Editorial de Combattre pour le Socialisme nouvelle série n°41 (123)
« Réforme » des retraites : Les dirigeants syndicaux (soutenus par PS, PCF, ...) font tout pour interdire l’affrontement avec le gouvernement ultra-réactionnaire qu’il faut vaincre,le gouvernement Sarkozy-Fillon-Woerth
Au moment où ces lignes sont écrites, au soir de la nième journée d’action, si Sarkozy est en passe de faire passer la contre-réforme des retraites, contre l’aspiration profonde des masses laborieuses et de la jeunesse, il le doit fondamentalement à l’appui sans faille des appareils syndicaux, du Ps, du Pcf… .
Dans des circonstances où la volonté de la grande majorité des travailleurs d’en finir avec la politique du gouvernement Sarkozy-Fillon-Woerth, avec ce gouvernement, est muselée par la politique des appareils syndicaux ainsi que celles du PS ou du PCF, c’est maintenant la jeunesse lycéenne dont l’avenir est sinistré par la crise du capitalisme qui cherche à engager le combat contre Sarkozy, avec le soutien, à l’évidence, de larges franges du prolétariat. Si ce mouvement, en cherchant à s’extraire de l’impasse dans laquelle les appareils syndicaux et leur « intersyndicale » emmènent les travailleurs, se développait, il pourrait modifier la situation dans le pays, redonner toute sa force à l’exigence de l’affrontement centralisé avec le gouvernement sous la forme d’une manifestation centrale au siège du pouvoir, à Paris, contre celui-ci, pour le retrait de la contre-réforme des retraites.
Mais dans le même temps, les jeunes lycéens n’échappent et n’échapperont pas aux problèmes politiques qui se posent à tout le prolétariat, à toute la jeunesse, problèmes qui se posent bien au-delà des frontières de la France.
Partout en Europe, les travailleurs en butte à la même question : comment porter un coup d’arrêt à une vague d’attaques sans précédent depuis la 2ème guerre mondiale ?
Le 29 septembre, le gouvernement portugais, après une mise en garde de Bruxelles sur l’ampleur de ses déficits, annonçait de violentes mesures anti-ouvrières parmi lesquelles la baisse de 5% des salaires dans la fonction publique, le gel des pensions des fonctionnaires, la hausse de la TVA ou encore le vol du fonds de retraites de Portugal Telecom.
Le 6 octobre, le premier ministre conservateur britannique annonçait la liquidation pulvérisation pure et simple de toutes les aides publiques existantes en Grande-Bretagne, au profit d’une allocation universelle soumise à condition et fonctionnant à l’instar du RSA français, comme levier pour forcer les bénéficiaires à accepter n’importe quel travail. Une semaine auparavant, on avait appris que 175 000 élèves venant d’obtenir leur baccalauréat n’auraient pas de place en université faute de crédits (relevons qu’aux Etats-Unis les fermetures d’écoles primaires pour raison d’économie se comptent maintenant par milliers).
Le 7 octobre, pendant la énième grève de 24h des travailleurs de la fonction publique, le parlement grec entamait l’examen d’un projet de budget qui programme encore une nouvelle baisse du salaire de ceux-ci.
Il est inutile sans doute de poursuivre ce rapide survol pour constater : dans toute l’Europe,la vague d’attaques sans précédent depuis la seconde guerre mondiale ne faiblit pas.
Et partout en Europe, les travailleurs sont confrontés, dans des circonstances évidemment différentes, aux mêmes problèmes politiques. Ainsi les travailleurs d’Espagne ont été très massivement en grève le 29 septembre contre une « réforme » du marché du travail qui facilite encore la flexibilité et les licenciements dans un pays où le taux de chômage s’envole au-delà de 20%. Les dirigeants syndicaux, manifestant que pour eux il n’y avait pas d’urgence, avaient convoqué cette grève trois mois à l’avance, et de plus, en quelque sorte, à titre posthume puisqu’ils ont attendu que la « réforme » soit votée.
