment pas par souci de ne pas accabler le prolétariat et la jeunesse de ce pays. C'est parce que leur responsabilité est en l'affaire écrasante. Ce qui a permis au gouvernement de tenir, c'est la participation des dirigeants confédéraux durant des mois à la "concertation", comme auparavant au "conseil d'orientation des retraites"; c'est leur campagne commune pour une "réforme" des retraites, allant jusqu'à la rédaction d'un "diagnostic partagé" avec Fillon qui figure en préambule de la loi votée.

 

Dans la mesure où un article du présent numéro de ce bulletin y revient largement, nous ne nous y étendons pas ici. Il nous suffit de rappeler le point de vue d'un ministre de Chirac et Raffarin dans Le Parisien du 27 août dernier:

"Avant l'été, si la CGT l'avait voulu, confie un ministre de Raffarin, le pays basculait dans la grève générale."

 

Mais, insistait Bernard Thibault dans son interview de rentrée, le gouvernement aurait désormais "le souci de ménager l'opinion", car " bien qu'ayant tous les leviers du pouvoir, il mesure davantage qu'il n'a pas une majorité de l'opinion acquise à ses options libérales." Comment affirmer de pareilles choses au sortir de l'été 2003 ?


Un été pourri pour les travailleurs et leurs familles


Après le vote des retraites, chaque jour de l'été ou presque a apporté son lot de mauvais coups.

Les intermittents du spectacle ont été confrontés à une remise en cause de leur régime d'indemnisation qui jette sur le pavé plusieurs dizaines de milliers d'entre eux.

Malgré une grève d'une ampleur sans doute sans précédent dans leur corporation, malgré l'annulation de festivals de premier plan, ils se sont heurtés à un mur. Le gouvernement a agréé l'accord Medef- CFDT du 26 juin, d'autant plus aisément que la direction CGT-spectacles, à l'influence déterminante, a rejoué aux intermittents la pièce de la "grève reconductible", en pire.  Car sans appel clair à la grève générale, à la constitution de piquets de grève pour protéger les grévistes, sans appel au rassemblement de tous les intermittents dans une manifestation centrale et nationale à Paris, la masse des intermittents, soutiers précaires de l'audiovisuel, ne pouvaient faire face aux pressions patronales. Gouvernement et  Medef ont gagné cette bataille-là aussi.

 

Tout au long de l'été, les licenciements ont continué de pleuvoir, (Altadis, Aventis, Comelog, Daum, STMicroelectronic, Singer, Tati, …). Et le gouvernement a - par décret du 27 juillet - divisé par deux le plafond de l'indemnité des salariés d'entreprises en redressement judiciaire ou en liquidation. Dans le même temps entrait en action le protocole d'accord Medef-CFDT de l'Unedic qui entraîne depuis la fin de l'été un raccourcissement net de la durée d'indemnisation de centaines de milliers de chômeurs, certains (150 000 environ) étant carrément expulsés du bénéfice de l'assurance-chômage. Nombre de chômeurs ont reçu leur lettre en pleine canicule.

 

Mais précisément, cette canicule, si le gouvernement était aussi affaibli, n'aurait-elle pas dû provoquer immédiatement une crise grave? Que Mattei , par exemple, n'ait pas servi de fusible après sa prestation télé, hâlé, en polo, depuis sa villégiature, pour suggérer  - le 11 août - d'appeler un numéro vert, et profiter de la climatisation des grands magasins, est notable. Marie-Antoinette disait au peuple qui voulait du pain de manger de la brioche. Mattéi a dit au peuple écrasé par la chaleur d'aller chercher des climatiseurs (et pourquoi pas de se faire construire une piscine?).

 

Mattéi intervenait alors que dans les hôpitaux, aux urgences et ailleurs, les couloirs se transformaient en mouroirs étouffants. Alors que dans des maisons de retraites surchauffées le sous-encadrement des personnes âgées faisait des ravages. Alors que chez eux, nombre de personnes isolées crevaient de chaud. Son diagnostic? Les familles, les médecins de ville, l'administration sanitaire, bref … tous coupables, sauf le gouvernement!

 

Au delà du mépris de la bourgeoisie pour le sort des masses populaires qu'illustrent les Mattéi, Raffarin et Chirac, il faut dire ce qui est: le gouvernement est totalement responsable et coupable.

 

Responsable, coupable, d'avoir poursuivi l'étranglement financier des hôpitaux certes engagé avant lui par la  "gauche plurielle", mais dont l'acte fondamental a été la mise en place du plan Juppé en 1996. Responsable et coupable de mener une politique de fermeture de services, de lits, de rentabilisation de la santé. Responsable et coupable aussi d'avoir gelé cette année 103 millions d'euros de crédits pour les maisons de retraites, d'avoir diminué de 50% le montant de l'Allocation Personnalisée d'Autonomie, réalisant dans la "réforme" de celle-ci 400 millions d'euros d'économie pour reprocher ensuite aux "familles" de ne pas s'occuper de leurs anciens.

Or, le gouvernement s'est même permis de profiter de la situation pour en faire un point d'appui à sa politique. La réponse de Mattéi? Son plan hôpital 2007. Et le gouvernement essaie même de supprimer un jour férié afin, dit-il, de financer le "risque-dépendance" (en fait d'allonger la durée annuelle du temps de travail au compte du patronat). Une 'proposition' tellement impromptue qu'elle faisait déjà l'objet d'un sondage pour le numéro de rentrée de Notre temps, sondage commandé et réalisé… avant les fortes chaleurs! 


