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Editorial de C.P.S Nouvelle série n°34 (n°116) – 29 SEPTEMBRE 2008

La seule réponse face à « la pire crise depuis un siècle »:

Exproprier les capitalistes !

 

Mille milliards de dollars pour les spéculateurs, les « banksters », pour le capital financier ?!

Le 19 septembre, le gouvernement américain a annoncé un plan sans précédent dans l’histoire pour empêcher l’effondrement des marchés financiers.

Il se résume simplement : pour empêcher les grandes banques et autres institutions financières d’être emportées par leurs pertes accumulées depuis un an (chiffrées par le FMI à plus de 1000 milliards de dollars), le gouvernement rachèterait sur fonds publics ces « créances pourries », à hauteur, officiellement, de 700 milliards de dollars (le double voire le triple selon les spécialistes des « marchés »). Ainsi les piliers du capital financier verraient leurs comptes apurés des déchets de leurs orgies spéculatives, telle celle qui s’est déroulée sur le marché des matières premières avec comme conséquence des millions de personnes jetées dans la famine de par le monde, ou encore la gigantesque entreprise d’escroquerie connue sous le nom de « subprimes », ces prêts hypothécaires qui ont ruiné et fait perdre leur logement à des millions de familles du prolétariat américain.

Techniquement c’est en créant une structure publique chargée de racheter ces créances pourries aux banques que s’opérerait ce sauvetage d’urgence des grandes banques et de leurs profits. Ce type de structure de défaisance avait par exemple été crée en France pour régler la situation du Crédit Lyonnais (le C.D.R., qui avait repris les « mauvais actifs » de la banque, celle-ci ne gardant dans son capital propre que le reste pour pouvoir continuer à exister).

Ce plan dans sa version initiale (3 petites pages) s’apparente aussi à un coup de force, à donner les pleins pouvoirs au gouvernement américain pour voler au secours des brigands de Wall Street. L’hostilité sourde de la population laborieuse américaine, conjuguée au refus de principe de certains parlementaires américains de toute intervention étatique (« non-américaine », selon le chef de la délégation parlementaire républicaine), a amené le Congrès a rejeter un plan fortement amendé et détaillé, entraînant la plus grande baisse en points de l’histoire de Wall Street. Qu’à cela ne tienne : comme pour le « non » irlandais au traité de Lisbonne, un second vote est déjà organisé à l’heure où ces lignes sont écrites. Aussi scandaleux soient ce plan et ce coup de force, pour les travailleurs du monde entier, il répond directement aux exigences de la préservation du mode de production capitaliste.

Sauver les marchés d’un infarctus massif

Au printemps dernier, après le sauvetage en urgence de la banque Bear Stearns sur fonds public, « experts » appointés, au premier rangs desquels un certain Strauss-Kahn, « journalistes » aux ordres ou idiots patentés (telle Mme Lagarde) affirmaient que « le pire était passé ».  Au contraire : ainsi que nous l’affirmions dans notre précédent numéro, le répit n’était que provisoire. Dès juillet, la crise financière a ressurgi, plus virulente encore, au point d’atteindre début décembre les proportions d’un véritable cataclysme, Alan Greenspan, ancien président de la Réserve Fédérale américaine, a évoqué « la pire crise depuis un siècle ».

Malgré des interventions sans précédent des banques centrales sur les marchés (au total, près de 400 milliards de prêts d’urgence consentis sur la seule semaine du 15 septembre), malgré la prise en charge directe par l’Etat américain des deux organismes détenteurs de la majeure partie des crédits hypothécaires du pays (« Fanny Mae » et « Freddy Mac »), puis de la première compagnie d’assurance des Etat-Unis (AIG), les marchés financiers sont allés de convulsion en convulsion. Et ce sont les banques d’investissement de Wall Street, organes vitaux du coeur du capitalisme financier mondial, qui ont été touchées par la tourmente. Tandis que Merril Lynch (52 milliards de pertes cumulées) était rachetée par Bank of America, Lehman Brothers faisait faillite – la faillite la plus importante de l’histoire financière, suite à l’échec de ses pourparlers avec Barclays. Il n’est pas exclu que la banque centrale US ait laissé plonger Lehman Brothers … par manque de fonds ! En tout cas, c’est en urgence que 100 milliards de dollars ont été levés sur les marchés obligataires par le ministère des Finances américain pour refinancer la Fed. Il faut dire que, après les 45 milliards misés pour sauver Bear Stearns, les 263 milliards nécessaires pour payer les échéances du mois de septembre de la dette de Freddy Mac et Fanny Mae, et les 85 milliards investis dans le rachat par l’Etat de AIG, « les caisses de la fed se vident » constatait une dépêche AFP.

