Éditorial du bulletin « Combattre pour le socialisme » n°65 (n°147 ancienne série) - 1er juin 2017 :

 

Appuyé sur la défaite d’une rare ampleur subie par le prolétariat aux présidentielles,

Le gouvernement Macron-Philippe, gouvernement du capital financier,

se dispose pour frapper durement le prolétariat et la jeunesse

Un gouvernement issu d’une cuisante défaite du prolétariat,
défaite qui n’est pas ordinaire, sur le terrain électoral

 

Le gouvernement Macron-Philippe est connu. Il est le produit d’une défaite ouvrière sur le terrain électoral qui n’est pas n’importe quelle défaite.

Cet éditorial ne peut revenir sur le supplément CPS de 8 pages que nous avons publié en date du 14 mai (Après l’élection présidentielle, un premier bilan politique, à consulter sur le site http://socialisme.free.fr). Nous y renvoyons le lecteur.

La victoire de Macron au second tour a été précédée d’un premier tour où les candidats des partis issus du mouvement ouvrier ont été écrasés. Elle procède d’un appel entre les deux tours au "front républicain" au second tour par lequel, dans des termes plus ou moins clairs sans doute, mais sans ambiguïté, les dirigeants du PS, du PCF, de la CGT, de la FSU, de l’UNEF – et à sa façon de FO – ont appelé à voter pour le banquier Macron.

Elle crée une situation politique où l’existence du PS comme celle du PCF est directement menacée. A cet égard, la place de Mélenchon et de La France insoumise apparaît chaque jour plus clairement : son objectif avoué est la destruction de ces partis (voir plus bas).

Combattre pour le Socialisme a toujours clairement caractérisé le PS et le PCF pour ce qu’ils sont : des partis "ouvriers-bourgeois" - pour reprendre la formule de Lénine - : "ouvriers" par leur histoire, qui fait que la classe ouvrière depuis des décennies tente de les utiliser contre les partis du Capital ; bourgeois (100 % bourgeois) par leur politique et leur programme. Combattre pour le Socialisme combat pour la construction d’un Parti ouvrier révolutionnaire, d’une Internationale ouvrière révolutionnaire.

Mais précisément, on doit constater qu’aujourd’hui, la liquidation du PS et du PCF – si elle devait aller à son terme –, ne se ferait nullement au profit de la construction d’un Parti ouvrier révolutionnaire. Elle aboutirait au contraire à une situation où la classe ouvrière serait dénuée de tout espèce de parti. Elle signifierait donc pour le prolétariat un recul historique qui va bien au-delà d’une simple défaite électorale comme il a pu en exister dans le passé. Seuls les imbéciles et les traîtres peuvent voir dans cette situation quelque chose de favorable au prolétariat sous prétexte que PS et PCF ont mille fois dans le passé fait preuve de leur soumission à l’ordre bourgeois.

Certes, il ne convient pas d’établir le constat de décès de ces partis tant que celui-ci n’est pas effectif. L’agonie n’est pas encore la mort. Mais il faut indiquer la nouveauté de la situation. En termes médicaux, s’agissant du PS et du PCF, le pronostic vital est engagé.

 

La composition du gouvernement Macron-Philippe

 

Le 17 mai, la composition du gouvernement a été annoncée. Il porte la marque de la brutale défaite du prolétariat. La défaite ouvrière à la présidentielle est aussi une victoire de la bourgeoisie qui lui permet de mettre à l’ordre du jour la marche forcée à la destruction de ce qu’il reste d’acquis ouvriers. Gattaz, le président du MEDEF, ne s’y est pas trompé. Il a immédiatement approuvé le programme de Macron, ou plutôt reconnu le programme de Macron comme le sien. Certes (voir sup. CPS du 14 mai), ), il y a aussi crise de la représentation politique de la bourgeoisie avec l’élimination au premier tour du candidat LR, et la fracture ouverte dans ce parti quant à l’attitude à adopter à l’égard du gouvernement Macron-Philippe. Mais cette crise ne peut en aucun cas être mise sur le même plan que celle qui frappe les partis ouvriers (bourgeois).

La composition politique du gouvernement l’indique : c’est le gouvernement du capital financier. Il est composé de membres de formations politiques de la bourgeoisie, de grands commis du patronat (ce sont parfois les mêmes), de hauts fonctionnaires d’État. Il exprime la fusion qui caractérise le capitalisme à son stade impérialiste : représentants des banques et de l’industrie dans le cadre du capital financier, membres de la haute administration et de l’appareil d’État lui-même.

Commençons par les membres des partis et mouvements bourgeois. C’est évidemment le cas des ministres LR, à commencer par le Premier ministre Philippe. C’est aussi le cas des ministres du mouvement En Marche constitué autour du président banquier Macron, que ceux-ci soient ou non issus du PS. Le  pedigree de quelques-uns de ces membres est indicatif :

Édouard Philippe, désormais Premier ministre, membre fondateur de l’UMP puis de LR, est un ancien dirigeant d’Areva. A ce titre, il y a défendu et défend les intérêts d’Areva menacés au Niger, intérêts qui constituent une des motivations essentielles de l’intervention française au Mali et au Niger même. En 2014, il est cité par la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique (HATVP) pour "manquement grave sur sa déclaration de patrimoine". Mais en 2017, nécessité faisant loi, la même Autorité ne trouve rien à redire.

Nicolas Hulot, l’« écologiste » de service. Visiblement pas gêné de travailler sous la direction du très pro-nucléaire Philippe. Il est vrai que le parcours de Hulot marque une capacité à peu près illimitée à se vendre au plus offrant. Sponsorisé par EDF et Total, auxiliaire de Sarkozy au moment du Grenelle de l’environnement, puis "conseiller spécial" de Hollande, il offre toutes les garanties nécessaires au service du capital.

Le Drian, ci-devant ministre de la Défense de Hollande, l’homme de toutes les interventions impérialistes de Hollande va-t-en-guerre du Mali à la Syrie, en passant par la République Centrafricaine. Grand spécialiste des négociations en vente d’armes en direction de Sissi, le dictateur d’Égypte, de l’Arabie saoudite, qui utilise les chars Leclerc pour écraser la population yéménite, etc. Il devient ministre des Affaires étrangères.

Le Maire, ministre de l’Économie. Candidat à la primaire de LR, il y avait tenté de doubler Fillon sur sa "droite" en matière d’attaques contre les masses : 500 000 suppressions de poste de fonctionnaires, privatisation totale de Pôle emploi, retraite à 65 ans par ordonnance, suppression totale de ce qui reste des régimes spéciaux, etc., figuraient dans sa plate forme.

Bayrou, éternel représentant du parti clérical, l’homme qui avait réussi en 1994 à dresser plus d’un million de travailleurs et jeunes laïques contre son amendement clérical à la loi Falloux.

