Éditorial du
bulletin « Combattre pour le socialisme » n°70 (n°152 ancienne série)
- 27 septembre 2018 :
Après que les dirigeants
syndicaux ont méthodiquement organisé la double défaite des travailleurs et des
jeunes, sur le statut des cheminots et la sélection à l’université,
l’association des directions syndicales à la liquidation de toutes les
conquêtes ouvrières – retraites, Sécurité sociale, statut de la Fonction
publique, etc. – via le « dialogue social » connaît une nouvelle
impulsion.
Le statut des cheminots
détruit : les directions syndicales, en premier lieu celle de la CGT,
ont méthodiquement, cyniquement organisé la défaite
La
défaite des cheminots, la liquidation de leur statut, représente en même temps
une défaite d’importance pour tout le prolétariat. Elle se double de la défaite
de la jeunesse sur la sélection à l’université, là où jusqu’à présent, en 68
comme en 86, les gouvernements bourgeois avaient échoué. Sur cette dernière,
nous renvoyons à l’article dans ce numéro consacré à la jeunesse et
l’enseignement. Cette double défaite marque toute la situation politique en
cette rentrée.
La
réception par Macron des dirigeants syndicaux le 17 juillet indique que pour
lui comme pour eux, la voie est désormais dégagée pour mener à bien et à un
train d’enfer l’ensemble des contre-réformes (en premier lieu celle des
retraites et de la Fonction publique) programmée par le gouvernement. Le
caillou dans la chaussure que représentait le potentiel de combat de la
corporation cheminote a été extrait, les cheminots brisés. Pour le gouvernement
comme pour les appareils, l’heure est au soulagement. Lorsque Libération du même jour commente :
« les huit principaux leaders syndicaux et patronaux ont salué le
changement de ton du président de la République », il faut
traduire : la crainte du débordement à la SNCF étant passée, c’est en
quelque sorte de manière détendue, que plus ouvertement encore qu’hier, la
collaboration entre le gouvernement et les appareils peut se donner libre
cours.
Il
n’est qu’une manière de faire en sorte que la facture de la défaite soit la
moins lourde possible pour la classe ouvrière. Cela consiste, après en avoir
établi la réalité sans barguigner, d’en dégager clairement les causes, de
permettre à une avant-garde d’en dégager les leçons, de l’éclairer pour les combats
à venir. Pour le faire, il faut revenir à chaque étape sur les positions prises
par l’appareil de la CGT suivi peu ou prou par les autres directions
syndicales.
Le
15 février,
est publié le rapport Spinetta : il contient la fin du recrutement sur statut
et la privatisation de la SNCF (sa transformation en société anonyme).
Au nom
du gouvernement, la ministre des Transports organise la concertation qui débute
le 19 février. Le cadre est clairement donné par le gouvernement. Ne sont
« négociables » ni la fin du recrutement sous statut ni la
transformation de la SNCF en société anonyme. Déclaration de la direction
CGT : « C’est donc avec conviction et détermination que la
Fédération CGT des cheminots abordera les rencontres prévues avec le ministère
dans les jours et semaines à venir ».
Le 15 mars, les dirigeants syndicaux
se réunissent : ils adoptent en commun une plateforme en 8 points. Dans
ces 8 points, pas trace de la défense du statut. En même temps qu’unanimement
ils participent à la concertation telle que bordée par le gouvernement
(celui-ci, bon prince, finira aussi par y associer FO un temps écarté car
syndicat « non représentatif »), ils adoptent un « mode d’action
innovant » : la grève perlée, 2 jours sur 5. Celle-ci est programmée
à compter du 3 avril, avec une dernière séquence prévue le 28 juin. SUD-Rail
l’adopte en se laissant la possibilité de proposer « la
reconduction » dans les assemblées générales. En réalité, d’assemblées
générales méritant cette appellation, il n’y en aura pas, et de vote de
« reconduction » moins encore. La reconduction disloquée dépôt par
dépôt, il est clair que les cheminots qui ont déjà donné en 2016 n’en veulent
pas !
Le 22 mars, jour de la « journée d’action » Fonction
publique, les cheminots sont appelés à une manifestation nationale, sans appel
à la grève. Toutefois, malgré la consigne de l’appareil CGT, une proportion
très significative de cheminots se saisissant du préavis déposé par SUD et
l’UNSA fait grève. L’appareil de la CGT retrouve les accents de Thorez à la
Libération pour dénoncer, modifiant à peine le vocabulaire, la grève comme
« arme des trusts » (formule de Thorez à l’époque) :
« Face à une manifestation nationale unitaire
des cheminots qui s’annonce importante, direction SNCF et gouvernement s’enlisent
dans des stratagèmes qui doivent être connus de tous. En effet, la direction
SNCF a décidé d’afficher un plan de transport fortement dégradé sur certaines
lignes et certaines régions. Elle vise en priorité les trains dans lesquels les
manifestants ont fait des réservations, mais elle bloque avec eux des milliers
d’usagers. Dégrader volontairement les conditions de transport alors qu’il est
possible de faire autrement, relève d’une manipulation scandaleuse qui prend à
partie les usagers et les citoyens en général. C’est irresponsable et
dangereux. !
Comment la direction justifie-t-elle, par exemple,
que sur l’axe Lyon-Paris, et alors que les ressources sont disponibles (7
conducteurs de TGV déclarés grévistes sur 160, contrôleurs disponibles et
postes d’aiguillage tenus), elle fasse le choix de laisser les trains à
quai ? Des éléments similaires nous remontent de toute la France.
De plus, l’annonce de la fermeture des réservations
sur les jours de grève prévus en avril interroge. Cela signifie que la direction
SNCF s’apprête à refuser la négociation et donc à provoquer le conflit. » (communiqué du 21 mars)
Les 3 et 4 avril, première « séquence » de la grève
perlée : celle-ci est majoritaire, particulièrement massive chez les
personnels roulants, conducteurs et contrôleurs.
Le 11 avril, Martinez met les points sur les i : « Le
gouvernement voulait limiter le débat au statut des cheminots. Or celui-ci
s’est déporté sur des questions essentielles. » La défense du statut
est donc, elle, inessentielle. Et il précise : « La CGT n’a pas
pour but de faire tomber Macron. Ce qui est mis en œuvre n’est pas bon et on
propose autre chose. C’est une CGT qui conteste et qui propose. Quant à la
convergence des luttes, elle est syndicale et non politique. » C’est
clair : en aucun cas, affrontement avec le gouvernement, mais des
« propositions ».
Le 13 avril, communiqué de la fédération CGT Cheminots :
« Nous mesurons tous la
nécessité de développer le service public ferroviaire, ainsi que les conditions
sociales, de vie et de travail des cheminots. Nous portons tous la volonté
d’apporter des changements positifs pour le système ferroviaire, les usagers et
les cheminots. Les arguments et propositions des organisations syndicales sont
appréciées sur les chantiers et offrent de réelles perspectives d’amélioration
de la qualité de service au quotidien.