C'est le tour de l'assurance-maladie…


Raffarin avait prévenu: après les retraites, il s'occuperait de l'assurance-maladie. Il n'a pas perdu une seconde. Dès la rentrée de septembre il recevait à tour de rôle, à tour de bras devrait-on dire, les dirigeants confédéraux pour engager la "concertation". Il leur a proposé la mise en place d'un "Haut Conseil de l'Assurance-maladie" pour aboutir à un "diagnostic partagé". Le Medef a fait savoir qu'il y participerait, jugeant qu'avec celui-ci: "la réforme de l'assurance-maladie est lancée". Puis après le "diagnostic partagé", des groupes de travail devraient se former pour  rendre des conclusions début 2004. La "réforme" proprement dite de l'assurance-maladie interviendrait dans ces conditions à l'automne 2004.

 

Il est facile de reconnaître là le schéma utilisé pour faire passer la "réforme" des retraites. En conséquence, les chose sont claires: tirer les enseignements de la défaite sur les retraites, c'est combattre pour le boycott de ce haut-conseil par les directions syndicales confédérales, combattre pour qu'elles se prononcent contre la "contre-réforme" de l'assurance-maladie.

 

Mais peut-être pourrait-on objecter que cette dernière n'est pas connue? Si. Dès cette rentrée, les mesures annoncées dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale sont claires. Le déremboursement massif de médicaments, la forte augmentation du forfait hospitalier, et leurs suites (la hausse des tarifs des mutuelles), en donnent la direction. Cette "réforme" a pour but, tout comme le plan Fillon pour les retraites, de faire payer aux salariés, à tous les assurés sociaux, l'accès aux soins. Aux plus riches, une assurance-privée (comme les fonds de pension). Aux plus pauvres, le "panier de soins" de base estampillé "Sécurité sociale".

C'est une contre-réforme anti-ouvrière. La chasse lancée par le ministre aux arrêts de travail des salariés comme moyen de faire baisser les dépenses l'indique mieux que tout. Mais il y aurait déficit? Balivernes ! (comme le déficit des caisses de retraites vers …2040). Le rapport de la cour des comptes de la sécurité sociale pour 2002 le rappelle, comme l'écrit l'Humanité du 23 septembre:

" Au nom du soutien à l'emploi, on a, année après année, diminué les cotisations sociales, ressource majeure de la Sécu : leur part dans le budget du régime général est ainsi tombée de presque 100 % à 67,9 % - et même à 58,5 % seulement pour la seule branche de l'assurance maladie -, les taxes et impôts devant combler la différence. En 2002, les exonérations de cotisations accordées au patronat ont atteint le chiffre record de 20,5 milliards d'euros. Selon la loi, ce manque à gagner pour la Sécu doit être intégralement compensé par l'État. Mais le dernier rapport de la Cour des comptes indique que l'État reste redevable de 1,1 milliard d'euros."

 

On a bien lu: 20 milliards d'exonérations cette année au compte des patrons. Et au fil des ans, les baisses non compensées par l'Etat atteignent plusieurs milliards d'euro. Le "déficit" est fabriqué de toutes pièces.

 

Ce n'est pas un déficit, c'est du détournement de fonds!

 

Pour en finir avec le pillage du salaire collectif de la classe ouvrière, les dirigeants des confédérations doivent exiger que le patronat et l'Etat paient leurs dettes, revendiquer l'abrogation du plan Juppé, la fin des exonérations de charges, pour la gestion par les seuls syndicats de salariés des caisses de Sécurité sociale.


…et de l'Hôpital public


Quant à l'Hôpital public, là non plus les choses en traînent pas. Dès le 30 juillet, le ministère organisait une table ronde avec les dirigeants des fédérations syndicales de la santé. Il y était impulsé la constitution de  quatre groupes de travail, associant les fédérations de la santé. Ces groupes devraient rendre leur copie pour novembre 2003.

A quelle opération se prêtent les dirigeants syndicaux en s'y inscrivant, sinon à la destruction de l'hôpital public? Car là encore, le gouvernement a trouvé une façon radicale de résoudre les problèmes de sous-effectifs chronique de l'hôpital public: le fermer. Exagération?

Pas du tout. Après avoir multiplié les fermetures de lits, de services, de maternités, d'hôpitaux, dès cette rentrée, le 6 septembre, a été publié une ordonnance de « simplification de l'organisation et du fonctionnement du système de santé». Elle supprime la carte sanitaire, laissant en la matière carte blanche aux Agences Régionales d'Hospitalisation, qui doivent être transformées ultérieurement selon le plan "hôpital 2007" en Agences Régionales de Soins, intégrant public et privé.

 

A présent, les autorisations de fonctionnement et les crédits seront attribuées en fonction d'une "tarification à l'activité". Pour parler clair, les crédits seront alloués aux services les plus "rentables". La même ordonnance ouvre la possibilité de construction de bâtiments "publics" par des fonds privés. Assurément, empêcher la transformation du secteur hospitalier public en une peau de chagrin, empêcher la mainmise des grands groupes (tels Vivendi) sur la santé publique exige pour le moins que les directions fédérales mais aussi confédérales dénoncent le plan "hôpital 2007" et refusent de s'associer à sa mise en œuvre, pour au contraire le combattre!


