Éditorial du bulletin « Combattre pour le socialisme » n°63 (145 ancienne série) 7 décembre 2016 :

L’approfondissement de la crise du capitalisme conduit
la bourgeoisie et ses gouvernements à amplifier partout
les attaques contre le prolétariat et la jeunesse

Allemagne, États-Unis, France :

plans de licenciements massifs, expulsion massive des travailleurs immigrés et des réfugiés, marche à l’État policier

       Il faut militer et intervenir pour la rupture des directions des organisations
          du mouvement ouvrier avec les gouvernements bourgeois,
          pour leur imposer le front unique pour briser l’offensive anti-ouvrière.

       ● Il faut tracer la voie du combat pour le gouvernement ouvrier
          expropriant le capital, pour les États Unis socialistes d’Europe.

       ● Il faut combattre pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire,
          de l’Internationale ouvrière révolutionnaire.

 

Volkswagen : un plan de 30 000 suppressions de poste
préparé et annoncé conjointement par la direction de l’entreprise et les dirigeants syndicaux

Un des plus brutaux, des plus massifs plans de licenciements vient d’être annoncé à Volkswagen. Il concerne 30 000 postes de travail, dont 23 000 en Allemagne. Il est précisé que ce n’est que le premier plan, et qu’il en annonce d’autres. Il est présenté comme la conséquence du « dieselgate », le scandale des moteurs truqués, scandale qui n’est lui-même apparu que comme résultat de la lutte féroce à l’échelle internationale entre les différents trusts automobiles, et derrière eux les gouvernements des différentes puissances impérialistes, en l’occurrence entre les firmes automobiles US et le groupe Volkswagen.

En réalité, ce qui a conduit à ce plan massif remonte bien plus loin comme le révèle le journal Le Monde : « la crise [du dieselgate] a servi de prétexte pour entamer une immense restructuration chez VW qui, derrière ses résultats étincelants depuis plusieurs années, accuse une très faible rentabilité sur sa marque principale : Volkswagen ».

Les Echos précisent : « Le but est de réaliser 3,7 milliards d’euros d’économies par an d’ici 2020. La productivité doit augmenter de 25 %. Il n’y aura pas de licenciement sec, mais des départs en retraite anticipée. »

Selon la rhétorique du journal patronal, le licenciement de milliers de travailleurs en contrats à durée déterminée ne doit pas être considéré comme des licenciements « secs » ! Mais il y a évidemment un rapport direct entre la volonté de licencier sous une forme ouverte ou déguisée des milliers de travailleurs et celle d’augmenter la productivité - et donc le taux d’exploitation des ouvriers qui auront la chance de conserver pour un temps leur emploi.

Cela se passe en Allemagne, pourtant présenté comme un îlot de prospérité dans le marasme généralisé de l’économie capitaliste, en particulier en Europe. Et il est vrai que de tous les pays capitalistes avancés, l’économie capitaliste allemande a été la moins violemment frappée par la crise, même si tout laisse entendre qu’elle va l’être à son tour. Il est caractéristique que les difficultés de Volkswagen proviennent du tassement de ses exportations vers la Chine où justement les nuages s’amoncellent. Mais si l’Allemagne a pu sembler échapper au marasme général, c’est certes pour des raisons historiques (l’histoire d’un capitalisme industriel fondé sur des secteurs à forte valeur ajoutée, à l’opposé du « capitalisme de rentiers » qu’a toujours été le capitalisme français), mais aussi et surtout parce que le prolétariat allemand a subi depuis le gouvernement Schroeder et les lois Hartz une offensive d’une violence sans équivalent en France, même si le prolétariat y a aussi subi des attaques d’envergure. Il est important de le noter, car à l’inverse de ceux qui, au sommet des appareils syndicaux veulent attacher le sort de la classe ouvrière à la « croissance » de l’économie capitaliste, il faut rappeler que la bourgeoisie n’a qu’une façon d’obtenir une telle « croissance », produit du gain de parts du marché, à savoir : en surexploitant la force de travail, c’est-à-dire par la paupérisation du prolétariat.

Le secret du « succès » de l’économie capitaliste allemande tient aussi et largement à la pleine collaboration de l’appareil syndical de la DGB. Collaboration voire co-rédaction des lois Hartz sous Schroeder, multiplication des accords de diminution de salaire et de temps partiel imposé à partir de 2008, jamais cette collaboration n’a manqué à la bourgeoisie allemande et à ses gouvernements, au point qu’elle est vantée comme exemplaire par tous les gouvernements des puissances impérialistes. Cette fois encore, la collaboration de l’IG Metall n’a pas manqué. Le plan a été élaboré conjointement avec les bureaucrates syndicaux dans le cadre de la « cogestion » à l’Allemande ; et sa promotion, au nom des « mutations technologiques nécessaires », a été assurée conjointement par la direction et l’appareil syndical installés côte à côte à la même tribune. L’appareil de la social-démocratie allemande, qui du reste, via sa position dans le Lander est coactionnaire de Volkswagen, n’est pas en reste. Tout est donc en place pour tenter de paralyser le prolétariat allemand. La suite dira si le plan passera sans encombre ou si le prolétariat aura les ressources de faire sauter le verrou ainsi constitué.

Mais une chose est sûre : pour le prolétariat allemand comme pour les autres, la question centrale est bien d’imposer la rupture des directions syndicales avec le patronat et le gouvernement, comme au plan politique, la rupture du SPD de la coalition avec Merkel.

La réalité de la crise mondiale de surproduction s’impose aux bourgeoisies de tous les pays

Les difficultés de Volkswagen ne sont pas que les difficultés de Volkswagen. Ne serait-ce que parce que les exportations du groupe Volkswagen représentent une partie considérable des exportations totales de l’Allemagne - près de 18 % des exportations industrielles en 2015 -, elles manifestent le fait que l’Allemagne ne saurait s’abstraire de la crise mondiale. C’est ce que concède Le Monde du 16 novembre : « Coup de froid sur l’économie allemande. Après une croissance de l’activité de 0,7% au premier trimestre, puis de 0,4% au deuxième, le rythme a encore ralenti entre juillet et septembre. Sur cette période, le Produit intérieur brut (PIB) de la première économie n’a progressé que de 0,2%... L’Allemagne a souffert de la faiblesse de son commerce extérieur : les exportations sont en recul et les importations en très légère hausse. »

La baisse des exportations allemandes doit être mise en relation non seulement avec la stagnation de la demande au sein de l’Union européenne, mais aussi avec la baisse annuelle de plus de 10% des importations chinoises. Les Echos notaient déjà en février 2016 : « Pour la première fois depuis 1997, les exportations vers la Chine, qui constitue le cinquième marché allemand, ont ainsi reculé. Sur les onze premiers mois de l’année dernière (derniers chiffres disponibles), elles ont reculé de plus de 4 %. » Le recul n’a pu depuis que s’amplifier.