« La CGT a montré
depuis le début de ce conflit, par sa participation aux différentes réunions,
ses propositions constructives, sa volonté de trouver des solutions.
« Au
regard de cette situation, les fédérations CGT, UNSA, SUD-Rail et CFDT ont
décidé d’interpeller le Gouvernement pour l’ouverture de réelles négociations
sur la base des 8 points de la plateforme unitaire au travers d’un projet
commun étayé. Elles demandent l’arrêt du processus législatif en cours et
l’ouverture de négociations approfondies sur les huit points. »
On le voit : il s’agit non de défendre le
statut mais d’apporter des « changements
positifs pour le système ferroviaire ». Et le dialogue est plus que
jamais possible puisque « nous en avons tous la volonté ».
Dans le cadre pourri du 2 sur 5 qui leur est imposé,
cheminots et en particulier roulants manifestent malgré tout une rare
persévérance : le pourcentage de grévistes ne s’érode que très lentement,
et la grève reste majoritaire chez les conducteurs et les contrôleurs.
Le 17 avril, l’Assemblée nationale adopte en première
lecture, par 454 voix contre 80, le projet de loi. Sans qu’on puisse à ce
moment-là considérer la bataille définitivement perdue, c’est un rude coup
porté aux cheminots. Mais rien là d’important selon les dirigeants des
fédérations des cheminots, qui plus que jamais appellent au
« dialogue », demandant que celui-ci se mène avec Philippe. Martinez
appuie cette demande :
« La CGT a montré depuis le début de ce
conflit, par sa participation aux différentes réunions, ses propositions
constructives, sa volonté de trouver des solutions.
Votre engagement à recevoir l’ensemble des parties
concernées par ce dossier symboliserait cette même volonté de la part du
gouvernement. »
Édouard Philippe accédera à la demande des
dirigeants en en donnant d’emblée le cadre : pas question de revenir sur
la loi telle qu’adoptée en première lecture, en particulier sur la fin du
recrutement au statut et la transformation de la SNCF en société anonyme. Ce
qui n’empêche pas, toute honte bue, les dirigeants syndicaux de saluer la
rencontre avec Philippe comme un « succès à mettre à l’actif des
cheminots ».
Le 7 mai, se tient la rencontre. Les cheminots peuvent en
mesurer le « succès ». Philippe annonce la date de la fin du
recrutement au statut : 1er janvier 2020. Quant à la reprise
d’une partie de la dette, c’est une véritable forfaiture de la présenter comme
le début de la satisfaction d’une revendication. La vérité est que cette
reprise est indispensable à la transformation de la SNCF en société anonyme.
Elle est donc en réalité partie prenante de la contre-réforme.
Le 14 mai, « La participation à cette « journée sans
cheminots, sans trains » se rapproche des taux de grévistes enregistrés
lors du premier épisode du mouvement, les 3 et 4 avril (33,9% et 29,7%). Un net
sursaut après avoir chuté mercredi dernier à 14,46%, le plus bas taux de
grévistes en semaine depuis le début de la grève enregistré.
La mobilisation s’est envolée lundi jusqu’à 74,4%
chez les conducteurs, 74,3% chez les contrôleurs et 36,7% chez les aiguilleurs,
a précisé la direction dans un communiqué », indique Challenge.
Il faut le souligner pour indiquer clairement où
sont les responsabilités : sans pouvoir s’émanciper du cadre de bousille
imposé par les appareils syndicaux, les cheminots manifestent avec l’énergie du
désespoir leur volonté de combattre pour leur statut.
La panoplie de la bousille des dirigeants
s’enrichit : invitation des cheminots à un vote pour ou contre la réforme
(toujours pas question du statut dans la question posée), demande d’une
nouvelle « table ronde », etc. Pendant ce temps, le processus
législatif poursuit son cours. Les dirigeants syndicaux, qui se sont bien
gardés d’appeler les cheminots à manifester à l’Assemblée nationale lors du
vote en première lecture, laissent entendre que le salut pourrait venir du
Sénat (à majorité LR !). Ils appellent à un rassemblement au Sénat qui n’aura
aucun succès ! Celui-ci fera son œuvre... en aggravant la loi dans un sens
encore plus réactionnaire.
Le 25 mai, les dirigeants rencontrent à nouveau Philippe...
pour demander une nouvelle rencontre « tripartite » – donc avec la
présence des entreprises privées du ferroviaire, ce qui entérine la mise en
concurrence ! La direction syndicale CGT cheminots tire ainsi les
conclusions :
« Sur la dette, le Premier ministre a annoncé
la reprise de 25 Md€ en 2020 et 10 Md€ en 2022. Sur les investissements, 200 M
d’€ supplémentaires/an seront affectés à la modernisation de l’infra.
Notre demande de table ronde tripartite (début juin)
avec le Gouvernement, l’UTP et les organisations syndicales a été acceptée,
même si le Premier ministre semble vouloir la limiter aux questions sociales.
Ces annonces sont à mettre évidemment au crédit de la lutte en cours, notamment la reprise d’une partie conséquente de la dette par l’État et l’organisation d’une table ronde début juin. Elles sont liées à la stratégie de lutte dans la durée. »
Encore et toujours des « avancées
engrangées », pour parler la langue de l’appareil !
Cependant de « journée zéro train « en
« déferlante cheminots », les appareils syndicaux ont progressivement
raison de la résistance des cheminots, chez qui affleure la conscience de la
trahison des directions syndicales.
C’est le sens de la délégation de plusieurs
centaines de cheminots le 13 juin à la réunion de l’intersyndicale. Si
cette délégation est significative du rejet de la politique des appareils
syndicaux, si elle remet en cause la tactique de la « grève perlée »,
elle ne formule ni l’exigence que les dirigeants reprennent l’exigence de la
défense du statut, ni celle qui va avec, de rupture de toute concertation avec
le gouvernement, de refus de discuter de la convention collective ! Mais
plus significatif encore est le fait que les cheminots en délégation sont
accueillis par les CRS, dont personne ne peut douter sérieusement qu’ils ont
été appelés par les appareils syndicaux eux-mêmes.
Avec cynisme, la direction de la CGT enregistre de
son côté les avancées de la contre-réforme suite à son adoption définitive.
Ainsi le communiqué du 15 juin :
« Sans surprise, le texte de loi qui encadre la réforme du ferroviaire a été voté par les tenants du libéralisme qui souhaitent la casse du modèle social français. Cependant, chacun doit le mesurer et le comprendre : le combat continue.
« Nous devons poursuivre notre engagement sur
le calendrier établi et rendre coups pour coups à ceux qui ont décidé d’en
finir avec le train public.
« Nous devons continuer à peser sur tous les
plans : gouvernement, patronat, direction SNCF.