La "décentralisation" au moment décisif


On l'a constaté, le démantèlement de l'Hôpital public passe notamment par sa régionalisation. Or, après avoir modifié la constitution et fait adopter des lois organiques permettant notamment la dérogation "expérimentale" dans telle ou telle collectivité au droit commun, vient en discussion au parlement la loi portant sur le transfert de compétences, loi dont l'examen aura donc été différé de quelques mois. Sur le fond: rien n'a changé.

 

Avec ce projet de loi, 140 000 fonctionnaires doivent basculer sous la coupe des régions et départements. Mais surtout est entamé un mouvement général de "réforme de l'Etat", non seulement en baissant le nombre de fonctionnaires (10 000 départs en retraite non remplacés dans le projet de budget 2004) mais tout autant en parcellisant les garanties collectives, en morcelant la capacité des travailleurs à mener un combat centralisé à l'échelle de tout le pays.

 

Avec cette loi de transfert et de personnels, la "décentralisation" s'avance à découvert, devient réellement saisissable. L'importance que l'avant-projet de loi a eu dans les grèves enseignantes l'a confirmé, ainsi que, sur un autre plan, le "Non" au référendum corse du 6 juillet dernier. Car ce "non" qui est d'abord celui des travailleurs de la fonction publique à leur mise sous le boisseau de la super "collectivité territoriale unique" vers laquelle ils devaient presque tous être transférés.

 

En juin, pour s'assurer de la victoire sur le plan Fillon, le gouvernement avait manœuvré grâce notamment aux dirigeants FSU pour renvoyer cette question à l'automne, ces derniers parlant même "d'avancées". C'était brader la grève des enseignants contre un plat de lentilles.

En effet, le report de quelques mois s'avère bien être une simple manœuvre. Même le report à 2005 du transfert des compétences et des personnels est un leurre: le principe peut en être entériné dès les prochaines semaines.

Parmi les transferts prévus, il faut relever ceux des fonds sociaux de l'Etat, et notamment ceux pour les lycéens, personnes âgées, mais aussi des aides de l'Etat au logement ("Leur montant restera donc fixé par l'Etat mais elles seront individualisées librement par les collectivités" P.Devedjian). La gestion du logement étudiant est  transférée aux communes ou intercommunalités.

L'action sociale et médico-sociale est dévolue au département. Mais aussi les routes (avec les conséquences au niveau des services de l'Equipement), l'infrastructure des collèges (avec dans la corbeille les personnels TOS et rapidement la privatisation des services de restauration et d'entretien).

La Région elle, en sus des infrastructures des lycées se voit confier la carte des formations professionnelles, les aides aux entreprises, la gestion de l'essentiel du patrimoine culturel. Elle pourra participer aux instances régulant "l'offre de soins".

Dans tous ces secteurs s'annoncent donc privatisations, déréglementations locales et restrictions budgétaires.

 

Il ne s'agit donc véritablement pas d'une question touchant seulement à la fonction publique, mais les conditions d'existence quotidienne de tous les travailleurs. La responsabilité des dirigeants syndicaux, et d'abord ceux de la fonction publique est de prendre clairement position: pour le retrait du projet de loi, et d'organiser une manifestation centrale à l'Assemblée sur ce mot d'ordre. 


Une nouvelle offensive d'ampleur contre les conditions d'existence de la classe ouvrière


Parmi les mesures relevant du "transfert de compétences" vers les départements, une seule avait été anticipée: le transfert du RMI. Ce n'est pas pour rien. A bien y regarder, c'est un dispositif global contre les conditions d'existence de pans entiers de la classe ouvrière qui est ainsi engagée. Car le RMI, en même temps qu'il bascule vers les départements (à l'évidence pour fliquer les allocataires), évolue en RMA, Revenu Minimum d'Activité. C'est un nouveau "contrat de travail" si l'on ose dire dans le cadre duquel nombre de RMIstes vont être obligés de prendre des "petits boulots" à mi-temps, pour lequel le patron, exonéré cela va presque sans dire de charges sociales, se verra reverser le montant du dit RMI, se bornant à payer un complément dérisoire. Ce RMA a pour objectif d'alléger en partie la charge financière que représentent le million ou presque de RMIstes (ceux qui refuseront les petits boulots), et de fournir une main d'œuvre quasi gratuite au patronat. Il faut y ajouter la suppression de l'allocation spécifique de solidarité (de "fin de droits") au bout de deux ans annoncée par Fillon. Au total, des millions de personnes devraient sombrer encore plus dans la misère et la précarité. Ce n'est pas tout: Fillon a relancé à Nancy l'idée du "contrat de mission",  "correspondant à une durée de projet", faisant sauter  la durée maximale de dix huit mois pour les CDD.

 

Et l'accord sur la formation professionnelle qui doit déboucher sur une loi avant la fin de l'année devrait créer un nouveau contrat de "formation" remplaçant les contrats  de qualification, d'orientation, d'adaptation, sous-rémunéré comme eux (70% du SMIC entre 21 et 26 ans) et qui sera ouvert à la différence de ceux-ci au plus de 26 ans (à qui l'on fera en échange l'aumône du SMIC). Nous reviendrons sur cet accord scandaleux, dont ce contrat n'est qu'un aspect. Mais c'est dans ce cadre que se tiennent les discussions entre patronat et syndicats sur les "restructurations" dont la prochaine session publique est le 8 octobre.