Collomb, ministre de l’Intérieur, n’est pas seulement connu par son train de vie de grand bourgeois et son goût immodéré des voitures de luxe. Il est aussi un patron de choc à Lyon contre les personnels communaux (mais plébiscité par les flics, y compris le "syndicat" Alliance – regroupement des policiers d’extrême droite), précurseur à Lyon en matière de vidéo-surveillance et rallié à l’armement de la police municipale. Par ailleurs, il s’est illustré par des propos contre les réfugiés qui « viennent par opportunité ». Il a nommé comme Directeur de cabinet Fatucci ex-préfet du Doubs, expulseur de Léonarda. Dans son travail de premier flic de France, il sera d’ailleurs secondé par Strzoda, « monsieur flash ball », directeur de cabinet de Macron. Ce dernier est bien connu des travailleurs et jeunes de la région rennaise dont il était préfet qui lui ont donné ce "titre". Il a été, à Rennes, à l’avant-garde de la répression et de l’instauration de l’État policier : assignations à résidence, interdiction de manifester dans le centre ville, violences et provocations policières, allant jusqu’à l’énucléation d’un jeune étudiant rennais...

Darmanin, autre représentant de LR, prend la tête du ministère de l’ « Action et des comptes publiques » qui englobe la Fonction publique et la Sécurité sociale. Cet ex-Sarkozyste a intégré le staff de campagne de Fillon et est un adepte de son programme de suppression des centaines de milliers de postes de fonctionnaires et de coupes dans les dépenses publiques.

On nous pardonnera de ne pas faire, faute de place, le portrait des Ferrand (ex-PS, initiateur d’En Marche) et Mézard ("radical de gauche") qui pourtant le mériteraient.

Le gouvernement comprend aussi, en nombre, des représentants directs du grand patronat, ayant siégé dans les Conseils d’administration des grandes entreprises capitalistes ou y ayant occupé des postes de direction.

C’est le cas de la ministre du travail, Muriel Pénicaud (directrice de Business France, ancienne dirigeante du trust Danone). Il est important de noter qu’elle y sera entourée notamment d’Antoine Foucher, 37 ans, qui a été directeur général adjoint du Medef de 2012 à juin 2016, de Pierre-André Imbert, présenté comme le père de la loi El Khomri, de Franck Morel ancien conseiller de Xavier Bertrand, pourfendeur de "l’obésité" du code du travail.

Mais il faut particulièrement mettre en exergue la place de Stéphane Lardy, qui était il y a encore quelques mois un des secrétaires confédéraux Force Ouvrière et qui, à ce titre, était responsable de la délégation FO lors des négociations sur l’assurance-chômage... que le gouvernement Macron  se propose de liquider (voir plus bas).

Élisabeth Borne, ministre des Transports, est quant à elle une ancienne dirigeante du groupe Eiffage, et récemment PDG de la RATP :  l’essentiel de son activité aura été la préparation à l’ouverture à la concurrence de l’entreprise publique.

Françoise Nyssen, est dirigeante du groupe d’édition Actes Sud. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est bien connue pour ses liens avec les trusts pharmaceutiques dont elle défend la mainmise sur les instances d’autorisation de mise sur le marché des médicaments – dont on a vu récemment les conséquences dramatiques pour les patients.

 

Blanquer et Vidal, duo de ministres chargés de dynamiter l’enseignement public
et le droit aux études dans l’enseignement supérieur

 

Il faut attribuer une place particulière au ministre de l’Éducation et à celui de l’Enseignement supérieur.

Le Figaro du 18 mai dresse ainsi le portrait de Blanquer :

« Grand ami de François Baroin, auteur d’une biographie sur son père Michel Baroin, Jean-Michel Blanquer, 52 ans, aime brouiller les pistes. On l’attendait plutôt ministre de l’Éducation de François Fillon. “Il avait ses entrées. Et il nous avait sollicités à plusieurs reprises”, soupire l’un des proches du candidat défait des Républicains. C’est finalement au sein du gouvernement d’Édouard Philippe qu’il décroche le très politique ministère de l’Éducation nationale. Directeur adjoint au cabinet de Gilles de Robien, alors ministre rue de Grenelle en 2006, l’homme n’a connu son premier vrai baptême médiatique qu’en 2008. Tout récent recteur de Créteil, il doit alors faire face à une grève de lycéens émaillée d’incidents.

Dans ce rectorat, le deuxième de France, il fourmille d’idées de plus en plus remarquées: il fait chanter la marseillaise aux écoliers, invente des stages de “tenue de classe” pour les professeurs, crée un ”internat d’excellence” à Sourdun qui accueille des élèves méritants issus de milieux défavorisés dans une ancienne caserne militaire.... »

Libération précise le tableau :

« A l’automne dernier, Jean-Michel Blanquer publiait l’École de demain, un livre avec des propositions suffisamment détaillées pour ressembler à un programme politique. A la relecture, on y retrouve plusieurs mesures prônées par Macron. Ainsi préconisait-il de “diviser par deux la taille des classes” en éducation prioritaire. Blanquer écrivait aussi vouloir “bâtir un système d’évaluation permettant de mesurer les performances des établissements et les acquis des élèves” – il avait sous Sarkozy mis en place les évaluations très contestées en CE1 et en CM2. Il est aussi un fervent défenseur de l’autonomie : des chefs d’établissement avec des pouvoirs renforcés, pouvant constituer leur équipe (recruter les enseignants sur des postes à profil), puis de les évaluer. Il va plus loin encore, favorable à l’annualisation du temps de travail des enseignants pour ainsi laisser aux établissements “l’autonomie en matière d’usage des volumes horaires”»...

« Enfin, élément important à ajouter à sa biographie : Blanquer gravite comme plusieurs membres de l’équipe d’Emmanuel Macron autour de l’Institut Montaigne, un think tank libéral. Il l’assume et le revendique même. Au début de son ouvrage, il remercie l’équipe : “L’expérience et la vision [de l’Institut Montaigne, ndlr] ont nourri ce texte”».

La politique très réactionnaire des gouvernements Hollande avait déjà considérablement élargi les brèches dans l’édifice de l’enseignement public, son caractère national, ses programmes, diplômes, statuts nationaux : rythmes scolaires, liquidation des décrets de 50, réforme du collège, etc. Mais ce qui est à l’ordre du jour cette fois-ci, c’est le dynamitage total du système.

Il n’en va pas autrement au niveau de l’Université : la ministre de l’Enseignement supérieur, Recherche et innovation. Frédérique Vidal et son directeur de cabinet T. Coulhon – qui a participé à l’élaboration du programme de Macron pour l’ESR - sont tous les deux présidents de l’une des 15 universités qui ont reçu le label « d’excellence » et qui entendent bien institutionnaliser leur prédominance. Les chefs de ces établissements ont constitué le CURIF (Coordination des universités de recherche intensive) en marge de la CPU (Conférences des présidents de [toutes] les universités) dont il faut indiquer quelques objectifs :

- différenciation en matière de financement, selon qu’il s’agit d’universités dites « d’excellence » ou non, c’est-à-dire surdoter les universités d’élite (les leurs) au détriment des autres transformées en « universités – poubelle » ;

- accentuation de l’autonomie des universités et le renforcement du pouvoir des présidents - avec la possibilité de choisir le statut de leur établissement, de leur mode de financement, de leur lien (de leur dépendance !) avec le patronal local, de la composition des conseils,… ;

- possibilité de recruter eux-mêmes les enseignants-chercheurs et plus généralement un pouvoir renforcé en matière de « ressources humaines » (nomination, progression de carrière, revenus, etc.) ;

- instauration de la sélection pour l’entrée en licence, etc.

