Réforme des lycées, « grand emprunt » : une nouvelle étape de l’entreprise de dislocation de l’Enseignement public. Combattre pour que les directions syndicales rompent toute concertation et organisent l’affrontement avec le gouvernement Sarkozy Fillon
Une réforme reportée il y a un an…
Il y a un an, le ministre Darcos annonçait précipitamment le report de la réforme des lycées. C’était le premier retard dans l’agenda des contre réformes du gouvernement Sarkozy Fillon qui jusqu’à présent avait été rempli de manière parfaitement conforme au plan prévu.
Pourquoi cette annonce précipitée ? La réforme Darcos avait suscité l’indignation dans les lycées et la participation des dirigeants du SNES à la commission Gaudemar de mise en œuvre de la réforme, au vu de la réaction des collègues était devenue rapidement intenable. Contraints et forcés, ils avaient du la quitter.
Dans un contexte marqué par les puissantes mobilisations de la jeunesse en Italie et en Grèce, la jeunesse lycéenne avait commencé à se mobiliser. Dans ces conditions, le gouvernement jugeait plus prudent de manœuvrer en recul. Et ce d’autant que murissait dans le même temps un puissant mouvement des enseignants chercheurs contre la liquidation de leur statut. Ce dernier s’inscrivait lui-même dans le mouvement d’ensemble du prolétariat qui se saisissant de l’appel des dirigeants syndicaux à manifester se rassemblaient à 2 millions et demi le 29 Janvier, indiquant par là leur disponibilité à combattre le gouvernement et le MEDEF.
… mais aujourd’hui le gouvernement juge qu’il a le passage…
Un an après, le gouvernement Sarkozy Fillon Chatel estime non sans quelques raisons qu’il a les moyens désormais de faire passer ses plans.
La politique des appareils syndicaux par les journées d’action à répétition, par l’association constante à tous les plans du gouvernement, et aussi les plans de licenciements dans les entreprises, a réussi à disloquer pour un temps en tout cas le potentiel de combat qui s’était manifesté avec éclat entre Janvier et Mars 2009. Dans l’enseignement même, les dirigeants syndicaux (voir CPS précédent) ont réussi à imposer aux enseignants chercheurs dont la mobilisation était pourtant la plus puissante depuis 1968 une amère défaite : la pulvérisation de leur statut est acquise pour le gouvernement. La contre réforme de la formation des maîtres se met en place. Elle permet dès le budget 2010 de supprimer des milliers de postes. Remarquons à ce propos que pendant que l’enseignement public est soumis à ce régime, le nombre de poste au concours à l’usage de l’enseignement privé… augmente de 130% ! La LRU s’applique : plus de la moitié des Conseils d’Université – où siègent avec constance les dirigeants syndicaux – ont adopté l’autonomie. Aujourd’hui, Sarkozy peut envisager d’aller plus loin : à savoir donner aux « personnalités extérieures » - les patrons - un rôle prépondérant dans la désignation des présidents d’université.
Le « grand emprunt » marque d’ailleurs une nouvelle étape majeure dans la marche à la privatisation de l’université (voir plus bas).
Mais il est vrai que dès l’annonce du report de la réforme du lycée l’an dernier, les dirigeants du SNES ont tout fait pour que le revers gouvernemental ne se transforme pas en une défaite cuisante. Ils maintenaient leur soutien aux « seize points de convergence » avec le gouvernement dont Darcos indiquait qu’ils étaient la base de la reprise des discussions sous la houlette de Descoings. De sorte que Sarkozy, à Saint Lô, en même temps qu’il faisait bastonner les manifestants par ses flics, pouvait annoncer que la réforme des lycées se ferait. Par ailleurs, avec un parfait cynisme, Darcos faisait « expérimenter » dans des dizaines d’établissements la réforme « reportée ».