 

Enfin, sous le feu quasi-quotidien des annonces de fermetures d'usines ou de plan de suppressions d'emplois, l'objectif assigné par le gouvernement à cette réunion est d'aboutir à une loi pour la fin de l'année. Elle se substituerait aux clauses du volet mort-né "licenciements" de la"loi de modernisation sociale", loi qui devrait permettre la négociation entreprise par entreprise des conditions de licenciement, la mise en charpie de toute garantie collective dans ce domaine.

 

Cela forme un tout. Le gouvernement a engagé une nouvelle offensive pour aggraver l'exploitation, la précarisation et la misère de toute la classe ouvrière, y compris de sa partie la plus fragile.

 

Comment accepter alors que les dirigeants des confédérations et fédérations ouvrières alors se prêtent à de telles "négociations"? Au contraire, plus que jamais, il s'agit de combattre pour y imposer la revendication "aucun licenciement!", ce qui exige bien entendu que les dirigeants syndicaux rompent les "négociations" en cours sur cette question, et organisent le combat de la classe ouvrière sur cet axe.


Le gouvernement, la bourgeoisie, sont sous pression


Lorsque Raffarin a présenté son "agenda 2006" (référence à l'agenda 2010 du gouvernement Schröder dont on trouvera le menu dans ce numéro de CPS), certes sans en rajouter (en avait-il besoin?), le porte-parole du PS Julien Dray s'est pourtant permis de déclarer:

"Quand on regarde l'agenda 2006, c'est une grande surprise : il n'y a rien, à part les promesses d'équilibre des comptes"

 

"Rien"? Si ce qui précède ne suffisait pas, rajoutons: le projet de loi sur l'autonomie des universités, la privatisation d'EDF-GDF, des milliers de suppressions d'emploi à la SNCF, à la Poste. Dans le cadre du projet de loi de finances, encore une "année blanche" pour les fonctionnaires (déjà matraqués par les prélèvements pour grève), baisse des impôts pour les plus riches. Et à venir, ainsi que l'a annoncé Delevoye, un projet de "salaire au mérite" pour les fonctionnaires, en réalité un moyen d'en finir avec toute sorte d'augmentation générale, avec le système de grille salariale basée sur le point d'indice.

 

Mais assurément un flottement se fait sentir dans le "moral des troupes" du gouvernement, par exemple aux journées parlementaires UMP? C'est indiscutable. Economiquement, politiquement, l'impérialisme français est en grande difficulté et cela pèse sur lui. Une récession économique frappe les principaux pays d'Europe, à commencer par l'Allemagne, puissance majeure en Europe, mais aussi l'Italie, les Pays-bas. Les faillites par milliers touchent aussi des membres de la classe capitaliste.

Le déficit budgétaire, l'endettement public, battent des records absolus (l'endettement de l'Etat aura été multiplié par 10 en vingt ans, pour flirter aujourd'hui avec les 1 000 milliards d'euros, les intérêts payés pour 2003 représentent 38,3 milliards d'euros!).

 

Il a fallu au gouvernement français batailler pour garder Alstom, entreprise stratégique, dans le giron de la "patrie", et encore ça ne sera pas sans abandonner de nouveaux pans d'activité. Après celles déjà cédées à Général Electric, Siemens est l'affût des  morceaux encore juteux, une fois le groupe français Areva servi. Fait significatif: après avoir résisté aussi longtemps que possible, Pechiney a capitulé devant l'offre de rachat du groupe canadien Alcan. Ces quelques faits expriment une réalité: celle du recul de l'impérialisme français face à ses concurrents dans des secteurs stratégiques.

 

Dans le même temps, Chirac renonce à l'avance à mettre un veto sur la question de l'Irak aux propositions US de faire prendre en charge les faux frais de leur intervention à leurs concurrents, tandis que les marchés de la reconstruction de l'Irak ont déjà été attribués, et d'abord à des entreprises américaines. La réforme du conseil de sécurité de l'ONU qui semble s'accélérer ne peut aboutir inéluctablement qu'à un nouveau recul de l'influence de l'impérialisme français. Malgré son intervention militaire impérialiste, le gouvernement n'a pas non plus réussi jusqu'ici à stabiliser la situation en Côte d'Ivoire.

Et la situation économique tend fortement les relations au sein de l'Union Européenne et de la zone euro.


L'union Européenne en crise


Lors de leur sommet du 18 septembre, Chirac et Schröder, dirigeant les deux premières puissances de la zone euro, s'en prenaient au manque de "sens de la responsabilité" de la Commission européenne, à ses "réglementations tatillonnes".  Pour sa rentrée, Raffarin avait avec son propre style inspiré de Le Pen dénoncé les "équations comptables" des "bureaux".

Bien entendu, à l'étape actuelle ni l'Allemagne ni la France ne dénoncent formellement les critères financiers des traités de Maastricht et Amsterdam … qu'elles ont elles-mêmes édictés! La BCE, l'Euro, n'y résisteraient pas, l'Union Européenne serait immédiatement menacée de dislocation, ce à quoi aucun des impérialismes qui y participent n'ont intérêt aujourd'hui.

Mais la situation économique dans la zone euro tend vers une récession généralisée. Comme toujours en ces circonstances, l'Union Européenne des capitalismes tangue. En mars 2002, au sommet de Barcelone, la France comme les autres pays s'étaient engagés à supprimer son déficit budgétaire pour 2004 …En septembre 2002, la commission européenne repoussait cette échéance à 2006. Mais entre-temps le tournant engagé par l'impérialisme américain dans le financement de l'économie s'est affirmé: à une phase de réduction des déficits budgétaires (effectivement réalisée outre-atlantique) a succédé une phase de creusement délibéré et sans limite apparente des mêmes déficits, pour financer notamment largement le secteur de l'économie d'armement et les guerres de l'impérialisme américain.