« Ce qu’il reste à écrire :
« • Ordonnances dans les 6 mois sur l’ouverture à la concurrence (modalités de transfert aux AO des matériels roulants et des ateliers, tarification, billettique, régulation, etc.) et sur la négociation collective ;
« • Ordonnances dans les 9 mois sur
les péages et la révision des contrats de performance ;
« • Ordonnances dans les 12 mois sur
le groupe ferroviaire unifié (organisation, missions, gestion des gares,
gouvernance du groupe, conditions d’indépendance de SNCF Réseau, etc.) ;
« • 9 décrets (gestion des gares,
statut des sociétés par actions, confidentialité des informations, conditions
d’information des salariés en cas de transfert, modalités de calcul des
effectifs transférés, modalités de désignation des salariés transférés, infos
transmises au repreneur, conditions de maintien des droits à la retraite en cas
de transfert, tarifs sociaux). »
Et surtout, sur le cadavre encore chaud du statut,
doit être parachevée la discussion sur la convention collective du ferroviaire.
On apprend d’ailleurs à ce propos que la discussion de la convention collective
a été initiée... depuis 2014. En clair, c’est depuis cette date que la
direction de la CGT – suivie par les autres directions syndicales – avait tiré
un trait sur le statut :
« Le patronat des transports publics veut
terminer la négociation de la CCN qui a débuté en 2014. Il n’est pas dans la
logique d’une CCN de haut niveau pour empêcher le dumping social (...)
« Il concède néanmoins que le champ
d’application de la CCN pourrait être ensuite élargi afin de couvrir les
cheminots qui en sont actuellement exclus. »
L’appareil CGT sait mieux que quiconque ce que vaut
la garantie de la « CCN de haut niveau » dans une situation où,
conformément à la loi El Khomri aggravée par les ordonnances Macron, l’accord
d’entreprise peut y déroger. À cela s’ajoute la menace brandie dans un premier
temps sur 200 milliards de marchandises supplémentaires et à terme sur la
totalité des importations en provenance de Chine.
Il s’agit donc bel et bien de la pulvérisation
jusqu’au bout de toutes les garanties des cheminots. En même temps, les
dernières pelletées doivent être déversées sur le cercueil de la résistance des
cheminots. Le 28 juin, l’ultime « séquence » de la grève perlée
s’accompagne d’un appel confédéral à manifester. Il y aura à peine quelques
centaines de manifestants à Paris. Pas grave, disent en cœur Martinez pour la
CGT et Pavageau pour FO : le but n’était pas « de faire du
chiffre ».
Mais toute volonté de combat doit être purgée
jusqu’au bout. Sur fond de polémiques entre appareils syndicaux, l’appareil CGT
annonce la continuation des appels à la grève au cours du mois de juillet.
C’est désormais la grève sans grévistes.
En cette rentrée, flanquée de Sud qui a
l’outrecuidance de dire que désormais il s’agit de combattre pour que « tous
les travailleurs du rail bénéficient du statut » – qui vient d’être
détruit ! -, la direction de la CGT persiste : « Rien n’est
réglé », titre l’appareil CGT le 6 septembre qui annonce par
ailleurs : « ON EST TOUJOURS
LÀ ! »
« Les cheminots n’en
ont pas fini avec cette mauvaise réforme, les raisons d’agir sont toujours
là ! Avec un contenu de réforme qui reste largement à écrire à travers
ordonnances, décrets, et les différents volets à négocier de la CCN du
ferroviaire, la Fédération CGT des cheminots n’entend pas baisser la garde et
va poursuivre la mobilisation. C’est la trajectoire qu’a tracée le Conseil
National de la Fédération, avec une première étape de mobilisation le 18
septembre prochain, date de réouverture des discussions sur les classifications
et rémunération de la CCN. Cette journée de déploiement, avec des
rassemblements et différentes initiatives dans les territoires, sera l’occasion
de rappeler au patronat notre exigence d’avoir une CCN de haut niveau pour tous
les cheminots de la Branche pour gagner de nouveaux droits. »
L’objectif est clair : faire boire aux
cheminots le calice jusqu’à la lie !
Ainsi a été sciemment, scientifiquement,
méthodiquement organisée par les appareils dirigeants, une des plus graves
défaites subies, à travers une corporation décisive, par le prolétariat
français.
Dans le supplément CPS du 20 avril, nous écrivions :
« Il faut dire la vérité. Si les cheminots
n’arrivent pas à briser le carcan dans lequel ils sont enfermés par les
directions syndicales, ils sont condamnés à être vaincus.
« Cela signifie :
« - imposer aux dirigeants syndicaux qu’ils
reprennent leurs vraies revendications : retrait de la contre-réforme
gouvernementale, abrogation de la loi d’habilitation, défense inconditionnelle
du statut
« - imposer par conséquent la rupture totale et
définitive de la concertation de mise en œuvre des modalités de la réforme
gouvernementale
« - en finir avec la tactique de la
« grève perlée « , imposer aux dirigeants tant que c’est encore
possible qu’ils appellent à la grève totale jusqu’à satisfaction, c’est-à-dire
jusqu’à l’abrogation de la loi. Cela ne peut sûrement pas se faire par l’appel
à la reconduction de la grève dépôt par dépôt comme le préconise le syndicat
SUD et quelques autres. La grève reconductible, c’est la dislocation de la
force des cheminots, certains dépôts décidant de la grève, d’autres non, etc.
« - Cela suppose au contraire imposer aux
dirigeants syndicaux la convocation de véritables assemblées générales élisant
leurs délégués mandatés, délégués se réunissant nationalement en un Comité central
de grève intégrant les organisations syndicales, et imposant aux dirigeants le
respect du mandat donné par les cheminots. «
On peut l’affirmer : si une force politique,
même limitée, avait existé pour défendre cette politique, elle aurait reçu un
très grand écho chez les cheminots. Même dévoyé dans ses objectifs, le
rassemblement à l’intersyndicale du 13 juin en témoigne. Mais aucune force n’a
mené ce combat. Les courants dits d’« extrême gauche » se sont
vautrés dans le soutien à la politique des directions syndicales (dans la
version « grève perlée » ou la version « reconductible »).
La douloureuse expérience de la trahison des cheminots illustre de manière
saisissante la nécessité du combat pour la construction du Parti ouvrier
révolutionnaire.
La conférence du 17 juillet...
La
réception par Macron des dirigeants syndicaux le 17 juillet vise clairement à
l’organisation de l’agenda des contre-réformes gouvernementales programmées. Il
faut rappeler les déclarations des dirigeants syndicaux à ce propos.
Pavageau
(FO) : « J’espère qu’il y aura un avant et un après 17
juillet »
Martinez
(CGT) : « Il faut que le gouvernement change de politique
sociale ». Libération
indique : « Philippe Martinez, de la CGT, a reconnu, sous forme de
pique, cette inflexion, assurant que le président de la République avait « convenu
que l’année dernière avait été à son rythme à lui et sans écouter beaucoup
« » .
Les
dirigeants syndicaux veulent faire croire qu’il y aurait incertitude sur la
suite que Macron entend donner à sa politique. C’est une forfaiture.
En
réalité, il n’y a aucune ambiguïté sur la volonté renforcée et confortée du
gouvernement d’avancer à marche forcée sur l’objectif de destruction de ce qui
subsiste des acquis ouvriers. Le seul « changement », c’est la
volonté, tirant là aussi les leçons de la défaite des cheminots, d’y associer
plus étroitement les dirigeants syndicaux à travers un « nouveau contrat
social ». C’est d’ailleurs ce changement que saluent les dirigeants en
réalité.