Washington Mutual, Wachovia… , la liste des faillites s’allonge et s’allongera sans cesse  à en croire le Pdg de la Bank of America qui pronostique que la moitié des banques américaines vont faire faillite.

L’autre place forte du grand capital, Londres, n’est pas épargnée : ainsi la banque HBOS rachetée en urgence par Lloyd’s, le gouvernement britannique suspendant à cette occasion ses propres lois sur la concurrence qui interdisaient un tel rachat. Et l’Europe voit aussi s’allonger une série de faillites qui a avait commencé avec Northern Rock, nationalisée par le gouvernement de Gordon Brown : Dexia, Fortis, pour ne citer que celles-ci ont aussi été emportées par la tourmente.

Depuis l’été 2007, de banque en compagnie d’assurance, des vaisseaux de plus en plus gros du circuit du capital financier ont sauté ou se sont bouchés. Malgré les interventions multiformes des gouvernements bourgeois, la crise boursière et financière a atteint un niveau de danger sans précédent depuis qu’elle a éclaté. Des places financières comme Moscou ont tout simplement été fermées temporairement. La capitalisation boursière d’institutions financières de premier plan a fondu (à commencer par les deux dernières banques d’investissement de Wall Street, Morgan Stanley et Goldman Sachs, mais aussi les Suisses d’UBS ou Natixis en France). Le thermomètre qu’est le taux de prêt interbancaire est monté à nouveau en flèche, signe irréfutable d’une confiance atteignant le degré zéro du capital financier en ses propres fleurons.

C’est dans ces conditions que le gouvernement Bush, piétinant ses « principes » libéraux, a décidé d’un remède de cheval pour éviter rien de moins qu’un infarctus massif d’un système financier au bord de l’apoplexie.

 « les Etats-Unis sont peut-être à quelques jours de l’effondrement de leur système financier »

Le jour même de l’annonce de ce plan « Paulson » (nom du ministre des Finances américain), le sénateur Cobb, qui préside la commission bancaire du Sénat US prophétisait : « les Etats-Unis sont peut-être à quelques jours de l’effondrement de leur système financier ». C’est parfaitement possible.

En effet, si, comme l’on sait, c’est la surproduction dans l’immobilier américain, entretenue grâce au subprimes, qui est à l’origine immédiate de la crise actuelle, le mal est étendu à l’ensemble du système financier (notamment via le système des CDS, credits defaut swaps qui relient les banques et les assurances entre elles comme les jetons d’un immense jeu de dominos).

Le plan Paulson s’apparente à une tentative pour combler un gigantesque tonneau des Danaïdes. Tout d’abord, les délais de sa mise en place, le temps requis pour sortir des bilans des banques leurs créances « toxiques » seront peut-être trop importants pour empêcher de nouvelles faillites retentissantes. C’est d’ailleurs dans cette perspective que, sans attendre, le gouvernement américain a proposé aux deux dernières banques d’investissements existant encore à Wall Street de passer sous sa tutelle.

Et puis comment distinguer, dans le magma de la Finance, les « bonnes » créances des mauvaises ? Même le Wall Street Journal doute que ce plan sauve les banques.

L’exemple du Japon est dans les esprits des cercles dirigeants des grands groupes capitalistes : la chute des cours de la bourse au début des années 90 y a entraîné une situation de crise bancaire permanente et plus de dix ans de plans de relance successifs par l’Etat japonais n’ont pas permis d’y remédier sérieusement – tout en portant la dette publique à un niveau ahurissant (160 % du PIB). Et le Japon n’occupe pas la place des Etats-Unis ! Ces derniers, et donc leurs banques, sont au centre même de l’économie mondiale telle qu’elle a été reconstituée depuis les lendemains de la seconde guerre mondiale autour de Washington, et du dollar.