Mais que demandent les dirigeants syndicaux ? Un « vrai dialogue social », pour un « changement de cap » (le secrétaire général de l’UGT) qui se traduirait par la « correction » de cette loi. Fait marquant : pour la première fois en Espagne des accords préalables avec les bureaucraties syndicales avaient garanti un « service minimum » dans le secteur public. Selon la presse, le gouvernement Zapatero aurait déjà prévu de renoncer au report de l’âge de départ en retraite à taux plein de 65 à 67 ans afin de maintenir sans trop de vagues l’essentiel de sa politique. Commentaire de la vice-présidente du gouvernement, interviewée dans la Republica du 3 octobre : « Dans cette période de crise, les forces sociales et les syndicats ont fait preuve d'un grand sens de responsabilité. Le dialogue fait partie de notre style de gouvernement. Nous savons que nous faisons des réformes de grande portée et pour les mener à bien il faut pouvoir compter sur le consensus le plus large. »
« Changement de cap » ? Mais partout, c’est le vent glacé de la crise économique mondiale qui dicte le cap tous les gouvernements au service du capital. Ce capitalisme qu’aucune direction syndicale, pas plus que les partis issus du mouvement ouvrier, ne remettent plus même formellement en question. Il faut entendre les éloges adressés par Copé à la direction de l’IG Metall allemande, admirant : « les déclarations de responsables syndicaux allemands, IG Metall par exemple, qui font de la compétitivité des entreprises allemandes leur propre priorité ». Ou ceux du ministre des Finances irlandais : « Ce n'est pas par hasard que la plus grande partie des syndicats suggèrent à leurs membres de ne pas faire chavirer la barque ou alors on coule tous. Je pense que l'opinion comprend que les protestations ne font qu'aggraver la situation »
Mais en dépit de la bonne volonté des dirigeants syndicaux, si, la situation du capitalisme en crise s’aggrave.
La crise du capitalisme s’installe et s’approfondit
Comme le démontre de manière détaillée un article de ce numéro de CPS, les salades servies par les différentes bourgeoisies et leurs valets de plume ou au sein du mouvement ouvrier sur la prétendue « reprise » fanent à vue d’œil. La réalité perce chaque jour davantage, notamment au travers les nouvelles venues d’Outre-Atlantique où un nouveau ralentissement de l’économie est désormais patent. Tant l’OCDE que le FMI constatent en cette rentrée que "La poursuite d'une reprise lente, avec une croissance bien plus faible que lors des reprises précédentes, eu égard à la force de la récession, est le scénario le plus probable » (…) "les risques d'une détérioration des perspectives économiques du pays restent élevés" (Fmi dixit).
Ce qui se passe aux Etats-Unis, pilier de l’économie capitaliste mondiale, concerne tous les pays capitalistes dominants : l’effet des plans de relance et de soutien au capitalisme financier et aux autres industries clés commence à s’estomper sans que s’engage un nouveau cycle d’accumulation du capital, ainsi que CPS l’avait prédit. Et ces plans eux-mêmes ont aggravé la situation de l’économie capitaliste notamment en entraînant un bond sans précédent des déficits et de l’endettement, auxquels maintenant les principaux pays capitalistes se trouvent confrontés sans pouvoir bénéficier d’une réelle « reprise ». Aucune des bombes (dette, immobilier, banques) qui menacent n’a été désamorcée.
Ainsi l’Espagne dont la note est dégradée sans cesse, mais tout particulièrement l’Irlande. Dans ce pays le coût du « sauvetage » des banques a fait bondir le déficit à 32% du PIB. Et c’est cette facture que les masses devraient payer ! Dans notre précédent éditorial, nous avons mentionné la bataille autour de la ratification ou non d’un accord pourri négocié entre le gouvernement et les dirigeants syndicaux, accord qui entérinait la baisse des salaires passée et l’engagement de la « réforme de l’Etat », en « échange » si l’on peut dire de l’engagement du pouvoir à ne pas baisser les salaires des fonctionnaires… sauf circonstances exceptionnelles. Après une bataille intense, l’accord a été finalement ratifié mais les circonstances exceptionnelles (c’est-à-dire les mannes versées aux groupes bancaires) sont maintenant à l’ordre du jour. Verra-t-on bientôt, comme en Islande, des milliers de manifestants jeter pierres bouteilles ou œufs sur le parlement pour exprimer leur rejet de la politique gouvernementale qui leur fait porter le coût des aides colossales aux banques ? Qu’en sera-t-il demain aux Etats-Unis, où Obama annonce un nouveau plan d’aide aux entreprises de 100 milliards de dollars ? Au Japon où 44 milliards doivent être injectés dans l’économie ? La dette publique grimpant en flèche est source de nouvelles crises violentes dont la crise grecque a été la première mais pas la dernière. Un krach obligataire est à nouveau à l’ordre du jour immédiat ; tout comme l’est un krach monétaire. Enfin, ni la crise immobilière, ni la crise bancaire, ne peuvent être considérées comme surmontées (voir dans ce numéro).