Et lorsque Sarkozy lui-même annonçait les « principes » de la nouvelle réforme des lycées, Aschiéri l’a même saluée « Les annonces du président de la république sur le lycée semblent marquées par la prudence imposée par les mobilisations de l’année dernière. Elles reprennent partiellement des demandes et des propositions dont les personnels et les jeunes étaient porteurs, comme le rééquilibrage des séries, l’importance de la voie technologique dans la démocratisation du lycée, la rénovation des STI ; et elles abandonnent en partie des choix dangereux du précédent projet de réforme » (Début du Communiqué de presse de la FSU du 14 octobre 2009).
...pour une réforme plus destructrice encore que celle « reportée » l’an dernier
Rappeler ce communiqué à la lumière de la mouture définitive de la réforme Sarkozy Fillon Chatel illustre le degré de soumission de l’appareil de la FSU au gouvernement. Il ne s’agit pas de la part de l’appareil d’un simple aveuglement. Autant que faire se peut, et tant que cela était possible, l’appareil de la FSU - et celui du SNES dont les dirigeants sont coauteurs de ce communiqué – cherchait à camoufler la brutalité de ce qui se préparait et dont ils étaient parfaitement informés.
Il n’est plus aujourd’hui possible de tenir ce discours au vu des projets de décrets. D’ abord la ‘réforme’, c’est la liquidation massive des heures de cours. L’écho de la pétition contresignée à ce propos par de nombreuses « personnalités » - et d’ailleurs avec des considérants dont certains sont parfaitement réactionnaires – fait qu’on a beaucoup parlé de la suppression de l’enseignement de l’histoire géographie en Terminale S. Mais ce n’est là qu’une toute petite partie de la mise en pièces des enseignements organisée par la réforme. En seconde, Français, Histoire Géographie, Physique et Sciences de la Vie et de la Terre : tout est passé à la moulinette de la réforme. En première, ce sont les mathématiques qui disparaissent du socle commun.
Il faut insister sur le massacre des enseignements technologiques. D’abord parce que c’est par les baccalauréats technologiques que nombre d’élèves issus des milieux populaires accèdent à un diplôme et une qualification. Ensuite parce que (voir communiqué ci-dessus) la direction du SNES s’est targué pendant des mois des reculs du gouvernement à cet égard et de la « préservation » de la voie technologique.
Qu’en est- il ? La voie industrielle est massacrée : aux baccalauréats technologiques industriels, la réforme substitue des « champs technologiques » ne correspondant à aucune qualification réelle (exemple : « énergie et développement durable »). Les ateliers doivent disparaître, trop couteux. Place à la simulation par ordinateur.
Quant à la voie technologique tertiaire, prenons un exemple : la filière sciences et techniques sanitaires et sociales, qui fournit le gros du contingent des infirmiers et infirmières. L’option correspondante en seconde avait un horaire de 3 heures ; il passe … à 45 minutes. Vous disiez : « préservation de la voie technologique » ?
Là encore, les dirigeants syndicaux savaient parfaitement ce qu’il en était. Les bacs technologiques sont appelés à se fondre dans les bacs pros passés à trois ans. Et ces derniers devraient être de plus en plus préparés par l’apprentissage, que le « grand emprunt » vient de décider d’arroser de centaines de millions d’euros au moment où suppressions de poste et de sections pleuvent en rafale dans les Lycées Professionnels. Bref ! Tout ce qui s’apparente à une formation professionnelle et technologique doit passer sous le contrôle direct du patronat : voilà le programme du gouvernement, parfaitement connu de tous.