Macron et son gouvernement immédiatement en charge de la défense de l’impérialisme français

 

Certes, ce gouvernement a un caractère provisoire. Il est possible qu’il subisse quelques modifications à l’issue des législatives. Ces modifications dépendent en particulier de la question de savoir si En Marche disposera ou non de la majorité absolue à l’Assemblée nationale, et de sa composition au lendemain des législatives. Au cas où il n’en disposerait pas, il devrait composer avec le groupe LR, ce qui n’aurait certes pas pour effet d’atténuer le contenu réactionnaire de sa politique anti-ouvrière !

Mais il entend immédiatement se mettre à la tâche au service de l’impérialisme français.

Macron s’est, sans délai, rendu en Allemagne pour rencontrer Merkel. La rencontre s’est faite dans le cadre du rapport de forces impitoyable entre le capitalisme allemand et le capitalisme français, en faveur du premier. En clair, pas plus que Hollande, Macron n’a les moyens d’imposer quoi que ce soit à l’Allemagne. Mutualisation des dettes en Europe, invitation à l’Allemagne de diminuer ses excédents par une politique de dépense publique – dont il n’est du reste pas sûr qu’elle profiterait aux capitalistes français – priorité aux entreprises européennes pour les marchés publics, voire mesures anti dumping (en particulier face à la Chine) : sur toutes ces questions c’est l’Allemagne qui fait la loi et la réponse est « Nein » ! La puissante économie allemande n’a nullement l’intention de porter le fardeau de ses concurrents plus faibles en Europe (dont la France). Elle n’a nullement l’intention de s’enfermer dans une sorte de protectionnisme européen. Sa prospérité tient à sa capacité à exporter sur le marché mondial, et elle sait que toute mesure protectionniste a son retour de bâton. Macron est donc rentré d’Allemagne avec... quelques phrases d’encouragement, et surtout d’encouragement à poursuivre les « réformes », à commencer par celle du marché du travail.

Le second voyage de Macron a été pour le Mali. Macron entend jouer pleinement de rôle qui lui est dévolu par les institutions de la Ve République : il est le chef des armées. Sa remontée des Champs-Élysées dans un véhicule militaire le jour de son intronisation est plus qu’un symbole. De changement, en est un autre le changement de nom du ministère de la Défense en ministère des Armées. Le maintien de Le Drian au gouvernement, son changement d’affectation même (du ministère de la Défense à celui des Affaires étrangères), c’est d’abord la continuation de la défense de l’impérialisme français, et donc de ses interventions militaires.

Mais, aucune illusion n’est permise pour ce gouvernement. Particulièrement au Mali (mais aussi au Niger, en République Centrafricaine), la « stabilisation » au profit de l’impérialisme français n’est pas pour demain ! La présence de moyens militaires considérables est donc nécessaire. L’impérialisme français ne peut prétendre « tenir son rang » que par une augmentation très importante du budget militaire. C’est du reste ce qu’a exigé sans ménagement avant même l’intronisation de Macron la hiérarchie militaire par la voix du chef d’état-major De Villiers. Macron a donné toute garantie d’abord dans son programme, promettant la progression du budget militaire à hauteur de 2 % du PIB, soit une augmentation à euros constants de plus de 50 % d’ici 2025. Mais c’est dès le prochain budget qu’une augmentation considérable doit intervenir. Bien évidemment, cette augmentation ne peut s’opérer que par la réduction concomitante des budgets assurant des services sociaux à la population (santé, école, dotations aux collectivités locales, etc.).

 

Renforcement de l’appareil de répression

 

Renforcement de l’appareil militaire, renforcement de l’appareil policier. Il faut noter que le ministre de l’Intérieur, Collomb, est le premier des ministres dans l’ordre protocolaire, ce qui a évidemment un sens. Il sera difficile à Macron et à son gouvernement de faire mieux que les gouvernements Hollande en matière de lois sécuritaires. Rappelons que l’un des derniers actes du gouvernement Hollande-Cazeneuve aura été l’adoption de la loi Sécurité publique qui donne aux policiers, en matière d’usage des armes, les mêmes droits qu’aux gendarmes, corps de l’armée. Mais le programme de Macron inclut le recrutement de 10 000 policiers supplémentaires, l’ouverture de 15 000 nouvelles places de prison, quand par ailleurs il annonce 120 000 suppressions de postes de fonctionnaires sur la durée du quinquennat. Se saisissant du prétexte de l’attentat de Manchester, Macron a décidé de prolonger l’état d’urgence, qui tend à devenir un état pérenne. La marche à l’État policier s’accélère. C’est le verso de la politique du gouvernement, dont l’autre face, le recto, est le « dialogue social » auquel le Premier ministre, Philippe, a indiqué dès les premières heures de sa prise de fonctions son attachement en prenant rendez-vous sans délais avec les dirigeants syndicaux (voir plus bas).

 

Un nouveau palier dans les attaques anti-ouvrières

 

Le gouvernement aura, à vrai dire, besoin de l’un (la répression de l’appareil d’État) et de l’autre (le dialogue social) pour mener à bien la violente offensive anti-ouvrière programmée.

Cette offensive anti-ouvrière est rendue nécessaire par l’état toujours plus déliquescent du capitalisme français. Le Monde titre pourtant dans son édition du 11 mai : « l’embellie économique française se confirme ». Mais, il faut lire la suite. « Le PIB devrait croître de 0,5 % au deuxième trimestre...[ndlr : à ce stade, il ne s’agit que d’une conjecture] L’INSEE fait état, mercredi 10 mai d’un net rebond de la production industrielle en mars ; elle a augmenté de 2 % alors qu’elle avait reculé de 1,7 % au mois précédent [ndlr : le moins qu’on puisse dire, c’est que rien ne permet de dire qu’on a affaire à une tendance de fond et de long terme !] Par ailleurs, le déficit commercial, talon d’Achille de l’économie hexagonale, s’est réduit en mars à 5,4 milliards d’euros, ont annoncé, mercredi, les douanes [ndlr : en clair, le déficit perdure, donc pas de quoi pavoiser d’autant que...] Et ce, grâce au repli des approvisionnements en énergie [ndlr : qui normalement est plutôt la manifestation d’une baisse d’activité] et à un regain des exportations des produits industriels ». L’article conclut : « Sur douze mois, le déficit commercial cumulé atteint 55,6 milliards contre 48,4 milliards pour l’année 2016 et 45,2 milliards en 2015 ». En clair, si l’on s’en tient aux chiffres réellement disponibles et non à des spéculations hasardeuses, la situation continue à empirer.

D’autres chiffres le confirment. Selon la Commission européenne, le déficit public devrait repasser au-dessus de 3 % dès 2018, et la France serait donc maintenue sous la procédure des « déficits excessifs ». « La France est un des rares membres de la zone euro, avec la Grèce, l’Espagne et le Portugal, à faire encore l’objet de cette surveillance rapprochée des institutions. L’an prochain, elle risque de se retrouver bonne dernière... »

Le gouvernement Macron-Philippe n’a pas d’autre manière de répondre à cette situation que l’accélération des attaques contre les masses. Cette accélération, nécessaire du point de vue du Capital, est par ailleurs jugée possible du fait des rapports entre les classes. Le gouvernement Macron- Philippe, tout comme le MEDEF, juge qu’il faut profiter de la situation où le prolétariat  est sonné par les défaites encaissées d’abord sur le terrain de la lutte des classes directe avec la loi El Khomri, puis sur le terrain électoral avec le désastre à la présidentielle. Ils ont évidemment quelques raisons de le penser, même si en matière de lutte des classes, tout pronostic est hasardeux.