Dans ces circonstances, les tensions entre impérialismes vont croissant. Au dernier G20, pour la première fois depuis l’éclatement de la crise, l’impérialisme allemand s’est ouvertement opposé à l’impérialisme US, lequel demandait que les plans de réduction des dépenses ne soient pas « excessifs », en d’autres termes que l’Europe achète les marchandises américaines.
Aujourd’hui c’est le cours des monnaies qui reflète ces rivalités, car au final, la hausse ou la baisse de l’une ou de l’autre signifie une part plus ou moins grande du fardeau de la crise portée sur les uns ou sur les autres. Et l’impérialisme américain n’hésite pas à inonder aujourd’hui les marchés de dollars, pour financer ses propres plans d’aide au capitalisme en faillite, ce qui entraîne une hausse de l’euro qui va encore aggraver la situation des pays de l’UE. LA « guerre des monnaies » est l’expression des tensions vives entre des puissances impérialismes effarées de voir qu’aucun de leurs efforts pour repousser la crise ne porte de fruits.
Mais dans ces circonstances aussi, le premier commandement de tout gouvernement se situant dans le cadre des « lois du marché est « »faire baisser le prix de la force de travail ». C’est une véritable course aux contre-réformes et à la liquidation des services publics les plus vitaux qui est aujourd’hui engagée, course dont les juges-arbitres sont les agences de notation. La seule issue à court terme pour les différentes bourgeoisies pour faire face à la conjonction de l’absence de reprise réelle et de l’explosion de leurs déficits est de faire payer, sans merci, les travailleurs et la jeunesse (pour cette dernière, notamment par une augmentation terrifiante du chômage).
C’est toute la dimension que revêt, en France, la contre-réforme des retraites.
La « réforme » des retraites : un enjeu décisif pour la bourgeoisie française
C’est la crise économique qui a précipité la « réforme » des retraites décidée par Sarkozy et mise en œuvre par Fillon et Woerth. Son seul et unique objectif, sous le prétexte fallacieux de démographie, est de baisser les pensions, de baisser les salaires des fonctionnaires, d’aggraver encore la misère de millions d’hommes et de femmes, avec, comme corollaire, d’accroître encore le chômage des jeunes.
Cette « réforme » est aussi un levier pour la suite. La liquidation du droit de partir à 60 ans est d’abord un acte politique. C’est l’annonce d’attaques plus importantes que jamais, qui répondent à la situation particulière du capitalisme français, dominé économiquement totalement par l’impérialisme allemand, perdant régulièrement des parts sur le marché mondial, et que ses déficits et son endettement croissants exigent des coups d’une autre ampleur que même cette « réforme » des retraites.
A peine la « réforme » votée le 15 septembre par l’Assemblée nationale, le gouvernement était engagé sur d’autres fronts : « réforme » de l’assurance-maladie restreignant encore l’accès aux soins, entraînant d’importantes fermetures de services dans les hôpitaux publics, avec hausse des tarifs des mutuelles à la clé, « réforme » de la dépendance livrant les personnes âgées en pâture aux assureurs privés, et bien entendu un projet de budget qui, en plus de poursuivre la destruction de la fonction publique, prévoit sous prétexte de « niches fiscales » d’alourdir encore sans attendre la facture des déficits pour les masses.