Une dimension essentielle de la contre réforme : l’ « autonomie » des établissements (collèges et lycées)
Mais la réforme ne se réduit pas à des suppressions massives d’heures de cours, véritable entreprise de déscolarisation. Une de ses dimensions essentielles tient à la mise en place de l’ « autonomie des établissements ». Elle est déjà contenue dans la mise en place de l’ « accompagnement personnalisé » du lycéen. Ce sont les établissements qui décideront de manière « autonome » qui sera accompagné et comment. Cet « accompagnement personnalisé » - dont la direction du SNES approuve le principe - est un véritable explosif contre le statut. D’abord, il piétine la qualification disciplinaire des enseignants, « accompagnateurs » et « orientateurs » (exit les Copsy). L’«accompagnement personnalisé » est par ailleurs directement dressé contre les dédoublements. Ceux ci ne sont désormais plus précisés par les textes ministériels autrement dit ils ont cessé d’être des droits pour les élèves comme pour les enseignants. Ils sont répartis dans le cadre d’une enveloppe globale – et restreinte – par le chef d’établissement sur proposition du « conseil pédagogique ». Il faut insister sur le rôle de ce dernier. Cette instance, instaurée par la loi Fillon, était confiné jusqu’ici, à cause de la résistance des professeurs, à un rôle souvent restreint, loin des ambitions de la réforme Fillon qui visait dès le départ à en faire dans chaque établissement une hiérarchie intermédiaire composée des véritables caporaux de la politique gouvernementale. La réforme des lycées vise à faire en sorte que les conseils pédagogiques remplissent enfin la fonction qui leur a été assignée. Notons là encore que les dirigeants du SNES loin de rejeter totalement leur mise en place demandent que les dits Conseils soient élus par les collègues, comme si une telle élection changeait quoique ce soit à la perversité d’une telle instance !
Par le décret faisant des établissements du secondaire des « établissements publics locaux d’enseignement » (EPLE), la réforme des lycées n’est pas seulement une réforme des lycées : elles concernent tous les établissements du second degré. Mieux même, elle s’inscrit dans une chaîne dont le premier maillon est la LRU qui instaure l’ « autonomie » des universités et le dernier maillon le décret regroupant les écoles primaires en EPEP : ce dernier dont le gouvernement avait du reporter la parution l’an dernier est désormais immédiatement à l’ordre du jour agrémenté d’une réforme du statut de directeur d’école transformant ce dernier en véritable fonctionnaire d’autorité. A tous les niveaux du système scolaire, le mot « autonomie » revêt le même sens : pulvérisation des programmes nationaux et des statuts nationaux, mise en concurrence des établissements, mise sous tutelle du corps enseignant.
Copé (président du groupe UMP à l’Assemblée) annonce la couleur
Il ne faut d’ailleurs pas s’y tromper : les mesures d’autonomie comprises dans la contre réforme ont un caractère transitoire. Car l’objectif est d’aller beaucoup plus loin. Le journal du SNES, l’US, rend compte du colloque du 15 Octobre, convoqué par le ministère et regroupant les « cadres supérieurs » de l’Education Nationale. Celui-ci a tracé la prochaine étape : faire dépendre la carrière des enseignants de la seule évaluation des chefs d’établissements (supprimer la note pédagogique), les rendre maîtres de 20% des moyens horaires. Mais dans le Monde de l’Education du 16 décembre, Copé est bien plus explicite encore : Copé : « Il faut que chaque lycée, chaque collège se développe autour d’un projet et évidemment d’une équipe »Question : « Ce qui induit que le chef d’établissement puisse choisir ses enseignants ? »Copé : « Evidemment. Notre système d’affectation, qui est un mixte entre des points calculés par un ordinateur et des décisions syndicales ne permet pas de développer de véritables équipes pédagogiques (…) Il faut que le ministère de l’Education gère mieux les ressources humaines en s’appuyant sur ces hommes clés que sont les chefs d’établissement. » Question : « Vous voulez les transformer en patrons d’entreprise ? » Copé : « Pourquoi en patrons d’entreprise ? Il suffit de s’inspirer de la fonction publique territoriale : des concours nationaux avec des recrutements locaux… Il me paraît normal qu’un chef d’établissement puisse constituer son équipe. »
On le voit : l’enjeu n’est plus ni moins que de sortir les enseignants de la Fonction Publique d’Etat. C’est à l’aune de cet enjeu qu’il faut juger de l’orientation des directions syndicales durant les dernières semaines.
Derrière les cris de protestation de la direction du SNES
Assez rapidement, la direction du SNES, celle de la FSU se sont rendus compte qu’il était impossible de tenir sur l’orientation initiale : celle qui prétendait dans le premier communiqué qu’ « elles ( les mesures du gouvernement) reprennent partiellement des demandes et des propositions dont les personnels et les jeunes étaient porteurs, comme le rééquilibrage des séries, l’importance de la voie technologique dans la démocratisation du lycée, la rénovation des STI ; et elles abandonnent en partie des choix dangereux du précédent projet de réforme ».