 

Comme ce fut le cas au début des années 80 quand le tournant "monétariste" avait été engagé aux USA, les pays de l'Union Européenne commencent à s'aligner sur la politique économique des USA, sans en avoir les moyens et en regardant leur chemin dans leur rétroviseur.

 

De facto, le pacte de stabilité explose devant les déficits budgétaires prévus de la France (autour de 4%) et de l'Allemagne (autour de 3,5%). Ce qui engendre de grandes tensions, car qui va payer la note? C'est qu'avec l'euro – et c'est une des raisons qui motivèrent sa mise en place – les impérialismes français et allemands font peser leurs déficits sur les épaules de tous les membres de la zone euro via la Banque Centrale Européenne.

 

Est venu s'ajouter le vote "non" au référendum suédois sur l'adhésion à l'euro, vote dans lequel se combinent bien sûr d'une part le rejet légitime par la classe ouvrière des conséquences de l'euro, mais aussi une grande méfiance de pans entiers de la bourgeoisie pour cette "monnaie commune" si fragile et embarrassante alors même que les USA font pression pour que le dollar ne remonte pas. 

 

L'intervention de l'Etat français pour imposer qu'Alstom, groupe stratégique, ne dépose pas le bilan, même en régularisant après-coup la situation avec la commission européenne qu'il avait "omis" de consulter l'indique: avec la récession, dont l'Europe ne sortira pas à brève échéance, le "chacun pour soi" est une devise à la mode ("circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles" disait Francis Mer).

 

Et c'est dans cette situation que la "constitution européenne" est l'objet d'âpres négociations. Pourtant, Giscard d'Estaing, intronisé pape tremblotant de l'U.E., a présenté solennellement une "constitution européenne" dans un bel écrin en juin dernier en Grèce. Cette constitution a autant à voir avec une "constitution" que la "convention" qui l'a écrite avait à voir avec une réelle assemblée démocratique du type "convention". A tel point que L'Humanité révélait que plus de trois cent articles avaient été ajoutés en catimini durant l'été au projet présenté en juin! Mais comme de juste, après avoir juré sur tout ce qu'il y avait de plus sacré que ce texte ne serait pas remis en cause, chaque gouvernement a entrepris de reprendre les négociations de marchands de tapis.

L'enjeu est de taille pour les impérialismes: il s'agit de savoir quelles seront les conditions de la lutte de tous contre tous que sera, plus que jamais, l'U.E. après l'élargissement … notamment aux pays qui ont manifesté leur allégeance à l'impérialisme US pendant la guerre contre l'Irak, au grand dam de Berlin et de Paris.

 

Mais pour les travailleurs des pays de l'U.E., cette constitution revêt un aspect fondamental: elle est un nouvel étage dans la construction anti-ouvrière qu'est cette Union Européenne. Elle est un nouveau traité par lequel les différents capitalismes européens s'engageraient à accentuer chacun dans son pays la mise en pièce des garanties collectives des travailleurs et de la classe ouvrière, des services publics – un nouveau développement dans la voie tracée depuis la fondation de la C.E.E. et jalonnée de pierres noires comme les traités de Maastricht et d'Amsterdam. Elle doit à ce titre être combattue et dénoncée en tant que telle, utilisée pour dénoncer ce qu'est l'Union Européenne des capitalismes, ce qui passe bien sûr par le combat dans chaque pays contre les gouvernements qui approuvent corps et âme ce texte scélérat, qui introduit notamment comme principe "constitutionnel", outre "le marché", la casse des services et entreprises publics, pour ne pas … fausser la concurrence.


Digérer la défaite du printemps


Tout se ramène donc au combat contre le gouvernement UMP Chirac-Raffarin et sa politique. Aussi haï puisse-t-il être par les masses (en témoignent les sifflets qui accueillent régulièrement les ministres à commencer par ceux qui ont couvert l'intervention du premier d'entre eux au stade de France pour l'ouverture des mondiaux d'athlétisme), c'est lui qui a l'initiative politique et qui frappe, avec le Medef, le patronat, à coups redoublés.

 

Il n'a nul besoin de "popularité" pour poursuivre sa basse besogne, sous sa forme actuelle ou vraisemblable remaniée après les régionales: c'est un gouvernement anti-populaire, ultra-réactionnaire (c'est aussi pourquoi Raffarin est premier ministre: il peut être usé à la tâche de  frapper les masses, sans "avenir personnel" à protéger).

Va peser pour un temps le poids de cette défaite: par centaines de milliers, par millions, les travailleurs ont fait grève et manifesté, et pourtant le gouvernement n'a cédé sur rien et a fait voter son plan sur les retraites.

 

En 1986, les étudiants, par leur grève générale, leurs manifestations à l'Assemblée nationale, l'appel aux confédérations ouvrières, avaient obtenu le retrait du projet de loi Devaquet. En 1994 la mobilisation enseignante, à un million à Paris, avait envoyé aux oubliettes le projet de loi Bayrou permettant le financement sans limite de l'enseignement catholique, avant que les lycéens et étudiants fassent subir le même sort au C.I.P. En 1995, sur la question des retraites et des régimes spéciaux, le gouvernement Chirac-Juppé avait aussi dû reculer – tout en maintenant son plan de mise en coupe réglée de la Sécurité Sociale.