Et pendant ce temps, comme le soulignait une intervention au titre du courant Front Unique au Conseil National de la FSU, le 21 septembre « avez-vous lu la presse cette semaine ? Qu’y trouve-t-on ? Un chèque de 800 millions de l’Etat pour Dassault comme compensation pour l’échec commercial du Rafale, un autre de 500 millions à Vivendi au titre d’un régime fiscal dérogatoire établi par Sarkozy en 2004, un chèque supérieur à 200 millions pour Tapie… Les voleurs agissent au grand jour. Parler de « réforme » des retraites, c’est légitimer leurs larcins, légitimer le détournement de fonds permanent qui vide les caisses ! »
Il faut accorder une place particulière à la chasse à l’homme qui vise les gitans, et plus largement à la nouvelle loi Sarkozy-Hortefeux-Besson sur l’immigration. Il ne s’agit pas, comme l’a dit Bernard Thibault, d’une « diversion » pour éviter de parler des retraites. D’une part c’est le caractère ultra-réactionnaire de ce gouvernement qui s’exprime, comme, dans un autre genre, l’affaire Bettencourt dévoile l’ampleur de la corruption qui règne dans les sommets de la 5ème République (laquelle s’y prête à merveille par nature). A l’évidence, Sarkozy cherche aussi à aligner derrière lui les franges les plus réactionnaires de la population. Mais il s’agit fondamentalement d’un projet réfléchi, que Sarkozy a mené déjà en tant que ministre de l’intérieur : renforcer par tous les moyens les pouvoirs de répression de l’Etat bourgeois, porter atteinte aux libertés démocratiques de tous les travailleurs (et l’agitation actuelle sur les risques d’attentat font partie de ce tableau).
Force est de constater que - notamment par rapport à l’affaire Bettencourt - les dirigeants syndicaux, le PS, le PCF ou encore le PG, n’ont guère haussé le ton face à une situation où, comme la presse étrangère l’a souligné à l’envi, un gouvernement dans un autre pays serait vraisemblablement tombé. Quant aux dirigeants syndicaux, Woerth a même pu saluer leur « élégance » pour n’avoir pas cherché à utiliser cette bombe contre lui.
Quel contraste entre cette entente cordiale qui règne du côté du gouvernement et des directions syndicales et la haine dans le pays contre Sarkozy, son gouvernement, sa politique !
Mais le rejet massif de ce gouvernement corrompu, xénophobe, menteur, voleur, fait ressortir davantage encore le rôle décisif qu’ont joué et que jouent encore les dirigeants syndicaux pour permettre au gouvernement de faire adopter cette contre-réforme. Il faut le dire : si les dirigeants des organisations syndicales issues du mouvement ouvrier (CGT, FO, FSU) étaient un état-major dans ce qu’eux-mêmes appellent « la bataille des retraites », alors il faudrait immédiatement les passer en cour martiale pour haute trahison.
La « bataille des retraites » menée par les dirigeants syndicaux : une trahison en règle
« Nous irons jusqu’au bout » plastronne, en ce début de mois d’octobre, Bernard Thibault. « Jusqu’au bout » de quoi ? Si l’Assemblée nationale et bientôt le Sénat ont pu voter le projet Sarkozy, c’est bien parce que les dirigeants syndicaux ont joué « jusqu’au bout » le jeu du « dialogue social », c’est-à-dire de la défense de l’économie de marché, du capitalisme, avec tout ce qui en découle.
A-t-on jamais remporté une guerre en reconnaissant la légitimité de l’objectif de l’ennemi ? C’est pourtant ce qu’ont fait les dirigeants des syndicats ouvriers, acoquinés au sein de « l’intersyndicale » aux larbins de Sarkozy type Chérèque. Ils n’ont même cessé de marteler depuis des mois sinon des années qu’’il fallait une « réforme », c’est-à-dire qu’ils refusaient de défendre les régimes des retraites. Ils ont ainsi refusé de poser la seule question qui vaille si vraiment on veut défendre les régimes de retraite et si vraiment déficit de ces régimes il y a : que les patrons (qui perçoivent 32 milliards d’exonérations de « charges » chaque année) payent !
A-t-on déjà remporté une guerre en s’accordant avec l’ennemi sur les modalités de son offensive ? C’est pourtant ce qu’ont fait les directions syndicales. En février dernier c’est d’un « sommet social » à l’Elysée qu’est sorti le calendrier de l’actuelle réforme, adoptée au jour près 6 mois plus tard par l’Assemblée bleu CRS. Puis au cours de multiples séances de concertation, les directions syndicales ont accepté de discuter, point après point, de l’ensemble des dispositions contenues dans le projet de loi. En discuter c’était reconnaître leur caractère acceptable. Sinon inéluctable, au nom de « l’espérance de vie ».
A-t-on déjà remporté une guerre en affaiblissant soi-même ses propres troupes? C’est pourtant ce qu’on fait les dirigeants syndicaux, en convoquant notamment au printemps des grèves « reconductibles » (=en morceaux) à la SNCF et sur les lignes du RER gérées par la RATP. Grèves décidées par l’appareil sur des mots d’ordre étrangers aux revendications ouvrières, tout en faisant retomber la responsabilité sur les travailleurs eux-mêmes (« reconduisez si vous voulez »).