La direction du SNES devait donc changer de ton, insensiblement et par petites touches. Les mots d’ordre de la grève du 24 Novembre ne disaient mot de la réforme gouvernementale. Elle était appelée « pour une réforme ambitieuse du lycée et un collège de la réussite pour tous ». Le 8 décembre, une « lettre pétition » était initiée par l’ensemble des directions syndicales (sauf le SGEN et l’UNSA). Elle évite soigneusement de formuler clairement le mot d’ordre de retrait de la réforme : « Nous vous demandons solennellement de renoncer à ce projet, de reprendre les discussions sur d’autres bases, et de poursuivre celles sur les séries STI STL ». Or si on demande de continuer de discuter sur les séries STI STL (alors même que la « réforme » des séries technologiques est une pièce maîtresse de l’ensemble), on s’inscrit en réalité intégralement dans la discussion sur cette réforme.
Notons à ce propos la place particulière occupée par FO Lycées et Collèges – dirigé par les militants du POI – qui se sont fendus d’un communiqué pour s’indigner… d’être écartés de la concertation !
En réalité en demandant que se poursuive la concertation, les dirigeants syndicaux jouaient exactement le rôle que le gouvernement attendait d’eux. C’est le scénario qui a conduit à l’adoption des décrets sur la formation des maîtres (voir CPS n° 38) : les dirigeants de la FSU et du SNES réclamaient « l’abandon » de la réforme de la formation des maîtres dont ils négociaient jusqu’aux menus détails au ministère !
La participation au Conseil Supérieur de l’Education le 10 décembre des dirigeants du SNES et de la FSU (pour ne rien dire du SGEN et de l’UNSA qui, eux approuvent ouvertement la réforme) fut une nouvelle manifestation du lien maintenu avec le gouvernement. Dans ce cadre, le fait que les dirigeants du SNES, de la FSU aient voté « contre » les projets de décrets ne change absolument rien. Le discours liminaire d’Aschiéri au sein du CSE montre d’ailleurs à l’évidence qu’il ne s’agit certes pas de faire la guerre au gouvernement : « Pour ne pas rater l’occasion d’une vraie réforme dans l’intérêt des jeunes, je vous demande donc de renoncer à présenter cet ensemble de textes au CSE du 10 décembre et je vous appelle à reprendre les discussions sur d’autres bases. ». « Pour ne pas rater l’occasion d’une vraie réforme… » : Aschiéri pose en conseiller es – réformes du gouvernement !
Quelques manifestations lycéennes se développent alors dans l’Aube en guise de « comité d’accueil » à Fillon ou quelques jours avant les congés de Noêl dans le Sud Ouest, particulièrement dans le Pays Basque. Manifestations qui se sont tenues à l’encontre du soutien « officiel » au gouvernement de certains appareils lycéens à prétention « syndical » en particulier l’UNL, et du soutien au gouvernement de la principale fédération de parents d’élèves : la FCPE. Constatons simplement que de telles initiatives restent à ce stade limitées.
La participation constante des dirigeants syndicaux à la concertation, la faiblesse jusqu’à ce jour des mobilisations dans la jeunesse entravée de mille manières : c’est cette situation qui donne à Chatel au soir du CSE cette suffisance et cette arrogance : « Je ne reculerai sur rien ».
Un dispositif d’ « actions » en janvier qui est un dispositif de dislocation
Il est pourtant hors de doute que chez les enseignants, dans la jeunesse, les forces existent pour le faire reculer sur tout. Mais ce n’est possible qu’en surmontant le dispositif d’ « actions » des appareils syndicaux parfaitement agencé… pour faire passer la réforme. Qu’on en juge !
