Article paru dans CPS n°32 du 28 mars 2008
"La bourgeoisie retourne à la religion comme le chien à sa vomissure" (Engels)
Offensive réactionnaire de Sarkozy contre la laïcité
Sarkozy s’inquiète du déclin de la religion ...
Selon les "annales de démographie historique" :
" Au lendemain de la dernière guerre, les populations européennes (...) se conformaient massivement aux grands rites religieux chrétiens marquant la vie : les enfants étaient baptisés, faisaient leur communion solennelle ou leur confirmation, les couples se mariaient religieusement (...). Les choses ont bien changé depuis. (...) Ces pratiques sont en baisse et continuent à diminuer, mais de façon très variable selon le pays et selon la confession."
Quelques chiffres : en France, en 1950, 78% des mariages étaient célébrés religieusement, en 2000 ils ne sont plus que 42%, respectivement 90% et 54% si on ne prend en compte que les non divorcés. En Allemagne le total des mariages catholiques et protestants passe de 45% en 1990 à 31% en 2000; aux Pays Bas de 1950 à 2000 les mariages catholiques passent de 57% à 13%, les mariages protestants étant ramenés à 2% en 2000. En Italie la baisse est plus récente mais de 1970 à 2000 on passe de 92% à 76%, sur la même période on a la même évolution en Espagne. De plus ces chiffres ne tiennent pas compte du nombre des couples non mariés qui s'est accru très sensiblement dans les vingt dernières années.
Le taux d'enfant baptisés est en régression sensible : en France, de 1970 à 2000, il passe de 74% à 51%. Mais le plus significatif est la baisse des vocations sacerdotales, selon une étude réalisée par l'évêque de Clermont le nombre d'ordinations annuelles à la prêtrise (en France) passe de 1000 en 1951 à moins de 200 en 1975 pour stagner ensuite. Fort judicieusement l'ecclésiastique met cette évolution en rapport avec celle du nombre de bacheliers qui, dans la même période passe de 30000 à 175000 soit un rapport de 5 à 1 dans le premier cas et de 1 à 5 dans le second! Même phénomène lorsqu'on compare l'évolution du nombre de filles dans l'enseignement supérieur et celui du nombre des "vocations" religieuses. Mais monseigneur ne va pas jusqu'à en conclure que plus la connaissance scientifique de la réalité du monde progresse moins il y a de place pour en vendre des représentations fantasmagoriques !
En Italie même, malgré le concordat et la propagande incessante pour l'Église dans tous les médias le Pape doit admettre "une crise difficile" qui frappe tous les ordres religieux une crise due, selon lui, à "une fatigue spirituelle et charismatique (...) une crise qui, dans certains cas, en arrive à être préoccupante". Un sondage fait état d'une baisse de 10%, en un an, des italiens ayant confiance dans l'église, ils ne seraient plus que 49,7%. Si en 2005, 57,8% se déclaraient pratiquants, seulement un sur cinq de ceux ci fréquentaient la messe soit à peine plus d'un italien sur dix. Même le très raffiné exercice de la confession tombe en désuétude, en baisse de 60% selon le Vatican, obligeant le Saint Siège à procéder à une remise à jour de la formation des prêtres qui pourront désormais accorder l'absolution aux homosexuels " dont les tendances ne sont pas enracinées, (mais seulement), après trois années sans récidive" ...
Alors pourquoi l'acharnement des gouvernements (notamment en France et en Italie) à sauver des institutions religieuses, principalement l'Église catholique, qui par leurs propres forces seraient condamnées à la marginalité?
En 1940 Trotsky (lettre à Burnham) écrivait :
"Dans la bourgeoisie instruite il y a pas mal de gens qui ont rompu individuellement avec la religion, mais ils gardent leur athéisme exclusivement pour leur consommation personnelle. Ils pensent en leur for intérieur et disent souvent en public qu'il est utile au peuple d'avoir une religion."
Instruction mise à part, ce portrait pourrait être celui du président Sarkozy, paladin moderne de la "laïcité ouverte", lequel ne fait pas mystère des motifs véritables de ses appels aux églises, en premier lieu à celle de Rome. Il confie ainsi au quotidien du Vatican "L'Osservatore romano":
" (...) La France profonde c'était la France des campagnes, il y a cinquante ans. Aujourd'hui la France profonde c'est celle des banlieues. Or les lieux de cultes sont dans les campagnes où il y moins de monde et les banlieues sont devenues des déserts cultuels. Ce n'est pas positif. Et donc j'avais imaginé des adaptations nécessaires pour la loi de 1905. Mais j'ai dit, on ne peut faire ces adaptations que dans le cadre d'un consensus. C'est autour de ce consensus que l'on pourra construire d'éventuelles évolutions.(...)
C'est justement parce que l'État est laïc qu'il est indépendant des religions, que le temporel et le spirituel sont séparés, qu'il est important que dans le débat des voix indépendantes spirituelles s'expriment. (...). Que l'Eglise ait un message particulier sur les plus pauvres, sur ceux qui n'ont rien, les immigrés (...) Mais si l'église ne l'avait pas qui l'aurait? (20 décembre 2007)
Un message pour les pauvres? Un message que le Très Haut ne pouvait confier qu'à un être élu à l'infaillibilité. En effet c'est fort d'une infaillibilité toute fraîche arrachée au concile par son prédécesseur Pie IX (1870) (prélat ultra conservateur qui professait une haine brutale du socialisme) que Léon XIII fixa avec l’encyclique "Rerum Novarum" la "doctrine sociale de l'église" (1891) ; un document dont tous ses successeurs se sont réclamés.
Le pape Ratzinger, l'infaillible en fonction, va même un peu plus loin en exaltant particulièrement la mémoire de Pie IX "l'indomptable et courageux" (et inventif puisqu'on lui doit aussi le dogme de l'immaculée conception ...).
... Car il a besoin de l’Eglise pour légitimer l’exploitation et l’oppression
On est à la fin du XIX° siècle, l'essor du capitalisme est impétueux, avec lui apparaissent les grandes concentrations ouvrières (sidérurgie, mines,...) le prolétariat prend conscience de lui même comme classe. En 1870 Il y a eu la commune de Paris un formidable avertissement pour la bourgeoisie; en dépit de la répression, dans les pays industrialisés, le développement des organisations ouvrières va de l'avant; si le régime de prédilection de l'Eglise est le féodalisme, elle doit constater que son époque est définitivement révolue; l'ennemi principal est le socialisme. Alors Léon XIII se décide à reconnaître la III° république (1890) et un an plus tard il publie l'encyclique qui marque le début d'une nouvelle croisade. Le "malin" n'est plus l'infidèle c'est l'ouvrier qui fait sien le combat pour en finir avec l'exploitation de l'homme par l'homme, l'ouvrier qui construit ses organisations de classe : partis et syndicats.