Mais ce n’est là qu’un aspect particulier de la situation mondiale. A l’inverse des crises cycliques qui ont caractérisé jusque-là le capitalisme, avec une tendance générale depuis 40 ans à ce que les périodes de crise soient toujours plus profondes et durables, les périodes de « reprise » plus limitées et précaires, la nouveauté de la crise qui explose en 2008, c’est qu’elle dessine une situation sans reprise, une « stagnation séculaire » que le FMI jamais en mal d’expressions nouvelles appelle le « new médiocre ». Dans son dernier rapport, celui-ci précise : « Après une croissance médiocre du PIB à 3,1% en 2016, la reprise devrait légèrement s’accélérer à + 3,4% en 2017 ». Évidemment il ne faut tenir aucun compte de ce pronostic qui procède du postulat imposé : demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Par contre, on peut prendre au sérieux l’affirmation selon laquelle « ce scénario pourrait dérailler sous l’effet de plusieurs faits nouveaux »... Le FMI précise, d’après Le Monde : « la fragilité persistante de l’économie mondiale s’est d’ores et déjà confirmée en 2016. En particulier pour les économies avancées et, au premier plan, les États-Unis. La première économie mondiale a « perdu de son élan » : sur fond de faiblesse des investissements et de hausse du dollar, elle voit ses pronostics de croissance drastiquement revus à la baisse. »

A sa manière, le FMI pointe le caractère historique de la faillite du capitalisme en faisant état, s’agissant de la Chine, de la dépendance du pays au crédit « qui augmente à un rythme dangereux ». Mais si c’est vrai pour la Chine, c’est également vrai pour la plupart des économies capitalistes. Et c’est pourquoi les appels à la « relance » butent sur un problème insurmontable. Car la relance - et nous parlons bien ici de la relance de l’économie capitaliste et non de l’amélioration des conditions d’existence des masses - est impossible sans une brutale accélération de l’endettement public, lequel se traduirait inévitablement par une augmentation des taux d’intérêt sur les obligations souveraines, menaçant de faillite certains États et d’effondrement du cours des actuelles obligations d’État (celles-ci négociées à des taux d’intérêt plus faibles feraient l’objet de ventes massives, les capitaux cherchant à se placer de manière plus lucrative).

Yellen et la Fed : un numéro d’équilibrisme sur un fil suspendu dans le vide

C’est bien avec cette équation quasi insoluble que se débat Yellen, présidente de la FED, qui a annoncé une augmentation des taux directeurs « imminente ». Il est possible, mais non certain, que cette fois l’annonce soit suivie d’effets. Le maintien de taux très faibles, favorisant un développement énorme des placements spéculatifs, fait courir à l’économie le risque terrible d’une brutale explosion de bulles avec les effets dévastateurs possibles sur les banques en particulier.

Mais l’augmentation des taux directeurs fait courir des risques aussi redoutables. L’augmentation des taux d’intérêt aurait pour effet de faire refluer les capitaux vers les Etats-Unis, de faire remonter le dollar au détriment de la « compétitivité » de l’économie américaine, de provoquer la fuite des capitaux des pays dominés, de leur imposer par conséquent d’augmenter à leur tour leurs taux d’intérêt, de vider leurs caisses pour défendre leur monnaie, etc.

Ainsi Yellen est-elle confrontée à la quadrature du cercle. Mais cette impasse n’est au bout du compte rien d’autre que l’impasse historique du mode de production capitaliste lui-même. Elle illustre de manière criante l’urgence qu’il y a pour l’humanité d’en finir avec ce système failli, l’urgence de l’expropriation du capital, l’urgence du socialisme.

Pourquoi Trump a t-il « gagné » les élections américaines ?

La « victoire » de Trump aux élections américaines est inséparable de ce contexte. Il faut préciser les conditions de cette « victoire ».

Il faut d’abord dire qu’au cours de ces élections, comme des précédentes, le prolétariat américain, les masses noires étaient d’emblée politiquement expulsées, le seul choix étant entre les deux partis de la bourgeoisie américaine : républicain et démocrate.

Pour une partie d’entre eux, le prolétariat et la jeunesse ont été drainés lors des « primaires » démocrates vers la candidature Sanders. Cette candidature, faussement taxée de « socialiste » (Sanders se gardant bien de se présenter lui-même comme tel), a eu un réel écho de par sa reprise d’un certain nombre de revendications populaires (telle la gratuité des études, l’instauration d’un système de sécurité sociale). Mais fondamentalement, elle visait à faire obstacle à l’aspiration à constituer un véritable parti ouvrier aux USA, un Labor Party, en rabattant ceux qui y aspiraient dans le giron du Parti démocrate, c’est-à-dire un des deux partis de la bourgeoisie américaine. La fonction de Sanders est d’ailleurs clairement apparue quand, à l’encontre de nombre de ses partisans, il a bruyamment appelé au soutien à Hillary Clinton. Le sommet de la vilenie fut toutefois atteint lorsque, à la suite de la « victoire » de Trump, il a déclaré : « Si Donald Trump entend vraiment mener des politiques visant à améliorer les vies des familles de travailleurs dans ce pays, moi ainsi que d’autres progressistes sommes prêts à travailler avec lui » ; mais « S’il entend mener des politiques racistes, sexistes, xénophobes et contre l’environnement, nous nous opposerons vigoureusement à lui ». En somme, tout est ouvert, et Trump est, selon Sanders, à la croisée des chemins !

En outre, il faut rappeler que Trump a rassemblé deux millions de voix de moins que son adversaire Hillary Clinton. L’élection présidentielle américaine est une élection indirecte, via les « grands électeurs », favorisant outrageusement les petits États ruraux au détriment des grands États. Ce système ne tombe d’ailleurs pas du ciel. Il procède du souci des fondateurs de la constitution américaine d’ « éviter les excès de la populace » !

La deuxième chose qu’il faut préciser, c’est qu’il n’y a eu aucun raz-de-marée pour Trump. Il a eu 1,2 million de voix de moins que n’en avait eu Romney le candidat républicain de 2012.

L’explication est donc à chercher dans l’effondrement du vote Clinton par rapport au vote Obama de 2012 (moins 6 millions de voix), et plus encore du vote Obama de 2008 (moins 10 millions), qui avait exceptionnellement drainé une fraction importante du vote noir et hispanique.