Le 21 Janvier, CGT, Solidaires, et FSU appelle à « construire un temps fort de grèves et de manifestations ». Depuis, s’y est joint l’UNSA. Comme chacun sait s’agissant de grèves, le pluriel s’oppose au singulier. L’appel à des grèves, ce n’est même pas l’appel à la grève, fut elle de 24 heures. Et l’appel à des manifestations (locales) s’oppose à toute centralisation du mouvement. Dans le corps de revendications, il y a tout ce que les dirigeants se sont ingéniés à laisser passer au moment décisif. Par exemple, aujourd’hui, ils parlent d’abrogation de la loi mobilité (alors qu’ils ont tranquillement laissé voter la majorité UMP à l’Assemblée Nationale). Aujourd’hui, ils demandent de « revenir sur les suppressions de poste au budget 2010 ». Qu’ont-ils fait au moment où le parlement en discutait ? Quant à la RGPP, l’appel l’évoque sans en demander l’annulation. Or elle rentre depuis le 1er Janvier dans sa deuxième phase, tout aussi meurtrière que la première avec une nouvelle fusion au plan départemental et régional des services ministériels accompagnée de mutualisation des services, suppressions de postes etc.
S’agissant de la RGPP, l’éditorial de ce numéro rappelle comment la brèche ouverte par les travailleurs du ministère de la culture au Centre Georges Pompidou - en se mettant en grève illimitée contre la suppression d’un poste sur deux départs à la retraite – a été vite fermée par les appareils syndicaux, se situant sur le terrain de demander « l’exception culturelle » à la RGPP. Dans ces conditions, les communiqués de« solidarité » des fédérations de fonctionnaires – FSU comprise – s’apparentent au baiser de Judas. Ils portent la responsabilité de la défaite encaissée par les grévistes.
Pour en revenir à l’enseignement, la journée d’action du 21 invite le « gouvernement à revenir sur les réformes régressives » (et à maintenir, sans doute, les réformes progressives ?). Il ne faut pas s’y tromper : ne pas nommer les réformes par leur nom constitue un raffinement dans l’art d’éviter tout affrontement avec le gouvernement. Moyennant quoi, l’UNSA qui soutient totalement la réforme des lycées peut bien appeler à la grève du 21 !
Après le 21, le 30. Comme souvent dans le passé, la direction de la FSU appelle à une manifestation nationale… un samedi après midi. Le gouvernement peut dormir sur ses deux oreilles. Pas de risque d’être confronté aux manifestants, puisque le samedi après midi, les ministères sont vides.
Complément indispensable de ce dispositif d’ « actions », le maintien plus que jamais de la concertation. La direction du SNES pousse de hauts cris contre la réforme. Mais que trouve t- on dans l’US du 29 décembre, en dehors de la kyrielle de « rendez vous de lutte » (au diable l’avarice, un « préavis de grève court sur tout le mois de Janvier !) : « Multiplication de réunions avec les parents et les lycéens, assemblées générales des personnels, investissement de toutes les réunions – notamment les journées banalisées sur la réforme des lycées (…) toutes les occasions doivent être saisies. ». On a bien lu : les dirigeants du SNES invitent les enseignants à « investir les journées banalisées » organisées par Chatel dans les établissements, journées banalisées dont celui-ci a clairement indiqué l’objectif : faire en sorte que les enseignants « s’approprient la réforme ». Par cette invitation, les dirigeants du SNES donnent la mesure véritable de leur « opposition » à la réforme !
Le « grand emprunt » : une étape décisive dans la privatisation de l’université, dans la liquidation de l’enseignement technique public… avec l’aval des dirigeants syndicaux
S’agissant du grand emprunt, les dirigeants syndicaux ne font même pas semblant de s’y opposer. Voilà ce qu’en dit la direction du SNESup. : « Le plan Campus catalysé par le « grand emprunt », extrêmement sélectif et opaque, poursuit le remodelage du tissu universitaire qui vise à fusionner quelques établissements situés dans les grandes villes ou en Île de France et à reléguer les universités de proximité - si elles subsistent - à de simples collèges universitaires cantonnés à un cycle Licence appauvri, déconnecté de la recherche. Les mastodontes ainsi projetés, privés de vie démocratique et collégiale cèdent aux sirènes de la concurrence et concrétisent le développement d'universités à deux vitesses. A l'opposé de la volonté affichée de rapprochement entre universités et grandes écoles, le gouvernement creuse le fossé entravant les coopérations entre ces établissements et ne combat pas réellement la ségrégation sociale des élèves et la sélection des étudiants qui encouragent la reproduction des élites. ».