Les Etats-Unis ont intégré en eux toutes les contradictions de l’économie mondiale, sont à la fois le déversoir des marchandises et le centre nerveux des capitaux du monde entier, place qu’expriment leurs déficits que tous les autres pays sont obligés de financer sous peine de voir s’effondrer ce pilier central de l’économie mondiale, emportant toutes les autres dans sa chute.

Enfin, dès octobre, les résultats des banques pour le troisième trimestre, marqué par les plus importants développements de la crise partout sur la planète, doivent être rendus publics. La tension, les dangers de krach dévastateurs, sont permanents, d’autant que dans une situation de crise financière, d’autres faillites peuvent intervenir à tout moment.

Le mal est incurable

Pour les travailleurs, la jeunesse, ces évènements sont source de rage, celle de voir des sommes colossales englouties pour sauver les grands groupes capitalistes, les multimillionnaires, les spéculateurs et autres golden boys, lesquels touchent même en ces circonstances leurs « parachutes dorés », ces maîtres arrogants du capital financier qui dictaient des taux de rentabilité exorbitants aux entreprises dont leurs fonds de pensions ont pris le contrôle.

« Ni rire ni pleurer, comprendre », disait Spinoza. Que révèle cette phase de crise, de krach ? Chacun le voit : la « valeur » des poutres maîtresses du capital financier peut s’évaporer en quelques jours, sinon quelques heures, pour être quasi réduite à néant : c’est du vent, privé duquel certains de ces groupes financiers ressemblent à des outres crevées.

Le vertige qui peut saisir à l’énoncé des sommes déversées par les banques centrales des principales puissances capitalistes n’est rien à côté de ce que révèle cette situation sur l’économie capitaliste mondiale dans son ensemble : les masses de « capitaux » au nom de la rentabilité desquels sont prises toutes les décisions politiques essentielles peuvent s’évanouir, disparaître en un instant. C’est du capital fictif.

Et qu’est-ce donc qu’un système qui lie son sort à une telle sorte de « capital », de richesse ? Un système pourri jusqu’à la moelle, un système failli, banqueroutier au regard de l’histoire.

D’où proviennent en effet ces masses de capitaux fictifs qui forment l’essentiel de la richesse des banques, lesquelles sont le cœur même du capitalisme, de son financement?

Des déséquilibres intenables accumulés au fil des décennies depuis la seconde guerre mondiale, au fur et à mesure que la tendance à la baisse du taux de profit se manifestait dans la production. Et du fait que, à chaque fois que cela s’esquissait, à chaque crise, les Etats bourgeois sont intervenus  de manière directe ou indirecte pour soutenir des économies chancelantes, en particulier en recourant aux stériles dépenses militaires qui fournissent un débouché indispensable aux industries concernées.

Ce parasitisme économique, où les dépenses engagées pour maintenir à flot le système dévorent sans cesse plus que ce que le système produit, a engendré des déficits budgétaires permanents, et donc une dette publique tendanciellement grandissante, qui est somme toute à l’origine de tout ce capital fictif. Avec la résurgence de la crise structurelle du capitalisme dans les années 70, toutes les limites ont été progressivement levées à la circulation des capitaux, au développement de cette sphère de la finance, à commencer par la suppression de la convertibilité du dollar en or en 1971.

En d’autres termes, ces masses de capitaux flottants, fictifs, spéculatifs, sont un produit direct non pas de « choix libéraux » comme le serinent les appareils syndicaux, mais de la nécessité vitale pour le Capital de développer la sphère du crédit jusqu’à l’hypertrophie actuelle, aussi nécessaire à son fonctionnement que le sont le militarisme et la destruction des acquis ouvriers les plus essentiels.

Et si cet incroyable échafaudage, cet empilement nourri par les émissions redoublées de crédit effectuées par les banques, s’effondrait,  il entraînerait avec lui l’économie capitaliste tout entière.