"En premier lieu, il faut que les lois publiques soient pour les propriétés privées une protection et une sauvegarde. Ce qui importe par dessus tout, au milieu de tant de cupidités et d'effervescence c'est de maintenir le peuple dans le devoir."(Rerum Novarum)
"Rerum Novarum" justifie aussi les opérations dites de maintien de l'ordre :
"Assurément les ouvriers qui veulent améliorer leur sort par un travail honnête sont la grande majorité. Mais il y en a aussi qui, imbus de fausses doctrines, mettent tout en oeuvre pour exciter des tumultes et entraîner les autres à la violence. Que l'autorité publique intervienne alors et que mettant un frein aux excitations des meneurs, elle assure les moeurs des ouvriers contre les artifices de la corruption et les légitimes propriétés contre les artifices de la rapine."
Tumultes et violence?
"Il n'est pas rare qu'un travail trop prolongé ou trop pénible ou un salaire réputé trop faible donnent lieu à ces chômages voulus et concertés qu'on appelle grèves. A cette plaie si commune et en même temps si dangereuse, il appartient aux pouvoirs publics de porter un remède car ces chômages entravent le commerce et nuisent aux intérêts généraux de la société, et comme ils dégénèrent facilement en violence et en tumulte, la tranquillité publique s'en trouve souvent compromise."
40 ans plus tard (1931) l'encyclique "Quadragesimo anno" (Pie XI) confirmera:
" Lorsqu'elle concilie le droit de propriété avec les exigences de l'intérêt général, l'autorité publique, loin de se montrer l'ennemi de ceux qui possèdent leur rend un bienveillant service. Elle empêche aussi la propriété privée, que dans sa providence le Créateur a institué pour l'utilité de la vie humaine, d'entraîner des maux intolérables et de préparer ainsi sa propre disparition".
En 1957 le pape Pie XII (celui qui nonce apostolique en Allemagne a signé le 20 juillet 1933 le concordat entre l'église catholique et Hitler) écrit l'encyclique "Divini redemptores" sur le communisme athée :
"Quant aux pauvres, tout en cherchant, selon les lois de la charité et de la justice à se pourvoir du nécessaire, ils doivent toujours rester eux aussi pauvres en esprit, plaçant dans leur estime les biens spirituels au dessus des jouissances terrestres. Qu'ils se souviennent qu'on ne réussira jamais à faire disparaître de ce monde les misères, les douleurs et les tribulations, qu'à cette loi personne n'échappe. Il faut donc à tous la patience, cette patience chrétienne qui réconforte le coeur par les promesses du bonheur éternel".
Quand Sarkozy se fait missionnaire
Sarkozy le 20 décembre, dans la basilique St Jean de Latran déclare:
"(...) Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent. "
(Ainsi donc, l'usage des jets et autres yachts privés de ses amis richissimes, la fréquentation frénétique des établissements les plus luxueux, la passion pour tout ce qui brille "souligneraient" l'aspiration du président à ... la transcendance, ndr).
" Si nous ne pouvons espérer plus que ce qui est accessible, ni plus que ce qu’on peut espérer des autorités politiques et économiques, notre vie se réduit à être privée d’espérance (quel aveu du néant que le capitalisme à offrir aujourd'hui pour tous ceux qui ne sont pas des proches du Medef, ndr) (..)".
"Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme (il est trop bon!). Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence." (la politique des gouvernements successifs de la 5ème République n’y étant, bien entendu, pour rien ! - Ndr)
Le président chanoine (son discours a été écrit par un dominicain) reprend, quasiment mot pour mot, le contenu de la lettre du pape Jean Paul II aux évêques de France du 12/02/2005:
"la crise des valeurs et le manque d'espérance que l'on constate en France, et plus largement en Occident, font partie de la crise d'identité que traversent les sociétés modernes actuelles... L'Eglise s'interroge sur une telle situation et souhaite que les valeurs religieuses, morales et spirituelles, qui font partie du patrimoine de la France, qui ont façonné son identité et qui ont forgé des générations de personnes depuis les premiers siècles du christianisme, ne tombent pas dans l'oubli (...)
(Puis le Pape s'adresse aux évêques pour qu'ils soient) très attentifs à la présence de l'Eglise dans des lieux où se posent les grandes et redoutables questions du sens de l'existence humaine spécialement dans le domaine hospitalier et dans le domaine éducatif pour lequel il a précisé qu'il revient à l'Etat de garantir aussi aux familles qui le souhaitent la possibilité de faire donner à leurs enfants la catéchèse dont ils ont besoin".
Pour en revenir à Sarkozy, ce dernier conclut :
"C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d’avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer."
"Faciliter la vie des grands courants spirituels" c'est l'exact contraire du respect de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
La promotion de l’obscurantisme religieux : une tradition contre-révolutionnaire
Un prédécesseur de Sarkozy, Adolphe Thiers, disait les choses encore plus franchement. Dans son" Histoire du consulat et de l'empire" il justifie le concordat entre Napoléon 1er et le Vatican :
"Dès lors, que peut on souhaiter de mieux à une société civilisée qu'une religion nationale, fondée sur les vrais sentiments du coeur humain, conforme aux règles d'une morale pure, consacrée par le temps, et qui, sans intolérance(sic) et sans persécution (resic), réunisse au pied d'un autel antique et respecté(...) On n'avait rien à inventer en 1800, cette croyance pure, morale, antique, existait : c'était la vieille religion du christ, ouvrage de Dieu suivant les uns, des hommes suivant les autres(sic), mais selon tous(resic), oeuvre profonde d'un réformateur sublime(...).
Quoi de plus indiqué, de plus nécessaire en 1800, que de relever cet autel de saint Louis, de Charlemagne et de Clovis, un instant renversé".
En 1801 Napoléon Bonaparte a signé le concordat qui met fin à la première séparation de l'église et de l'état du 3 ventose an III (1795)) dont le principe avait été formulé par Condorcet en 1786 en termes clairs:
"Puisque le culte est nécessairement le résultat des opinions religieuses sur lesquelles chaque homme ne peut avoir de juge légitime que sa propre conscience, il apparaît que les dépenses du culte doivent être faites volontairement par ceux qui croient les opinions par lesquelles le culte est fondé. »
A l' opposé de : "faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels".
Mais qu'est ce qui pousse Thiers à défendre des positions contradictoires à celles que la bourgeoisie avait développées contre l'Eglise cette puissance féodale de l'état féodal?
Dans les journées de juillet 1848 le prolétariat parisien, pour la première fois de son histoire, s'est soulevé non pas contre la monarchie dans un mouvement subordonné aux intérêts de la bourgeoisie, mais pour la défense de ses propres intérêts contre la bourgeoisie et son gouvernement. Et Thiers constate avec effroi :
" ... L'expérience nous a démontré que dans les ateliers nationaux c'étaient les ouvriers les plus instruits (...) les plus dangereux pour la paix publique (...) L'Université tombée dans les mains des phalanstériens, prétend enseigner à nos enfants un peu de mathématiques, de physique, de sciences naturelles et beaucoup de démagogie, je ne vois de salut que dans la liberté de l'enseignement (...) Cette puissante religion qu'on appelle christianisme exerce sur le monde une domination continue, et elle le doit entre autres motifs, à un avantage que seule elle possède entre les religions (...) c'est d'avoir donné un sens à la douleur... Assurément je ne veux pas faire pour cela de l'obscurantisme.