Ce
« changement » s’est manifesté en particulier par l’amendement
apporté par le gouvernement à la loi dite « avenir professionnel ».
Cet amendement annonce l’ouverture d’une nouvelle négociation sur
l’assurance-chômage – ou plutôt sur sa destruction -, là où le gouvernement
avait initialement prévu d’en prendre la responsabilité. Le sens de cet
amendement est clair : ce sont les dirigeants syndicaux qui vont
devoir écrire la fin du droit à l’assurance-chômage et qui sont invités à déchirer
eux-mêmes l’accord qu’ils avaient négocié avec le patronat quelques mois plus
tôt.
La
conférence du 17 juillet intervient 8 jours après le discours de Macron
au Congrès où il a confirmé solennellement l’ensemble de ses objectifs :
réforme des retraites, baisse de la dépense publique, expulsion des migrants
« économiques ».
Sur
l’assurance-chômage justement, Macron y a déclaré : « l’Assurance-chômage
aujourd’hui n’est plus du tout financée par les cotisations des salariés. Elle
est financée par les cotisations des employeurs et par la CSG. Cette
transformation, il faut en tirer toutes les conséquences, il n’y a plus un
droit au chômage, au sens où on l’entendait classiquement, il y a l’accès à un
droit qu’offre la société mais sur lequel on ne s’est pas garanti à titre
individuel, puisque tous les contribuables l’ont payé. (…) Je
demande aux partenaires sociaux de réviser les règles d’assurance-chômage « .
Notons au passage la canaillerie de la formule « droit au
chômage » substituée délibérément à la formule « droit à
l’assurance-chômage », le chômage n’étant pas un droit mais pour la classe
ouvrière une calamité imposée par la bourgeoisie.
....6 jours après les déclarations de Dussopt et Darmanin sur la
Fonction publique
Le 11
juillet, les ministres Dussopt et Darmanin avaient quant à eux fait un point
d’étape sur la concertation Fonction publique engagée depuis des mois et
ponctuée des trois « journées d’action » organisées par les appareils
syndicaux entre octobre 2017 et mai 2018. Dussopt y annonce le maintien des 4
axes de la contre-réforme : liquidation des CAP, instauration du salaire
au mérite, plan de restructuration/suppressions d’emplois sous couvert de
« mobilité », recours au contrat comme mode « normal » de
recrutement.
Autant
d’axes balisés par le rapport d’« experts » de CAP 22, mais surtout
et d’abord par la concertation qui, à ce moment-là, a considérablement avancé
tant sur le recrutement par contrat que sur le salaire au mérite et la liquidation
des CAP.
Le même
jour, Darmanin dans une réunion à destination des cadres de Bercy faisait part
de « la volonté du Gouvernement de développer les Maisons de Service au
Public, qui permettent un accueil mutualisé des usagers du service
public ». En clair, des milliers de suppressions de poste par le biais
de la « mutualisation », le fonctionnaire n’étant plus affecté à un
ministère particulier, mais polyvalent et affecté à telle ou telle fonction
selon les urgences du moment.
Plus
grave encore, Darmanin annonçait : « A terme, c’est-à-dire dans ce
mandat, nous devrons opérer le rapprochement entre le recouvrement réalisé au
sein des sphères État et de la sphère sociale par la constitution d’une agence
unique du recouvrement ». Il s’agit ni plus ni moins de la liquidation
de la Sécurité sociale financée par le salaire différé que constituent les
cotisations sociales. En effet, « l’agence unique de recouvrement »
signifierait un pas considérable vers la fiscalisation totale de la Sécurité sociale,
la fusion du budget de la Sécurité sociale et de celui de l’État, la
subordination des droits en matière d’assurance-maladie, de retraite, etc. aux
impératifs du budget de l’État, aux priorités que le gouvernement fixe à
celui-ci (renforcement du budget militaire, de l’appareil de répression, par
exemple).
Or non
seulement, de telles déclarations n’ont nullement découragé les appareils
syndicaux de participer à la concertation – qui a repris de plus belle en cette
rentrée, mais la déclaration des représentants de la CGT Fonction publique du
18 juillet – reprise à l’identique par ceux de la FSU - révèle sur quels
objectifs :
« Voulant
encore croire, en dépit de vos actes, au fait que les organisations syndicales
ne soient pas considérées par vous comme des obstacles ou des adversaires, nous
vous demandons solennellement de prendre dès aujourd’hui un engagement.
Celui-ci est le suivant : que vos réformes régressives des organismes
consultatifs n’auront pas de répercussions négatives sur le volume des droits
attachés à l’exercice des mandats syndicaux et à ceux des représentants des
personnels. «
Tout y
est : la direction CGT prend acte de la liquidation des commissions
paritaires et des droits des fonctionnaires qu’elles garantissent, et les
accepte... à la simple condition que soit maintenu le volume des heures de
décharges syndicales, autrement dit que soient préservés les intérêts de
l’appareil des permanents.
Un tour d’horizon – forcément incomplet - de l’offensive
gouvernementale
Fort
des défaites infligées aux travailleurs et jeunes au printemps, appuyé sur la
collaboration des dirigeants syndicaux, le gouvernement avance dans le cadre
d’un agenda chargé. Sans prétendre faire un tour complet, parmi les attaques
gouvernementales, signalons :
●
la loi PACTE d’ores et déjà en discussion à l’Assemblée, elle contient
notamment l’augmentation de la « participation » des salariés aux
résultats de l’entreprise, en réalité la subordination d’une part grandissante
du salaire à ces résultats, l’exonération de cotisations sociales sur la part
du salaire liée à l’intéressement, une rafale de privatisations (Française des
Jeux, Aéroports de Paris), l’allègement des obligations patronales liées au
seuil du nombre d’employés ;
●
le
« plan pauvreté » qui serait mieux nommé « plan
anti-pauvres ». On se rappelle la formule de Macron : « Ça
coûte un pognon de dingue ». Le style, c’est l’homme. Le but est
clair : sous couvert de simplification (allocation unique), rabotage
général, en particulier nouveau rabotage sur les APL. Au cas où on n’aurait pas
compris, Gilbert Cette, présenté par Le Monde comme « inspirateur du programme économique de
Macron », précise : (Le
Monde
du 6 septembre) : « Quels axes de la réforme des minima sociaux
pourraient être considérés comme prioritaires : le premier (...) la
simplification, est incontournable... le second l’est tout autant : les
dépenses publiques doivent être maîtrisées, sinon diminuées. Le troisième
objectif, la minimisation du nombre de perdants, ne pourra donc être atteint.
Il faut l’assumer, sans chercher à le cacher. » Donc il faut dire
clairement que le but du plan « pauvreté », c’est de diminuer les
différentes allocations attribuées à la partie la plus pauvre de la population.