 

Le "front républicain" réalisé derrière Chirac au moment des présidentielles de 2002, l'union sacrée au moment de la guerre contre l'Irak; mais encore la campagne réalisée depuis des années par les appareils syndicaux sur le thème de la "réforme nécessaire"; le traitement disjoint des régimes spéciaux SNCF, RATP, tout cela a joué.

Il ressort inévitablement d'une telle situation pour la masse des travailleurs un sentiment de découragement, qu'il ne sert à rien de lutter, de faire grève, de manifester.

Pour s'ouvrir la voie, par des milliers de motions, par des délégations, les travailleurs ont cherché à imposer leurs exigences aux sommets de leurs organisations syndicales, l'exigence du retrait du plan Fillon, de l'appel à la grève générale, à la manifestation centrale à l'Assemblée nationale, cette expérience politique  devra elle aussi être digérée. Cela se fera, outre le combat pour construction d'une organisation politique armée d'un programme répondant aux problèmes politiques posés par le mouvement du printemps, que dans la résistance à l'offensive tout azimut du gouvernement Chirac-Raffarin, pour la briser.


Chirac-Raffarin préparent la suite: "le dialogue social doit être une priorité nationale"


Les prolétaires, les jeunes de ce pays ont subi une dure défaite, cependant ils ne sont pas pour autant écrasés, et leur capacité de combat se manifestera nécessairement ils chercheront à mettre le gouvernement hors d'état de nuire.

Raffarin quant à lui le sait parfaitement. C'est pourquoi il martelait lors de sa conférence de presse du 24 juillet:

" il est clair qu’il nous apparaît nécessaire de faire du dialogue social une priorité nationale. (…)sur chaque dossier d’avenir, nous reprendrons le dialogue avec toutes les organisations, sans jamais exclure celles qui ont, par exemple, refusé de conclure dans les dernières réformes. Cela veut dire que je ne vois pas la réforme de la santé, je ne vois pas la réforme de l’énergie sans la CGT, sans Force Ouvrière, sans toutes les organisations qui voudront participer, autour de la table, à ces discussions d’avenir, sur des dossiers très importants pour notre pays. C’est un élément clé du progrès pour notre pays, dans cette période où la croissance se faisant attendre, les tensions sociales sont pour nous des occasions évidentes d’attention et de vigilance. (…)

Illustration à EDF-GDF:

" nous repartons en tendant la main à toutes les organisations sociales y compris la CGT, donc pour être très clair, j’attendrai l’issue du congrès de la CGT et, ensuite, les élections à l’intérieur de l’entreprise en novembre pour pouvoir engager le dialogue social avec les partenaires sociaux ainsi stabilisés."

 

Et Raffarin se fixait une première échéance en matière de "dialogue social", la formation professionnelle:

"J’espère, en matière de dialogue social, que les partenaires sociaux pourront conclure sur la négociation en cours actuellement sur la formation tout au long de la vie, sur la formation professionnelle"


Formation professionnelle: les dirigeants syndicaux répondent à l'appel du gouvernement.


Répondant donc aux vœux de Raffarin mais aussi à ceux exprimés par Chirac quelques jours auparavant à Auxerre, les "partenaires sociaux " débouchaient sur un accord sur la formation professionnelle. Son contenu, mais aussi le signal politique qu'il fait retentir, sont glaçants.

Quant au contenu, il s'agit de créer un "droit individuel à la formation" de 20 heures par an pour un salarié, droit non transférable (mais utilisable en cas de reclassement pour licenciement!). Grande première, ce "droit individuel" peut, selon la nature de la formation et l'appréciation qu'en a l'employeur, s'effectuer en dehors du temps de travail. A quoi il faut ajouter le "contrat de professionnalisation" dont il a été question plus haut. Réaction de François Fillon: c'est un accord "historique"

"  Les syndicats ont compris qu'on ne pouvait imposer systématiquement et les 35 heures et la formation à l'intérieur du temps de travail"

 

La confédération FO a déjà déclaré vouloir signer, et en quels termes (lu dans FO Hebdo):

" le compromis que beaucoup attendaient pour qu'enfin le paysage social reprenne une forme civilisée"

Quant à la direction CGT elle veut le faire. La circulaire envoyée par la direction à ce sujet ne laisse pas de doute, sauf si l'exigence "ne signez pas" pouvait s'imposer dans la réunion du CCN du 30 septembre:

"Ne pas signer ? Ce n’est pas une position inhabituelle pour la Cgt. Elle conduit à argumenter sur les raisons qui justifient une telle décision de la Cgt, donc sur les aspects insuffisants ou dangereux de l’accord. Elle comporte le risque de nous déposséder du résultat de nos efforts et des aspects positifs du texte au profit des seuls signataires.

Elle ne nous met pas forcément dans les meilleures conditions pour combattre efficacement les dispositifs que nous contestons.

 

Signer ? Cela comporte le risque de nous faire apparaître comme avalisant des dispositifs que nous critiquons. Nous devons réfléchir à cette question à la lumière des problématiques abordées au congrès sur la négociation. La signature de la Cgt ne signifie pas accord sur la totalité d’un texte. C’est un moment du processus, dès le lendemain nous remettons en selle les revendications et l’action.

Comment mettrons-nous toute la Cgt en position offensive? Serons-nous plus efficaces en étant dedans ou dehors ?"

Fermez le ban: la décision est déjà prise.


