Enseignement public :
Le feu roulant du gouvernement ne connaît aucune trêve
Une nouvelle étape de l’offensive gouvernementale
Le bilan du gouvernement contre l’enseignement public depuis la victoire de Sarkozy en 2007 est particulièrement impressionnant : dans le primaire, mise en place de la réforme diminuant les horaires, instaurant l’aide personnalisée, mise en place du service minimum d’accueil portant un coup très sérieux au droit de grève des professeurs d’école ; dans les Lycées Professionnels, instauration du bac pro trois ans, réduisant d’un quart la formation des lycéens, et accompagné d’une entreprise de dislocation des programmes nationaux, de destruction des BEP ; dans l’enseignement supérieur, vote dès l’été 2007 de la LRU (Libertés et responsabilités des universités), disloquant le cadre national de l’enseignement supérieur, mettant en place l’université– entreprise, transformant les présidents d’université en patrons ayant la haute main sur les affectations, les suppressions de poste en particulier.
Durant les derniers mois, le palmarès du gouvernement s’est notablement enrichi. Il a réussi à liquider le statut des enseignants-chercheurs dont les services sont désormais individualisés et modulés. Il a dans la foulée fait un pas décisif vers la pulvérisation des organismes de recherche, en particulier le CNRS éclaté en « instituts » sans budget récurrent et étroitement soumis, à travers les « contrats d’objectif », aux exigences immédiates de profit et de rentabilité des trusts. Il a mis en place la contre-réforme de la formation des maîtres qui contient en germe la régionalisation des concours d’enseignement, la disparition de l’année de stage (et avec cela la suppression de milliers de postes), la disparition des IUFM.
Chatel, nouveau ministre de l’Education du gouvernement Sarkozy Fillon fait sa rentrée
La nomination de Chatel, ancien DRH du groupe L’Oréal, ancien compagnon de Madelin à Démocratie Libérale, comme ministre de l’Education après Darcos est en soi tout un programme. Il faut toute la veulerie d’un Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUIPP pour commencer par lui dresser un satisfecit pour sa « réactivité », son « ouverture au dialogue social » quand une de ses premières réactions a été d’annoncer que le gouvernement ferait systématiquement appel si les tribunaux administratifs cassaient les décisions de sanction contre les enseignants dits « désobéisseurs ».
Pendant l’été, il a notamment publié les décrets de mise en œuvre de la contre-réforme de la formation des maîtres, complétée ensuite par la circulaire précisant l’usage qui serait fait des étudiants en masters stagiaires. Durant les 108 heures que durent leurs stages, ils seront utilisés comme moyens de remplacement et d’enseignement dans les établissements, et pourront se voir confier un service complet d’enseignement durant une période pouvant aller jusqu’à 6 semaines.
Rappelons que ces stages sont royalement « gratifiés » de 3000 euros annuels maximum, soit 300 euros par mois. Rappelons aussi (voir plus bas) que c’est au nom de l’« élévation de qualification des enseignants » que représentait la réforme gouvernementale que la direction de la FSU, celle du SNES ont constamment refusé de se prononcer pour son retrait (voir plus bas). Mettre des milliers d’étudiants sans aucune formation pédagogique en service complet d’enseignement, voilà une admirable « amélioration de la qualification » des enseignants. Rappelons enfin que parmi les innombrables communiqués des directions syndicales faisant état des « reculs », « inflexions » du gouvernement, il y avait le prétendu engagement de Darcos de ne pas utiliser les stagiaires étudiants comme moyens de remplacement ! Mais ceux qui écrivaient ces communiqués ne pouvaient y croire eux-mêmes, Darcos n’ayant pas caché une seconde que c’est notamment par la réforme de la formation des maîtres qu’il avait pu réaliser la suppression des 13500 postes d’enseignants actés au budget 2009.