 

Un programme copieux contre le prolétariat et la jeunesse

 

Le programme du gouvernement Macron-Philippe est donc particulièrement copieux en matière d’attaques anti-ouvrières :

- attaque d’une violence inédite contre la Sécurité sociale avec la suppression de la cotisation dite « salariés », qui est en réalité une cotisation payée par le patron au titre du salaire différé. Cette suppression est frauduleusement présentée comme une augmentation de salaire. La suppression des recettes serait compensée par une augmentation de la CSG. Ce serait un pas de première importance vers l’étatisation de la Sécurité sociale ;

- liquidation du régime de retraites par répartition au profit d’une retraite « par points », autrement dit individualisation totale du système des retraites ;

- liquidation de l’assurance-chômage salariés financée par le patronat au profit d’une indemnisation de l’inactivité ouverte aux non-salariés, gérée et financée par l’État, donc par l’impôt des travailleurs ;

- privatisation totale de la SNCF et liquidation totale de ce qui reste du statut particulier des cheminots de la SNCF ;

- et immédiatement (voir plus bas), dynamitage du code du travail par ordonnances.

 

Dans la lignée des gouvernements précédents, le gouvernement Macron-Philippe entend réserver des coups particulièrement violents à l’enseignement public :

- dans le primaire, accentuation de la mise sous la tutelle des collectivités territoriales des écoles. Les "rythmes scolaires" seront maintenus ou non sur décision des mairies et selon les moyens financiers des communes. L’inégalité déjà induite par la « réforme des rythmes » est ainsi posée en principe. Par ailleurs, le projet de transformation des directeurs d’école en fonctionnaires d’autorité – qui a toujours buté sur la résistance farouche des enseignants – sera relancé pour mise en œuvre effective ;

- dans le secondaire, « l’autonomie » sera poussée à son terme, chaque établissement en collège disposant « librement » de sa répartition horaire. Le baccalauréat, à l’exception de quatre matières, sera ramené à un examen sous forme de « contrôle continu ». Il sera en réalité liquidé comme « premier diplôme universitaire » (voir plus bas). Prenant appui sur les contre-réformes du statut engagés par les gouvernements Hollande, et les poussant jusqu’à leur terme, les professeurs seront recrutés par les chefs d’établissement ;

- l’enseignement professionnel public sera liquidé purement et simplement. Toute la formation professionnelle se fera sous forme d’apprentissage sous la coupe directe du patronat. Alors même que les dirigeants de la FSU et du SNES saluaient l’arrivée de Macron, le syndicat de la FSU des lycées professionnels lui-même a dénoncé cette orientation.

Bien sûr, la jeunesse étudiante est dans le collimateur :

- prenant appui sur la scélérate loi Belkhacem instaurant la sélection en maîtrise, le gouvernement Macron-Philippe entend l’établir également dans un premier temps au niveau de la licence. Mais à l’évidence, il n’entend pas s’arrêter là. L’accès à tous les niveaux à l’enseignement supérieur se fera sur la base de « prérequis » fixés par les universités elles-mêmes. Cette instauration de critères de sélection particuliers à chaque université est évidemment parfaitement complémentaire avec la liquidation du baccalauréat comme premier grade universitaire ;

- par ailleurs, les universités – c’est-à-dire les Conseils de Gestion et leur président - décideront elles-mêmes de leur recrutement. Elles pourront décider de « diversifier leurs sources de financement », ce qui signifie non seulement le financement patronal – et le pouvoir patronal qui va nécessairement avec –, mais aussi la libre possibilité de faire appel au financement par les étudiants eux-mêmes, c’est-à-dire l’explosion du coût des inscriptions, la remise en cause la plus brutale du droit aux études.

 

Aux élections législatives, du côté des formations et des partis bourgeois

 

Certains objecteront que la mise en œuvre de ce programme est suspendue de manière immédiate aux résultats des législatives. Certes le résultat des législatives comprend une part d’incertitude. Mais il faut dire où est l’incertitude. Elle ne porte nullement sur la possibilité qui existerait pour la classe ouvrière de renverser le résultat de la présidentielle. Il n’existe pas la moindre possibilité qu’une majorité PS-PCF soit reconduite.

L’incertitude porte sur la possibilité ou non pour le mouvement En Marche (rebaptisé La République en marche) de disposer de la majorité absolue en sièges. Notons que la réforme Jospin de la Constitution, qui a fait procéder les législatives de la présidentielle, vise, autant que faire se peut, à donner au président de la république une majorité à sa botte. Notons aussi – ce qui ne va pas du point de vue de la bourgeoisie sans poser problème – qu’En Marche n’est pas un parti. C’est un conglomérat de politiciens bourgeois – d’origines diverses, dont une partie est issue de l’appareil bourgeois du PS – coalisés  de manière verticale autour du seul Macron et attirés par le goût commun pour les prébendes du pouvoir. Le problème que cela pose est évidemment le degré de cohérence et de fiabilité d’un tel mouvement en cas d’épreuve sérieuse affrontée par le gouvernement.

L’opération Philippe (et l’entrée au gouvernement de Le Maire et Darmanin) visait à casser en deux LR, et donc à l’affaiblir pour lui interdire de disposer – ce qui était évidemment son but - d’une majorité à l’Assemblée. Il est clair que l’opération a pour une part atteint son but, comme l’atteste l’appel de 170 élus LR à collaborer avec Macron. La question demeure pourtant posée de savoir si cela sera suffisant pour permettre à En Marche de disposer de la majorité à l’Assemblée.

C’est d’autant moins évident qu’outre l’électorat LR, une large part de l’électorat des partis bourgeois va se retrouver dans le vote Front national, dans la foulée des 10,7 millions de voix obtenues par Le Pen au second tour. Il faut pourtant remarquer que, suite à la présidentielle, la crise s’est également ouverte au sein du FN : retrait (provisoire) de la vie politique de Marion Maréchal-Le Pen, constitution du regroupement Les Patriotes autour de Philippot. Que la crise surgisse sur la position par rapport à l’Euro ne doit rien au hasard. Le rétablissement du franc et la rupture avec la zone euro sont en réalité les principaux points qui gênent vraiment le patronat français dans le programme du FN. Une partie de la direction du FN pousse celui-ci à se débarrasser de cette prise de position pour en rester au vieux fonds archi-réactionnaire de l’extrême droite : la chasse aux immigrés, le cléricalisme et la défense de la famille (c’est–à-dire la remise en cause des droits des femmes), celle de l’appareil policier et du colonialisme, tout terrain sur lesquels pourrait se nouer un accord avec tout ou partie de LR, comme l’indiquent les appels du pied de Maréchal-Le Pen à Wauquiez, et donc s’ouvrir la perspective réelle d’accéder un jour au gouvernement.

 

Le PS à l’agonie

 

Si considérables soient les soubresauts qui agitent les partis bourgeois, ils n’ont pourtant pas la même dimension que la crise d’agonie qui secoue profondément le Parti socialiste.