Lire, écrire, compter, voilà ce qu'il faut apprendre, quant au reste cela est superflu. Il faut bien se garder surtout d'aborder à l'école les doctrines sociales, qui doivent être imposées aux masses". " les instituteurs sont 37000 communistes et socialistes. Il n'y a qu'un seul remède il faut confier à l'église l'instruction primaire entièrement et sans réserves (...). Il ne faut pas instruire le pauvre (...) L'enfant qui a trop suivi l'école ne veut plus tenir la charrue (...) L'instruction est, selon moi, un commencement d'aisance ; l'aisance n'est pas réservée à tous". (débat sur l'élaboration de la loi Falloux)
On ne peut pas formuler plus clairement que c'est pour une collaboration au maintien de l'ordre social que la bourgeoisie retourne à la religion. On comprend que la question laïque, la séparation effective de l'église et de l'état n'est pas une question idéologique abstraite mais elle est directement un enjeu dans la lutte des classes.
C'est sous cet éclairage qu'il faut examiner le contenu des modifications à la loi de 1905 voulues par le président chanoine.
Le contenu des « évolutions » de la loi de 1905 voulues par Sarkozy, c’est celui d’un concordat implicite
L'article 2 de la loi de 1905 stipule :
" La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes(...)"
Or un communiqué de l'AFP du 20 janvier 2008 nous indique que Sarkozy n’a pas prêché dans le désert au Vatican:
" Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, chargée des Cultes, a donné le coup d'envoi d'un aménagement de la loi sur la laïcité de 1905, souhaité par le Président Nicolas Sarkozy, en le justifiant au nom de l'évolution de la société et d'une laïcité "tolérante".
" Depuis la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l'Etat, argumente la Ministre, "la société a changé" et "certaines modalités de la loi, qui créent des entraves à l'exercice des cultes, doivent être adaptées". (...)
L'autre point aménageable de la loi concernerait le statut respectif des associations cultuelles, leur habilité à recevoir des financements publics, leur statut fiscal,(...)."
le financement des associations cultuelles n'est rien d'autre qu'une forme de concordat car ce n'est certes pas la liberté d'expression des églises qui est en danger, c'est leur financement à cause de la désaffection croissante des cultes. Ce serait donc la mise à mort finale de la loi de 1905"
Une loi de 1905 qui n'était pourtant pas le renvoi pur et simple de la religion à la sphère privée puisque son article 2 contient aussi ce passage :
"Pourront toutefois être inscrites aux dits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons."
Ce n'est pas un détail. La révision de la loi de 1905 voulue par Sarkozy, si elle marquerait un saut qualitatif, n'est pas la première et en vérité il n'y a jamais eu renvoi de la religion à la sphère privée sous la république, de la III° à la V°, cette dernière étant congénitalement prédisposée au concordat avec le Vatican.
Bourgeoisie et Eglise : brèves séparations et réconciliations durables
Après la séparation (inachevée) de 1905 il ne faudra pas attendre longtemps pour que se réalisent les conditions d'une spectaculaire réconciliation sur les ... charniers de la première guerre mondiale. Le 1er août 1914 le gouvernement français décide la mobilisation générale. Le lendemain, le ministre de l’Intérieur Malvy, anticlérical en d’autres temps, suspend l’application de la loi de 1904 sur la fermeture des écoles congréganistes. Le 5 août, le journal "La Croix", organe de la hiérarchie catholique, répond à l’appel à l’Union sacrée du Président Poincaré : « Plus de vains débats entre nous. Plus de querelles irritantes. … On sent que l’union est voulue par Dieu pour la paix de la France. … À cette heure, il n’y a plus de partis. Il y a la France éternelle, la France pacifique et résolue.»
Le 1er Novembre 1914, dans une Lettre encyclique, le pape Benoît XV dénonce la guerre comme une conséquence du laïcisme (en des termes que Sarkozy reprendra lors du banquet du Crif le 13 février) :
« ... depuis que les préceptes et les règles de la sagesse chrétienne ... ont cessé de présider au gouvernement des États, ceux-ci ont commencé, ... à chanceler sur leurs bases. ... absence de bienveillance mutuelle dans les rapports des hommes entre eux ; mépris de l’autorité ; luttes injustes des différentes classes de citoyens ; appétit désordonné des biens périssables, comme s’il n’y en avait pas d’autres, supérieurs de beaucoup, proposés à l’activité humaine. (…) de là les forfaits atroces de ceux qui, faisant profession de ne reconnaître aucune loi, ne respectent ni les biens ni même la vie de leurs semblables.»
Un rapport de police de décembre 1916 se félicite du soutien apporté par l’Eglise au gouvernement (et à sa guerre) :
« l’autorité ecclésiastique s’applique en toute occasion à se faire l’auxiliaire du Gouvernement. »
Qu'y a -t-il à retrancher à ce qu'écrivaient en 1919 deux dirigeants du Parti Bolchevique d'URSS (Boukharine et Préobrajensky) dans l'ABC du communisme ? :
"Cette lutte (pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ndr) non plus ne fut poursuivie nulle part jusqu'au bout. C'est ainsi qu'en France tous les ministères bourgeois, durant une vingtaine d'années, promirent solennellement de dissoudre toutes les congrégations, de confisquer leurs biens, de leur interdire l'enseignement scolaire, etc... mais ils n'en finissent pas moins par une réconciliation et des compromissions avec le clergé catholique. Un exemple saisissant d'un compromis de ce genre entre l'état et l'Eglise fut donné récemment par M.Clemenceau qui fut en son temps un adversaire acharné de l'Eglise et qui finit par adresser un appel à la conciliation, à l'oubli de l'ancienne inimitié, décora solennellement les représentants du clergé catholique pour leur patriotisme. L'Etat et l'Eglise ont déjà conclu une entente et s'entraident mutuellement dans la lutte étrangère pour l'exploitation d'autres pays (dans la guerre avec l'Allemagne) comme dans la lutte à l'intérieur contre la classe ouvrière.
Cette réconciliation de la bourgeoisie avec l'Eglise se manifeste non seulement par le fait que la bourgeoisie fait table rase des anciennes devises de combat contre la religion et cesse de lutter contre elle. Il y a mieux. Elle devient elle-même toujours davantage une "classe croyante". Les arrières- grands péres des bourgeois contemporains de l'Europe étaient athées, libres penseurs, ennemis acharnés du clergé. Tout en restant athée, sans croire aux fictions religieuses et s'en moquant en cachette, la bourgeoisie contemporaine considère néanmoins comme nécessaire d'entretenir ces mensonges en guise de frein pour le peuple."
La « doctrine sociale » de l’Eglise contre le mouvement ouvrier
Mais le rôle de l'Eglise ne se borne pas à prêcher la résignation, la soumission et autres vertus conservatrices de l'ordre social ; avec "Rerum Novarum" est proposée une doctrine sociale qui vise à constituer une force organisée au sein même du prolétariat, force dont la construction s'appuie sur le réseau des paroisses et des associations (en particulier au sein de la jeunesse, constitution de la JOC en 1927). Objectif : la "pacification" de la lutte des classes par le corporatisme ; c'est- à -dire la collaboration de classes poussée jusqu'à son terme ultime : la disparition de toute forme d'organisation du prolétariat. Aujourd'hui, dans une période où la concertation des dirigeants syndicaux à l'élaboration des "réformes" bourgeoises est le principal obstacle à la défense des conquêtes ouvrières il est opportun de rendre à l'église ce qui lui revient.