Le moins qu’on puisse dire, c’est que la critique est extrêmement modérée. Mais l’essentiel est oublié : à savoir le grand emprunt est un levier essentiel de la privatisation des universités. Non seulement parce que le financement devra être mixte par le biais de « fondations » intégrant des fonds privés patronaux, selon le modèle qui prévaut outre atlantique. Mais encore parce que ces fonds doivent impérativement être placés, l’université ne pouvant utiliser que les intérêts de ce capital. Cela signifie que l’université doit se comporter comme un fonds d’investissement, les dirigeants syndicaux devant dans les Conseils d’Université choisir les « bons » investissements, susceptibles d’offrir les meilleurs gains.
La direction du SNCS - FSU (syndicat de la recherche scientifique) est un peu plus explicite : « En d’autres termes, les 500 millions de revenus de l’emprunt vont être distribués au travers d’Agences et de Fondations, tandis que la même somme sera prélevée sur les établissements et l’emploi scientifique statutaire, permettant ainsi de rembourser les marchés. L’emprunt n’est donc qu’un instrument supplémentaire dont le gouvernement se dote pour démolir le service public de recherche. ».
En effet, chaque centime consacré au grand emprunt sera soustrait au budget « ordinaire » de la Fonction Publique.
Mais de cette analyse, elle « oublie » d’en tirer la moindre conclusion : à savoir de formuler le mot d’ordre : « A bas le grand emprunt ! », mot d’ordre qui pourrait trouver une concrétisation très rapide compte tenu du fait que celui-ci fera nécessairement l’objet d’un vote à l’Assemblée.
Mais le silence des uns et l’ « oubli » des autres ont leur raison d’être. C’est en collaboration avec les dirigeants syndicaux – dans les Conseils d’Université, dans les instances de participation au niveau de la recherche que doit être « déclinée » la mise en œuvre du dit grand emprunt. Exiger l’annulation du grand emprunt, cela poserait la question de la rupture immédiate de la participation, de la démission des représentants des appareils syndicaux de toutes les instances de participation à l’Université comme dans les organismes de recherche. Et voilà pourquoi, dirigeants du SNESup, du SNCS et bien entendu de la FSU évitent soigneusement de formuler un tel mot d’ordre. Et avec eux tous les appareils : ceux de la CGT, de FO et aussi les dirigeants des partis issus du mouvement ouvrier, en premier lieu du PS qui n’en conteste que « les modalités » (Didier Migaud).
Congrès de la FSU : l’avenir de la fédération et de ses syndicats nationaux en péril
C’est dans ce contexte que se tiendra durant la première semaine de février le congrès national de la FSU. Le bilan de la direction depuis le dernier congrès ( Janvier 2007), c’est un bilan impressionnant … de défaites : LRU, réforme du primaire, réforme des LP, liquidation du statut des enseignants chercheurs, contre réforme de la formation des maîtres, démantèlement des organismes publics de recherche, destructions massives de postes à travers les budgets 2008, 2009, 2010: tout est passé !
Dans le même temps, par un coup de force dans la fédération, la direction de la FSU est engagée dans un cours qui mène à la destruction de la fédération.
Depuis de nombreuses années, l’existence d’une fédération qui sans prétendre occuper la place qu’occupait la FEN en est une descendante pose problème pour l’appareil dirigeant de la fédération. Car celui-ci a été écarté de la table principale de la concertation avec les gouvernements successifs : il doit se contenter de picorer des miettes dans l’arrière cuisine enseignante. D’où la tentative avortée de rompre avec son passé de fédération enseignante, de constituer une fédération fonction publique, voir une confédération pour pouvoir enfin s’asseoir à la table des grands. Ces tentatives ont toutes misérablement échoué. L’appareil a donc décidé de procéder autrement dans le même but. D’autant que l’accord représentativité qui conditionne la reconnaissance des syndicats, et donc les moyens à l’appareil de ces syndicats à un score minimale aux élections professionnelles est un accélérateur. Il s’agirait donc d’acter que (F.Rollet, dirigeante du SNES, dixit) : « L’autonomie a vécu », et qu’il s’agirait de négocier une place dans l’appareil CGT.