Le score misérable du candidat du PS a libéré toutes les forces qui œuvrent depuis des années à sa destruction en son propre sein d’abord. Ce score sanctionne d’abord la soumission constante des députés du PS pendant 5 ans à la politique violemment anti-ouvrière des gouvernements Hollande.

Déjà depuis de nombreux mois, plusieurs dizaines d’élus du PS étaient à l’initiative de la candidature Macron. Avant même le premier tour, à la suite de Valls, Le Drian, Hollande appelaient à voter Macron – alors que Hamon multipliait à l’égard des deux derniers les hommages les plus pitoyables. Le Foll, Royal, Touraine, Cazeneuve ne disaient pas un mot, ne serait-ce que pour indiquer qu’ils voteraient pour lui.

A peine la sanction du premier tour tombée, la direction du PS unanime appelait à voter Macron. Valls annonçait quant à lui, la mort du PS et sollicitait dans sa circonscription le label En Marche. Macron, adepte de la formule « malheur aux vaincus », s’est d’ailleurs offert le luxe de la lui refuser. Le plus remarquable n’est pourtant pas là, mais dans le fait que non seulement le PS n’a pris aucune sanction contre Valls, mais qu’il a décidé de ne pas présenter de candidat contre lui. Autrement dit, il accorde sa bénédiction à ses assassins.

La plateforme des candidats du PS ne vaut d’être lue que pour mieux repérer ce qu’elle ne contient pas. On n’y trouve pas la moindre condamnation du programme de Macron, à peine l’évocation en trois mots du rejet du recours aux ordonnances sur le code du travail. Le titre de cette plateforme, « une gauche constructive », dit d’ailleurs tout : le PS est pleinement disposé à collaborer avec Macron si celui-ci a besoin de lui.

Il est vrai que parmi les dirigeants du PS pas une seule voix ne se lève en défense du Parti. Sans doute, avant le premier tour, quelques réactions dans le PS se sont manifestées pour le départ du PS – même pas l’exclusion d’ailleurs - de ceux qui avaient appelé à voter Macron. Mais, même ces réactions assez limitées n’ont pas trouvé le moindre relais au sein de quelque dirigeant du PS que ce soit. Cela vaut bien sûr pour ceux qui soutiennent ouvertement Macron. Mais c’est également vrai pour les autres.

Ainsi Hamon se propose de fonder un mouvement pour « reconstruire une gauche inventive qui dépassera les étiquettes politiques ». Il s’agit, sur les ruines du PS, de construire un mouvement commun avec une partie d’EELV, formation totalement étrangère au mouvement ouvrier.

Le discours est strictement équivalent chez le tandem Aubry-Hidalgo (cette dernière a reçu en grandes pompes Macron fraîchement élu à la mairie de Paris). Associées à Taubira – qui a toujours été extérieure au PS, ancienne candidate MRG en 2002 contre Jospin à la présidentielle – elles ont décidé de fonder elles aussi un mouvement : « Dès demain ». Son texte fondateur est une bouillie idéologique difficile à lire jusqu’au bout, dont est évidemment absente toute référence aux intérêts ouvriers, mais où l’on trouve au passage la phrase suivante, lourde de sens : « Aujourd’hui, plus que jamais, le moment est venu de nous émanciper des vieux carcans d’hier et des débats strictement internes aux appareils politiques pour créer un mouvement, dont le rôle sera d’identifier les solutions et les réussites locales, et de travailler à leur mise en œuvre à toutes les échelles de territoires : locale, nationale et européenne. » On peut mettre en œuvre les « réussites locales » avec Macron-Philippe au gouvernement – qui ne constituent donc pas un problème. Et surtout, il faut en finir avec « les vieux carcans », avec le premier d’entre eux : le Parti socialiste.

De Valls à Hamon, en passant par Aubry, Le Foll et Hollande, il y a sans doute entre eux plus d’une nuance. Mais il y a aussi un point commun essentiel : il faut en finir avec l’existence du PS. Comme un symbole, Hollande, après avoir quitté l’Élysée, a fait le même chemin que celui accompli par Mitterrand en 1995. Celui-ci se rendant au local du PS, avait affirmé que l’existence du PS était indispensable à la conquête du pouvoir. Au terme de ce même chemin, Hollande au local du PS a en réalité tenu le discours strictement inverse : « Le socialisme durera et perdurera, peut-être sous d’autres formes mais il durera ». L’essentiel est évidemment l’appel à « d’autres formes », c’est-à-dire à la disparition du PS tel qu’il est.

Cambadélis annonce la couleur dans Le Figaro du 22 mai : « Je pense que le PS va se refonder, se reformuler, se restructurer, qu’il y aura beaucoup de travail », prévient-il, en précisant qu’il veut participer à cette recomposition : « Je serai au milieu de ce travail.»

Dans de telles circonstances, il est inéluctable que la bérézina de la présidentielle soit prolongée par un waterloo des législatives. Déjà, c’est partout le sauve-qui-peut, entre floraison de candidatures « dissidentes » et candidatures annonçant dès maintenant le ralliement à Macron – et bénéficiant à ce titre de la non-concurrence d’En Marche. C’est le cas de Le Foll, Touraine, Vaillant, El Khomri. Tous, en particulier cette dernière, n’ont pas volé la bienveillance du banquier.

Au-delà même des législatives, la question de savoir si le PS existera encore dans quelques mois est posée. La liquidation du Parti dont l’ancêtre – la SFIO – a été créée il y a 112 ans en 1905, constituerait une modification profonde de la situation politique. Le vieux parti – certes corrompu et inféodé jusqu’à la moelle à l’ordre bourgeois – que, périodiquement, la classe ouvrière et la jeunesse utilisaient pour chasser les partis bourgeois, disparaissant, la France serait ramenée à une situation « à l’américaine » ou, plus près de nous, « à l’italienne ». Cela signifierait que les seuls partis existant, en particulier lors des échéances électorales, seraient des partis purement bourgeois. Pour le prolétariat, et en l’absence d’un parti ouvrier révolutionnaire, ce serait un formidable retour en arrière.

 

PCF : vers une quasi-disparition à l’Assemblée

 

Il ne fait pas de doute que ces législatives vont être marquées, par la quasi-disparition du PCF en tant que parti ayant une influence électorale. Le PCF est inéluctablement condamné depuis près d’un quart de siècle, c’est-à-dire depuis la liquidation de l’URSS et le rétablissement du capitalisme en Russie. Le déclin électoral - qui d’ailleurs s’était engagé en France dès 1981- s’est amplifié jusqu’aux 1,94 % de voix de Buffet en 2007. En 2012, la participation à la campagne de Mélenchon, candidat du Front de gauche, a pu donner l’illusion que la spirale du déclin était brisée. Mais dès les législatives, cette illusion s’est dissipée. Le nombre de députés PCF était réduit à 7, et le PCF n’arrivait à prendre la tête d’un groupe parlementaire constitué de bric et de broc que par la mansuétude du gouvernement, qui réduisait le nombre de députés nécessaires à sa constitution.