Cet effondrement tient certes au profil politique de la candidate Clinton, représentante ouverte de Wall Street, mais aussi au bilan qu’a pu tirer le prolétariat, particulièrement les masses noires et d’origine hispanique des huit années de règne Obama. Obama a fait expulser près de quatre millions de « clandestins » – essentiellement des travailleurs d’origine mexicaine. Sous sa présidence, un Noir se faisait tirer dessus par la police à balles réelles toutes les 28 heures, provoquant la mobilisation de la population noire. De plus, pour tout le prolétariat, c’est au lieu du système de sécurité sociale plus ou moins promis par Obama, l’» Obamacare » qui est l’assurance santé imposée auprès des assureurs privés. Ce sont dans l’industrie les délocalisations soit au Mexique soit au sud des Etats-Unis, avec des salaires deux fois moindres, l’interdiction de se syndiquer, c’est la liquidation du régime de retraites (cosigné par l’appareil syndicale de l’AFL-CIO).

Il n’y a pas d’autres causes à la « victoire » de Trump.

Wall Street soumettra Trump à ses exigences

Trump n’était pas le candidat préféré de Wall Street qui, comme en témoigne la prise de position de la plupart des médias, lui préférait Hillary Clinton.

En dehors des caractéristiques personnelles du personnage, de sa capacité à dire tout et le contraire de tout, de débiter des obscénités au lieu de se contenter de les faire avec discrétion comme il convient dans le monde policé du capital financier, Trump a fait campagne sur le terrain du « protectionnisme ». Il promettait d’abord de chasser onze millions de travailleurs sans-papier, mais aussi de sanctionner les capitalistes qui délocaliseraient, d’instaurer des barrières douanières pour préserver le marché intérieur, de suspendre les accords de libre-échange, etc.

Certes, la tendance au protectionnisme est inscrite dans les développements de la crise. En ce sens, la « victoire » de Trump s’inscrit dans la continuité du Brexit en Grande-Bretagne qui va dans le même sens. Dans une situation de saturation du marché mondial, où la compétition pour les marchés est particulièrement féroce, toutes les bourgeoisies rêvent d’avoir libre accès au marché extérieur tout en souhaitant se réserver l’exclusivité du marché intérieur. En ce sens, les tendances protectionnistes de Trump ne diffèrent guère des mêmes tendances telles que les manifestent les bourgeoisies d’Europe coalisées dans l’Union européenne lorsque cette dernière cherche à contrarier le déversement des énormes surplus de l’acier chinois sur le territoire européen. Elles ne diffèrent guère des mêmes tendances manifestées par l’administration Obama quand cette dernière, via son appareil de justice, sanctionnait lourdement des banques européennes - BNP Paribas, Deutsche Bank -, utilisant sans vergogne la place dominante du dollar dans les échanges mondiaux, ou encore faisait opportunément éclater des scandales tels le « dieselgate » évoqué plus haut pour freiner la concurrence sur son sol des entreprises concurrentes des entreprises US.

Mais à cette étape, les mesures protectionnistes ne sont possibles que jusqu’à un certain point, et ne peuvent aller jusqu’à compromettre le libre accès des entreprises américaines sur le marché mondial. Une véritable politique protectionniste aurait des effets catastrophiques, non seulement pour l’économie capitaliste en général, générant une formidable récession par la diminution drastique des échanges mondiaux, mais d’abord pour la bourgeoisie américaine elle-même, à tout le moins pour la fraction dominante de cette bourgeoisie qui est profondément insérée dans le marché mondial. Et c’est pourquoi Wall Street, qui est le véritable maître, ne tardera pas à inviter Trump à mettre au rencart toute une série de ses propositions de campagne, lequel Trump ne résistera d’ailleurs guère ! De la même manière, la même bourgeoisie a commencé à faire valoir que tout ne devait pas être jeté dans l’» Obamacare », sauf à priver les compagnies d’assurance américaines des profits juteux que cela implique.

Enfin, Yellen a clairement indiqué à Trump que la loi Dodd Frank, dite de régulation bancaire, ne pouvait être abrogée sans faire courir au système bancaire lui-même des risques insensés. Cette loi, qui d’ailleurs n’offre que des garanties très limitées contre le krach bancaire, implique néanmoins quelques obligations aux banques : fonds propres, limitations quant à l’investissement dans les produits dérivés, etc. Et il est vrai qu’un certain nombre de banques d’investissement, hostiles à toute limitation aux opérations spéculatives, veulent se débarrasser de cette loi dont l’avenir est donc incertain. Mais il n’en demeure pas moins que, sur toutes les questions essentielles, Trump se soumettra à toutes les injonctions du capital financier.

Pour les masses, accélération des attaques

Il s’en faut pourtant de beaucoup que l’accès de Trump à la Maison Blanche ne change rien. Pour la bourgeoisie américaine, il n’y a strictement rien à redouter de Trump. Par contre pour le prolétariat, la jeunesse, la minorité noire, les immigrés, la « victoire » de Trump signifie une accélération brutale des attaques.

Cela vaut d’abord pour les Noirs. Que Trump se soit entouré de membres notoires du Ku Klux Klan est significatif. La chasse aux Noirs, déjà largement ouverte sous Obama, va donner sa pleine mesure, tout comme la ségrégation raciale à tous les niveaux.

Trump ne va pas chasser onze millions d’immigrés. Il va en garder une partie dont le patronat américain a besoin comme main-d’œuvre surexploitée. Mais en donnant un vigoureux coup de fouet aux expulsions, il va faire vivre ceux qui resteront dans la terreur, permettant aux patrons de leur imposer plus encore qu’hier une surexploitation féroce.

L’appareil policier va connaître un nouveau renforcement, Trump ayant fait nommer à sa tête un partisan ouvert de la torture.

Les droits des femmes vont être bafoués, en particulier le droit à l’IVG. C’est sous la protection ouverte de l’État fédéral que vont désormais sévir les groupes ultra-violents « pro life » qui déjà organisaient des expéditions punitives contre les centres IVG et leurs personnels médicaux.

La remise en cause du droit des ouvriers américains à se syndiquer – qui là aussi avait largement été généralisée sous Obama, les délocalisations et relocalisations se faisant dans de nouvelles usines où ce droit n’était pas reconnu – va s’amplifier. Et plus généralement, la réduction brutale de l’impôt sur les sociétés que Trump promet de ramener à 15% va se traduire par la remise en cause des budgets alloués à l’Éducation, par la liquidation des éléments déjà très réduits de protection sociale dont pouvait disposer le prolétariat américain.

La jeunesse ne s’y est pas trompée qui est spontanément descendue dans la rue en criant « Not my president » au moment même où Obama recevait Trump à la Maison Blanche en assurant qu’il était désormais « le président de tous les Américains ». Sans doute ces mobilisations se sont faites dans une grande confusion politique. Mais elles indiquent ce qui sera nécessaire dans un avenir proche : que le prolétariat américain affronte le gouvernement Trump, qui promet d’être le plus réactionnaire depuis Reagan.