C’est aussi par la réforme-liquidation des LP, par la continuation de la contre-réforme du primaire, la liquidation progressive de l’enseignement spécialisé (suppression de 1500 postes de RASED), par l’offensive brutale contre la scolarité des enfants en maternelle à laquelle le gouvernement entend substituer les jardins d’éveil payants. Ainsi, Le Monde du 5 septembre nous apprend que « Nadine Morano a inauguré, jeudi 3 septembre, le premier jardin d’éveil à Caussade (Tarn-et-Garonne). Il coûtera, après crédit d’impôt, entre 42,5 et 178 euros par mois pour un accueil à plein temps. »
… et Sarkozy la sienne
Le discours sur la jeunesse d’Avignon, le 30 septembre, a été l’occasion pour Sarkozy d’avancer encore dans son objectif de soumettre l’enseignement public aux besoins du patronat, plus encore au mode de fonctionnement du Capital. Le plan Hirsch en a été une étape importante, en promouvant et développant largement l’apprentissage au détriment de l’enseignement professionnel public. Pour s’assurer (pour autant que la crise du capitalisme le permette) que les CFA et autres fassent le plein, le gouvernement a fait en sorte que des milliers de jeunes ne puissent trouver de place dans l’enseignement public en cette rentrée, conséquence des suppressions de poste mais aussi de la non-ouverture des sections de CAP, pourtant annoncées pour faire passer la réforme du bac pro. Dans le même temps, des jeunes sortant de troisième restent sur le carreau faute de place, le gouvernement autorise un statut dérogatoire d’apprenti, sous statut scolaire, à partir de 15 ans.
Sarkozy a utilisé le cas des « décrocheurs » scolaires pour avancer davantage ses pions. Sans aucun scrupule : comment s’étonner dans les conditions sociales qu’aggrave encore son gouvernement que « décrochage » il y ait ? Quand on rétablit le travail du dimanche pour les uns, qu’on jette les autres au chômage, pour ensuite condamner moralement les familles des décrocheurs ? Pis encore, Sarkozy entend s’en servir comme leviers contre l’enseignement public, contre la formation initiale. En ce sens il a annoncé la mise sur pied pour tous les jeunes d’un « livret de compétences » (livret ouvrier des jeunes issus du prolétariat ?) qui validerait les « compétences », donc autre chose que l’évaluation de l’instruction reçue.
Surtout, vieille revendication patronale, il a annoncé une offensive pour détruire le système d’orientation scolaire, au profit d’un système d’orientation hors éducation qui travaillerait avec les « missions locales » pour l’emploi, les CFA, au sein de « plate-formes régionales d’orientation ».
Et Sarkozy de donner ainsi cet éclairage sur ce que recouvrirait pour la jeunesse sa « réforme des lycées » dont il a tenu à préciser que « nous allons réformer de fond en comble le système d’orientation au lycée » et que « le mois prochain avec Luc Chatel, j’exposerai les contours de la réforme du lycée sur laquelle nous avons beaucoup travaillé »
Budget 2010 et contre réforme du lycée
Quant au budget 2010, Chatel a totalement confirmé la suppression de 16000 nouveaux postes. Et d’annoncer dans le même temps la mise en œuvre de la réforme des lycées dès la rentrée 2010. Que réforme des lycées et suppressions de poste aient été annoncées en même temps n’est pas fortuit. Car pour une large part, la seconde est le moyen de réaliser les premières. L’an dernier, l’adoption de la réforme de la formation des maîtres devait permettre d’économiser des milliers de postes. Cette année, outre la « montée en puissance » - comme on dit au ministère - de la réforme des Lycées Professionnels, la continuation de la déscolarisation en maternelle, la réforme des lycées doit permettre d’atteindre l’objectif des 16000 suppressions de poste.
