Brésil : Congrès de la CNTE

 

Du 12 au 15 janvier, s’est tenu à Brasilia le congrès de la CNTE, Confédération nationale des travailleurs de l’enseignement, réunissant 2 400 délégués, de tout le Brésil. Le camarade H a participé à ce congrès, dans la tendance Libelu, (liberté et lutte dans l’enseignement). Voici le compte-rendu d’une discussion que nous avons eue avec lui.

R : Dans quelles conditions politiques se déroulait ce congrès ?

H : Temer et la coalition de partis bourgeois qui ont renversé Dilma Roussef mènent une campagne à marche forcée contre les travailleurs. Pressés par la crise, ils veulent augmenter le taux d’exploitation de façon rapide et massive. Ainsi, le gouvernement a déjà modifié la constitution par un amendement qui gèle les dépenses publiques pendant 20 ans (la PEC 55). Il s’attaque aussi au droit du travail, qu’il veut encore assouplir, et aux retraites, en cherchant à fixer un âge minimal de départ en retraite à 65 ans, tout en exigeant 49 annuités pour une retraite pleine. Dans l’enseignement, le gouvernement a pris un décret (MP 746) qui modifie le statut des écoles publiques, permettant leur financement privé, il s’attaque aussi statut des enseignants, en permettant notamment les licenciements des enseignants titulaires, et à l’enseignement dispensé, en faisant disparaître les enseignements artistiques, sportifs, ou en rendant optionnels la philosophie, l’histoire ou la sociologie. Une telle attaque avait suscité la réaction des enseignants mais aussi des élèves, qui avaient commencé un mouvement d’occupation dans les écoles secondaires publiques, en particulier de l’état de Paraná, où 600 établissements avaient été occupés en octobre et novembre 2016.

Les enjeux étaient donc tout particulièrement pour les enseignants de préparer la riposte à cette offensive.

R : Quelle a été la politique de la direction de la CNTE ?

H : Face au décret contre l’enseignement public secondaire, la CNTE n’a jusqu’ici pas centralisé le combat. Le congrès de mon syndicat (APEOSP, syndicat des enseignants du second degré de l’Etat de São Paulo) avait adopté un texte demandant à la CNTE de préparer une grève générale à la rentrée scolaire. Le congrès de la CNTE n’a pas pu faire l’économie d’appeler à une grève illimitée de l’enseignement public, pour le retrait du décret sur l’enseignement, mais en la renvoyant au 15 mars. De plus, la plateforme revendicative y ajoute le retrait de la PEC 55, mais aussi le retrait de projet de contre-réforme des retraites. Ces deux mesures nécessiteraient plutôt la prise de position de la confédération, la CUT.

Par ailleurs, il a été beaucoup question du « putsch » contre Dilma Roussef, et de nombreuses personnalités syndicales sont venues soutenir Lula, et en réalité la politique de la direction du PT qui a soutenu le gouvernement de Dilma Roussef, un gouvernement de coalition avec ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir et poursuivent la politique d’ajustement que le précédent gouvernement avait déjà entamée.

R : Quelles sont les positions qui ont été défendues par la tendance Libelu dans l’enseignement ?

H : Premièrement, au centre de notre intervention, la nécessité que la CNTE appelle à la grève générale de la profession pour le retrait du décret sur l’enseignement secondaire. C’est la responsabilité de la direction, et c’est une question vitale pour le secteur. Il reste à savoir maintenant quelle réalité la direction donnera à son propre mot d’ordre.

Deuxièmement, nous avons défendu la nécessité de rompre réellement avec le gouvernement Temer qui défend avec acharnement les intérêts de la bourgeoisie brésilienne et de l’impérialisme. Cela passe selon nous par le refus de siéger à toute « négociation », d’ailleurs annoncée par le gouvernement à propos de la contre-réforme des retraites. La tendance majoritaire Artsind, (Articulation syndicale, 86 % des mandats) a refusé d’intégrer notre proposition dans son texte, en prétextant qu’il n’était pas question pour elle de négocier avec un gouvernement putschiste. Néanmoins, ces assurances, en l’absence de texte écrit, n’offrent guère de garanties, d’autant que Temer en a appelé au dialogue.

Enfin, nous avons défendu la nécessité pour la fédération de se prononcer pour le paiement immédiat des travailleurs de deux Etats, et notamment celui de Rio, où les fonctionnaires ne sont plus payés depuis novembre, pour cause de « défaut partiel de paiement » ; cette position a été adoptée à l’unanimité par le congrès. Nous espérons que cela pourra servir de point d’appui pour les travailleurs de Rio pour exiger du gouverneur le paiement immédiat de leur salaire.

R : Qu’est-ce que la tendance Libelu dans l’enseignement ?

H : C’est une tendance qui a pu être représentée dans le syndicat des enseignants du second degré de l’État de São Paulo, et donc aussi dans celui de la fédération avec des représentants de São Paulo, mais aussi de deux autres États. Nous cherchons à regrouper les enseignants pour défendre leurs revendications, et la rupture de l’organisation syndicale avec la bourgeoisie et le dialogue social. Cette ligne est aussi adressée aux partis ouvriers, à commencer par le PT. Nous organisons les travailleurs pour qu’ils s’adressent aux directions des organisations qui ont été constituées dans l’histoire de la lutte des classes pour défendre leurs intérêts, les syndicats, et permettre de poser la candidature du prolétariat au pouvoir.

En se réappropriant ses outils, dont les directions ont par trop tissé de liens avec l’État ou la bourgeoisie brésilienne, les travailleurs doivent pouvoir s’organiser et combattre le gouvernement Temer, articulé autour du principal parti bourgeois, et ainsi se défendre contre la violente offensive contre les travailleurs qu’il a mis à l’ordre du jour. Cette tendance syndicale est à l’initiative de militants du groupe « Combattre pour le socialisme ».

20 janvier 2017

 

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