La « financiarisation de l’économie », dont les limites semblent proches d’être atteintes aujourd’hui, exprime donc le degré de putréfaction du mode de production capitaliste. Et indique donc avec force qu’il s’agit bien, pour les travailleurs de l’envoyer rejoindre à la poubelle de l’histoire feue les banques d’investissement de Wall Street et autres fonds de pension qui en sont devenues le symbole par excellence.


 « Le socialisme le plus malhonnête qui soit » (Wall Street Journal)


Dans un éditorial de juillet, où était défendue l’intervention de l’Etat américain pour sauver les deux géants du crédit hypothécaire, le Wall Street Journal se défendait auprès de ses lecteurs

“Nous ne sommes pas devenus socialistes. Mais le contribuable doit comprendre que Fannie et Freddie pratiquent déjà le socialisme, et le plus malhonnête qui soit. Leurs profits sont privatisés et leurs risques socialisés. Nous proposons une forme plus honnête de socialisme, avec une perspective de réforme de long terme. »

Le propos peut être élargi. Le « socialisme le plus malhonnête qui soit » est pratiqué sur tous les plans par les Etats bourgeois, lesquels prennent peu ou prou en charge aussi bien l’ouverture de débouchés artificiels (le budget militaire des Etats-Unis par exemple vient de rejoindre les niveaux de la seconde guerre mondiale), l’octroi de crédits aux banques et via celles-ci aux grandes entreprises, et même une partie plus ou moins grande du salaire ouvrier (ce à quoi correspondent par exemple les 30 milliards d’euros annuels d’exonération de « charges » en France).

Et la crise actuelle est le moment d’un véritable saut en avant dans l’intervention de l’Etat. Qui aurait pu dire que l’Etat américain deviendrait en quelques jours actionnaire ultra-majoritaire des groupes de crédit hypothécaire, ou du premier assureur du pays, qu’il prendrait sous sa tutelle les banques d’investissement et leurs fonds de pension ? Que c’est en Angleterre que l’on nationaliserait une banque comme Northern Rock (une nationalisation du même type vient aussi d’avoir lieu au Danemark) ? Sans oublier dans d’autres pays la création de fonds de pension dit « souverains » car pilotés directement … par les Etats (de la Norvège aux Emirats arabes en passant par la Chine).

D’un côté, cette intervention massive, ces nationalisations, ont comme effet d’intégrer au cœur même des Etats, à commencer par l’Etat fédéral américain, les charges les plus explosives qui soient. Ainsi la banque centrale US a échangé massivement ses titres de bons du Trésor contre des créances hypothécaires. La nationalisation de Fanny Mae et Freddy Mac a fait passer quant à elle la dette colossale de ces organismes (1 600 milliards de dollars) sur la dette publique, laquelle s’alourdira encore avec le plan Paulson – ainsi que le déficit budgétaire. On peut y ajouter que les 5 300 milliards de crédits hypothécaires détenus par Freddy Mac et Fanny Mae sont dorénavant des boulets à la charge de l’Etat fédéral.

Certes, la baisse des taux d’intérêts des bons du trésor, conséquence de la fuite des capitaux hors des marchés actions vers des titres plus solides, allège le poids des intérêts de la dette. Mais cette intégration des facteurs de la crise financière  au sein même de l’Etat américain est un facteur de crise  générale, laquelle pourrait se traduire en particulier par une chute plus brutale que jamais du dollar, vu l’émission record de titres libellés en cette monnaie. En tout état de cause, à moins d’un regain durable des marchés – mais vu les développements de la récession, ce n’est pas de loin l’hypothèse la plus vraisemblable, les élément constitutifs d’une immense vague d’inflation sont en place.

Mais de l’autre côté, cette intervention plus ouverte de l’Etat sur la scène politique et économique, si elle n’ouvre aucun avenir au mode de production capitaliste, puisqu’elle reste le « socialisme malhonnête » de la socialisation des pertes des capitalistes, indique sur quelle voie il est possible de lutter réellement contre la catastrophe qu’est cette crise : celle du « socialisme honnête », non pas comme l’entend le Wall Street Journal, mais celui qui a comme prémisse l’expropriation des grands groupes bancaires et de crédit.