"L'erreur capitale c'est de croire que les deux classes sont ennemies nées l'une de l'autre, comme si la nature avait armé les riches et les prolétaires pour qu'ils se combattent mutuellement dans un duel obstiné. C'est une aberration car ces deux classes sont destinées à s'unir harmonieusement dans un parfait équilibre. Elles ont un impérieux besoin l'une de l'autre car sans travail il ne peut y avoir de capital ni de travail sans capital. Pour dirimer ce conflit et couper ce mal dans sa racine les institutions chrétiennes possèdent une vertu admirable et multiple (Rerum Novarum )".
"Le corps social ne sera vraiment ordonné que si une véritable unité relie solidement entre eux tous les membres qui le constituent. Or ce principe d'union se trouve pour chaque profession dans la production de biens ou la prestation de services que vise l'activité combinée des patrons et des ouvriers qui la constituent et pour l'ensemble des professions dans le bien commun auquel elles doivent toutes tendre par la coordination de leurs efforts.
La politique sociale mettra tous ses soins à reconstituer les corps professionnels. Mais on ne saurait arriver à une guérison parfaite que si, à ces classes opposées on substitue des organismes bien constitués, des ordres ou des professions qui groupent les hommes non d'après la position qu'ils occupent sur le marché du travail mais d'après les différentes branches de l'activité sociale auxquelles ils se rattachent" (encyclique "Quadragesimo Anno", publiée en 1931 pour le quarantième anniversaire de la publication de Rerum Novarum).
Cette encyclique donne une définition nette du corporatisme c'est- à -dire la doctrine sur laquelle était fondée l'état fasciste de Mussolini. Mussolini qui avait signé avec Pie XI (11 février 1929) le concordat du Latran établissant la reconnaissance mutuelle de l'état italien et du Vatican. Trois jours plus tard, Pie XI l'appelle : "L'homme que la Providence nous à fait rencontrer".
Pie XI ne fait pas dans l'implicite "Quadragesimo Anno" bénit les « syndicats » instaurés par le pouvoir fasciste :
"Les corporations sont constituées par les représentants des syndicats ouvriers et patronaux d'une même profession ou d'un même métier et ainsi que de vrais et propre organes ou institutions d'état, dirigent et coordonnent l'activité des syndicats dans toutes les matières d'intérêt commun.
Grèves et lock out sont interdits. Si les parties ne peuvent se mettre d'accord, c'est l'autorité qui intervient.
Point n'est besoin de beaucoup de réflexion pour découvrir les avantages de l'institution si sommairement que nous l'ayons décrite : collaboration pacifique des classes, éviction de l'action et des organisations socialistes, influence modératrice d'une magistrature spéciale".
"Collaboration pacifique des classes"! Seule la Providence pouvait inspirer à l'infaillible Pie XI cette caractérisation d'un régime qui avait, depuis 1922, arrêté, emprisonné, déporté, assassiné des milliers et des milliers de syndicalistes ouvriers, de militants du PSi et du PCI.
Les champions du « devoir de mémoire » l'ont très courte (la mémoire) dès lors qu'il s'agit de l'Eglise et de l'opportunité que la Providence lui offrit d'afficher, en Italie d'abord, puis en Allemagne, en Espagne et tout au long de la deuxième guerre mondiale (par la suite en Amérique latine, notamment) ses vraies « valeurs ». Que retenir de plus significatif de l'action des princes de l'Eglise de Rome? L'encyclique mussolinienne, le soutien à Franco qui vient d'être spectaculairement renouvelé par la béatification par Ratzinger de la prêtraille qui lui était dévouée, ou bien encore ce cri du coeur du cardinal Gerlier, primat des Gaules, recevant le maréchal Pétain dans la basilique de Fourvières en 1940 : "Pétain c'est la France, la France c'est Pétain" ?
Ce qui devrait être enseigné aux jeunes dans le cadre des programmes nationaux d'histoire c'est qu'il n' y pas eu un assassin qui n'ait été béni par la sainte église dès lors qu'il portait l'uniforme d'une police fasciste ou d'une armée coloniale.
Aux sources de la Cinquième République, du gaullisme :
la doctrine sociale de l’Eglise, le corporatisme
Sans pudeur, c’est aujourd’hui sous le drapeau des « valeurs » de la 5ème République que se placent ceux qui prétendent s’opposer aux discours de propagande religieuse que Sarkozy a tenus au Vatican ou à Ryiad – devant les dirigeants d’un Etat qui, au nom de Dieu, sont sans égal en matière de négation des droits des femmes comme de ceux de la classe ouvrière.
Un récent appel intitulé "sauvegardons la laïcité de la république", signé de la CGT, la FSU, l'UNEF (et aussi le SGEN CFDT, le Grand Orient, la Libre Pensée , l'Observatoire chrétien de la laïcité...) s'ouvre par :
"(...) selon l'article 1° de la constitution, la France est une République indivisible, démocratique, laïque et sociale.(...)".
On pourrait se contenter de répondre qu'il faut une incroyable naïveté et surtout une bonne dose de canaillerie pour confondre quelques principes en exergue d'un texte institutionnel et la réalité de son contenu. D'autant que bien avant leur arrivée au pouvoir les gaullistes n'avaient pas fait mystère de la cause qu'ils entendaient défendre, qu'il s'agisse de la réorganisation de l'état ou de la doctrine sociale dont il devait être l'instrument. D'emblée le R.P.F de de Gaulle affichait qu'il n'était pas un parti bourgeois comme les autres, qu'il n'entendait pas prendre part aux affaires dans le cadre de la IV° république, et qu'il se préparait pour un changement de régime dans la tradition des partis bonapartistes qui se construisent au tour du culte d'un chef, providentiel, bien sur.
Les documents que nous citons ici sont tous extraits du numéro 17 de la revue "Espoir" la publication de l'institut du général De Gaulle parue en décembre 1976 sous le titre "La participation", sous titre "l'association capital travail". D'abord sur la prise du pouvoir :
" Il faut d'abord poser clairement la règle que notre action principale ne peut pas s'exercer sur ce plan. Le RPF , ce n'est pas, ce ne peut pas être le rassemblement autour des urnes, ni dans les assemblées du régime représentatif. Ce doit être le rassemblement contre un régime illégitime et pour une démocratie nouvelle. Ce qui, par définition ne peut se réaliser qu'en dehors des procédures du régime." (René Capitant, décembre 1952)
"En dehors des procédures du régime" donc, et pour quoi faire? D'emblée le RPF affirme vouloir disputer le terrain politique des usines aux organisations politiques et syndicales d'origine ouvrière. En juin 1947 il lance l'Action Ouvrière ( journal: " Rassemblement Ouvrier") dont la tendance "naturelle" est d’être un mouvement ultra réactionnaire de briseurs de grève. Le RPF fixe à L'Action Ouvrière de jeter les bases d'une doctrine sociale "originale" en harmonie avec son projet politique dont l'objectif est contenu dans cette autre partie du discours de R.Capitant déjà cité :
" Ayant à faire face au redressement économique du pays, De Gaulle a besoin d'un régime social nouveau et suffisamment populaire pour faire accepter aux travailleurs une productivité élevée (...) Dans l'immédiat le but principal de l'Association est de faire participer tous les producteurs au rendement collectif de l'entreprise". ("Rassemblement Ouvrier" d'avril 1948).