Les annonces du 13 septembre le confirment : la
« simplification » des différentes allocations est finalement
reportée à 2020. À cette date, le Revenu universel – qui remplacera le RSA –
sera subordonné à l’acceptation de l’une des deux offres d’emploi qui seront
faites à l’allocataire – quels qu’en soient la nature et le lieu. Des centaines
de milliers de pauvres vont en réalité se retrouver sans aucune ressource.
●
la réforme de la
Santé. La ministre Buzyn se garde bien d’avancer à visage découvert tout en
annonçant une réforme pour 2019. Mais selon une technique éprouvée, le
gouvernement s’appuie sur le caractère d’ores et déjà dramatique de l’hôpital
public... pour préparer et justifier de nouvelles attaques. Cet été, des
dizaines de services d’urgence ont dû, parfois plusieurs semaines, fermer leurs
portes faute de médecin. Des grèves locales ont mis en évidence la situation de
déshérence du secteur psychiatrique qui, depuis 1990, a perdu plus d’un lit sur
deux. Les situations où l’on retarde des interventions chirurgicales au
demeurant urgentes deviennent monnaie courante, faute de médecin, de personnel,
de lits disponibles... ou, comme à Marseille, de matériel de
stérilisation !
Les
« recettes » du gouvernement distillées au fil des interviews
consistent à aller encore plus loin. Dans les tuyaux, la remise en cause de la
tarification à l’activité. C’était lors de sa création une attaque contre le
financement antérieur des hôpitaux; mais là, en l’occurrence, c’est un nouveau
pas dans l’étouffement financier des hôpitaux. La ministre annonce une nouvelle
salve de déremboursements de médicaments (dont 30% selon elle ne servent à
rien !) et d’actes « inutiles ». On évoque le développement de
la médecine ambulatoire, donc de nouvelles fermetures de lits. On parle de
développement de la « télémédecine » au nom du développement du
numérique, c’est-à-dire la médecine sans auscultation médicale.
Mais là
encore le dialogue social joue tout son rôle pour baliser le chemin. Ainsi le
rapport du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie préconise le
traitement systématique hors de l’hôpital des maladies chroniques et liées à
l’âge. Il préconise la coopération jusqu’à la confusion entre hôpital public et
cliniques privées, ce qui implique la liquidation du statut de fonctionnaire
hospitalier. Or il faut souligner la présence dans ce « haut
conseil » de deux représentants de la CGT, et de deux représentants FO.
●
les contre-réformes de l’enseignement : mise en route de la réforme du
lycée, réforme de la formation et recrutement des enseignants, évaluation et
mise en concurrence des établissements (voir article dans ce numéro) ;
●
les attaques contre la jeunesse : mise en place à cette rentrée de la
sélection en première année du supérieur avec ses dizaines de milliers de
bacheliers interdits d’accès à l’université, complétée en 2019 par mise en
œuvre de l’« arrêté licence », service universel, etc. (voir même
article dans ce numéro).
Budget 2019...
Le
budget 2019 promet d’être particulièrement meurtrier. Il va concentrer une
large part de ces attaques.
D’une
part, sur le plan des 120 000 suppressions de poste, le gouvernement a
pris du retard (seulement 1 600 au budget 2018) qui doit être rattrapé.
D’autre part, l’année 2019 est pour les patrons l’année du double bingo puisque
non seulement ils doivent bénéficier du CICE 2018 (de 6% basée sur les salaires
inférieurs à 2,5% du SMIC de l’année précédente), mais qu’en plus, s’appliquera
dès 2019 la pérennisation du CICE sur la base de la diminution immédiate des
cotisations sociales en cours.
Enfin,
les rentrées fiscales seront inférieures à ce qui était prévu du fait de la
quasi-stagnation économique (voir plus bas).
Les
conséquences prévisibles :
●
suppression massive de postes (finances publiques, logement, jeunesse et
sports, emploi, mais aussi Éducation nationale, en particulier dans le
secondaire ou la suppression de 1800 postes est annoncée), d’autant que sont
prévues des augmentations de postes et budgétaires pour l’armée, la police.
Cela s’articulera sur la « réforme de la fonction publique » :
remise en cause de l’ancienneté et du point d’indice, recours généralisé aux
contractuels, etc.
●
100 000 contrats aidés licenciés supplémentaires.
●
Est déjà actée : la baisse du pouvoir d’achat des retraités (augmentation
limitée à + 0,3% quand l’inflation est à 2,3%), la baisse dans les mêmes
proportions des APL et des allocations familiales.
●
Rappel : les collectivités locales étaient sommées de signer avec l’État
un contrat de modération budgétaire conditionnant les versements de l’État aux
dites collectivités locales. C’est l’essence même de la
« décentralisation » qui s’accompagne de la tyrannie du pouvoir
central. La traduction, c’est la disparition massive de postes dans la
Territoriale, la remise en cause de services assurés par les communes, le fait
de sabrer dans les budgets culturels, etc.
Réforme des retraites
Les
numéros précédents de CPS ont indiqué
ce qui était en jeu avec le projet de « retraite par points » :
individualisation totale des retraites, suppression de fait de toute âge légal
de départ à la retraite, fin de tout montant garanti de la retraite qui
dépendra de la valeur du point, valeur aléatoire. Il faut mettre en exergue la
position de la direction CGT :
« Tous
les dispositifs familiaux et conjugaux, indépendamment de la réforme systémique
des retraites, doivent donc être rendus plus justes et améliorés et, cela, que
le projet gouvernemental se mette en place ou pas.
« La
CGT considère que l’ensemble des dispositifs de solidarité en retraite n’a pas
de raisons d’être différent entre les régimes. C’est d’ailleurs un des
principaux rôles de la mise en place d’une maison commune des régimes de
retraites ».
« Indépendamment
de la réforme systémique des retraites », « que le projet
gouvernemental se mette en place ou pas »... tout est dans cette formule.
Autrement dit on pourrait défendre les retraites, les « dispositifs
familiaux et conjugaux » – les droits acquis liés aux enfants, les
pensions de réversion, etc. - que la réforme gouvernementale s’applique ou
non ! Hier, chez les cheminots, l’appareil syndical expliquait : le
statut ce n’est pas le problème ! Aujourd’hui, sur la même ligne, il
explique : la réforme gouvernementale, ce n’est pas le problème !
Quant à
la référence à la « maison commune des retraites », elle entérine par
avance la suppression de tous les régimes particuliers : cheminots,
travailleurs de la RATP, code des pensions de la Fonction publique d’État,
caisse particulière (CNRACL) des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers.
C’est justement l’objectif du gouvernement !
Depuis
6 mois, la concertation se développe sans interruption entre Delevoye,
« haut-commissaire à la réforme des retraites », et toutes les
directions syndicales. Le 10 octobre, une nouvelle étape doit être franchie
avec la convocation d’une réunion rassemblant toutes les directions syndicales,
visant à la « synthèse » de toutes les réunions de concertation
antérieures, réunion qui se tiendra... à la demande de la direction de la CGT.