A-t-on déjà remporté une guerre en affirmant d’emblée… son refus de la gagner ? C’est pourtant ce que font et ce qu’ont fait les dirigeants syndicaux en s’obstinant à écarter le mot d’ordre de « retrait du projet », d’abord sans ambages quand le « document d’orientation », produit de la concertation, a été rendu public (par exemple la direction de la FSU flanquée à l’époque des représentants du POI qui attendaient le feu vert de la direction confédérale FO). Puis de manière répétée depuis que le projet de loi est rendu public. Thibault au mois de juillet affirmait clairement dans un document destiné aux organisations de la CGT que « revendiquer le retrait serait s’interdire d’apprécier les résultats de la mobilisation »… autrement dit, tel n’était pas son objectif.
A-t-on déjà remporté une guerre en reconnaissant le droit à l’ennemi de la mener ? C’est pourtant ce que font sans cesse les dirigeants syndicaux quand ils multiplient les suppliques aux députés, puis aux sénateurs en les suppliant « ne votez pas cette loi ». Ce à quoi les députés UMP ont répondu en durcissant encore le projet. En effet ils ont, d’une part, intégré un amendement qui change fondamentalement les missions de la médecine du travail, la soumettant complètement - aux desiderata du patronat puisqu’elle n’aurait plus de mission indépendante de prévention ! D’autre part, ils ont « mis à l’étude » d’’ici un an la création d’une caisse de retraite spécifique pour la fonction publique, ce qui veut dire la liquidation pure et simple du code des pensions.
A-t-on déjà remporté une guerre en désertant le champ de bataille ? C’est pourtant ce qu’ont fait les dirigeants syndicaux. « Pourtant, après le 7 septembre, une possibilité existait : aller interdire, en masse, le vote de ce projet, par la force d’une manifestation centrale et nationale devant l’Assemblée UMP. Cette proposition d’une manifestation centrale à l’Assemblée pour le retrait du projet, nous, Front Unique, l’avons soumise au vote du Bureau National de la FSU le 8 au matin. Toutes les autres tendances, qui représentent en réalité tous les courants organisés issus du mouvement ouvrier, s’y sont opposés, ou l’ont refusée ! Une voix pour, celle de Front Unique ! Du coup, le 8 l’intersyndicale a accouché d’un texte qui était un ultime feu vert au gouvernement : elle lui indiquait nettement que le 15, les députés pourraient voter tranquilles, sans être menacés. Comble de cynisme, l’intersyndicale (et la direction FO faisait de même de son côté) appelait à je cite « interpeller les députés dans les circonscriptions » le 15, alors que les députés siégeaient ce jour là à Paris ! » (intervention au conseil national de la FSU déjà citée).
Si, le 15, un rassemblement régional a été organisé à la dernière minute face à l’Assemblée, ce n’était qu’un rideau de fumée pour camoufler la plus complète des capitulations : laisser les députés voter sans même chercher à s’y opposer. Quant aux suppliques aux sénateurs, c’est en plus un leurre : le Sénat peut bien voter ce qu’il veut, au final c’est l’Assemblée nationale qui tranche, par un simple vote, une fois réunie la commission paritaire mixte. Voir que c’est au nom du débat au Sénat que les appareils syndicaux organisent des manifestations le samedi après-midi (« en famille », sans grève… sans combat) au nom de l’approche de la fin des débats aux Sénat, c’est une véritable insulte de plus à l’intelligence de la classe ouvrière
A-t-on déjà, enfin, remporté une guerre en déclarant d’emblée son refus de vaincre ? C’est pourtant ce qu’a fait Bernard Thibault dès les premiers jours de septembre. Comme le rappelle l’intervention faite au Conseil national de la FSU déjà citée : « Le 2 septembre, Bernard Thibault rassure l’interviewer du journal du grand capital Les Echos qui s’inquiète de ce que le 7 septembre tourne à la manifestation « anti-Sarkozy » : « ce n’est ni l’objet, ni le message » ! Mais comment faire ravaler à ce dernier son projet de loi, cette « mère de toutes les réformes » (Fillon) sans l’affronter, sans chercher à lui infliger une défaite cinglante ? »
Voilà le dispositif qui explique le caractère dominant des manifestations organisées depuis septembre, à la fois massives et totalement consciente de leur propre impuissance, les travailleurs étant dépossédés en quelque sorte de tout objectif saisissable par les appareils syndicaux, relayés par le PS ou le PCF. Le nouveau secrétaire général de ce parti, le dénommé Laurent, haranguait ainsi la foule à la fête de L’humanité en septembre : « nous déclarons la guerre à Sarkozy, une guerre citoyenne et pacifique ». Il faut traduire nettement ce que signifient ces mots de « citoyenneté » et de « pacifisme » dans le mouvement ouvrier : reddition, capitulation. Qu’est-ce que la citoyenneté d’ailleurs sinon le refus de remettre en cause le capitalisme et ses institutions « démocratiques », à commencer par son gouvernement ?