Pour que les travailleurs ne paient pas la crise: nationaliser les grandes banques, sans indemnité ni rachat

La question décisive aujourd’hui pour les travailleurs s’énonce simplement : qui doit payer pour cette crise ? Mais ses implications sont immenses.

Les nationalisations avouées ou honteuses en cours actuellement visent à préserver les intérêts des barons de la bourse en leur fournissant un abri dans la tourmente, et font retomber le prix de cette crise sur les épaules de la population laborieuse qui devrait payer directement et aussi indirectement (par les coupes budgétaires) la crise du mode de production capitaliste.

A l’inverse, ce que les organisations ouvrières devraient exiger, et ce pour quoi il faut combattre, c’est :

Pas un sou pour les spéculateurs, les naufrageurs, les banqueroutiers du capital financier !

C’est à eux de payer : leurs comptes devraient être saisis, leurs avoirs gelés, ils doivent être tout simplement interdits, dans chaque pays, de poursuivre leur flibusterie financière.

Mais pour que le poids du cataclysme financier ne retombe pas sur les masses, et alors que tous les Etats capitalistes procèdent dans l’urgence à des nationalisations de banque en perdition en vue de sauver le Capital, il faut exiger :

Nationalisation sans indemnité ni rachat des grandes banques !

Dénonciation de la dette publique, produit de décennies de dépenses militaires et de cadeaux au patronat !

Annulation des baisses d’impôts consenties aux plus riches et aux grandes entreprises depuis des années !

 Les travailleurs du secteur financier ont d’ailleurs la possibilité, dans chaque pays, de jeter la lumière la plus crue sur la réalité de ces comptes, si les organisations syndicales les y appelaient à tenir des conférences des salariés chargées de vérifier de manière indépendante de l’Etat et du patronat la situation financière réelle des groupes bancaires et d’assurance. Car il est manifeste aux yeux de tous que toutes les « institutions financières » ont menti, triché, maquillé leurs comptes, et continuent :

A bas le secret bancaire !

Les défenseurs du capitalisme ne manqueront pas d’objecter que de telles mesures précipiteraient la ruine de ces banques et des marchés financiers. Mais celle-ci ne serait pas la ruine des couches populaires de la société, au contraire : l’expropriation de capital financier responsable de l’actuel désastre est la condition pour mettre le système de crédit au service des plus larges masses, d’utiliser les grandes banques et le système de crédit comme levier décisif d’une organisation rationnelle de l’économie, pour orienter la production et utiliser le crédit pour la satisfaction des besoins des masses populaires, comme par exemple la construction de logements neufs et de qualité, d’hôpitaux, le soutien à la recherche, l’innovation, au service du progrès social, ou encore pour annuler les dettes qui écrasent les ménages populaires.

L’expropriation du système de crédit, sa nationalisation dans le cadre d’un Etat qui ne serait plus celui qui soutien les prédateurs financiers mais un nouvel Etat construit par le prolétariat, serait ainsi une porte ouverte vers la socialisation des grands groupes industriels, sous contrôle ouvrier.

Cette orientation, aucun gouvernement à la solde des capitalistes ne la prendra, cela va de soi. Le prolétariat doit chercher à conquérir le pouvoir. Et voilà précisément pourquoi, face à la menace de ruine de toute la civilisation humaine, il faut construire dans ce mouvement de nouveaux partis ouvriers révolutionnaires.

Toute autre « solution » revient à faire retomber sur les masses le prix de la crise. C’est pourtant ce que prônent les dirigeants des vieilles organisations ouvrières incrustées dans la société bourgeoise et leurs satellites d’extrême gauche.  En réalité, tous prônent peu ou prou de vagues mesures de « régulation » qu’on ne peut en rien distinguer du discours tenu par Sarkozy à Toulon le 25 septembre, ou ce qu’ont déjà fait les institutions boursières en interdisant provisoirement par exemple les « ventes à découvert » hyper-spéculatives dans toute une série de pays. Mais qu’il s’agisse de « réguler » plus ou moins, ou de proposer (comme le « Forum Social Européen » de Malmö, assemblée continentales dirigée par les vieilles bureaucraties traîtres) des « taxes internationales » (d’après le compte-rendu qu’en fait  Le Monde), toutes ces « solutions » reviennent à poser comme principe la pérennité du capitalisme.