Martinez a justifié cette demande au nom du fait que le gouvernement devait
informer les directions syndicales de ses intentions. Comme si celles-ci
n’étaient pas connues ! Mais on se souvient qu’en juillet 2017, Martinez
prétendait... ne pas connaître le contenu des ordonnances ! La même
vieille grosse ficelle sert encore à justifier la participation à la
concertation.
Il faut
à l’inverse combattre pour exiger : aucune participation à la concertation
du 10 octobre ! Prononcez-vous pour le retrait pur et simple du projet
gouvernemental ! Défense du régime général et de tous les régimes
particuliers !
Aller vers la liquidation totale de la Sécurité sociale
Derrière
la contre-réforme des retraites, derrière la réforme de la Santé en projet,
derrière les mesures qui s’empilent d’exonération de cotisations sociales, ce
qui se profile, c’est la liquidation totale de la Sécurité sociale, conquête
révolutionnaire du prolétariat arrachée sur la base de la montée
révolutionnaire de l’après-guerre.
Il
suffit de mettre bout à bout les différentes mesures d’assèchement des
ressources de la SS pour s’en rendre compte :
●
suppression des cotisations maladie dites « ouvrières » mais en
réalité payées par les patrons,
●
« pérennisation » du CICE sous forme d’exonération de cotisations
patronales à partir de 2019,
●
suppression des cotisations sociales sur la partie du salaire liée à
l’« intéressement »,
qui
s’ajoutent aux mesures antérieures (baisse des cotisations patronales dans le
cadre du pacte de responsabilité, etc.).
Or le
gouvernement vient d’annoncer, ce dont rendent compte Les Échos du 10 septembre, deux mesures nouvelles d’une portée
historique à savoir que « l’État ne compensera plus une partie des
nouveaux allégements de cotisations dès 2019 », et mieux même, que
l’« excédent des administrations de la Sécurité sociale » (...)
« sera écrêté au profit de l’État : 3 milliards en 2019, 14 milliards
en 2020, 20 milliards en 2021 et plus de 27 milliards en 2022 ».
À
propos de la contre-réforme Juppé de la Sécurité sociale en 1995, Blondel,
dirigeant FO avait parlé du « hold-up du du siècle ». En 2018, comme
on le voit, le « hold-up », le vol du salaire différé des
travailleurs a pris encore une tout autre dimension.
Est-il
utile de le préciser ? Ce serait la responsabilité la plus élémentaire des
directions syndicales de faire publiquement campagne contre ce vol organisé. Et
ce serait leur responsabilité d’appeler tout le prolétariat à une manifestation
centrale à l’Assemblée nationale au moment du vote de la loi de financement de
la Sécurité sociale pour interdire le vote de cette loi qui codifie ce
vol !
Nouvelle dégradation de la
situation économique française
Budget
de guerre contre le prolétariat, attaque meurtrière contre les retraites et la
Sécurité sociale : l’offensive est d’autant plus violente du fait de la
situation du capitalisme français. Celle-ci a connu depuis le début de l’année
une nouvelle dégradation accélérée. Cela se traduit dans les chiffres de
croissance des premier et deuxième trimestres : + 0,2% . Or les prévisions
budgétaires l’étaient sur la base de + 2% sur l’année ! La conséquence est
que, malgré les coups portés aux masses, dans le budget 2019, le déficit sera
dès cette année plus important que prévu, avec l’éventualité de repasser
au-dessus des 3% de déficit en 2019, donc de subir l’humiliante procédure de « déficit
excessif » de la part de l’Union européenne.
Il faut
bien sûr le relier avec la nouvelle dégradation du commerce extérieur français.
Le Monde en fait le 8 août son gros
titre : « L’impasse française ». Le déficit s’élève à
33,3 milliards au premier semestre quand l’Allemagne enregistre dans le même
temps un excédent de 121 milliards. Les énormes cadeaux fiscaux (CICE) n’y font
rien. Les entreprises ont reconstitué leurs marges, mais n’investissent pas. Il
y a une bonne raison à cela. Les capitalistes n’investissent que sur la
perspective d’élargir leur production, ce qui suppose une extension du marché
ou des parts de marché. Or justement, cette perspective n’existe pas !
La
première conséquence pour le prolétariat, c’est le maintien, pour ne pas dire
l’augmentation du chômage de masse. C’est vrai en tout cas pour les jeunes, les
travailleurs âgés, les chômeurs de longue durée.
« Au
second trimestre 2018, le nombre de chômeurs de catégorie A, c’est-à-dire sans
aucune activité est en hausse de 0,1% par rapport au trimestre précédent, soit
une augmentation de 4 600 demandeurs d’emploi.(...)
Au
second trimestre 2018, par rapport au trimestre précédent, le nombre de
chômeurs est en augmentation de 1,9% chez les moins de 25 ans alors qu’il
avait baissé de 1,2% au trimestre précédent. Chez les 50 ans et plus, la
hausse trimestrielle est de 0,1%.(...)
Entre
le premier et le second trimestre 2018, le nombre d’inscrits depuis moins d’un
an passe de 3 051 000 à 3 016 900, ce qui correspond à
une baisse de 1,1%. Sur un an, la diminution est de 3,2%. En revanche, le
nombre d’inscrits depuis un an ou plus est en hausse de 1,6% (de
2 570 000 à 2 611 000). Sur un an, l’augmentation est
même de 7,2%. Observons également que le nombre de demandeurs d’emploi de deux
ans à moins de trois ans augmente de 2,8%. « (Journal du Net, 16 août)
Mais le
prolétariat subit aussi l’augmentation de l’inflation : elle est remontée
à 2,3% en glissement annuel. Dans le détail, liée à l’augmentation considérable
du prix du carburant (automobile, chauffage), et du gaz (6,5% prévu), mais
aussi des produits alimentaires, elle touche d’abord les familles populaires.
C’est
donc une aggravation générale des conditions d’existence des masses.
Ce que révèle « l’affaire Benalla »
Le
gouvernement avance donc sur tous les fronts sous la haute protection des
appareils syndicaux et du « dialogue social ». Le seul retard dans
son programme concerne la réforme constitutionnelle dont l’examen a été reporté
suite à l’affaire Benalla.
De quoi
s’agit il ? Benalla « emprunte » une tenue de policier pour
matraquer des jeunes (il ne faut même pas dire des manifestants) le 1er
mai. Sa participation aux forces de répression s’est faite sur injonction
directe de Macron. Dès que la vidéo a été rendue publique, Macron a fait
semblant de « sanctionner » Benalla. En réalité, il continue de
toucher son salaire. On le voit derrière Macron le 14 juillet. Ce n’est pas une
affaire individuelle, puisqu’un ancien salarié de LREM est également à l’œuvre
le 1er mai.
Benalla
est un aventurier classique, apprenti barbouze, disposant d’un arsenal complet.
Il faut pourtant le noter, parce que s’y reflète la putréfaction du PS :
il a commencé au MJS.
Bien
sûr, on doit remarquer que l’« indignation » de la presse se
concentre sur le fait que la violence extrême contre les jeunes est exercée par
quelqu’un qui n’est pas un « vrai » CRS, ce qui induit l’idée que la
même violence exercée par un flic assermenté est normale.