En 2017, le PCF s’est vu placé dans une autre situation : ou bien accepter le soutien à la candidature Mélenchon, qui n’était plus alors la candidature d’un front de partis issus du mouvement ouvrier mais la candidature d’un tribun qui ne laissait au PCF aucune marge de négociations en particulier pour les législatives, ou bien s’engager dans une candidature PCF, avec la perspective d’un score des plus limités. Sans doute cette dernière possibilité ne laissait-elle pas espérer un avenir radieux. Mais l’orientation de soutien à Mélenchon, que Laurent a laborieusement fait adopter à une majorité des membres du Parti consultés, dans l’espoir de pouvoir ensuite desserrer l’étreinte, se manifeste dans toutes ses conséquences. La direction du PCF a elle-même contribué à légitimer une machine (La France insoumise) tout entière vouée à sa destruction (comme à celle du PS). Les « négociations » entre le PCF et Mélenchon n’ont pas eu lieu, ce dernier décidant de présenter des candidats partout contre le PCF (à une poignée d’exceptions près), y compris contre le président sortant du groupe parlementaire à l’Assemblée, Chassaigne.

Il n’y aura cette fois pas de sursis, pas de groupe parlementaire octroyé. La survie électorale du PCF tenait beaucoup à la place que continuait à lui octroyer bon an mal an le PS, en particulier dans le cadre des alliances municipales d’« union de la gauche » avec d’autres forces (bourgeoises). Le PCF continuera sans doute à conserver une influence, en particulier dans les appareils syndicaux, à la CGT, à la FSU où des décennies d’expérience contre-révolutionnaire le rendent encore « utile ». Mais comme parti ayant une influence de masse notamment sur le plan électoral, il a vécu.

 

Mélenchon et la France insoumise : d’un côté pour la liquidation du PS et du PCF,
de l’autre pour la « cohabitation » avec Macron

 

Le candidat Mélenchon a obtenu à la présidentielle un score de première importance dans l’électorat populaire et dans la jeunesse. Il a largement siphonné l’électorat qui en 2012 avait voté Hollande. Globalement, quoique de manière beaucoup plus réduite, son électorat recoupe l’électorat historique du PS et du PCF. La raison en est assez évidente : une partie importante de la population laborieuse et de la jeunesse écœurée par cinq années de gouvernement Hollande, dans une situation où Hamon, candidat du PS, reprenait à son compte l’essentiel de l’« héritage » et en l’absence d’une véritable alternative sur une orientation révolutionnaire, a reporté son vote sur Mélenchon.

CPS 64 du 1er mars s’en est largement expliqué : non seulement la candidature Mélenchon ne relève pas du mouvement ouvrier, mais en réalité elle est d’emblée tout entière tournée contre le mouvement ouvrier. Le « succès » de Mélenchon n’infirme en rien cette appréciation. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que, sur la base de la trahison des partis ouvriers traditionnels, des formations bourgeoises captent tout ou partie de l’électorat ouvrier. En Amérique latine, les diverses variantes du péronisme, de Peron jusqu’à Chavez, en Europe, le mouvement Podemos en Espagne, par exemple, illustrent ce fait. Ni dans son contenu, ni dans sa forme, La France insoumise ne relève du mouvement ouvrier. Les quelques revendications ouvrières (abrogation de la loi El Khomri, par exemple), dont Mélenchon pimentait son programme, ne peuvent camoufler le fond du programme : la défense de l’ « empire français » (« La Guyane, c’est la France »), la défense constante de l’appareil policier (rappelons-le, Mélenchon préconisait le rétablissement des postes de flics supprimés par Sarkozy), la réduction massive de l’impôt sur le Capital (Mélenchon lui aussi préconise la réduction de l’impôt sur les sociétés de 33 à 25%), etc. Dans sa forme, le mouvement La France insoumise est organisé verticalement autour de la personne du tribun, lequel pratique et impose le culte de sa propre personne sans modération. Il n’y a pas la moindre démocratie interne, fusse-t-elle sous la forme frelatée des congrès tels que les pratiquent PS et PCF. En ce sens d’ailleurs, La France insoumise a un fonctionnement strictement identique à En Marche, quelles que soient les différences par ailleurs. L’un et l’autre sont strictement adaptés aux institutions de la Ve République, dont l’objectif (CPS 64 le rappelait) demeure la fin du « régime des partis ».

A cet égard, les derniers développements politiques depuis la présidentielle sont très éclairants. L’objectif fixé par Mélenchon de liquidation du PS et du PCF est clairement affirmé. La candidature de Mélenchon contre Menucci, le candidat du PS dans une circonscription de Marseille, a été éclairée par Mélenchon lui-même d’une lumière crue : « Je ne cherche pas à affaiblir le PS ; je cherche à le remplacer ». Quant au PCF, non seulement la France insoumise présente des candidats contre ses députés sortants, mais Le Canard enchaîné dévoile le contenu du message de Mélenchon à Laurent : « Vous créez la confusion dans tout le pays en vous appropriant mon portrait et mon nom sans parler du logo front de gauche ! Bravo “l’identité communiste”. Tout ça après des mois d’injures et de manœuvres pour saboter ma campagne. Et vous recommencez ! Vous êtes la mort et le néant. ". Le tout agrémenté d’attaque en justice contre le PCF accusé d’utiliser la personne et la photo (sacrées ?) de Mélenchon dans sa campagne.

La violence de Mélenchon contre le PS et le PCF contraste avec l’aimable traitement dont il fait bénéficier tant Macron que les dirigeants LR. Mélenchon a inauguré sa campagne par une visite de « courtoisie » à Gaudin, le maire LR de Marseille. Il est inutile de rappeler que Gaudin est un ennemi de toujours du prolétariat à Marseille, et qu’il n’y a pas deux mois il réclamait encore l’intervention des forces de police contre la grève des éboueurs de la ville !

Quant à la position à l’égard de Macron, elle éclaire d’une lumière crue la prétendue opposition de Mélenchon aux institutions de la Ve République. Après avoir demandé entre les deux tours à Macron de « faire un geste » en direction de son électorat sur le code du travail en renonçant aux ordonnances, Mélenchon mène vigoureusement campagne... pour une cohabitation. La dépêche de l’agence Reuters du 14 mai concentre la position de Mélenchon :

« (…) Dans ce contexte, le chef de file des Insoumis a vanté les mérites de la cohabitation, en prenant pour exemple celle du Premier ministre socialiste Lionel Jospin avec Jacques Chirac à l’Élysée entre 1997 et 2002, “un des moments les plus positifs de la vie économique française” avec des créations d’emploi record dues aux 35 heures et des comptes sociaux dans le vert. “Je vous demande d’utiliser cet argument” a-t-il dit, en indiquant qu’il s’agissait de “montrer qu’il faut que ce jeune homme soit tempéré dans ses folies par la main avisée d’un sage qui connaît de quel côté est le bonheur du peuple”.

L’enjeu des législatives est donc de « tempérer » Macron par la nomination de Mélenchon comme Premier ministre qui parle sans rire de lui-même comme « d’un sage qui sait de quel côté est le bonheur du peuple » ! Et surtout, le modèle de Mélenchon est donc le gouvernement de cohabitation de Jospin (dans lequel il est vrai, Mélenchon était ministre !). Il est inutile de rappeler ce que fut la politique du gouvernement Jospin : celle des privatisations à tout va, des Emplois Jeunes, celle où Jospin répondait aux ouvriers de Michelin licenciés : « L’État ne peut pas tout », celle qui a conduit en 2002 à la défaite cinglante de Jospin lui-même à la présidentielle, éliminé dès le premier tour.