Le projet de réforme des lycées, sur la base du rapport Descoings, ne diffère guère du projet que Darcos a été contraint de reporter l’an dernier. Quels en sont les axes ? Les établissements doivent être « autonomes », ce qui annonce la pulvérisation des horaires et programmes nationaux, tout comme des normes en matière de dédoublements de classe : les seuils de dédoublement deviendraient de simples « moyennes », par rapport auxquelles il pourrait y avoir des variations « concertées ». Ils doivent devenir des « lieux de vie » : c’est là la phraséologie habituelle depuis près de trente ans de tous ceux qui opposent la « vie » et la (forcément « mortelle ») acquisition du savoir. Cette phraséologie s’accompagne toujours d’une proposition de diminution massive des heures de cours. Enfin, il faudra bien (c’est un gros morceau pour le gouvernement) revoir les décrets de 50. L’enseignant devra faire bien d’autres choses que de l’enseignement disciplinaire : du « soutien personnalisé » - sur le modèle de la réforme du primaire, de l’orientation – en lieu et place des conseillers d’orientation – psychologues appelés à disparaître, du tutorat – puisque toute formation pédagogique doit disparaître avec la liquidation des IUFM et que des milliers d’étudiants en Master vont être mis devant les classes.
Par ailleurs, comme un certain nombre de ces tâches ne sont guère quantifiables, il reviendra au chef d’établissement de les apprécier individuellement pour chaque enseignant selon le modèle de l’individualisation des services dans l’Enseignement Supérieur.
C’est d’ailleurs en cela que consiste la fameuse « revalorisation ». Chatel a déclaré que « les enseignants étaient mal payés ». Lorsqu’il est interrogé sur la « revalorisation », voilà ce qu’il dit : « Elle sera significative et aura lieu d’abord en début de carrière ». Le propos n’engage à rien, et Chatel passe aussitôt à autre chose : « Mais ce n’est pas à mes yeux la seule forme de revalorisation du métier. Il faut aussi plus d’accompagnement des enseignants, et davantage de formation continue, non seulement pédagogique mais qui permette d’envisager d’autres perspectives, voire une deuxième carrière ». En clair, plus d’encadrement des enseignants pour en faire de zélés applicateurs des réformes. Et comme il n’est pas sûr que l’on puisse être devant une classe jusqu’à 67 ans, il faut préparer les enseignants à faire autre chose en fin d’une carrière considérablement allongée. Et enfin avec un parfait cynisme en direction des dirigeants syndicaux qui ont soutenu la « mastérisation » de la formation : « Par ailleurs, rallonger d’une année la formation initiale, comme nous le faisons à travers la « mastérisation » est un signe fort à destination des enseignants. ». Avec cela, vous voilà servis, messieurs et mesdames les dirigeants syndicaux !
Ces déclarations ont toutefois été suffisantes pour que ceux-ci s’en félicitent et demandent l’ouverture immédiate d’une négociation, voyant là la manifestation d’une nouvelle « inflexion » produit « des luttes » selon la phraséologie qui leur est propre.
Retour sur un an de luttes des classes dans l’enseignement
A faire l’énumération des coups déjà portés contre le corps enseignant ; à voir ce qui est au menu du gouvernement à cette rentrée, on est en droit de s’interroger. Comment de pareilles défaites ont-elles pu être concédées ? Et quelles leçons faut-il en tirer ? A cet égard, sans revenir dans le détail sur deux années de combat dans l’enseignement – dont l’analyse se retrouve dans les numéros de CPS depuis septembre 2007 –, il importe de revenir brièvement sur ce qui s’est passé l’an dernier.
D’abord pour évoquer le seul cas où le gouvernement a du reporter l’offensive : la réforme des lycées. Il faut rappeler que la direction du SNES, après s’être engagée profondément dans le soutien au gouvernement en signant les « seize points de convergence » avec le ministre en Juin 2008, a dû faire marche arrière en quittant la commission Gaudemar. Ce qui ne procède pas du miracle, mais de la pression exercée à partir des salles de professeurs dans des centaines d’établissements par les collègues. Toujours est-il que ce pas accompli dans le sens de la rupture était saisi par les enseignants dans la grève massive du 20 novembre, puis par les lycéens. Darcos a dû « reporter » la réforme. A peine avait il annoncé ce report, que les dirigeants syndicaux – qui, contraints à quitter la commission Gaudemar, n’avaient pas pour autant changé de nature ! – se portaient candidats à une nouvelle concertation.