Cela
étant, l’affaire n’a rien d’anecdotique. Elle éclate alors qu’était – et reste
– dans les tuyaux un projet de réforme de la « sécurité
présidentielle », qui ferait de ses membres des gens qui n’auraient à
rendre compte qu’à Macron. Il s’agit bien d’une « garde prétorienne ».
Ce projet doit être mis en relation avec le renforcement du bonapartisme auquel
œuvre avec constance Macron. La garde prétorienne ne relève pas des lois ni des
services ordinaires de l’État. D’où les manifestations de mauvaise humeur
jusqu’au sommet de l’appareil policier.
En
marge de l’Assemblée nationale, Le Monde
cite un député PCF : « Ils auraient pu évoquer le SAC ». Le
rapprochement n’est pas faux, mais doit être précisé. Le problème de Macron,
c’est que le Bonaparte est dans cette situation singulière où il doit
constituer sa « société du Dix-Décembre » après être parvenu à la
Présidentielle. Cette « société du Dix-Décembre », dont nous parle
Marx dans Le 18 Brumaire de Louis
Bonaparte, et qu’il décrit ainsi : « (Louis Napoléon
Bonaparte) était constamment accompagné d’affiliés de la société du
Dix-Décembre. Cette société avait été fondée en 1849. Sous le prétexte
de fonder une société de bienfaisance, on avait organisé le lumpenprolétariat
parisien en sections secrètes, mis à la tête de chacune d’entre elles des
agents bonapartistes, la société elle-même étant dirigée par un général
bonapartiste. À côté de « roués » ruinés, aux moyens d’existence
douteux et d’origine également douteuse, d’aventuriers et de déchets corrompus
de la bourgeoisie, on y trouvait des vagabonds, des soldats licenciés, des
forçats sortis du bagne, des galériens en rupture de ban, des filous, des
charlatans (...). C’est avec ces éléments qui lui étaient proches que Bonaparte
constitua le corps de la société du Dix-Décembre. « Société de
bienfaisance », en ce sens que tous les membres, tout comme Bonaparte,
sentaient le besoin de se venir en aide à eux-mêmes aux dépens de la nation
laborieuse. » Ce sont les Benalla de l’époque. Mais si de Gaulle
disposait en 1958 quand il a pris le pouvoir d’une telle « société »
constituée pendant plus d’une décennie, Macron lui ne l’a pas et en a besoin.
Comme il a besoin de relais directs dans l’appareil d’État à tous les niveaux.
Comme il a besoin d’un véritable parti à sa botte, le rassemblement de bric et
de broc que constitue LREM étant bien imparfait à cet égard. Macron essaie de
le constituer. Mais pour l’instant, il ne l’a pas.
L’affaire
est aussi révélatrice de la position des différentes forces politiques. PS,
PCF, LFI se sont prêtés à la comédie des « motions de censure », dont
le résultat est connu d’avance. Il faut ajouter : le PCF et LFI ont même
voté la motion de censure LR, en profitant pour affirmer une « convergence
assumée » avec LR.
Mais il
faut aussi mettre en exergue la position des directions syndicales.
FO
brille par son silence. Par contre, il y a un communiqué de la direction de la
CGT :
« La
CGT est favorable à la sécurité des manifestations et de ceux qui y
participent. Quels sont les ordres donnés par les autorités publiques aux
forces de l’ordre ? Quels moyens leur sont attribués pour assurer une
réelle sécurité ? Les autorités doivent tout mettre en œuvre pour y
parvenir. »
Le rôle
de la police serait donc d’assurer la sécurité des manifestants ? Les
travailleurs, les jeunes qui, en particulier depuis le mouvement contre la loi
El Khomri, ont subi le déferlement de la violence policière apprécieront !
Mais il est vrai que depuis ce même mouvement, la direction de la CGT s’est
illustrée par des prises de position appelant ouvertement au renforcement de
l’appareil répressif et condamnant ouvertement des prises de positions, y
compris au sein de la CGT, contre les violences policières. (On se rappelle de
la condamnation par Martinez de l’affiche d’Info’com CGT présentant une
panoplie de CRS ensanglantée du sang de manifestants.)
L’appel à la journée d’action du 9 octobre
Les
directions syndicales qui au niveau confédéral ont à nouveau été invitées dans le
bureau de Philippe à la rentrée pour caler de manière plus précise l’agenda des
contre-réformes ont décidé d’agrémenter le bal des concertations d’une journée
d’action le 9 octobre. Après une première partie où la politique
gouvernementale est évoquée dans les termes le plus vague possible en prenant
soin de ne jamais qualifier avec précision les contre-réformes
gouvernementales, l’appel enchaîne :
« Les
organisations signataires appellent le gouvernement à entendre les attentes
sociales multiples qui s’expriment dans le public et le privé, par les actifs,
les jeunes, les demandeurs d’emploi et les retraités-es, et qu’il ne soit plus
uniquement guidé par l’obsessionnelle diminution de la dépense publique. Au
moment où est annoncée une fois encore l’explosion des dividendes en France et
dans le monde, il est temps de mener une politique de partage des richesses
pour augmenter les salaires, les pensions et les minima sociaux.
Face
à cette situation et à des décisions régressives qui s’opposent aux demandes légitimes
des travailleurs et de la jeunesse, l’heure est à la défense des fondements de
notre modèle social et à la conquête de nouveaux droits. »
C’est
pourquoi, les organisations signataires décident de faire du 9 octobre prochain
une première journée de mobilisation et de grève interprofessionnelle,
étudiante et lycéenne. »
C’est
évidemment tout le contraire d’une déclaration de guerre que cet appel à « entendre
les attentes sociales ». C’est le complément indispensable au
« dialogue social » et l’invitation faite au gouvernement à le
renforcer. Il se situe intégralement dans le cadre des objectifs du
gouvernement qu’il invite simplement à moduler. La « diminution de la
dépenses sociale », d’accord mais pas seulement : voilà ce qu’écrit
explicitement le communiqué qui prend soin de ne pas évoquer le budget 2019 qui
selon toute probabilité sera en discussion à l’Assemblée à ce moment-là !
Sauf si
survient un évènement imprévu d’ici le 9 octobre, il y a fort à parier que cet
appel – qui d’ailleurs n’est pas en réalité un appel à la grève – sera
fraîchement reçu par les travailleurs. Il servira essentiellement à alimenter
la ritournelle selon laquelle « les travailleurs ne veulent pas se
battre ». Il vise d’abord à démoraliser les travailleurs et à amplifier
leur désarroi.