D’ailleurs une des fonctions de la manifestation nationale du 30 janvier, à laquelle appelle aussi la CGT éducation, est de servir de point d’appui à cette manœuvre.
Or, le récent congrès CGT a été marqué par une offensive sans précédent de l’appareil contre l’existence des fédérations, et des syndicats nationaux (cf. le précédent numéro de CPS). Le document « ad hoc » qui préparait ce congrès expliquait lui que les conventions collectives, les statuts nationaux (comme ceux de la Fonction Publique) doivent cesser d’être considérés comme des « forteresses ». Par ailleurs, Thibault a clairement indiqué qu’à la CGT « il n’y avait pas, il n’y aurait pas de tendances ».
Autrement dit, l’absorption de la FSU par la CGT serait une étape vers la destruction des syndicats nationaux, en faisant disparaître cet archaïsme que constitue pour les dirigeants le droit de tendance, reste de démocratie ouvrière désormais insupportable pour l’appareil dirigeant.
Il s’agit donc d’une entreprise totalement réactionnaire, d’une volonté d’adapter plus profondément encore les syndicats à la survie du capitalisme en crise et en aucun cas d’une étape vers la réunification syndicale. Le succès d’une telle entreprise serait en fait le parachèvement de ce que les dirigeants de l’actuelle FSU et de l’actuel SE UNSA ont réalisé il y a près de vingt ans à savoir la destruction de la FEN.
Naturellement, le congrès de la FSU ne peut que poser des jalons dans cette direction. L’affaire ne se fera pas en quelques semaines, comme le disent les dirigeants eux même. Car les résistances, y compris dans certains secteurs de l’appareil seront nombreuses.
Quel combat mener ?
Le combat en défense des syndicats – contre l’appareil dirigeant – est inséparable du combat pour que soit infligé un coup d’arrêt à l’offensive destructrice du gouvernement Sarkozy Fillon. Sur la réforme des lycées, tant qu’il existe une possibilité de mettre en échec le gouvernement, le terrain ne peut être abandonné. De manière pratique, cela signifie combattre pour que les directions syndicales – en premier lieu celle du SNES se prononcent pour le retrait pur et simple de la « réforme », rompent toute discussion avec le gouvernement, appelle les enseignants à boycotter les « journées banalisées » organisées par le ministre ; et qu’à partir de là ils organisent un véritable affrontement avec le gouvernement Sarkozy Fillon : pas une promenade à Paris, mais une vraie manifestation de toute la profession à laquelle serait conviée la jeunesse lycéenne au siège du pouvoir au moment où celui-ci peut être saisi ( donc évidemment en semaine avec appel à la grève).
Au moment où nous bouclons cet article, nul ne peut dire ce que sera la situation au moment où s’ouvrira le congrès national de la FSU. Mais il existe une certitude : l’offensive gouvernementale est sans fin.
Derrière la réforme des lycées, se profile la réforme du primaire avec les EPEP. Et pour tous les travailleurs, donc aussi le corps enseignant, la nouvelle contre réforme des retraites. Par leur bataille militante, les militants révolutionnaires ont conquis le droit d’intervenir à la tribune du congrès national de la FSU : le courant Front Unique, dans un contexte pourtant défavorable a même légèrement progressé. Au congrès de la FSU ses militants se saisiront de cette tribune pour mener au compte de tout le prolétariat le combat pour que les dirigeants syndicaux se prononcent pour la défense des acquis en matière de retraites : défense de l’âge légale de départ en retraite, défense du code des pensions. Ils combattront dans ce but pour que les dirigeants refusent de participer à la concertation annoncée par Sarkozy Fillon et quittent le COR (Conseil d’Orientation des Retraites). Ils combattront contre la destruction de la FSU. Ils contribueront ainsi au regroupement d’une force politique sur la ligne de la rupture avec la bourgeoisie et le gouvernement et par là même au combat pour la construction du Parti Ouvrier Révolutionnaire.