La mobilisation lycéenne était le maillon d’une chaîne dont celle des enseignants du supérieur constituait un autre maillon. Alors que le gouvernement et Pécresse publiaient le projet de décret pulvérisant le statut d’enseignant – chercheur ; qu’ils intimaient ordre aux enseignants du supérieur d’établir les « maquettes » du master d’éducation qu’université par université les conseils d’administration devaient entériner ; la coordination des enseignants-chercheurs appelait à la grève générale des universités. Commençait alors la plus puissante mobilisation des enseignants du supérieur depuis mai 68. La direction du SNESup, dont il faut rappeler qu’elle était alors profondément engagée dans la coopération avec le gouvernement, en particulier sur la réforme de la formation des maîtres ( voir CPS 34), devait, contrainte et forcée, accepter le mot d’ordre de retrait de la réforme de la formation des maîtres. Plus encore, pendant plusieurs semaines à partir de début février, le SNESUp refusait de répondre aux invitations de Pécresse de venir négocier le nouveau statut. Mais les directions syndicales (celle de la FSU au premier rang) isolaient totalement les enseignants chercheurs en rejetant le mot d’ordre de retrait de la contre-réforme de la formation des maîtres, qui était la clef de l’unité des enseignants du supérieur, des autres enseignants, des étudiants. La direction de la FSU le faisait dans les plus grandes difficultés, ce mot d’ordre étant repris non seulement par les AG du supérieur mais même par de nombreuses instances syndicales. Elle le faisait en ayant recours à une véritable escroquerie politique lors d’un Conseil National de la FSU en opposant au mot d’ordre de « retrait de la réforme » celui de l’ « abandon de la réforme et de l’ouverture de négociations ».
Pour faire passer une telle escroquerie, il avait bien fallu dans le Conseil National de la FSU le soutien de toutes les forces politiques, en particulier le NPA et le POI à travers les tendances syndicales qu’ils dirigent. Soutien décisif puisque ce sont ces forces qui, après avoir porté un temps le mot d’ordre de retrait de la réforme, l’ont abandonné au moment décisif – seul le courant Front Unique maintenant ce mot d’ordre -, au moment où l’appareil en avait besoin.
A partir de là, et après que la même opération ait été réalisée dans le congrès national du SNES, la voie était libre pour que les dirigeants du SNES et de la FSU aillent discuter de sa mise en œuvre (dans tous les communiqués issus des réunions de concertation, après avoir discuté par le menu avec le ministère de toutes les mesures de la réforme gouvernementale, ils ne manquaient pas, de manière grotesque, de rappeler qu’ils étaient pour l’« abandon » de la réforme !). Les dirigeants du SNESUP eux-mêmes levaient le préalable du retrait du projet de décret sur les enseignants-chercheurs. La voie était libre pour le gouvernement. Le 23 avril, le décret ‘enseignants - chercheurs’ était adopté. Le 27 mai les décrets sur la formation des maîtres étaient soumis au CTPM où – cerise sur le gâteau pour le gouvernement - la délégation de la FSU s’abstenait ! Le 27 Juin, le Conseil d’Administration du CNRS votait le Contrat d’objectifs qui entérine la dislocation du CNRS.
Avec un résultat différent, c’est la même leçon dans les lycées et dans le supérieur. La coopération des dirigeants syndicaux aux réformes gouvernementales est une condition sine qua non pour que passent les contre-réformes. Les directions syndicales sont, au sein du mouvement des masses, les instruments indispensables au gouvernement, à la bourgeoisie pour faire passer ses réformes. Mais elles le sont dans une situation où à l’inverse les travailleurs tentent d’imposer à leurs syndicats d’être des instruments à leur service. Le résultat de cette lutte des classes n’est pas donné d’avance. La force du mouvement des masses peut imposer à un moment aux dirigeants syndicaux, qui chercheront à conserver leur propre position, de rompre avec le gouvernement. Mais parce que leur nature (de défenseurs de l’ordre bourgeois) n’est pas pour autant modifiée, cette rupture ne peut être que provisoire. La tâche historique du prolétariat sera bien d’expulser de la direction des syndicats les appareils bourgeois qui les dirigent.