Que la direction CGT puisse envisager, aujourd'hui, de signer un texte d'une telle nature, indique bien qu'elle veut, comme le dit pour sa part la direction de la FSU en s'engageant à participer au "grand débat" dans l'enseignement, "jouer le jeu"… du gouvernement, lui dérouler un véritable tapis rouge. Comment mieux lui dire: "allez-y, nous sommes avec vous"?


Alstom: tous derrière Francis Mer et le gouvernement


Et que dire de l'aplatissement total auquel ces mêmes bureaucraties syndicales, le PS et le PCF, se sont livrées sur la question d'Alstom? On l'a vu, l'essentiel des "négociations" entre Paris et Bruxelles sur la question a débouché sur un ajustement du plan dit de "sauvetage" (des banques): au lieu d'entrer dans le capital d'Alstom, l'Etat français doit finalement procéder par la souscription d'obligations remboursables par Alstom dans vingt ans. La différence est significative: le plan français bouclé à la hâte pour éviter le dépôt immédiat de bilan d'Alstom évoquait une nationalisation.

 

Mais qu'ont fait le PS, le PCF, les dirigeants CGT, FO?  Dans le bassin de Belfort, ils ont immédiatement décidé de faire adresser par la population, par les ouvriers, une carte postale à Prodi, président de la commission européenne. On y lit: "L'Europe doit agir! Pour que vive Alsthom". Elus locaux, syndicats du groupe, tous unis derrière le plan français, tous unis pour présenter la commission européenne comme responsable de tous les malheurs du groupe, au lieu de dénoncer le plan gouvernemental, de revendiquer "aucun licenciement" , et la nationalisation sans indemnité ni rachat d'Alstom – ce qui implique bien sûr de rompre avec Bruxelles.

 

Et voilà qu'en quelques jours un accord est trouvé. Exit la "nationalisation" partielle avec grasses indemnités, place au nouveau montage financier. Sur le fond: rien n'a changé. L'opposition entre la commission (interprète des concurrents français) et le gouvernement a subitement disparu. L'Etat intervient donc avec l'onction de Bruxelles pour empêcher le dépôt de bilan, et pour financer le plan de restructuration annoncé … dès juin!  Un plan de suppression du tiers des effectifs à Belfort! Comme le dit un ouvrier (cité par Libération):  "Vous voulez la vérité ? Les 800 millions d'euros injectés par l'Etat vont servir à financer nos plans de licenciement à nous, salariés.".

 

Sous couvert de la lutte contre la commission de Bruxelles, les appareils syndicaux, les élus locaux (notamment PS) ont pavé la voie au plan de concassage des salariés d'Alstom en s'alignant totalement sur le gouvernement UMP, avec le retentissement qu'on imagine dans toutes les entreprises frappées par les licenciements.


Pour combattre le gouvernement, le mettre hors d'état de nuire:
Réussir à imposer aux dirigeants syndicaux qu'ils rompent avec lui


Tout ce qui précède le démontre: dans la foulée de la défaite subie avec le vote du projet de loi Fillon, gouvernement et appareils syndicaux marchent main dans la main pour infliger de nouveaux reculs à la classe ouvrière, et plus largement à tous les travailleurs salariés, le prolétariat, à la jeunesse étudiante et ouvrière.

 

Pourtant la nécessité de briser l'offensive réactionnaire du gouvernement Chirac-Raffarin se fera sentir parmi les masses, et elles chercheront à prendre les initiatives permettant de le faire, c'est-à-dire permettant d'en finir avec la collaboration plus éhontée que jamais des directions syndicales ouvrières, enseignantes, et étudiantes, avec le gouvernement UMP, c'est-à-dire ouvrant une perspective nourrissant et favorisant la mobilisation; cherchant à réussir ce que par centaines de milliers les travailleurs cherchaient à imposer dans le mouvement du printemps 2003.

 

La collaboration des directions syndicaux est couverte par la politique que mènent sur leur plan propre le PS et le PCF. Le PS donne l'image d'un parti occupé activement à partager les places pour les prochaines échéances électorales en affirmant, pour désarmer les masses, que le gouvernement est "désemparé", et s'applique particulièrement à faire savoir qu'il "élabore" un programme. Le PCF pour sa part s'engage dans des "forums", les siens propres, d'où il voudrait faire croire que son salut sortirait, avec la ferveur des condamnés à mort, avec plus prosaïquement l'angoisse de voir toutes ses positions au parlement européen et dans les conseils régionaux laminées avec le nouveau mode de scrutin (raison qui pousse de leur côté LO et LCR à faire de nouveau liste commune). Mais s'en remettre aux élections ne signifie qu'une chose: que le gouvernement Chirac-Raffarin devrait rester en place, qu'aucune autre issue ne serait possible – ce dont d'ailleurs la LCR ou LO de leur côté conviennent aussi.

 

L'ensemble des confédérations, le PS, le PCF, la LCR, sponsorisent le "forum social européen" de paris Saint-Denis qui réfléchira doctement à la "mondialisation" (pour ne pas parler du capitalisme), où des conférenciers "altermondialistes" (altercapitalistes) généralement membres du PCF ou liés à lui, aux appareils FSU, CGT, défendront la politique de ce Parti sous de nouveaux habits. Des discussions qui seront financées à 80% par l'Etat, les collectivités territoriales, et même Vivendi!