Le prolétariat américain a besoin d’un parti ouvrier, d’un « Labor Party »

La leçon des élections américaines, comme l’imminence d’une rafale de nouvelles attaques contre les masses indiquent ce dont a besoin de la manière la plus urgente la classe ouvrière américaine : à savoir d’un parti lui permettant de s’organiser comme classe face aux deux partis de l’impérialisme américain, le Parti républicain et le Parti démocrate. Un regroupement révolutionnaire aux USA, sans cacher qu’il n’y a pas d’autre issue pour le prolétariat américain que la constitution d’un gouvernement ouvrier s’engageant sur la voie de l’expropriation du capital et du démantèlement de l’Etat bourgeois, s’engagerait totalement et sans préalable dans le combat pour la constitution d’un tel parti. Qu’un tel parti soit à l’ordre du jour, c’est ce que manifeste paradoxalement le succès considérable de la candidature de Sanders.

Le choc entre cette aspiration et la politique de Sanders lui-même est clairement apparu quand une grande majorité de travailleurs et jeunes qui l’avaient soutenu se sont dressés contre son appel à rejoindre la candidature Clinton. Et aujourd’hui, pour interdire le mouvement vers le Labor Party, on voit les dirigeants de la pseudo « aile gauche » du Parti démocrate tenter de faire croire que le salut viendrait d’un changement... à la tête du Parti démocrate.

Combattre pour le Labor Party implique évidemment le combat dans les syndicats contre les dirigeants syndicaux qui ont soutenu la candidate Clinton, candidate de Wall Street. Non seulement ils ont mobilisé des dizaines de milliers de militants dans ce but, mais encore ils ont dépensé la bagatelle de 400 millions de dollars pour faire sa campagne ! Ce sont les mêmes dirigeants syndicaux qui, durant les mandats d’Obama, ont tout mis en œuvre pour faire avaler aux ouvriers américains, parfois malgré leur vote exprimé lors de consultations à ce sujet, les diminutions massives de salaire, la liquidation de leur régime de retraites, etc. Le combat pour le Labor Party implique donc le combat en direction des responsables de l’AFL-CIO pour que celle-ci rompe avec le Parti démocrate.

Ce combat pour le Labor Party intègre et se combine avec celui pour un parti représentant les masses noires soumises à l’oppression raciale. Là aussi, l’aspiration à un tel parti se fait jour, par exemple à travers la constitution contre l’assassinat des Noirs par la police du mouvement « Black lives matter ».

Tels sont les enjeux politiques fondamentaux auxquels est confrontée la classe ouvrière américaine.

Valls et la « victoire » de Trump

En France, tant le gouvernement que les partis bourgeois, le PS, le PCF, Mélenchon, etc., entendent utiliser à leur manière la victoire de Trump.

On l’a peu souligné : mais le commentaire fait par Valls de cette victoire consiste... à avaliser totalement le programme de ce dernier... pour justifier d’ailleurs la politique de son gouvernement.

« Que nous dit la démocratie américaine et chacun bien sûr a son analyse : le besoin de frontières, le besoin de réguler l’immigration, la nécessité bien sûr (...) de combattre le terrorisme et de nommer le totalitarisme islamiste », a déclaré Valls à l’Assemblée nationale. Peut-on mieux dire que Trump a raison de vouloir construire un mur tout au long de la frontière mexicaine, de chasser des millions d’immigrés, d’utiliser la torture au nom de la lutte contre le « djihadisme » ? Mais surtout, peut-on mieux justifier de faire du « Trump à la française », d’organiser la chasse aux immigrés et aux Roms, de donner aux flics le « droit de tuer » dans le cadre d’une réforme de leur « légitime défense », etc. ?

Mais la victoire de Trump peut avoir plus d’un usage. Elle permet en France de relancer la politique du « front républicain », ce qui selon toute vraisemblance, signifiera l’appel du PS, du PCF, des dirigeants syndicaux à soutenir le candidat LR au deuxième tour des présidentielles. Sur le terrain de la subordination à la bourgeoisie et à ses partis, aucune tâche ne saurait les rebuter...

Le gouvernement Hollande-Valls-Baylet-Cosse,
les manifestations de flics et le renforcement de l’état policier...

En attendant les élections présidentielles, et jusqu’au dernier moment, le gouvernement Hollande-Valls-Baylet-Cosse entend bien poursuivre son œuvre.

A commencer par le renforcement de l’état policier : le numéro précédent de CPS y avait déjà insisté. Mais depuis sa publication, des événements qui n’ont rien d’anodin se sont produits : les manifestations de flics, cagoulés et armés, ont eu lieu, tentant même de se diriger vers l’Élysée sous le regard quasiment bienveillant de leurs collègues CRS. Ces manifestations sont, à n’en pas douter, l’œuvre de forces politiques, et notamment du FN que ce soit avéré ou non, plus de 70 % des flics et des militaires votant FN. Suite à quoi, Cazeneuve a annoncé un renforcement des moyens, entendre des armes, et une réflexion sur la légitime défense, pourtant déjà élargie dans la dernière loi sécurité et surtout, c’est l’essentiel, un projet de loi redéfinissant les « droits » des policiers en termes de « légitime défense ».

Comme l’indiquait le représentant du courant Front unique au Bureau national de la FSU : « On voit aujourd’hui des policiers hors la loi manifester pour exiger le renforcement de leur droit de réprimer sans être inquiétés et cela avec la bienveillance du gouvernement. Parmi leurs « revendications », l’octroi pour eux d’un droit à tuer en toute impunité. S’ils en bénéficiaient déjà dans les faits, ils exigent que cette impunité soit désormais garantie par la loi. Le gouvernement si bienveillant à leur encontre s’est montré ouvert à une modification de la définition de légitime défense pour les policiers ».

Les revendications fondamentales des policiers sont effectivement de deux ordres : d’une part une subordination totale du pouvoir judiciaire au pouvoir policier, d’autre part faire inscrire dans la loi le même « droit de tuer » que celui de la gendarmerie, c’est-à-dire de l’armée. Les gendarmes, quelle que soit la réalité de la menace, sont autorisés à faire feu après simple sommation. Les gendarmes, qui ont un statut de militaires, disposent d’une plus grande marge de manœuvre. Les principes de proportionnalité et de simultanéité sont relégués au second plan. Ils peuvent ainsi faire feu lorsqu’ils sont agressés ou menacés par des individus armés, pour « défendre » une zone qu’ils occupent (comme à Sirven), si des sommations répétées restent sans effet. L’alignement des conditions de légitime défense des policiers sur celles des gendarmes a d’abord été réclamé par le premier syndicat de gardiens de la paix Alliance, rejoint par d’autres syndicats, FO Police et CGT Police.