Mais dans le mouvement du supérieur qui vient de se dérouler, ce sont les appareils au compte de la bourgeoisie qui ont réussi à faire refluer le mouvement des enseignants-chercheurs. Ce sont ces appareils et eux seuls qui portent la responsabilité de la défaite. Et cette défaite constitue l’arrière fond de la situation à cette rentrée dans l’enseignement.
Le combat contre le budget 2010 : une question centrale pour le corps enseignant
comme pour tout le prolétariat
Appuyé sur cette défaite, le gouvernement engage donc une nouvelle étape de sa violente offensive contre le corps enseignant et contre tous les travailleurs. Le lieu et le moment sont connus : l’Assemblée Nationale et la discussion parlementaire sur le vote du budget. Non seulement parce que ce budget comprend 16000 nouvelles suppressions de poste avec toutes les conséquences que cela implique. Par exemple dans le cadre de l’Agence Nationale de Remplacement, véritable boîte d’intérim que veut mettre en place le gouvernement, le gouvernement ne va-t-il pas jusqu’à préconiser que les titulaires remplaçants puissent faire des remplacements en dehors de leur académie, soit parfois à plusieurs centaines de kilomètres de leur établissement de rattachement !
Mais encore parce que les enseignants ne peuvent que mettre en relation cette décision avec le fait que ce budget gave littéralement les banquiers et leurs traders, les patrons et même la clientèle électorale petite bourgeoisie de l’UMP (voir la baisse de la TVA pour les restaurateurs). Ce budget ne peut à cet égard qu’inspirer la révolte ouverte devant le cynisme de classe qui a présidé à son élaboration (voir l’éditorial de ce bulletin). Il ne s’agit donc pas seulement de la défense des postes, mais du combat contre le gouvernement Sarkozy Fillon dont le caractère de représentant du capital financier se manifeste ici avec éclat. A bas le budget du gouvernement Sarkozy Fillon ! C’est là le mot d’ordre qui aujourd’hui peut rassembler en un seul mouvement toutes les corporations du prolétariat.
C’est bien dans le souci constant de protéger le gouvernement Sarkozy Fillon que les directions syndicales – en premier lieu celle de la FSU – veulent absolument éviter que l’affrontement se cristallise sur le budget. La direction de la FSU entend bien jouer ce rôle.
Le soutien à Sarkozy est à peine camouflé comme en témoigne cet « appel au président de la République » - cosigné par la direction de la FSU avec quelques autres - pour qu’il vote un de ces protocoles ronflants de l’ONU qui s’accommodent parfaitement de la barbarie impérialiste qu’ils ont vocation de couvrir du manteau d’une rhétorique ampoulée:
« Plus que jamais, la crise économique vient nous rappeler l'importance de protéger les droits économiques, sociaux et culturels pour que les plus pauvres et les plus vulnérables ne subissent pas les dommages collatéraux de la mondialisation économique et financière. A cette fin, nous pensons que le droit à la santé, le droit à un logement adéquat ou le droit à l'éducation doivent être opposables, et les victimes de violations de ces droits doivent avoir accès à un recours effectif au même titre que les victimes de torture ou d'arrestation arbitraire. Le 10 décembre 2008, lors du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, l'Assemblée générale de l'ONU adoptait le Protocole facultatif ( ndlr sic !) au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels qui permettra aux victimes de violations de ces droits d'avoir accès à un recours au niveau international. La communauté internationale rétablissait ainsi la vision unifiée des droits de l'Homme consacrée par la Déclaration universelle et écornée par l'histoire. Tout au long des négociations, la France a fait preuve d'un volontarisme remarqué et elle a soutenu la résolution de l'Assemblée générale. Il est temps désormais de passer de la parole aux actes. Le 24 septembre prochain à New York lors de la cérémonie de signature du Protocole, la France doit s'engager pour le respect universel de tous les droits de l'Homme en adhérant à cet instrument. La position de la France est attendue et doit être exemplaire.