A tous ceux qui, « à gauche » du PS, habillent Mélenchon des couleurs les plus "radicales", la réponse est donnée par Mélenchon lui-même !

 

Pour le prolétariat, aucune possibilité d’éviter une défaite cinglante aux législatives

 

Dans ce contexte, la victoire des candidats de la bourgeoisie aux législatives est garantie. De nombreux travailleurs, écœurés par la politique du PS et du PCF, vont s’abstenir. D’autres seront conduits à voter pour les candidats de Mélenchon qui fait son miel de la trahison de ces partis. Nous avons largement expliqué pourquoi en ce qui concerne notre Groupe il ne pouvait être question d’appeler à voter pour ses candidats. Tenter d’exprimer à ces législatives un vote de classe signifie évidemment ne pas accorder une seule voix aux candidats du FN, de LR, de La République en marche – et, pour ces derniers, quelle que soit l’origine de ces candidats. Cela vaut aussi pour les candidats de formation bourgeoises tels les Radicaux de Gauche, EELV, etc. Exprimer un vote de classe ne pourra en aucun cas non plus se faire par le vote « France insoumise ».

Reste donc comme seule possibilité le vote pour les candidats du PS et du PCF. A ce vote, on peut ajouter celui pour les candidats du NPA, de LO, du POID, en sachant qu’à aucun moment ces candidats ne se présentent sur le programme qui serait celui d’un véritable Parti ouvrier révolutionnaire.

S’ajoute une difficulté supplémentaire. Un certain nombre de candidats issus du PS ou bien ont ouvertement rejeté le sigle PS (tel Valls), ou bien sont en réalité des candidats de Macron – celui-ci ayant décidé de ne pas leur opposer de candidats En Marche : les El Khomri, Touraine, Le Foll, Vaillant, etc. Ce sont en réalité des candidats qui très ouvertement sont des candidats pour la liquidation du PS. Le vote de classe ne saurait inclure le vote pour de tels candidats.

Tout en préconisant un tel vote, le Groupe précise que dans les conditions présentes, la classe ouvrière et la jeunesse ne peuvent rien espérer de ces élections : la défaite est inéluctable et ce sera une défaite de grande ampleur. Mais si brutale que soit cette défaite, elle ne fera pas disparaître la lutte des classes. Et à cet égard, le gouvernement Macron-Philippe entend mener immédiatement l’offensive contre les acquis ouvriers. Cela met à l’ordre du jour pour les militants qui entendent défendre les intérêts ouvriers des questions brûlantes et immédiates.

 

La réforme du code du travail...

 

Macron et son gouvernement ont décidé d’engager sans délai le fer contre le prolétariat. C’est dès cette semaine que s’ouvre le « dialogue social » pour l’adoption des ordonnances sur la « simplification » du code du travail. Il s’agit de parachever la loi El Khomri, de faire sauter les dernières barrières à l’exploitation constituées par ce qui reste de ce code du travail :

- limitation des indemnités pour licenciement jugée « sans cause sérieuse » par les prud’hommes. En clair, le patron doit pouvoir licencier à sa guise à moindres frais ;

- extension du domaine des accords d’entreprise. BFM Business précise : « On sait désormais que la priorité de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche ne devrait plus concerner seulement le temps de travail. “Le Code du travail définit un socle de droits et de règles (durée légale du travail, salaire minimum, égalité professionnelle...), qui continuera de s’imposer aux entreprises”, est-il ainsi écrit sur le site d’En Marche !. “Au-delà, la primauté sera donnée aux accords d’entreprise sur les accords de branche” ». En réalité, il n’y a plus aucune durée légale du temps de travail puisque l’ « accord d’entreprise » pourra décider sans limitation de la modulation hebdomadaire du temps de travail. Cela signifie de fait la suppression de tout paiement des heures supplémentaires à un taux supérieur au taux horaire de base ;

- possibilité du patron de passer par-dessus l’opposition des syndicats, y compris lorsqu’il ne trouve pas de syndicats jaunes représentatifs à hauteur de 30 % pour demander un référendum. Désormais, il peut lui-même organiser un tel référendum ;

- « représentation unique des personnels », et ce dans toutes les entreprises quelle que soit leur taille : autrement dit, liquidation partout de l’institution des délégués du personnel au profit d’une instance qui sera une instance unique de cogestion.

La procédure des « ordonnances » implique que leur texte n’est pas soumis à l’Assemblée nationale. Cette dernière se contente d’autoriser le gouvernement à légiférer par ordonnances au préalable, puis, au terme du processus, à ratifier les dites ordonnances.

 

… les attaques contre la Fonction publique...

 

Dans le même temps, les mesures contre la Fonction publique et les fonctionnaires sont immédiatement mises en chantier. Darmanin a confirmé les 120 000 suppressions de poste, et aussi une nouvelle diminution brutale du pouvoir d’achat des fonctionnaires à travers l’augmentation de la CSG. A cela, il faut ajouter une nouvelle attaque contre le point d’indice (qui pourrait différer selon l’appartenance à la Fonction publique d’État, territoriale ou hospitalière).

 

… par le moyen du « dialogue social » et de la collaboration des directions syndicales

 

Pour faire passer de telles attaques, le gouvernement Macron-Philippe ne peut ni ne veut se passer du « dialogue social ». Si favorable que soit le rapport de forces en sa faveur, il a pourtant encore besoin de la collaboration des directions syndicales. C’est ce qu’a indiqué sans ambiguïté Philippe. Le Parisien du 18 mai indique : « Édouard Philippe a pris contact jeudi avec les principales organisations syndicales et patronales, en les assurant de “l’importance qu’il accorde au dialogue social”, a annoncé son entourage à l’AFP, alors que se prépare pour cet été une délicate réforme du droit du travail.

Dans l’après-midi et la soirée, le Premier ministre a appelé successivement : Laurent Berger (CFDT), Jean-Claude Mailly (FO), Pierre Gattaz (Medef), Pierre Burban (UPA), Philippe Martinez (CGT), François Asselin (CGPME) et Luc Bérille (Unsa), a-t-on précisé à Matignon.

Le chef du gouvernement a appelé les représentants des principaux partenaires sociaux “afin de se présenter” après sa nomination lundi, “et surtout exprimer l’importance qu’il accorde au dialogue social dans le travail du gouvernement et dans le cadre de sa feuille de route” ». Ce n’est pas une nouveauté, mais Philippe le précise : le dialogue social, c’est bien « dans le cadre de sa feuille de route » !

Les directions syndicales unanimes avaient déjà anticipé. Ils étaient présents en bonne place à la cérémonie d’intronisation de Macron.