Et comme précisément c’est le pourrissement étendu du capitalisme qui est à l’origine du développement de la sphère financière monstrueuse que l’on voit aujourd’hui prises de convulsions, des restrictions sérieuses aux mouvements de capitaux, revenant sur les mesures prises depuis les années 80, signifieraient-  Le Monde du 23 septembre s’en alarme déjà – la faillite des fonds de pension lesquels brassent des milliards de dollars ainsi. Et donc d’autres faillites bancaires (tant il est vrai que les 30 premières banques mondiales sont à l’origine de 80% des flux financiers mondiaux). En quelque sorte, la « régulation » est à la Finance l’équivalent des sangsues des médecins de Molière.

Autres charlatans qu’il ne faudrait pas laisser dans une ombre complice : les futurs chefs du NPA, et en particulier les dirigeants LCR du courant Ecole Emancipée, lesquels écrivaient mi-septembre : « La révolution libérale des années 80 n’appelle pas une contre-révolution étatiste qui remettrait les commandes de l’économie aux mains du pouvoir central. Elle appelle une révolution démocratique qui refonderait la culture du bien commun et remettrait les commandes du pouvoir aux mains de tous les citoyens ».

« Bien commun », « citoyens », «et même « contre-révolution étatiste » tout le vocabulaire de ceux qui nient l’existence même de la lutte des classes est concentré pour repousser la seule issue positive : l’appropriation collective des moyens de production et d’échange au service du prolétariat, laquelle ne peut se réaliser de manière dispersée – ce qui signifierait le maintien de la concurrence et donc de la loi capitaliste du profit – mais par la conquête du pouvoir par les travailleurs, d’un gouvernement ouvrier révolutionnaire renversant le capitalisme et organisant de manière planifiée et démocratique l’économie.

Crise économique et combat pour le socialisme

D’ores et déjà, la crise financière et tout particulièrement la crise du crédit ont précipité un ralentissement net de la croissance mondiale, lequel était déjà en germe (ainsi que nous l’avons explique et annoncé dans le n°32 de  CPS). La plupart des pays capitalistes dominants sont déjà entrés en récession, dans un coup de frein économique simultané sans précédent depuis 1945.

Avec la récession, plusieurs fictions s’évaporent. La première est celle qui prétendait expliquer la crise par la hausse du pétrole. Celui-ci a vu son cours baisser, ce qui confirme que, ainsi que nous l’avions démontré, son envolée était spéculative. La seconde faisait des « pays émergents », la Chine et l’Inde, les relais à venir des grandes puissances impérialistes. Las ! Les bourses de Bombay et surtout de Shanghai ont lourdement chuté depuis des mois, illustration de la place toujours subordonnée de ces pays sur le marché mondial, tandis que le rétrécissement de leurs débouchés à l’exportation peut avoir des conséquences explosives. S’agissant de la Chine, L’expansion.com informait le 15 septembre :

« Plus grave, la Chine – véritable poumon du commerce mondial – suscite elle aussi l’inquiétude. Les marchés anticipent un tassement de la croissance chinoise en dessous de 8% l’an. Une contre-performance de taille pour le géant asiatique habitué à des rythmes de croissance à deux chiffres. Il faut dire que les dernières nouvelles sont plutôt mauvaises : le solde commercial chinois a contribué de manière négative à la croissance sur l’ensemble du premier semestre.