Chaque jour, le gouvernement apporte une nouvelle pierre à l’édification de l’état policier. Ainsi a-t-il décidé la mise en place d’un méga fichier policier des 60 millions de Français avec toutes les données biométriques, empreintes digitales, photo numérisée, etc., si dangereux pour les libertés que même l’ancien ministre de Giscard, Malhuret a cru bon de s’en émouvoir ! Méga fichier décidé dans un cercle si restreint qu’Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique... s’est indignée de ne pas en avoir été informée. Ce qui a finalement contraint Cazeneuve à soumettre le projet au Parlement (la procédure parlementaire est en cours).

Enfin le gouvernement a, par la voie de Valls, annoncé son intention de prolonger à nouveau l’état d’urgence, faisant de fait de cet état un état permanent, avec cette conséquence que les élections prochaines se feront sous état d’urgence, donc avec le droit discrétionnaire donné au préfet d’interdire telle ou telle réunion, tel ou tel rassemblement à cette occasion !

La mort d’Adama Traoré dans un commissariat : un scandale d’Etat

Dans ce contexte, il faut attribuer une place particulière à l’ignoble homicide d’Adama Traoré, mort dans un commissariat suite à un étouffement. Lorsque le député Pouriah Amishrahi a interpellé le gouvernement à ce sujet, Cazeneuve lui a répondu de manière insultante en défense de « l’honneur » de la police « attachée aux valeurs républicaines », intervention couverte par les acclamations des députés LR et FN, accompagnées de celles d’une bonne partie des députés PS et PCF.

La mort d’Adama Traoré tend d’ailleurs à devenir un véritable scandale d’État, scandale couvert du reste par toutes les forces politiques et les appareils syndicaux qui n’en disent mot (notons toutefois qu’Adama Traoré a eu droit à une parenthèse dans l’interminable bouillie sortie du Conseil national de la FSU !). La manifestation de 1 500 jeunes pour la plupart issus de l’immigration réclamant « Justice pour Adama » doit être saluée comme une véritable manifestation d’avant-garde. Valls et ses flics ne s’y sont pas trompés, gazant la manifestation de soutien à Adama devant la mairie de Beaumont, multipliant les provocations à l’égard de la population de la cité, et jetant en prison les frères d’Adama !

Il faut partout militer pour que les directions syndicales, les directions des organisations issues du mouvement ouvrier rompent le silence et se prononcent :

·       justice pour Adama Traoré,

·       châtiment des coupables,

·       libération immédiate des frères d’Adama !

Union nationale dans le soutien aux manifestations de flics

Pour en revenir aux manifestations de flics, on ne peut faire silence sur le fait qu’elles ont obtenu le soutien unanime de toutes les forces politiques des partis bourgeois bien sûr, jusqu’au PCF et à la dite « extrême-gauche », une mention toute particulière devant sans doute être attribuée à Mélenchon qui reprochait au gouvernement d’avoir gâché ce « beau moment de l’histoire de notre République » qu’a été selon lui « l’osmose entre le peuple et sa police après les attentats de Charlie ». Les manifestants blessés très gravement, énucléés, estropiés à vie, les lycées tabassés, etc. durant les manifestations qui ont pleinement bénéficié de l’ » osmose », apprécieront !

Le PCF n’est pas en reste : « Il faut écouter les policiers qui expriment colère et épuisement. D’abord, il faut embaucher, renforcer le nombre et la présence quotidienne de la police nationale dans tous les territoires et en particulier auprès de ceux qui souffrent le plus de la crise et de la délinquance quotidienne. Les syndicats de policiers avancent des chiffres qu’il faut écouter et auxquels il faut répondre rapidement. »

Et là où le PCF a parlé, nous parvient le fidèle écho de sa voix avec la déclaration de Lutte Ouvrière : « Les policiers du rang ne sont pas mieux traités que le personnel des hôpitaux ou de l’Éducation nationale, en particulier ceux qui travaillent dans les quartiers populaires. Ils subissent eux aussi des économies budgétaires, la course à la productivité et des pressions pour faire du chiffre coûte que coûte. »

Les jeunes scandaient au printemps : « Tout le monde déteste la police ». Au contraire, pour les « révolutionnaires » de Lutte Ouvrière, les flics sont des fonctionnaires comme les autres, assimilables aux enseignants ou aux hospitaliers : ceux qui en 1961 ont assassiné 300 travailleurs algériens les balançant dans la Seine, les assassins des 9 manifestants de Charonne en 1962, les assassins de l’ouvrier de Peugeot Pierre Beylot, tué par balles par les CRS le 11 juin 1968, ceux qui, il y a un an, assassinaient l’étudiant Rémi Fraisse, coupable d’avoir manifesté pacifiquement au barrage de Sivens, etc.

Mais peut-être la palme du ridicule doit-elle être attribuée à Philippe Poutou, candidat putatif du NPA, qui n’a pas moins de mansuétude pour les flics que les autres, au point même de leur donner des conseils sur la façon de « lutter » : « (...) les policiers demandent aujourd’hui des moyens supplémentaires : plus d’effectifs et plus d’armes, pour se protéger et pour mieux réprimer... Mais ils ne semblent pas comprendre - ou ne le veulent pas - que plus de moyens pour réprimer est totalement inutile, et même contre-productif. Car la violence de cette répression se retourne souvent contre eux et contribue à une escalade violente, voire meurtrière. L’intérêt des policiers, en tant qu’individus, devrait être de manifester pour plus d’éducateurs, plus d’enseignants, plus de services publics, contre les licenciements et le chômage, contre l’état d’urgence, pour plus de social et moins de pénal. »

Voilà pour ceux qui parlent. D’autres comme le POI ou le POID restent muets comme des carpes face à l’événement : des manifestations de flics en arme, en uniforme se dirigeant vers l’Élysée ou rassemblés devant l’Assemblée nationale... regardons ailleurs et parlons plutôt d’autre chose !

Eh bien non ! Les flics ne sont pas des fonctionnaires comme les autres. Ils sont la quintessence de l’appareil d’état bourgeois, équipés, sélectionnés, « éduqués » au matraquage des immigrés, de la classe ouvrière et de la jeunesse dès que celle-ci se met en mouvement contre l’ordre bourgeois. Non ! Le prolétariat ne convaincra pas par des discours pieux les flics de cesser d’être des mercenaires au service de la bourgeoisie. L’appareil policier devra être brisé par la classe ouvrière qui devra elle-même, au cours du processus révolutionnaire s’armer, constituer ses milices. Que dans ce choc disloquant les forces de répression nombre de flics décident au bout du compte de déserter les rangs des forces de répression, c’est probable. Mais ce ne peut-être que le produit du combat du prolétariat, plus précisément du combat de ses milices ouvrières. Voilà la vérité qu’il faut inculquer dès maintenant aux éléments les plus avancés du prolétariat et de la jeunesse.