Nous, responsables d'association de défense des droits de l'Homme, de syndicats et d'organisations de solidarité internationale, vous lançons un appel solennel pour que la France s'engage à signer et à ratifier dans les plus brefs délais le Protocole facultatif au PIDESC. »
Ainsi selon la direction de la FSU, La France – c’est-à-dire Sarkozy - a fait preuve d’un « volontarisme remarqué » dans la défense des « droits économiques, sociaux, et culturels » : propos de courtisans flattant de la manière la plus répugnante leurs maîtres !
Soutien à Sarkozy, et proposition de « dialogue constructif » sur le budget de son gouvernement. La déclaration de l’ensemble des fédérations de l’enseignement (à l’exception de FO), de la FCPE etc. en témoigne qui, après avoir énoncé une protestation de pure forme contre les 16000 suppressions de poste, évoque dans ces termes le budget :
« Les affirmations sur la nécessité d’investir dans l’Education et de réduire les inégalités doivent se traduire par des décisions en rupture avec les politiques menées ces dernières années.
Après deux années durant lesquelles l’Ecole a été brutalisée, il est temps de renouer un réel dialogue constructif avec l’ensemble de la communauté éducative pour une école qui assure la réussite de tous et connaisse une nouvelle vague de démocratisation. Cela signifie qu’il faut traiter de façon ambitieuse la préparation du budget 2010, la formation des enseignants, les remplacements, la place de l’école maternelle, primaire et du collège, les programmes et les pratiques, le rôle des associations complémentaires… »
Proposition de « dialogue constructif» sur le budget 2010 qui doit être « ambitieux » sur des thèmes qui, comme par hasard, recoupent tous les aspects de l’offensive gouvernementale
Une telle position heurte de plein fouet le sentiment de millions de travailleurs. Ce sentiment ne peut, comme en témoigne la tenue de plusieurs instances syndicales à la région, que trouver un écho plus ou moins déformé dans les organisations. Ainsi cette position de la CA du SNES de Clermont Ferrand en faveur d’ « une manifestation nationale centralisée la plus large possible par exemple au moment du budget » en se gardant certes d’en indiquer clairement le mot d’ordre : « A bas le budget Sarkozy Fillon » et la cible : l’Assemblée Nationale. C’est en tout cas le rôle des militants regroupés autour de notre bulletin de faire valoir par tous les moyens appropriés (prises de positions syndicales, textes signés dans les établissements) cette exigence en direction de la tête des organisations syndicales (voir compte-rendu des interventions militantes).
Non à la réforme Sarkozy- Fillon – Chatel du lycée. Aucune participation à la concertation !
Un tel combat pour le Front Unique contre le budget est inséparable de celui à mener sur tous les terrains pour la rupture des directions avec le gouvernement et son ministre Chatel. En premier lieu pour la réforme du lycée.
C’est une toute autre tonalité que laisse entendre la déclaration commune des fédérations de l’enseignement sus citée :
« Ainsi le processus de réforme du Lycée doit être relancé sans précipitation. Le calendrier fixé par le ministre est trop court pour construire la réforme ambitieuse que la communauté éducative attend, d’autant plus indispensable que la société est en crise. Alors que Luc Chatel affirme agir dans « un esprit de dialogue et de concertation » les organisations signataires de cet appel, lui demandent d’ouvrir dès la mi-septembre 4 chantiers de réflexion et de travail sur : L’accès et la réussite d’un plus grand nombre de jeunes au Lycée et l’orientation scolaire. Des contenus et des pratiques pour une nouvelle vague de démocratisation du lycée. Un lycée qui ne soit pas seulement un lieu d’étude mais qui soit aussi un véritable lieu de vie et d’apprentissage de la citoyenneté et de l’intégration. Une réforme qui permette à un maximum de jeunes d’accéder à l’enseignement supérieur et d’y réussir. »
On ne saurait mieux se situer, non seulement dans le cadre de la politique du gouvernement, mais jusqu’à l’accord avec les objectifs que celui-ci assigne à la réforme.