La direction de la CGT « appelle solennellement Emmanuel Macron à renoncer à imposer de nouveaux reculs sociaux par ordonnance ou 49-3 ». On est en droit d’en conclure que si le gouvernement ne passe pas par les ordonnances, c’est acceptable. Mais en réalité, la direction de la CGT ne pose aucune sorte de préalable à la discussion des mesures Macron, pas même celui du recours aux ordonnances. C’est ce que précise Europe I : Le message est passé. La CGT et l’Unsa ont salué vendredi la démarche du Premier ministre Édouard Philippe, qui avait appelé la veille syndicats et patronat pour leur dire “l’importance qu’il accorde au dialogue social”. Ils veulent désormais rencontrer le nouvel exécutif concernant la future réforme du droit du travail. Le leader de la CGT, Martinez, invité sur plateau de LCP, a raconté que le Premier ministre l’avait appelé jeudi : “c’est plutôt bien, j’espère très rapidement une rencontre avec lui, le président de la République et la ministre du Travail” ».

Le communiqué de la direction de la CGT du 17 mai doit être qualifié pour ce qu’il est : une escroquerie : « La CGT se rendra au rendez-vous avec Emmanuel Macron dès qu’il sera fixé. Mais nous ne ferons pas office d’alibi avec un pseudo dialogue social ou une simple concertation.

Nous nous y rendrons de façon offensive, en portant nos exigences sociales, empreintes de modernité pour toutes et tous.

La CGT demande l’ouverture d’une négociation sociale résolument tournée vers le XXIe siècle portant notamment sur :

- la réduction du temps de travail à 32 heures et l’augmentation des salaires et des pensions de retraite ;
- le renforcement du droit d’expression des salariés et d’intervention de leurs représentants ;

- l’amnistie pour les militants syndicaux et le respect des libertés syndicales ;

- le renforcement des conventions collectives et le rétablissement de la hiérarchie des normes et du principe de faveur. »

Les dirigeants de la CGT savent mieux que quiconque que la concertation avec le gouvernement a lieu « dans le cadre de sa feuille de route ». Jamais l’alibi de la participation à la concertation sous prétexte d’aller y défendre les revendications n’a été à ce point une misérable tromperie de la classe ouvrière.

Quant à la direction de Force Ouvrière, Mailly qui parle en son nom s’est fait la spécialité d’adresser au gouvernement une félicitation par jour. Parmi beaucoup d’autres, cette déclaration sur Pénicaut, ministre du travail : « Elle a été DRH chez Danone, une entreprise connue pour la qualité de son dialogue social (sic)... C’est quelqu’un qui a une dimension sociale et politique. Et en plus elle connaît le droit du travail ». Mailly ne voit pas même d’inconvénient au recours aux ordonnances ; ainsi, selon Le Canard Enchaîné du 24 mars, il aurait déclaré : « la Sécurité sociale et la cinquième semaine de congés ont bien été créées par des ordonnances ! ». Il faut oser la comparaison !

On ne saurait mieux indiquer la disponibilité à une collaboration pleine et entière avec le gouvernement.

La première journée de « concertation » a, du point de vue des objectifs gouvernementaux, tenu toutes ses promesses. Les Echos du 24 mars citent Martinez : « On n’est pas d’accord mais au moins on a échangé », et Mailly : « Si on a une concertation, on est prêt à travailler tout l’été, juillet et août compris. J’ai senti qu’à priori il y a des marges de manœuvres. » Non seulement ce n’est pas une déclaration de guerre, mais c’est l’affirmation d’une disponibilité totale pour aider le gouvernement à faire passer les ordonnances.

S’agissant du code du travail, la responsabilité principale est celle des confédérations CGT et FO. Mais pour ce qui est de la concertation avec Darmanin, c’est celle des fédérations de fonctionnaires. Celles-ci ne sont pas moins zélées. La direction de la FSU, par exemple, n’est pas en reste. Toute honte bue, la direction de son principal syndicat, le SNES-FSU souhaite à Macron « un quinquennat fructueux ». Et déjà là aussi, la ronde dans le bureau du ministre a commencé.

La même collaboration a obtenu ses premiers résultats contre les travailleurs de GM&S à La Souterraine, Creuse, où l’entreprise est menacée de fermeture avec le licenciement de 280 ouvriers. A la revendication ouvrière : maintien de l’usine ! pas une seule suppression d’emploi ! (qui implique sans doute la nationalisation sans indemnité ni rachat de l’entreprise) les dirigeants syndicaux avec le soutien bruyant de Mélenchon ont opposé le mot d’ordre d’ « augmentation de la commande de Renault et PSA » – l’entreprise est sous traitante. Comme toujours lorsque le syndicat se transforme en conseiller économique du patron, ce sont les ouvriers qui paient la note. Le Maire, ministre de l’Économie, a immédiatement satisfait la « revendication ». PSA et Renault vont augmenter leurs commandes. Cela n’empêchera pas des dizaines de licenciements comme le précise à demi-mots le ministre. « Le communiqué de Bercy insiste pour sa part dimanche sur le fait que l’entreprise, deuxième employeur privé de la Creuse, “devra adapter son organisation afin de gagner davantage en compétitivité”. » (AFP, 21 mai 2017).

 

Prendre des initiatives politiques pour la rupture immédiate
des directions syndicales avec le gouvernement Macron-Philippe

 

C’est une évidence : le combat pour le retrait du projet d’ordonnances Macron-Philippe commence par le combat pour la rupture des directions syndicales, l’exigence qu’ils quittent immédiatement la table de la concertation. Cela ne pourra leur être imposé que par les travailleurs eux-mêmes. Il convient donc dans le court laps de temps pendant lequel c’est encore possible de multiplier les initiatives politiques – prises de positions d’instances syndicales, d’assemblées de travailleurs dans ce sens.

 

La seule perspective militante : combattre pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire,
de l’Internationale ouvrière révolutionnaire

 

Tout indique que la situation qui s’ouvre sera pour la classe ouvrière et la jeunesse une situation très difficile. L’amplification des attaques contre leurs conditions d’existence, la volonté avérée des directions syndicales d’y collaborer pleinement, l’extrême décomposition des partis ouvriers-bourgeois qui les met au bord de la disparition pure et simple rendent plus nécessaire encore le combat pour rassembler les premiers matériaux pour la construction d’un véritable Parti ouvrier révolutionnaire, à l’échelle internationale d’une véritable Internationale ouvrière révolutionnaire. Que les conditions de ce combat ne soient pas faciles est une évidence. Dans les conditions actuelles résonnent avec force ces quelques phrases de Trotsky en conclusion de Leur Morale et la nôtre :

« Quand nous disons que la fin justifie les moyens, il en résulte pour nous que la grande fin révolutionnaire repousse les moyens, les procédés et les méthodes indignes qui dressent une partie de la classe ouvrière contre les autres ; ou qui prétendent faire le bonheur des masses sans leur propre concours ; ou qui diminuent la confiance des masses en elles-mêmes et leur organisation en y substituant l’adoration des “chefs” (...) Ils [les "trotskystes"] ont appris à ne point désespérer parce que les lois de l’histoire ne dépendent pas de nos goûts individuels et de nos critères moraux (...) Ils ont appris à ne point craindre les ennemis les plus puissants, si la puissance de ces ennemis est en contradiction avec les exigences du développement historique. Ils savent remonter le courant avec la conviction profonde que l’afflux historique d’une puissance nouvelle les portera jusqu’à l’autre rive (...) Participer au mouvement les yeux ouverts, avec une volonté tendue, telle est bien la satisfaction morale par excellence qui puisse être donnée à un être pensant ! ».

 

 

Le 24 mai 2017

 

 

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