Thibaultlâtres et Maillylâtres
Au coeur de cette stratégie des appareils syndicaux, confortés par le PS, le PCF et le PG, il y a le refus d’affronter le gouvernement, le refus de toute sorte de centralisation pouvant dresser la force des travailleurs de ce pays contre Sarkozy et ses ministres. Tout particulièrement rappelons-le, en s’opposant (par exemple au sein de la FSU, NPA et POI inclus), au mot d’ordre de manifestation centrale devant et contre l’Assemblée UMP pour lui interdire, le 15 septembre, de voter le projet de loi. A noter : la CGT Energie de Paris a pris aussi position pour une telle manifestation nationale.
C’est donc à bon droit que Fillon, pour la énième fois, vient de décerner en ce début octobre un nouveau certificat de responsabilité aux dirigeants syndicaux en se félicitant de ce qu’ils aient été « responsables ».
Jusqu’ici, les appareils ont minutieusement et efficacement contrôlé et canalisé toute velléité de combat contre le gouvernement et ont, de leur point de vue, remporté un réel succès en organisant des manifestations tout à la fois significativement nombreuses et totalement inoffensives, c’est-à-dire en faisant passer leur orientation… dont l’aboutissement sauf si l’engagement de la jeunesse modifiait la donne, serait une défaite sévère qui se profile pour la classe ouvrière.
Ils ont été dans l’affaire épaulés, soutenus par les différentes organisations « d’extrême-gauche », NPA, LO et sur son plan le POI. L’orientation des deux premières a été de bout en bout un soutien à toutes les initiatives des appareils (dont à vrai dire ils font partie, notamment de celui de la FSU pour ce qui est du NPA). A chaque initiative des appareils, NPA et LO ont sorti quasiment les mêmes tracts, sorte de copier collé dont les seuls mots d’ordre étaient de « faire de la journée du … une réussite en participant massivement aux grèves et manifestations » (il n’y a que la date à remplir). Parfois ces appels étaient assortis de quelques critiques des appareils, mais lesquelles ? De ne pas appeler à la « reconductible » pour l’essentiel. Les voilà satisfaits : dans plusieurs secteurs sont annoncés au moment où nous mettons ce numéro sous presse des « reconductibles ». Et pourquoi ? Pour faire retomber totalement sur les travailleurs la responsabilité d’une éventuelle défaite. Parce qu’ils n’auraient pas été assez nombreux aux « journées d’action » sans perspective des appareils, ou qu’ils n’auraient pas assez « reconduit ».
Mais il faut tout de même noter – et c’est entièrement la responsabilité des appareils syndicaux – que la participation des travailleurs aux différentes assemblées générales de secteur a été jusqu’ici très faible. Engager la « reconductible » dans ces conditions, sans aucun objectif, ce n’est rien d’autre que d’envoyer les travailleurs les plus combatifs à l’abattoir… ce dont d’ailleurs l’appareil de la CGT ne se prive pas dans certains secteurs, sans grand risque, ni que la grève soit réellement suivie, ni qu’elle menace le gouvernement puisque tel n’est pas leur but.
Ces appels (transports et raffineries notamment) s’inscrivent dans la même stratégie, dans l’objectif, pour paraphraser la tribune de M.Noblecourt parue dans Le Monde du 8 octobre, de « ne pas sortir bredouilles », c’est-à-dire d’obtenir une concession significative qui n’altère pas le fond du projet mais qui permette aux appareils de valider leur politique de bousille, de collaboration avec le gouvernement. Il leur faut un peu de « grain à moudre », ils veulent, comme dit Chérèque « sortir la tête haute » … et faire baisser celle des travailleurs.