Productivité, rendement on ne peut plus clairement poser en principe que l'Association voulue par les gaullistes est celle des travailleurs à leur propre exploitation.
Comment cela? La recette est tout sauf originale puisqu'il s'agit de l'Association Capital-Travail défendue becs et crosses par l'église de Rome depuis 1891. Les gaullistes ne s'en cachent pas :
"(Le christianisme social) marquera profondément la plupart des positions du rassemblement(...) Outre Lacordaire, lammenais, Buchez, ou Albert de Mun les responsables du RPF, trouveront aussi dans les encycliques sociales un appui de l'église à leur thèse associationiste (...)
(…) de Gaulle fait (…) appel à l'homme - non pas en tant que sujet social, élément de classe mais en tant qu'être doué de raison et de coeur- pour établir une société fraternelle. Pari idéaliste, profondément pénétré d'esprit chrétien(...)." ("Rassemblement Ouvrier" du 14 mai 1949)
De Gaulle, à Lille le 29 juin 1947, précisait :
" C'est un fait enfin qu'il n'y a pas de rendement sans l'autorité, l'initiative des chefs d'entreprise et sans la productivité du travail. Il est donc clair que les conflits inspirés par la lutte des classes ne correspondent plus en rien aux réalités d'aujourd'hui et ne peuvent que nous mener tous à la ruine, à la misère et à la servitude".
Qu’est-ce alors que la « participation » ?
"Car la solution positive que nous proposons se situe exactement à l'opposé de la solution marxiste. Au lieu de supprimer la propriété privée nous voulons la généraliser. Au lieu d'exproprier le patron de sa propriété légitime, nous proposons de rendre à l'ouvrier la juste part de propriété dont il est injustement frustré.
Cette part de propriété vise non pas le capital, lequel appartient exclusivement aux épargnants qui l'ont souscrit ou prêté, et sur lequel l'ouvrier n'a aucun droit. Elle s'applique au produit de l'entreprise, qui doit appartenir aux travailleurs, dans la proportion exacte où il est le fruit de leur effort." (René Capitant novembre 1952).
Dans cette perspective, le rôle des organisations syndicales devrait devenir celui que leur assignait De Gaulle, dans un discours au vélodrome d’hiver, le 14 décembre 1948 :
" Je dis aux vrais syndicalistes : " Vous qui mettez au dessus de tout la promotion ouvrière et qui servez cette cause magnifique en dépit des déboires et des déceptions, voilà, croyez moi, votre route et votre lumière. Mais vous conviendrez que le syndicalisme ne saurait jouer un pareil rôle s'il ne prenait ce caractère et ne revêtait cette dignité d'être uniquement professionnel. Il faut donc, que de fond en comble il se lave de la politique"."
Le but est la fin du syndicalisme de classe, la fin de l'organisation de classe du prolétariat pour sa défense et son émancipation et la promotion du syndicalisme participatif dont la CFTC (qui décidera de devenir CFDT en 1964) était le prototype en France.
En 1958 sous le premier gouvernement présidé par De Gaulle le ministère du travail devient ministère du travail et de la participation, un "Conseil Économique et Social" est mis en place qui associe les représentants des syndicats, des organisations patronales et du gouvernement à la discussion des projets de loi, de décrets, et d'ordonnance proposés par le gouvernement sur les questions économiques. En 1959 c'est la première ordonnance sur l'intéressement puis en 1967 deux nouvelles ordonnances sur la participation.
La dernière tentative et la plus conséquente (ce sera la dernière sous la présidence de de Gaulle) ce sera le référendum de 1969 qui prévoyait la réforme du Sénat (fusionné avec le conseil économique et social) et la constitution des régions sur un modèle corporatiste ; selon De Gaulle le conseil régional aurait été composé à la fois de conseillers territoriaux élus au suffrage universel indirect et de représentants des activités économiques, sociales et culturelles. Il s'agissait ni plus ni moins d'associer les représentants des syndicats ouvriers à la mise en place d'un plan économique régional liant les organisations syndicales à la réalisation des objectifs du capital (ce qui s'ordonne aujourd'hui autour des bassins d'emploi).
A la suite de la CGT-FO, la FEN et la CGT prirent position pour le « non » au référendum, « non » qui fut majoritaire pour la première fois depuis 1958, c'est ainsi que finit l'aventure du général de Gaulle mais pas celle de la régionalisation ni du combat pour la cogestion vers le corporatisme.
Lois Debré, Guermeur, …la cinquième République n’est pas « laïque »
La Ve République n'est pas pour l’Eglise une fille ingrate, contrairement à ce que l'appel cité plus haut pourrait laisser entendre Sarkozy n'a pas crée un précédent en se rendant à Rome, avant lui de Gaulle et Chirac ont été fait chanoines à Saint Jean de Latran, de Gaulle qui en 1967 déclarait :
"L'Eglise est éternelle et la France ne mourra pas. L'essentiel, pour elle, est qu'elle reste fidèle à ce qu'elle est et par conséquent, fidèle à tous les liens qui l'unissent à notre Eglise". (Rome, 31 Mai 1967)
En 1996 Chirac, athée notoire, recevait le Pape jean Paul II en ces termes :
" Trés Saint-Père,...la France a la joie d'accueillir sur son sol l'héritier de Pierre, rassembleur du peuple chrétien et pasteur d'une église sans frontières. (...) Vous demeurez l'inlassable pélerin de l'absolu qui travaille pour la paix. (...) Ainsi la foi chrétienne devrait elle marquer de son empreinte nos comportements, nos structures, nos institutions éducatives, hospitalières et sociales, (...)"(Le Monde 20/09).
"Institutions éducatives" opportunément rappelées car si, aux dire de la Bible, "au début est le verbe" à la fin est le pognon et n'en déplaise à nos "laïques" très "ouverts" à la cinquième République, celle-ci a ouvert largement les robinets en direction des écoles privées confessionnelles.
Déjà sous la quatrième République, en 1951, le parlement avait voté la loi Marie étendant le régime des bourses aux élèves du secondaire du secteur privé, et la loi Barangé (MRP) élaborée conjointement avec un député gaulliste et un indépendant qui attribuait aux parents 3000 francs an par an et par enfant scolarisé dans l'enseignement primaire privé. Mais le saut qualitatif s'accomplit après l'arrivée au pouvoir de de Gaulle : en 1958, 11 congrégations demandent et obtiennent leur autorisation, ce n'est qu'un début, mais dès le 31 décembre 1959 la loi Debré stipule à l'article 4 :
" Les établissements d'enseignement privés du premier degré, du deuxième degré et technique peuvent, s'ils répondent à un besoin scolaire reconnu, demander à passer avec l'État un contrat d'association à l'enseignement public. (...) Les dépenses de fonctionnement des classes sous contrat sont prises en charge dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l'enseignement public".