Le budget 2017 : sans coup férir !

Le budget de l’État constitue chaque année un concentré de la politique gouvernementale. Cette année ne fait pas exception. Et cette année encore, il est totalement au service du capital. Le prélèvement de l’impôt à la source va permettre de continuer de tailler largement dans les effectifs du ministère des finances (1540 suppressions de poste). Cette nouvelle contre-réforme va d’ailleurs bien au-delà : en intégrant la retenue à la source sur la déclaration des charges sociales que chaque patron adresse aux organismes de Sécurité sociale, elle prépare le terrain à la fusion entre l’impôt sur le revenu et la CSG, c’est-à-dire à la fiscalisation de la Sécurité sociale et à une remise en cause de la progressivité de l’impôt, ce qui ne peut que faciliter le travail à l’application du programme des partis bourgeois après les présidentielles.

Les suppressions de poste sont partout, mis à part l’exception, à beaucoup d’égards fictive, de l’Éducation nationale, comme le montrent par exemple les fausses créations de poste dans l’Enseignement supérieur. Par contre, augmentent les budgets de la justice (création de places de prison !), de l’armée (Le Monde nous apprend que le cap des 2 000 bombes à 50 000 euros l’une ont été déversées sur la Syrie et l’Irak), de la police...

Par ailleurs, plus que jamais pleuvent les cadeaux fiscaux pour les patrons : les exemptions d’impôt dans le cadre du CICE passent de 6 à 7 % de la masse salariale, jusqu’à 2,5 fois le SMIC. L’impôt sur les sociétés passe de 33 à 28 % pour les entreprises.

Le budget de l’État est passé sans la moindre difficulté à l’Assemblée nationale. Le nombre de « frondeurs » s’abstenant sur le budget s’est réduit à une dizaine de membres. Les quelques « amendements » proposés par les députés PS consistaient souvent à proposer… plus de cadeaux encore pour les patrons. Ainsi se terminera dans quelques mois la carrière de la majorité PS-PCF à l’Assemblée nationale.

Les militants regroupés autour de Combattre pour le Socialisme n’ont jamais véhiculé l’illusion que cette majorité PS-PCF pourrait se dresser contre le gouvernement d’elle-même, sans y être contrainte par le mouvement des masses. Mais les appareils syndicaux - dont certains à la direction de la CGT et soutenus par les pseudo « gauchistes » n’hésitaient pas, en guise de diversion et à des fins de division, à organiser les expéditions punitives contre les locaux du PS - ont soigneusement protégé l’Assemblée nationale et la majorité PS-PCF de la mobilisation des masses. On l’a bien vu sur la loi travail jusqu’au 14 juin inclus. S’agissant du budget, les appareils syndicaux n’ont pas même fait semblant de s’y opposer.

Ainsi la victoire électorale remportée en 2012 contre les partis bourgeois n’a pu être transformée en victoire politique sur le terrain de la lutte des classes, les travailleurs n’ayant jamais été réellement en mesure de submerger le dispositif des appareils syndicaux en protection du gouvernement.

Loi de financement de la Sécurité sociale : une dernière opportunité sabotée

Une dernière opportunité pour les travailleurs existait sans doute avec la loi de Financement de la Sécurité sociale.

Cette dernière prévoit des coupes ravageuses dans le budget de la Santé, en particulier de l’Hôpital public. Elle est dans la continuité de la loi Touraine, qui prévoit, en particulier, des économies de l’ordre de 1,5 milliard sur le dos de l’Hôpital public, notamment par le biais de la constitution des Groupements hospitaliers de territoires, machines à opérer des restructurations massives, des suppressions de services, etc. (voir éditorial de CPS n°62). De l’autre côté, les exonérations patronales, c’est-à-dire en termes de salaire différé, vont dépasser 40 milliards d’euros après avoir atteint 33 milliards en 2016, 30 milliards en 2015, 26 milliards en 2014. De plus, le projet de budget prévoit plus de 4 milliards de coupe.

Dans les hôpitaux, où partout les personnels sont au point de rupture quand les délais de prise en charge des malades (même quand ces derniers sont gravement atteints) ne cessent de s’allonger, une disponibilité au combat existait. Cette disponibilité a trouvé sa réfraction y compris dans les organisations syndicales. Alors que l’appareil dirigeant de la CGT Santé pesait de tout son poids pour que partout les responsables syndicaux prennent en charge la loi Touraine à travers la participation aux « commissions territoriales de dialogue social » (voir CPS 62), dans plusieurs départements et régions (Indre-et-Loire, Auvergne), les syndicats CGT, FO, SUD décidaient dans l’unité de refuser d’y participer. A la Commission nationale fédérale CGT elle-même, l’appareil dirigeant ne put faire passer qu’à une courte majorité la participation à ces commissions.

Le 2 novembre, la loi de Financement de la Sécurité sociale était adoptée, mais ce n’est que le 8 que les fédérations syndicales appelaient à une « journée d’actions » sous la forme traditionnelle des manifestations décentralisées. Et aujourd’hui, les dirigeants syndicaux n’offrent d’autre perspective aux travailleurs hospitaliers qu’une manifestation... en mars 2017. Là comme ailleurs, c’est l’organisation de la bousille !

Statut des enseignants, sélection à l’université :
les appareils syndicaux engagés à fond dans la prise en charge de la politique du gouvernement

À tous les niveaux de l’enseignement, la prise en charge des dirigeants syndicaux va plus loin encore, jetant le masque de la « critique » dont s’accompagne ordinairement la collaboration avec le gouvernement. C’est ouvertement que les directions syndicales, notamment celles des syndicats de la FSU et de l’UNEF, soutiennent les contre-réformes du gouvernement. S’agissant du projet de sélection à l’université, nous renvoyons le lecteur à l’article consacré à la jeunesse (dans ce numéro) qui développe largement la manière dont dirigeants de l’UNEF et du SNESup ont été jusqu’à écrire et signer l’accord qui est la base du projet de loi, présentant comme un « nouveau droit », ce qui constitue la plus violente attaque contre le droit aux études depuis celle (qui s’était terminée par une défaite en rase campagne du gouvernement Chirac) que représentait le projet Devaquet en 1986.

Dans le primaire et le secondaire, le précédent CPS a longuement décrit ce qu’était le projet de réforme de l’évaluation du gouvernement. Depuis sa parution, les dirigeants du SNES, du SNUIPP et les autres syndicats de la FSU concernés sont allés jusqu’au bout dans la prise en charge, annonçant que non seulement ils allaient participer au Comité technique ministériel (CTM), dernière étape avant la parution du décret, mais même qu’ils allaient y voter pour ce nouveau décret.