Bref, l’orientation de LO et du NPA n’est rien d’autre qu’un décalque aux airs plus combatifs de l’orientation décidée (avec leur accord) au sein des sommets syndicaux. Qui dédouane totalement ces derniers !
Quant au POI, il s’est fait lui le soutien inconditionnel de l’orientation de la direction confédérale Force Ouvrière. Au sujet de cette orientation, on peut reprendre les termes de l’intervention d’un militant à une AG départementale d’un syndicat FO au ministère des Finances dirigé par le POI : « De journées d'action en journée d'action, l'intersyndicale nous balade et la direction de notre confédération nous balade avec elle, parce qu'ils n'ont jamais voulu affronter le gouvernement sur la question des retraites. Quand l'intersyndicale appelle à des "journées de grèves et de manifestations" Mailly lui dans une interview aux Echos se prononce pour je cite "une grande journée de grève nationale". Qui peut dire que ce n'est pas se moquer de nous? Quelle est la différence? Alors ok, Mailly parle de retrait dans les réunions de l'intersyndicale, mais il faut se rappeler ce qu'il a dit lui même plusieurs fois dans différentes interviews, et à juste titre. Je cite : "La réforme des retraites, c'est comme la cuisine: si le plat est raté, indigeste, ce n'est pas parce qu'on va remettre une pincée de sel ou une cuillerée d'huile d'olive qu'il va être mangeable. On le balance et on prend une autre recette." Eh bien le problème central, c'est bien la cuisine indigeste que nous sert l'intersyndicale Chérèque Thibault. Et franchement, bavarder sur le retrait dans ce cadre là c'est rien d'autre que mettre du sel dans un plat immangeable pour nous le faire avaler. Alors que, si l'on veut vraiment le retrait du projet de loi, il aurait fallu une autre recette et en particulier ne pas laisser l'Assemblée nationale voter le projet le 15 sans autre résistance qu'une manifestation alibi. »
Réponse des dirigeants POI du syndicat à cette intervention : « La position de la confédération est claire et précise et répond à ce qu'attendent les travailleurs ». Il faut dire que les membres du POI qui siègent à la direction confédérale FO ont voté pour toute l’orientation développée ces dernières semaines par la direction confédérale. Le même jour que se tenait cette assemblée aux Finances, Mailly saluait sur les ondes les « concessions » du gouvernement en ces termes « ce qui est pris n’est plus à prendre ». Voilà qui est clair.
Qu’ils idolâtrent Thibault, Groison ou Mailly, les mini-appareils de l’extrême-gauche se sont engagés à fond dans le jeu des appareils syndicaux et sont aussi comptables à ce titre de la défaite qui approche.
Et maintenant ?
Quoique vote le Sénat, il ne reste que peu d’obstacles au gouvernement Sarkozy-Fillon pour faire adopter, par un vote express à l’Assemblée, le texte qui sortira de la Commission Paritaire Mixte Assemblée-Sénat. D’ici la fin octobre, sauf imprévu, le texte -modifié plus ou moins à la marge – sera à ce moment adopté. Et les grèves « reconductibles » annoncées au moment où nous publions ce numéro ne sont pas de nature à changer la donne, bien au contraire ; en un sens, en les impulsant de manière contrôlée, les appareils font boire aux travailleurs le calice de la défaite jusqu’à la lie.
Autre chose sont les grèves engagées notamment sur les Ports qui, elles sont ordonnées par des revendications spécifiques ce qui explique qu’elles soient fortes et significatives, malgré, là encore, leur caractère « reconductible » c’est-à-dire disloqué site par site, jour par jour, en d’autres termes la négation de la grève au sein même de la grève.
Mais l’engagement éventuel d’un mouvement chez les lycéens, voire chez les étudiants, qui se dessine aujourd’hui est un fait nouveau. D’ailleurs ce qui suscite ce mouvement n’est pas tant la « réforme » des retraites que, plus généralement, l’assombrissement des perspectives d’avenir pour la jeunesse, que cette « réforme », qui signifie mécaniquement une hausse du chômage des jeunes, symbolise. Plus profondément, c’est le rejet, la haine, de Sarkozy, son gouvernement, sa politique, qui est le véritable moteur de ces premières manifestations.