Parallèlement, le secteur de l’immobilier connaît un retournement spectaculaire. (…)L’excédent commercial de la Chine va se réduire, tout comme les profits de ses entreprises. »

Pour les travailleurs des pays capitalistes dominants, le prix de la crise risque d’être bien lourd s’ils ne trouvent pas les moyens d’empêcher les gouvernements bourgeois et les patrons d’y mener l’offensive que leur impose la crise. Il suffit de mesurer les annonces en matière de suppressions d’emploi. Dans la Finance, bien entendu : 300 000 sont prévues en deux ans aux Etats-Unis, 40 000 à la City rien que cette année. Selon le Pdg de la Bank of America, la moitié des banques américaines est menacée faillite. Mais dans les transports aériens, le Pdg de Quantas pronostiquait 100 000 emplois en moins cette année, tandis qu’Alitalia est menacé de faillite. Dans l’automobile, c’est Renault avec ses 5 000 suppressions d’emplois, et même le risque de faillite pesant sur General Motors. Dans l’informatique, c’est HP qui annonce 25 000 suppressions de postes. Les services publics ne sont pas épargnés : en Italie Berlusconi prévoit 85 000 suppressions de postes d’enseignants – en Californie c’est pas dizaines de milliers qu’ils sont licenciés. Quant à la construction, la situation en Espagne indique le désastre qui y couve : 500 000 chômeurs de plus tous secteurs compris, en six mois, et un million de plus annoncés pour l’an prochain !

La crise du logement, qui s’étend dans ce pays, ou en Grande-Bretagne, a atteint son paroxysme aux Etats-Unis : au total on y prévoit maintenant que 5 millions de foyers seraient frappés d’expulsion – et ils sont des milliers à vivre dans des villages de tentes comme des réfugiés de guerre.

Un des autres traits par lesquels la crise du capitalisme aggrave la situation des travailleurs, c’est l’inflation, laquelle pourrait prendre un tour plus aigu encore en cas de nouvel ébranlement de la masse du capital spéculatif, fictif : c’est déjà en cherchant à fuir la crise boursière qu’une partie de ce capital s’est emparée des prix des matières premières et les a fait flamber. Si depuis cet été cette vague a partiellement reflué, il n’en demeure pas moins que partout l’inflation se manifeste, avec un tour dramatique s’agissant des produits alimentaires de base, fruit de spéculations absolument criminelles qui jettent des millions d’hommes et de femmes dans la famine. Dans les pays du Maghreb par exemple, le prix de l’alimentation de base a augmenté des derniers mois de 20 à 30%.

Des revendications élémentaires, doivent être opposées à cette situation et imposées aux organisations syndicales.

- blocage des prix et des loyers

- rattrapage du pouvoir d’achat perdu et sa garantie par l’échelle mobile des salaires

- Plus aucune expulsion ! Mise à disposition des travailleurs et de leurs organisations syndicales des logements vides Ce n’est pas aux travailleurs de payer pour la crise des capitalistes !

Ces revendications immédiates ne prennent leur plein sens que dans la perspective d’en finir avec la loi capitaliste du profit, afin d’assurer le droit au travail par le partage du temps de travail sans flexibilité ni baisse des salaires, de résoudre la crise du logement par la mise en chantier des masses de logements de qualité qui sont nécessaires.

Toutes ces revendications aboutissent inéluctablement à poser la question du pouvoir. Dans des conditions politiques durcies par la crise, il s’agit de travailler à réunir les conditions politiques de l’affrontement victorieux avec des gouvernements bourgeois lesquels vont tenter de faire franchir un nouveau saut qualitatif à leur offensive contre les masses, de réunir les conditions politiques permettant aux travailleurs de poser leur candidature au pouvoir, en lien avec l’existence de leurs organisations. Ce qui signifie, en particulier, lutter avec plus de force que jamais contre l’association des directions des organisations syndicales ouvrières, enseignantes, ou étudiantes, à la machine gouvernementale d’un régime capitaliste qui entraîne la civilisation humaine à la ruine.

Au moment où la crise prépare les conditions d’un tournant politique, il faut affirmer que rien ne sera résolu positivement tant que de nouveaux partis et une Internationale combattant sur l’axe « on ne peut aller de l’avant si l’on craint d’aller au socialisme »  ne soient construits. C’est à la tâche vitale de leur construction que le Groupe presse les militants, travailleurs, jeunes, de s’atteler ensemble.

Le 29 septembre 2008

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