Si les dirigeants syndicaux peuvent ainsi se lâcher totalement dans le soutien au gouvernement, c’est qu’ils prennent entièrement appui sur le désarroi créé dans la jeunesse par la défaite sur la loi travail, doublé dans l’enseignement de la défaite majeure que constitue la contre-réforme du collège. Cet accablement est pour les dirigeants un précieux point d’appui, les libérant d’une pression significative du corps enseignant et de la jeunesse.

Il faut pourtant noter que là où enseignants et jeunes sont informés des plans gouvernementaux, la politique des dirigeants syndicaux suscite une réelle indignation. Dans l’enseignement, le courant Front unique a été la seule force organisée qui a réellement combattu pour que les directions syndicales se prononcent pour le retrait du projet gouvernemental, boycottent le CTM auquel il sera soumis. Sur cette orientation, des résultats significatifs ont été obtenus (voir notre rubrique : « Les militants interviennent »). La surface du courant Front unique n’est certes pas suffisante pour peser jusqu’à interdire aux dirigeants de mener leur politique de soutien au gouvernement. Mais on mesure ce qu’une force plus puissante aurait pu réaliser dans ce but.

À l’origine de l’offensive gouvernementale, à l’origine de la pleine collaboration des appareils syndicaux,
la nécessité de défendre le capitalisme français aux abois

Il ne faut pas se lasser de le marteler : la violente politique anti-ouvrière du gouvernement, les moyens qu’il se donne de cette politique avec la marche à l’État policier, n’a rien d’irrationnel ni d’incohérent. La présenter comme telle, c’est camoufler qu’elle répond à une loi d’airain : la nécessité de défendre coûte que coûte le capitalisme français.

Ce camouflage, c’est ce à quoi se livrent régulièrement les directions syndicales. Le gouvernement serait simplement victime du « dogme social libéral », dont il n’y aurait qu’à le débarrasser pour que tout aille mieux. C’est ce que prêche avec constance par exemple la direction de Force ouvrière. Ainsi l’édito de Mailly du 9 novembre :

« Ainsi, alors que l’application du néolibéralisme a déjà montré son inefficacité, on voir poindre ici ou là une accentuation du traitement qui risque de laisser le malade sur le tapis ». Et la conclusion : « Keynes, réveille-toi ! Ils sont devenus fous ! »

Ainsi il y aurait une solution dans le cadre du maintien de la propriété privée des moyens de production. Mieux même, une autre politique (« keynesienne ») non seulement est possible, mais c’est elle qui pourrait enfin « soigner le malade » qu’est le capitalisme français !

C’est une mystification totale. Car de quelle « maladie » souffre le capitalisme français ? Dans un article au titre évocateur (« Compétitivité : le grand décrochage français »), Le Monde du 12 novembre, qui note la chute quasi continue du solde commercial français depuis 2002 et la réduction de la part des exportations françaises dans la zone euro de 17 à 13,4% entre 2000 et 2015, écrit, citant un « spécialiste » : « ”Il faut que les politiques fiscales mises en place dernièrement (CICE) se traduisent par des gains réelles de productivité”, insiste Monsieur Nesta. C’est-à-dire soit une baisse de prix des entreprises à même de dynamiser les ventes soit par des investissements pour se moderniser. Problème : les effets du CICE sont encore très discutés, même si son impact sur la reconstitution des marges des entreprises est salué. »

Les capitalistes français peuvent en effet « saluer » la politique gouvernementale qui permet la reconstitution de leurs marges. Mais quant à l’incitation à « investir », force est de constater qu’elle reste vaine, en particulier dans les machines et équipements (entre 2000 et 2012, l’Allemagne a dépensé sur ce poste 2 400 milliards d’euros, la France à peine la moitié). Les capitalistes français n’investissent pas faute d’être assurés de pouvoir vendre la production à plus large échelle qu’entraîneraient ces investissements. Dès lors la seule voie, c’est celle qu’a empruntée l’Espagne, dont le solde commercial, abyssal jusqu’en 2008, s’est spectaculairement redressé à la mesure exacte de la baisse du coût salarial unitaire, autrement dit à la mesure de la baisse des salaires – plus de 15% depuis 2010 !

Présidentielles : du côté des partis bourgeois, la perspective d’une offensive brutale contre les masses

C’est à la lumière de cette situation qu’il faut apprécier les préparatifs des élections présidentielles. 

Les primaires de la droite viennent de s’achever. Toute la réaction s’y est massivement mobilisée : 4,3 millions de voix au premier tour, plus encore au second.

Rien ne distinguait en réalité les programmes de Fillon et Juppé. Mais il n’est pas sans signification que celui qui est allé le plus loin dans l’affirmation de sa volonté de frapper les couches populaires l’ait emporté de manière écrasante. Il annonce la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, le démantèlement de la Sécurité sociale qui ne couvrirait plus que les soins consacrés aux maladies graves, la suppression de toute durée légale du travail, le parachèvement de la liquidation du code du travail, etc. Il a été adoubé sur ce programme par le MEDEF, et l’Église catholique, principale organisation de la bourgeoisie, a activement mené campagne pour lui.

La victoire de Fillon exprime l’impatience de la réaction d’en découdre, de broyer ce qui subsiste des conquêtes ouvrières. Après 4 ans de crise ouverte, le principal parti de la bourgeoisie, l’UMP devenu LR, s’est trouvé un chef.

PCF : une nouvelle étape dans la désagrégation

Qu’en est-il du côté du PS et du PCF ? Les militants du PCF, contredisant la « conférence des cadres », ont voté pour le soutien à la candidature de Mélenchon. L’autre terme de l’alternative opposait à ce soutien une candidature du PCF. S’il s’était agi d’une véritable candidature du PCF, il aurait fallu soutenir le fait que le PCF, parti « ouvrier-bourgeois », ait un candidat tout en combattant avec la dernière énergie son programme qui se situe dans le cadre du maintien de la propriété privée des moyens de production. Mais cette candidature était un leurre. Elle n’avait lieu que sous réserve d’une candidature de « large rassemblement », autrement dit elle était destinée à être retirée avant même d’être présentée. Ce que visait le PCF, c’était peut-être la candidature Montebourg, peut-être une candidature autour ou avec Aubry.

Mais ce sera donc finalement le soutien à Mélenchon, candidature « au-dessus des partis », donc parfaitement coulée dans les institutions de la Ve République (le prochain CPS publiera un article sur le contenu de la candidature Mélenchon).

Dans tous les cas de figure, le seul horizon pour le PCF est d’éviter de perdre son groupe parlementaire, ce qui n’est possible que par un accord, sous une forme ou une autre, avec le PS. Qu’il y arrive ou non, il est inéluctable que ces élections marquent une nouvelle étape dans la désagrégation du PCF, dont l’existence était historiquement liée à celle de l’URSS. Que la désagrégation soit au bout du compte plus longue qu’on aurait pu l’imaginer n’enlève rien à son caractère inéluctable.