Et à l'article 5 :
" Les établissements d'enseignement privés du premier degré peuvent passer avec l'État un contrat simple suivant lequel les maîtres agréés (salariés de droit privé ,ndr) reçoivent de l'État leur rémunération déterminée, notamment, en fonction de leurs diplômes et selon un barème fixé par décret. Ce régime est applicable à des établissements privés du second degré ou de l'enseignement technique, après avis du Comité national de conciliation.Le contrat simple porte sur une partie ou sur la totalité des classes des établissements. Il entraîne le contrôle pédagogique et le contrôle financier de l'État."
En 1977 la loi Guermeur renforce la loi Debré : les communes elles aussi sont sollicitées pour financer l'école privée et (entre autres) les enseignants du privé auront désormais les mêmes avantages de carrière que ceux du public. A noter que la commission parlementaire chargée de préparer la proposition de loi l'a adopté à l'unanimité (le PS se prononçant pour, les députés PCF s'abstenant). C'est un fait de première importance qui témoigne des ravages opérés dans les rangs des partis d'origine ouvrière par l'adhésion aux principes de la laïcité ouverte. Pour marquer la continuité des mesures prises depuis 1958, quelque soit le président, il faut encore évoquer la loi Rocard de 1984 qui institutionnalise le financement public de l'enseignement privé agricole, ou l’article 89 de la loi de décentralisation de 2004 qui en rajoute dans le tiroir-caisse du privé.
« Laïcité ouverte » : les dirigeants du mouvement ouvrier ouvrent grand les portes à … l’Eglise
Si le soutien de la bourgeoisie à l'église est, somme toute, dans la nature d'un intérêt commun au maintien des plus larges masses sous le joug de l'exploitation, il faut revenir dans le détail sur ce qui pourrait apparaître moins naturel c'est- à- dire le glissement des partis d'origine ouvrière vers des positions de plus en plus ouvertement favorables à l'église catholique.
Les partis staliniens se sont fait remarquer par leurs prédispositions précoces à "l'ouverture".
Le 26 octobre 1937 Maurice Thorez, secrétaire national du PCF, ose affirmer que l'encyclique "Rerum Novarum" dénonce l'oppression capitaliste dans les mêmes termes que le Manifeste communiste de Marx ! Au lendemain de la guerre son homologue italien, Palmiro Togliatti, se fait lui le champion de "la main tendue aux catholiques" en l'occurrence au parti de la Démocratie Chrétienne, fraction politique du Vatican autour duquel s'effectue la reconstruction de l' Etat bourgeois sur la péninsule.
La social-démocratie n'est pas à l'abri. Depuis les années 20, parallèlement au développement des organisations "laïques" de l'Église en direction des entreprises (CFTC,JOC) c'est à un véritable "entrisme" au sein des organisations du mouvement ouvrier que se livrent ces missionnaires de l'intérieur, organisé par des groupes tels que le « Sillon » de Marc Sangnier, figure fondatrice du MRP (devenu l'UDF mué en Mouvement Démocrate aujourd'hui). Dans un article du « Cercle du Sillon », son héritier, on se flatte "d'une immense influence politique" et si on fait état des relations privilégiés avec le gaullisme on insiste sur une large "ouverture" à "l'ensemble de l'échiquier politique" :
" Le MRP fut appelé le "parti de la fidélité" aux idées et à la personne du général De Gaulle (...) G.Pompidou,(...) fut associé au lancement de "l'Eveil des Peuples" de M.Sangnier. Ce jeune normalien était alors un socialiste combatif ! (...) F.Mitterrand (...) fut souvent accusé d'avoir été de droite , voire d'extrême droite dans la jeunesse ,(...) pour réfuter ces allégations il avait toujours une même réponse c'est (...) R.Lorrain , un sillonniste de la première heure , qui a exercé sur lui la plus grande influence morale et politique.(...) Mais l'esprit du sillon, et celui des fondateurs du MRP, se trouve sur tout l'échiquier politique(...) Au PS on a pu trouver des hommes comme Jacques Delors ou Robert Buron et au PC un Anicet le Pors qui fut ministre de Mitterrand."
Aujourd’hui, on retrouve dans le sillage de ce « sillon » une large partie de la direction du PS, ainsi un Rocard qui en appelait entre les deux tours des présidentielles à une alliance structurelle du PS avec le Modem, les héritiers politiques de la démocratie chrétienne.
Ce n'est pas un hasard si Rocard se porte en pointe du combat pour en finir avec l'existence du parti qui porte encore le nom de socialiste, Il a été le dirigeant du PSU à l'époque ou celui-ci était la fraction politique de la CFDT; il est entré au PS pour y être le champion de la "nouvelle gauche" celle qui se retrouve aujourd'hui sur la troisième voie que T.Blair a incarné en Grande Bretagne et Schroeder en Allemagne. S.Royal quant à elle a tracé son « sillon » dans les clubs témoins de Delors, autre démocrate-chrétien notoire.
Le combat pour faire disparaître toute trace d'organisation ouvrière et celui pour la "laïcité ouverte" rassemble les mêmes hommes. Un "'appel pour une laïcité ouverte" publié en décembre 2000 par Témoignage Chrétien manifeste à quel point c'est un terrain "d'ouverture" sans rivage à droite : "En cette fin d'année la France a mal à sa laïcité. Depuis plus d'un siècle, la République française en a fait une valeur essentielle de sa vie démocratique. Les différentes religions présentes sur notre territoire jouent un rôle déterminant pour la concorde nationale. (...) Nous souhaitons ardemment que la laïcité dont nous sommes porteur s(sic) s'enrichisse des apports spirituels et humanistes des religions diverses de ce pays. Cette indispensable ouverture (...) constitue une chance pour enrichir le débat politique qui manque parfois de souffle et de perspectives humaines à long terme."
Parmi les signataires, côte à côte, prêtres, pasteurs, évêques, un cardinal, Roselyne Bachelot, Michel Barnier, M.Camdessus (ex président du FMI), J.Delors, C.Evin député PS ancien ministre,C.Cheysson ancien ministre de F.Mitterrand, J.M Belorgey conseiller d'état ancien député PS, J.M Bockel, alors maire PS de Mulhouse, des responsables UDF, des députés et sénateurs RPR, le secrétaire de l'institut M.Sangnier. Un beau modèle d'ouverture qui conduira certains d'entre eux à se retrouver dans le gouvernement Sarkozy, un gouvernement qui ne manque pas de "souffle" pour assurer à la jeunesse et à la classe ouvrière "des perspectives humaines" radieuses...
Leur alliance dans ce gouvernement ultra réactionnaire illustre le contenu de la "concorde nationale" pour laquelle ils appellent les religions au secours. Ils se retrouvent pour promouvoir les réformes liquidatrices des conquêtes ouvrières : droit à l'enseignement, droit du travail, statut de la fonction publique, et dans un même mouvement pour faire disparaître les organisations ouvrières un processus déjà très avancé en Italie (cf. le numéro 30 de CPS qui a analysé les conséquences de la formation du Parti démocratique (PD) dirigé par Veltroni).