Une voix à remarquer dans les organisations ouvrières
Dans ce
contexte marqué par les défaites et la coopération renforcée des appareils
syndicaux aux contre-réformes, existent néanmoins dans les organisations
syndicales une résistance à la politique des appareils centraux. On l’avait
noté au congrès confédéral FO. Elle existe aussi dans la CGT. Notons par
exemple la prise de position de la CGT 94 (que personne n’a rendue publique et
surtout pas ce qu’il est convenu d’appeler l’« extrême gauche »),
adressée à la direction nationale de la CGT la veille du 17 janvier :
« À
la direction confédérale
« À
Créteil, le 16 juillet 2018
« Cher-e-s
Camarades,
« Il
me revient la responsabilité de vous faire part de notre consternation devant
le choix fait par la CGT de participer à la réunion des huit premier-ères
dirigeant-e-s d’organisations syndicales de salarié-e-s et du patronat ainsi
qu’à la grande messe organisée par le monarque Emmanuel 1er le 17 juillet
prochain à l’Élysée.
« Au
vu du contexte dans lequel nous sommes, caractérisé par des milliers de
licenciements, par un accroissement de la pauvreté et du chômage, par des
attaques inédites sur le droit du travail, par un laminage sans précédent des
services publics et de la protection sociale, par un racket et un détournement
historique de nos richesses aux seuls bénéfices des actionnaires, des stars du
CAC 40 et des foyers les plus riches, nous qualifions cette décision syndicale
nationale comme une pure folie ! (...)
« C’est
une mauvaise farce que de prétendre que nous allons sauver, par ce biais, le
fameux « paritarisme « et le vertueux « dialogue social »
derrière lesquels s’abritent tous les ambulateurs et professionnels du
syndicalisme qui n’ont produit, en réalité, que misère, reculs civilisationnels
et désespérance ! (...)
« Après
les ordonnances sur le code du travail, l’adoption à la hussarde de la
contre-réforme ferroviaire, les confirmations récentes de dizaines de milliers
de suppressions d’emplois dans la Fonction publique, après l’ISF, la
suppression de la taxe sur les dividendes, la CSG ou les APL, après que Macron
a confirmé son cap et sa détermination à aller au bout du mandat que lui ont
confié ses amis de la finance internationale et du Medef, cette décision de
notre « CGT d’y participer (malgré tout) dépasse tout entendement
possible !
« Venant
du prince, ce véritable subterfuge intervenant après nous avoir méprisés et
massacrés, ne servira, en vérité, qu’à faire avaliser sa politique destructrice
par les fameux « partenaires sociaux « .
D’autres
formulations de ce texte sont sans doute plus discutables. Il n’empêche qu’il
pose clairement la nécessité de la rupture avec le gouvernement. Il est certain
qu’il correspond à l’état d’esprit non seulement d’un grand nombre de syndiqués
et militants CGT, mais aussi à une large fraction de travailleurs du rang.
Plus que jamais combattre pour la rupture des directions syndicales
avec le gouvernement
Dans
les circonstances actuelles, la tâche principale consiste à renforcer cette
aspiration, à exiger la rupture des directions syndicales avec le gouvernement.
Martinez lui-même doit en tenir compte... pour mieux la combattre. Le Monde du 1er septembre lui
fait dire à propos de l’assurance-chômage : « On nous convoque
pour expliquer ce qu’on va faire cette année (...) Et puis on nous dit :
« De toute façon on fera ce qu’on voudra » a t-il regretté. Ce
dernier a également prévenu que sa centrale ne jouerait pas « les faire
valoir » du gouvernement et prévenu qu’elle ne participerait pas « à
une pseudo consultation ni à une négociation » si les partenaires sociaux
qui gèrent le système, n’ont pas de marge de manœuvre ».
Martinez
évoque ainsi la possibilité de ne pas participer. C’est un os à ronger qu’il
donne aux militants. Il se réserve la possibilité de se livrer à ces départs
d’opérette tels qu’ils ont eu lieu au printemps dans la Fonction publique, où
les dirigeants sortaient par la porte de la concertation un jour... pour mieux
y revenir le lendemain par la fenêtre. Mais aucune illusion ne doit être
entretenue. La véritable rupture avec le gouvernement ne peut être imposée que
par les travailleurs eux-mêmes et leur mobilisation. La préparer, c’est
multiplier les initiatives, les prises de positions dans les organisations
syndicales, les délégations de travailleurs aux dirigeants syndicaux.
Car
aujourd’hui, les travailleurs ne peuvent se saisir que de leurs organisations
syndicales. Au plan des partis issus du mouvement ouvrier, la décomposition
s’approfondit. Le congrès du PCF se prépare dans une situation où
l’affrontement des différents courants porte sur la question insoluble
d’interrompre le cours fatal qui mène à sa disparition : ce sont les
spasmes de l’agonie.
Quant
au PS, il faut certes noter qu’en décidant de rebaptiser son groupe à
l’Assemblée « groupe socialiste », il a écarté la perspective de sa
disparition formelle. Mais toute son orientation – son refus dans la dernière
période de se prononcer pour le retrait des ordonnances Macron, sa prise de
position pour la sélection à l’université (voir les CPS antérieurs) – après 5 ans de gouvernement sous la présidence de
Hollande –, lui barre toute possibilité de redressement. C’est ce sur quoi
s’appuie Mélenchon pour continuer à œuvrer à sa disparition avec la complicité
de la fausse gauche du PS – les Maurel et autres Lienemann – qui s’apprête à le
rejoindre sur un terrain que Maurel explicite dans Le Monde du 28 août : « Le retour des frontières, ce
n’est pas nouveau (...) Je me reconnais totalement là dessus. Je suis pour une
politique de contrôle des flux migratoires.(...) La gauche ne doit pas avoir
honte de parler de nation, de frontière, de laïcité. On ne va pas laisser ça à
la droite et à l’extrême droite ».
Voilà
le terrain fangeux sur lequel s’opère ce nouveau regroupement, terrain sur
lequel il y a du monde ! On comprend que pour Mélenchon, le débauchage de
Maurel n’a rien d’incompatible avec les invitations à LR et « la
convergence assumée » avec lui.
C’est
appuyés sur une tout autre tradition que peuvent se rassembler les premiers
matériaux pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire : celle de
la Commune de Paris qui avait intégré à sa propre direction des militants
étrangers, selon la résolution qu’elle avait adoptée : « Considérant que le drapeau de la Commune est
celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit
de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent (...), la commission
est d’avis que les étrangers peuvent être admis » ; celle aussi
du Manifeste, qui nous rappelle que « les
prolétaires n’ont pas de patrie ».
Le
Groupe pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire n’est pas le parti
révolutionnaire dont le prolétariat a besoin. Il n’en est pas même l’embryon.
Il sait que ce parti se construira sur la base de processus politiques
intervenant dans les organisations ouvrières, et aussi de manière privilégiée
dans la jeunesse. Il entend cependant œuvrer à la construction de ce parti
nécessaire en s’appuyant sur les acquis politiques indispensables à sa
construction qui sont ceux des 1ère, IIe, IIIe
et IVe Internationales, ainsi que ceux du Comité constitué par
Stéphane Just, acquis vivifiés par l’intervention dans la lutte des classes à
la mesure de ses forces. Nous invitons nos lecteurs à renforcer cette activité
militante.
Le 14 septembre 2018
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93100 MONTREUIL ]