PS : puissantes tendances à la dislocation

Quant au PS, les tendances à la dislocation sont à l’œuvre. Et pour cause, au sommet du PS tous les dirigeants qui s’expriment le font dans le sens de la liquidation du PS. Dans la véritable logorrhée que constitue le dernier tome de l’» œuvre littéraire » de Hollande (Un président ne devrait pas dire ça), on peut tout oublier sauf cette affirmation réitérée selon laquelle le PS doit disparaître : « il faut un acte de liquidation. Il faut un hara-kiri «, écrit Hollande !

Pour comprendre cet extraordinaire acharnement de celui qui demeure le chef du PS à vouloir liquider son propre parti, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à l’article de CPS n°60 (« Vers la liquidation du PS ?»). La politique de liquidation du PS comme parti renvoie à une exigence de la bourgeoisie française. Mettre le prolétariat français dans une situation où il ne disposera plus d’aucun parti, si décomposé et putréfié qu’il soit, pour combattre notamment à l’occasion des échéances électorales les partis bourgeois, tel est le but.

Du reste, cet objectif n’est pas propre à la bourgeoisie française. Il existe dans quasiment tous les pays d’Europe où la classe dominante cherche, avec des résultats inégaux, à en finir avec l’existence même des partis sociaux-démocrates. Il y a les pays où d’ores et déjà elle a atteint son but (l’Italie), d’autres où elle a essuyé de sérieux revers (la Grande-Bretagne, avec la victoire de Corbyn – voir l’article qui lui est consacré dans ce numéro de CPS), d’autres encore où elle vient de remporter un succès sans être assurée du résultat final (l’Espagne, où les partisans du soutien au gouvernement Rajoy ont gagné une bataille mais où une réaction massive se manifeste chez les militants pour la convocation d’un congrès extraordinaire).

En France, si on s’en tient au devant de la scène, tout va dans le sens de la liquidation du PS. La candidature Macron, qui proclame « la fin des partis » et dont le programme est exactement le même que celui des candidats LR, ne vaut d’être notée que parce qu’elle a obtenu le soutien d’un nombre significatif de députés et élus du PS. La candidature de Montebourg (« socialiste mais pas seulement ») se situe sur le terrain de l’association capital-travail, Montebourg se flattant que ses propositions « recueillent le soutien aussi bien du « cercle des entrepreneurs » que des participants à la fête de l’Humanité ». Quant aux « frondeurs », citons l’un de ses promoteurs, Christian Paul, cité par La Montagne : « Christian Paul a une certitude : les socialistes sont à la fin du cycle d’Epinay [congrès de 1971 où Mitterrand devient secrétaire général du PS, ndlr] : ” Il y a eu une prolongation ; ce fut le temps des soins palliatifs (sic) avec Martine Aubry, mais c’est fini. Je ne crois plus à la rénovation intra muros. Il faut faire tomber les murs.”»

Pourtant, dans l’ouvrage déjà cité, Hollande ne cache pas que cette liquidation rencontre des difficultés. Il fait état de l’accord de Valls, et de celui de Cambadelis avec sa Belle Alliance Populaire, mais se désole : tout le monde est d’accord, mais ça n’avance pas ! Cela manifeste que la liquidation du PS rencontre des obstacles chez nombre d’élus, dont l’existence est liée au maintien de celle du PS. Que ces résistances n’aient pas à cette étape rencontré de porte-parole ne signifient pas qu’elles ne finiront pas par le faire.

C’est tout l’enjeu des semaines qui viennent, au-delà des vaines spéculations pour savoir si Hollande lui-même, Valls ou d’autres seront candidats.

Jusqu’au bout combattre pour la rupture des directions syndicales avec le gouvernement, pour le front    unique des organisations issues du mouvement ouvrier pour stopper l’offensive du gouvernement

Les militants regroupés autour de Combattre pour le Socialisme sont bien loin de penser que les élections de 2017 n’ont aucune importance. Elles auront lieu dans des conditions politiques marquées par quatre ans de mandat de Hollande où les gouvernements vertébrés par le PS et associant les Radicaux et diverses variantes de Verts se sont illustrés par une offensive acharnée contre les droits ouvriers. Durant ces quatre ans, il faut en faire le constat, la classe ouvrière n’a pu briser cette offensive, ce qui aurait supposé de surmonter les obstacles dressés par les appareils syndicaux. Ce qui s’est passé avec la dure défaite encaissée sur la loi travail en est la manifestation la plus nette. Pendant quatre ans, la majorité PS-PCF à l’Assemblée nationale s’est constamment soumise aux gouvernements bourgeois Hollande-Ayrault puis Hollande-Valls. La rupture de ces liens de soumission n’eût été possible que par l’irruption des masses. Mais les appareils syndicaux ont avec succès protégé le gouvernement et en même temps préservé la majorité PS-PCF de cette irruption qui aurait pu, en particulier, prendre la forme d’une puissante manifestation à l’Assemblée nationale.

La politique des deux gouvernements Hollande, la soumission à cette politique de la majorité PS-PCF à l’Assemblée, la prise en charge de cette politique par les dirigeants syndicaux tournant le dos à l’affrontement avec le gouvernement : tout cela a préparé le terrain à une nouvelle étape dans l’offensive contre les masses, offensive qui va être décuplée avec le retour au gouvernement des partis bourgeois après 2017.

En effet, au bout de ces quatre ans, la victoire des candidats des partis bourgeois est inéluctable, mais les conditions politiques dans lesquelles cette victoire sera acquise ne sont nullement indifférentes. Le combat contre le « front républicain », c’est-à-dire contre toute forme de soutien du PS et du PCF aux candidats LR et apparentés sous prétexte de barrage au Front national revêtira par exemple une importance cruciale.

CPS consacrera un numéro à la situation politique quelques semaines avant les élections. Mais jusqu’aux derniers jours de ce gouvernement demeure à l’ordre du jour le combat pour tenter d’arrêter son bras. Université, statut des enseignants, Hôpital public : nous avons donné plus haut quelques exemples de la façon dont devait s’ordonner ce combat. Ils mettent au centre l’exigence de la rupture des organisations du mouvement ouvrier, en premier lieu des confédérations ouvrières, avec le gouvernement et le patronat. Mener jusqu’au bout ce combat, c’est préparer les travailleurs aux affrontements qui viennent, en particulier à faire face à la violente offensive de la bourgeoisie qui, inéluctablement, se prépare pour après les élections. C’est en même temps œuvrer à rassembler des matériaux pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire en France, partie prenante du combat pour la construction de l’Internationale ouvrière révolutionnaire.

 

Le 28 novembre 2016

 

 

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