Le PD est censé unifier une tradition "laïque" et une autre "catholique sociale" ce que le ministre de l'intérieur de Prodi, G.Amato résume par :
" ça suffit les vieux clivages idéologiques. Laïques et catholiques doivent vivre ensemble dans un grand parti. L'effort de Veltroni va dans le bon sens, la complémentarité n'est pas le fruit d'une incertitude identitaire, mais le seul moyen de retrouver une responsabilité partagée et le bien commun entre croyants et non croyants. "
Un bien commun qu'incarnent à merveille les listes du PD pour les prochaines élections : on y trouvera aussi bien le patron de l'UIMM italienne que le seul survivant de l'incendie aux aciéries Thyssen Krupp (7 morts provoquées par le manquement délibéré de la direction aux règles de sécurité) et qu'un général qui a commandé au Kosovo, en Afghanistan et au Liban.
Le 'bien commun" s'appelle aussi "intérêt général" comme dans cette déclaration du ministre du trésor italien à propos de la tentative de vente d'Alitalia à Air France, qui prévoit 7000 suppressions d'emploi sur 18000 : " le Trésor souligne que les aspects d'intérêt général sont "adéquatement préservés""( Il Manifesto du 19 mars). C'est à cet intérêt général très particulier auquel la concertation invite les dirigeants syndicaux à se soumettre.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’Eglise se félicite de la disponibilité des partis issus du mouvement ouvrier à se rapprocher d'une position de soutien ouvert au système capitaliste. Le pape Jean XXIII, dans l'encyclique "Mater et magistra"(1961), note : "Ceci explique pourquoi des mouvements sociaux et politiques, qui se proposent de concilier dans la vie commune justice et liberté, hier encore nettement opposés à la propriété privée des moyens de production, aujourd'hui mieux instruits à la réalité sociale, reconsidèrent leur position et prennent à l'égard de ce droit une attitude substantiellement positive."
Contrairement à la légende construite autour de Jean XXIII ce rapprochement n'est pas le fruit d'un quelconque aggiornamento de l'Église pas plus sur les dogmes que sur la doctrine sociale de l'église. "Mater et magistra" se réclame de la continuité avec Léon XIII et précise : " Il faut tendre, en tout cas, à ce que l'entreprise devienne une communauté de personnes, dans les relations, les fonctions et les situations de tout son personnel."
Mais entre 1961 et 2007 il y a eu 1968 et toute une période dans laquelle se combinent des mouvements puissants du prolétariat et de la jeunesse ouvrant, dans les pays capitalistes sur des situations prérévolutionnaires (France, Italie) ou révolutionnaires (Portugal) et, en Tchécoslovaquie et en Pologne sur des tentatives de se débarrasser de la bureaucratie stalinienne pour réaliser la démocratie des conseils ouvriers. En Pologne, en prenant le contrôle du syndicat "Solidarnösc", L’Eglise va jouer un rôle décisif pour interdire au prolétariat de s'ouvrir une issue sur son propre terrain. Et aujourd’hui, dans la période de réaction ouverte par la restauration du capitalisme à laquelle elle a ainsi directement contribué, l’Eglise catholique joue un rôle toujours totalement réactionnaire.
... Une Eglise qui ne connaît aucun aggiornamento
Qu'il s'agisse de sa "doctrine sociale" ou de "l'éthique" dont elle se veut le bouclier, l'Eglise n'a pas varié d'un iota.
C'est sous le règne de Paul VI, en 1968, 3 ans après Vatican II qu'est publiée l'encyclique "Humanae vitae" interdisant formellement la contraception et l'avortement (K.Wojtyla a largement contribué à sa rédaction). Ce n'est pas qu'une façade: en 1970 l'assemblée législative italienne ayant reconnu la légitimité du divorce (la Démocratie chrétienne et le parti néo fasciste ont voté contre) le Vatican lance immédiatement la contre offensive, il tente de faire abroger la loi par voie référendaire il est battu à plate couture : 60% pour la loi. Il recommencera néanmoins en tentant de faire abroger la loi de libéralisation de l'avortement (loi 194 adoptée en mai 1978) par un référendum dans lequel il est à nouveau écrasé : 70% des voix pour la loi.
30 ans plus tard on n'est plus dans la situation qui faisait suite à 1968, situation marquée par de très puissantes mobilisations de la classe ouvrière sur la base desquelles ont été arrachés ces droits démocratiques; s'appuyant sur une situation politique où les forces liées au capitalisme sont à l'offensive et marquent des points, le Vatican relance son appareil mondial dans une vaste campagne contre la dépénalisation de l'avortement en premier lieu en Italie et en Espagne mais aussi en Amérique latine et partout où il peut avoir une influence sur les gouvernements.
En Italie, début janvier, le Vatican s'est saisi du moratoire sur la peine de mort voté par l'ONU pour lancer une opération "moratoire sur l'avortement" visant dans un premier temps à entraver l'application de la loi 194, puis à la faire abroger lorsque le contexte politique le permettrait. Aussitôt Veltroni déclare sa disponibilité au "dialogue" ! Mais survient un drame.
A Naples une jeune femme est contrainte à choisir un avortement thérapeutique. Alors qu'elle est à peine réveillée, des policiers font irruption dans sa chambre d'hôpital et l'interrogent, intervenant suite à une dénonciation anonyme. Ils devront reconnaître qu'il n' y avait aucun motif légal à cette intervention.Mais cela révèle le climat que la campagne cléricale est en train de créer ; immédiatement s'organise une protestation essentiellement portée par des associations féministes. Si dans plusieurs villes la CGIL apporte son appui, aucun des partis issus du mouvement ouvrier ayant une représentation au parlement n'y participe. A Rome la manifestation enfonce le barrage de la police, deux manifestantes sont arrêtées mais presque aussitôt relâchées car à l'évidence il y a risque d'un embrasement beaucoup plus large. Veltroni déclare alors que la loi 194 "doit être défendue" mais il exprime son accord avec le Vatican et Berlusconi qui demandent que les questions "éthiques" soient laissées en dehors de la campagne électorale !
En France l'offensive est plus discrète mais il faudrait être aveugle pour ne pas rapprocher la décision de la cour de cassation faisant droit à la demande de parents de donner un état civil à des enfants morts nés : " l'établissement d'un acte d'enfant sans vie (n'est pas subordonné) ni au poids du foetus ni à la durée de le grossesse" et l'intervention de Monseigneur Vingt Trois archevêque de Paris, récemment promu cardinal par Ratzinger qui, devant l'assemblée des évêques de France demande "un statut pour l'embryon". Une information sur laquelle la presse française a été remarquablement discrète (Le Monde, très proche de l'Église, ne l'a pas publié) alors qu'elle s'inscrit dans une démarche pour la remise en cause du droit à l'interruption de grossesse. Ce que le monseigneur a indirectement confirmé puisque après avoir affirmé qu'il ne voulait pas faire allusion à l'avortement il a souligné : "en France, l'avortement n'est pas légal, mais il est seulement dépénalisé". La différence entre le discours de l'église en France (feutré) et en Italie (brutal) est purement opportuniste selon une règle de l'Eglise énoncée par le cardinal Ottaviani (qui a couronné Paul VI) :
" On nous objecte : vous soutenez deux critères selon que cela vous est commode. En pays catholique , vous soutenez l'idée de l'état confessionnel avec le devoir de protection exclusive de la religion catholique. Là où vous êtes minoritaire vous réclamez le droit à la parité des cultes. Et bien, il faut précisément user de deux poids et de deux mesures, l'un pour la vérité, l'autre pour l'erreur.