 

Tandis que les promoteurs du F.S.E. de Paris Saint Denis disserteront, tous frais payés, l'Assemblée nationale UMP aura entamé l'examen des lois de décentralisation, celle sur la formation professionnelle, celui du budget dont le projet est un concentré de la politique du gouvernement. 10 000 départs en retraites non remplacés dans la fonction publique, baisse des impôts pour les plus riches et hausse de ceux qui frappent la masse de la population, 20 milliards d'euros d'exonérations de charges pour le patronat, 38 milliards pour la haute Finance au titre de la dette publique, hausse considérable des crédits pour la répression (justice, défense, intérieur avec, là, des embauches!). Un budget qui finance toute la politique du gouvernement (par exemple la suppression de l'A.S.S.), ses contre-réformes.

 

Le combat pour en finir avec la collaboration des directions confédérales et fédérales avec le gouvernement pourrait ouvrir la voie au rassemblement au grand jour des exploités et des opprimés contre ce gouvernement et sa politique, sous la forme d'une manifestation centrale et nationale à l'Assemblée (autre exigence de nombre des grévistes du printemps). La réalisation d'une telle manifestation sur le mot d'ordre "A bas le budget!" pose évidemment la responsabilité des dirigeants CGT, FO, FSU, mais aussi du PS et du PCF.

 

Elle contribuerait à ouvrir la voie à la seule alternative actuelle à la poursuite de la politique du gouvernement Chirac-Raffarin: la constitution d'un front uni des partis (PS, PCF) et syndicats (CGT, FO, FSU, Unef)  contre le gouvernement et sa politique, pour le mettre hors d'état de nuire. Un autre gouvernement, émanant de ce front, pourrait alors voir le jour en relation avec les développements de la lutte des classes. D'un tel gouvernement, sans représentant des partis et organisations bourgeoises, les travailleurs, les jeunes, exigeraient naturellement qu'il mène une politique permettant de répondre à leurs revendications, à leurs intérêts, à leurs aspirations.


Une politique pour la construction du Parti Ouvrier Révolutionnaire


Un gouvernement cherchant à satisfaire aux aspirations les plus brûlantes des masses interdirait les licenciements. Pour défendre le droit à la santé, il abrogerait le plan Juppé (les ordonnances de 1967), en finirait avec les exonérations de charges pour les patrons, mettrait les caisses de Sécurité sociale sous contrôle des seules organisations ouvrières. Il rétablirait les 37,5 annuités pour tous en abrogeant les mesures Fillon-Balladur. Il abrogerait les mesures réactionnaires accumulées depuis des dizaines d'années en matière de flexibilité, de précarité, telles les lois Aubry, les multiples contrats précaires; il démolirait l'édifice accumulé de mesures contre l'enseignement public, et notamment l'offensive en cours contre l'enseignement supérieur (LMD, projet de loi sur l'autonomie). Abrogerait les lois Sarkozy, Perben, etc. prises contre les libertés démocratiques et les travailleurs immigrés, qui doivent bénéficier de pleins droits de citoyenneté. Pour embaucher dans les services publics (éducation, santé, transports)  en fonction des besoins, il dénoncerait la dette publique. Il garantirait le pouvoir d'achat par l'instauration de l'échelle mobile des salaires et des pensions.

 

Bien entendu, l'application de ces simples mesures d'urgence déclencherait la fureur de la réaction, de la bourgeoisie. Impossible de faire un pas en avant dans ce sens sans mettre à bas la 5ème République, sans rompre avec l'Union Européenne et l'euro, sans porter la hache contre l'Etat bourgeois, sa police, sa justice, son armée de métier, de guerre civile, de dénoncer les traités signés par les gouvernements impérialistes, de retirer les troupes françaises notamment d'Afrique, des Balkans et des colonies françaises.


Ce gouvernement aurait nécessairement comme programme d'en finir avec le chômage, en réduisant la durée du temps de travail jusqu'à embauche de tous les chômeurs, d'impulser un plan de production élaboré et réalisé sous le contrôle des travailleurs eux-mêmes et répondant aux besoins immenses des masses en matière de logement, d'équipements publics, bref: rompant avec la logique folle et destructrice de la production pour le profit. Pour cela il exproprierait les grands groupes capitalistes, s'engagerait dans la voie qui mène au socialisme. Il s'assurerait le contrôle du système de crédit en expropriant les groupes bancaires, annulant les dettes qui écrasent tant de familles ouvrières mais confisquant les avoirs des spéculateurs et autres rentiers;  pour placer effectivement l'économie sous le contrôle de la masse de la population, il instaurerait le monopole du commerce extérieur, des échanges, luttant à partir de là pour les Etats Unis Socialistes d'Europe.

 

Mais pour que cette politique résumée ici voie le jour, encore faut-il en ouvrir la voie ici et maintenant: le premier mot d'une politique révolutionnaire est, pour la défense des travailleurs salariés et de la jeunesse, le combat pour vaincre le gouvernement Chirac-Raffarin, l'exigence de la constitution d'un front uni des organisations ouvrières (partis, syndicats) contre lui, pour le mettre hors d'état de nuire.

 

Contribuer à ce que s'ouvre cette issue c'est combattre pour cette politique, s'organiser autour d'elle: construire avec nous l'organisation dont l'absence s'est tant fait sentir au printemps 2003, et la construire comme partie prenante et contribution au mouvement qui aboutira à l'engagement de la constitution de nouveaux partis ouvriers révolutionnaires et de l'Internationale.

 

Le 29 septembre 2003

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