Les déclarations tant de la direction du SNES que de la FSU ne disent pas autre chose. Non seulement ils affirment leur disponibilité totale au « dialogue », mais encore ils prennent soin de lever dans ce dialogue tous les obstacles à l’offensive gouvernementale. D’abord par leur silence : invités à se prononcer sur le rapport Descoings, lequel se fixe très explicitement l’objectif de liquider les décrets de 50, la direction de la FSU, celle du SNES n’en disent mot. Qui ne dit rien consent.
Quant aux suppressions massives d’heures de cours qui sont dans les tuyaux, Aschiéri ouvre la porte au gouvernement : « Le temps de travail du lycéen, ses conditions d’apprentissage des savoirs, au lycée et en dehors du temps scolaire, doivent faire l’objet d’une étude beaucoup plus sérieuse que celles qui existent. »
Moyennant quoi le gouvernement n’est pas en peine de trouver des « études sérieuses » qui montrent que les lycéens ont trop d’heures de cours comme dans un autre domaine, il trouve des « études sérieuses » montrant que tel médicament qu’on veut dérembourser n’a pas d’efficacité thérapeutique !
Pourtant pour le gouvernement, comme pour les appareils syndicaux et particulièrement celui du SNES, rien n’est fait. D’abord parce qu’il y a l’expérience de l’an dernier et qu’il sera difficile de resservir aux enseignants, aux jeunes le même brouet sans qu’ils s’en rendent compte. Ensuite parce que la « réforme » se prépare en relation étroite avec la préparation du budget des 16000 suppressions de poste. C’est sans doute pourquoi la direction du SNES insiste tant pour que le calendrier soit un peu desserré. En tout cas, Aschieri lui-même doit essayer de parer à cette difficulté : « Si la FSU et ses syndicats estiment que les évolutions du lycée sont nécessaires, ils tiennent à souligner au préalable qu’une réforme des lycées ne doit être en aucun cas menée pour économiser des moyens mais bien pour favoriser la réussite des jeunes »(…) A cet égard le contexte des économies budgétaires et de la RGPP, les suppressions de poste à la rentrée 2009, comme celles prévues en 2010, ne peuvent qu’inquiéter, des engagements forts sur les moyens doivent être pris par le gouvernement. »
Mais précisément, Chatel a pris un « engagement fort » : celui de supprimer 16000 postes. Et si le mot « préalable » écrit par Aschiéri a un sens, il doit signifier à tout le moins que sans le « préalable » du rétablissement de tous les postes, aucune discussion n’est possible avec le ministre sur la réforme. C’est ce qu’indiquait ce secrétaire départemental de la FSU du Puy de Dôme qui se croyant obligé de se justifier d’avoir voté la motion Front Unique qui disait : « aucune discussion avec le ministre tant que le projet des 16000 suppressions de poste n’est pas annulé » indiquait en toute simplicité : « je ne comprends pas : on dit qu’on est contre les suppressions de poste ; on dit qu’on ne veut pas d’une réforme si elle s’accompagne de suppressions de poste. Alors peut-on aller discuter alors que Chatel maintient les suppressions ? ». Le combat contre la « réforme » des lycées, contre toute concertation sur elle, doit prendre appui sur cette évidence incontournable.
Renforcer le noyau militant combattant pour la construction du Parti Ouvrier Révolutionnaire
dans l’Enseignement
Ouvrir les perspectives de combat aux enseignants confrontés à l’offensive du gouvernement Sarkozy Fillon, contribuer à leur permettre de lever les obstacles dressés par la politique des appareils syndicaux en tirant toutes les leçons du passé, c’est là un objectif inséparable du combat pour la construction du Parti Ouvrier révolutionnaire dans l’enseignement. Dans le combat pour la construction d’un tel Parti, les enseignants comme fraction du prolétariat directement confrontée à la jeunesse à laquelle la survie du mode de production capitaliste ferme tout avenir ont un rôle important à jouer. Avancer dans cette voie, c’est ce que les militants regroupés autour du bulletin « Combattre pour le Socialisme » ont commencé à faire en rassemblant 185 syndiqués FSU sur la liste « Front Unique », qui sous des formes syndicales, mène ce combat dans les syndicats de l’enseignement, en particulier dans la FSU. C’est sur cette voie qu’il faut continuer.