Les Eglises unies … contre l’émancipation de l’humanité
Si dans le cadre de cet article nous nous sommes concentrés sur l’Eglise catholique eu égard à sa place déterminante en Europe, il est bon de rappeler que ses consoeurs es religion ne lui cèdent en rien en matière d’obscurantisme. Ainsi :
"Selon l'archevêque de Canterbury, Robin Williams, chef de l'église anglicane il est "inévitable" que le Royaume Uni adopte des "parties de la Sharia" c'est- à -dire de la loi islamique à l'intérieur de son propre systéme législatif. Il faut prendre acte, a-t-il dit "que certains de nos concitoyens ne se reconnaissent pas pleinement dans le système légal britannique" et agir en conséquence pour venir à la rencontre de leurs habitudes sociales, religieuses, culturelles. Adopter des parties de la loi islamique augmenterait la cohésion sociale (...) les musulmans selon R Williams pourraient, par exemple choisir de régler leurs différents conjugaux ou financiers devant un tribunal islamique." (La Repubblica" du 8 février 2008).
En 2008 ! A Londres ! Cela se passe de commentaire. Et ce communiqué de l'AFP du 2 mars 2008 :
"Le patriarche orthodoxe russe Alexis II a appelé dimanche ses compatriotes à voter à la présidentielle et à "remercier" le président sortant Vladimir Poutine pour avoir "servi avec dévouement la Russie", espérant que son successeur continuerait sa politique.
"Il est très important que tout le monde participe aujourd'hui à l'élection et remplisse son devoir de citoyen, car l'avenir de la Russie dépend de la contribution de chacun", a affirmé le patriarche, cité par l'agence Interfax, après avoir mis son bulletin de vote dans une urne ambulante transportée jusqu'à sa résidence à Moscou.
(…) L'Eglise orthodoxe de Russie entretient de bonnes relations avec le Kremlin. Le président Poutine, qui se dit croyant, a toujours assisté aux services religieux à l'occasion des principales fêtes orthodoxes, la Pâque russe et Noël."
Aux Etats-Unis, d'après "le Monde" du 27/12/2007:
"Dieu domine le débat présidentiel américain". Dans l'article on lit : "Au coeur du débat entre les candidats républicains figure non pas le retrait d’Irak, mais la querelle entre mormons et évangéliques sur la réincarnation du christ. Tous sont persuadés qu'elle aura lieu, mais où? (...) Les démocrates se montrent moins versés sur le dogme mais se montrent assidûment à l'église(...) Le chroniqueur du "Washington Post" Charles Krauthammer, pourtant un partisan du président G.Bush a déclaré souffrir d'une "surdose de piété publique".(...) le 29 novembre, un habitant du Texas a demandé aux candidats s'ils croyaient tout ce qui est écrit dans la Bible."La réponse que vous nous fournirez nous renseignera tout ce que nous avons besoin de savoir à votre sujet"."
Aux Etats Unis les enseignants qui prétendent enseigner l'évolutionnisme peuvent se voir inquiétés par des associations créationnistes, deux siècles après Darwin! et cela dans le pays capitaliste le plus puissant !
Il ne sera pas nécessaire de faire beaucoup d’efforts pour convaincre nos lecteurs du caractère réactionnaire des divers gouvernements se réclamant de l’islam, depuis les wahhabites de l’Arabie Saoudite déjà mentionnés dans cet article, desquels émane le courant d’Ousama Ben Laden, aux chiites au pouvoir en Iran en passant par les variétés de sunnisme qui partout mènent au pouvoir sous des formes différentes selon les rapports entre les classes une politique anti-ouvrière dictatoriale appuyée sur le clergé, dont les femmes font particulièrement les frais. Il faut ajouter que c’est précisément sur la base de la capitulation totale des dirigeants du mouvement ouvrier devant la domination du capital que peuvent prospérer des mouvements intégristes, récupérant à leur compte le désespoir engendré dans la jeunesse, notamment, par les conséquences du pourrissement du mode de production capitaliste.
Mais il faut noter que Sarkozy, en impulsant la création du Conseil Français du Culte Musulman où cohabitent l'UOIF (proche des frères musulmans) et les imams appointés par le Maroc ou l'Algérie, entend promouvoir aussi ces variantes réactionnaires du cléricalisme.
Quant au Crijf (conseil représentatif des institutions juives de France), devant lequel Sarozy osa le discours où il affirmait que c’est « l’absence de dieu » qui fut responsable des drames du XXe siècle, chacun constate qu’il est une machine à soutenir l’Etat raciste, clérical et colonial qu’est Israël, avec les Sarkozy et Bush.
Le combat contre la religion, une nécessité politique
En 1843, Marx concluait sa Critique de la philosophie du droit de Hegel ainsi :
"( ... )La misère religieuse est, d'une part, l'expression de la misère réelle, et, d'autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'elle est l'esprit d'une époque sans esprit. C'est l'opium du peuple.
Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu'il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation, c'est exiger qu'il soit renoncé a une situation qui a besoin d'illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l'auréole.(...)"
Au nom de quoi faudrait il renoncer à combattre la religion et à exiger qu'elle soit renvoyée à la sphère privée?
Mener ce combat signifie bien sûr exiger des partis d'origine ouvrière et des syndicats CGT, FO, FSU qu'ils se prononcent pour que les églises ne reçoivent aucune aide, sous aucune forme, de l'Etat et par conséquent qu'ils défendent le mot d'ordre : une seule école l'école publique.
Par rapport à l'offensive de Sarkozy sur la loi de 1905 nous disons : aucune subvention aux associations cultuelles ni au plan national ni au plan local. Pas un centime d’argent public pour la construction des lieux de culte.
A l'évidence ni le PS et le PCF, ni les dirigeants des syndicats ne sont sur cette orientation, elle doit leur être imposée, tout comme le combat pour la rupture de la concertation.
Mais si c’est sur cet axe que l’offensive actuelle de Sarkozy peut être déjouée, en finir avec l’obscurantisme religieux ne pourra se faire autrement qu’en construisant un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d'une Internationale révolutionnaire sur l’axe de la prise du pouvoir pour la prise du pouvoir par le prolétariat, qui seule peut détruire la base matérielle de la religion, des Eglises : le mode de production capitaliste qui les nourrit comme ses chiens de garde. En liquidant l’oppression, l’abrutissement sous toutes ses formes, la révolution socialiste libérera aussi l’humanité de la misère spirituelle, lui permettra de s’émanciper de toute religion.
Le 18 mars 2008
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