Ces manifestations, permettent, au moins pour un bref moment politique, de remettre à l’ordre du jour immédiat l’exigence de l’affrontement centralisé avec le gouvernement, de la manifestation nationale au siège du pouvoir, et en l’occurrence puisque le débat parlementaire est passé, à l’Elysée, pour le retrait de la « réforme » des retraites.
Mais les vacances scolaires approchent déjà, le temps joue pour le gouvernement grâce au calendrier co-élaboré avec les appareils syndicaux, lesquels, glaçants, ne formulent une nouvelle fois que « l’exigence » suivante dans leur dernier communiqué « Elles exigent la tenue d’un véritable débat pour la prise en compte d’alternatives »… et bien entendu évacuent encore et toujours le mot d’ordre du « retrait du projet » et en convoquant de nouvelles manifestations.. pour le samedi 16 octobre.
Si la défaite dont les appareils porteraient l’entière responsabilité devait se confirmer, elle serait un coup dur porté au prolétariat et à la jeunesse. Elle encouragerait le gouvernement à aller plus loin. Mais elle ne signifierait pas l’écrasement du prolétariat, qui sous l’impact de la crise sera amené à devoir réengager le combat sur d’autres terrains, pour ses revendications, qui toutes mettent en cause le gouvernement et la politique du « dialogue social » avec lui dont les résultats sinistres sont clairs.
Quelle perspective ?
Jusqu’ici, le constat est incontournable : nulle part en Europe, les prolétariats, la jeunesse, n’ont pu porter un coup d’arrêt à la vague réactionnaire qui déferle en conséquence de la crise du capitalisme. A la racine de cet état de fait, il y a bien entendu l’enfouissement de la perspective du socialisme par les appareils contre-révolutionnaires du mouvement ouvrier qui, tous, ayant fait ouvertement allégeance au capitalisme, se situent sur le terrain de l’accompagnement plus ou moins assumé des politiques réactionnaires qui en découlent.
Il suffit de voir avec quelle délectation l’UMP se félicite de ce que Strauss-Kahn, parlant de fait au nom du PS puisque nul dans ce parti ne le dément, soutient depuis la présidence du FMI la « réforme des retraites ». Ou de voir par exemple la CGC, membre de l’intersyndicale et que nul au sein de « l’intersyndicale » ne reprend, se prononcer contre les grèves au nom de la défense des entreprises françaises.
Mais la crise du capitalisme elle-même, en s’approfondissant, en se développant, est grosse de bouleversements qui peuvent être soudains, alors que dans le même temps nulle part le prolétariat n’est hors d’état de combattre. Mais augure aussi des bouleversements possibles le renforcement significatif dans toute l’Europe des formations bourgeoises ultra-réactionnaires et xénophobes. Car encore faut-il au prolétariat que sa volonté de ne pas faire les frais (croissants) de la crise du capital soit ordonné par une orientation claire. Cette orientation, c’est celle du combat pour le retrait pur et simple (ou l’abrogation) des « réformes » scélérates qui laminent un à un les acquis les plus vitaux des travailleurs, des classes ouvrières. C’est l’exigence que les organisations syndicales ouvrières, les plus immédiatement saisissables pour les travailleurs, rompent le « dialogue social », soient amenées à engager le combat dans le front unique, front unique qu’il s’agit d’imposer à partir du combat contre les revendications, ce qui signifie qu’il ne pourra se constituer que sur les ruines d’une « intersyndicale » des gardes du corps de Sarkozy, constituée précisément en niant toute revendication.
La constitution d’un véritable front uni poserait immédiatement la question d’un autre gouvernement qui en émanerait, gouvernement dont les travailleurs et la jeunesse pourront exiger qu’il satisfasse leurs revendications. c’est-à-dire, non seulement qu’il abroge le cortège des « réformes » réactionnaires, mais qu’il garantisse le droit au travail et à une existence digne en impulsant un plan de production basé sur la satisfaction des besoins sociaux des masses.
Cette perspective, c’est celle de la liquidation de la cinquième République, de l’engagement sur la voie du socialisme, des Etats-Unis Socialistes d’Europe. C’est la seule qui soit à même de répondre à la situation créée par la crise du capitalisme. C’est celle sur laquelle milite et appelle à se regrouper notre Groupe, pour la construction du Parti et de l’Internationale ouvriers et révolutionnaires.