Article paru dans le bulletin
« Combattre pour le socialisme » n°62 (n°144 ancienne série) -
28 septembre 2016 :
Venezuela :
Un bilan du
« socialisme du XXIe siècle »
L’agonie
du régime fondé par Chávez
Il n’est
plus besoin de revenir, comme le faisaient les articles publiés dans CPS en mars et juin 2006 (numéros 24 et
25), sur la nature du « socialisme du XXIe siècle », ni
d’éclairer le lecteur sur le contenu du régime, une forme particulière de
bonapartisme. Les faits sont tellement saisissants qu’ils dévoilent de manière
crue ce qu’est ce prétendu « socialisme » : un
« socialisme » où la population est frappée de plein fouet par
l’hyperinflation et la pénurie, et se révolte périodiquement dans des émeutes de
la faim, tandis que le gouvernement de Maduro tente
de trouver une issue face à l’opposition représentant la fraction la plus
ouvertement réactionnaire de la bourgeoisie et soumise à l’impérialisme. Cette
situation met aussi cruellement en lumière la position de ceux qui ont soutenu
depuis ses débuts le régime de Chávez et de son
épigone Maduro, du PCF à Mélenchon, en passant par
les différentes factions qui se réclament du trotskisme. Mélenchon pleurait la
mort de Chávez et disait que celui-ci avait « été la pointe avancée d’un processus large dans l’Amérique latine, qui
a ouvert un nouveau cycle pour notre siècle, celui de la victoire des
révolutions citoyennes «. « Il n’a pas seulement fait progresser la
condition humaine des Vénézuéliens, il a fait progresser d’une manière
considérable la démocratie. C’est sans doute, ajoutait-il, sa contribution
majeure à la lutte socialiste de notre siècle. « Avoir soutenu un tel régime, et l’avoir fait passer pour
« socialiste », donne un aperçu de la nature de tels
« révolutionnaires ».
Si le
régime vénézuélien n’est donc nullement ce qu’il a prétendu être, un régime
« socialiste », il est nécessaire de préciser sa nature. Le régime
établi par Chávez est un régime bonapartiste, mais
avec les caractéristiques spécifiques d’un pays dominé, où la bourgeoisie est
particulièrement faible, et où le candidat-bonaparte
tente de s’appuyer partiellement sur les masses afin de tenter de défendre des
intérêts « nationaux » face à l’impérialisme et aux élites
traditionnelles qui lui sont liées. Trotsky nous livre la clé de la dynamique
de ce genre de régime :
« Du fait que dans les pays arriérés le rôle
principal n’est pas joué par le capitalisme national mais par le capitalisme
étranger, la bourgeoisie nationale occupe une situation sociale inférieure à ce
qu’elle devrait être par rapport au développement de l’industrie.
Dans la mesure où le capital étranger
n’importe pas de travailleurs mais prolétarise la population indigène, le
prolétariat national joue rapidement le rôle le plus important dans la vie du
pays. Dans ces conditions, le gouvernement national, dans la mesure où il
essaie de résister au capital étranger, est contraint de s’appuyer plus ou
moins sur le prolétariat.
D’autre part, les gouvernements de ces pays
qui considèrent comme inévitable et comme plus profitable pour eux-mêmes de
marcher la main dans la main avec le capital étranger, détruisent les
organisations ouvrières et instaurent un régime plus ou moins totalitaire.
Ainsi, la faiblesse de la bourgeoisie nationale,
le manque de traditions du gouvernement démocratique, la pression de
l’impérialisme étranger et le développement relativement rapide du prolétariat
ôtent toute base à un régime démocratique stable. Les gouvernements des pays
arriérés, c’est-à-dire coloniaux et semi-coloniaux, prennent dans l’ensemble un
caractère bonapartiste au semi-bonapartiste. Ils diffèrent les uns des autres
en ce sens que les uns tentent de s’orienter dans une direction démocratique en
cherchant un appui chez les ouvriers et les paysans, pendant que d’autres
installent une forme de dictature militaire et policière. Cela détermine
également le sort des syndicats : ou bien ils sont placés sous la tutelle
de l’État, ou bien ils sont soumis à une cruelle persécution. Cette tutelle correspond
aux deux tâches antagoniques auxquelles l’État doit faire face : soit se
rapprocher de la classe ouvrière tout entière et gagner ainsi un appui pour
résister aux prétentions excessives de l’impérialisme, soit discipliner les
travailleurs en les plaçant sous le contrôle d’une bureaucratie. »
(L.
Trotsky, Les syndicats à l’époque de la
décadence impérialiste. 1940)
C’est
donc armé de cette méthode qu’on peut comprendre ce qui se passe au Venezuela,
et d’ouvrir une issue aux masses dans une situation chaque jour plus
dramatique. Le régime dirigé par Maduro agonise, miné
par deux forces antagoniques, d’une part les masses pauvres, que la crise
économique met dans une situation de famine, d’autre part une opposition
représentant les fractions de la bourgeoisie liée à l’impérialisme, qui mènent
leur propre combat face au gouvernement. Le régime
n’a plus d’appui que l’armée, véritable colonne vertébrale de la
« révolution bolivarienne », et qui se déterminera en fonction de ses
intérêts, et de la dynamique des événements, ce qui n’est donc pas une garantie
à long terme pour le gouvernement.
Un
pays en état de ruine économique
Le
régime représentait donc une tentative de redistribution de la rente
pétrolière, sous le contrôle de certaines fractions de la bourgeoisie, de
l’armée, et en laissant quelques miettes aux populations pauvres, sur
lesquelles le régime s’appuyait, et qui l’avaient défendu, notamment en 2002
lors de la tentative de coup d’État, et lors du référendum révocatoire de 2001.
Cette manne autour de PSDVA, l’entreprise pétrolière nationale, servait à
financer les missions (fondées en 2003) qui fournissaient certains services
dans les quartiers les plus pauvres, notamment donnant l’accès à la médecine.
La
caractéristique fondamentale de l’économie vénézuélienne est donc sa dépendance
totale à la rente pétrolière, avec la nécessité d’importer en dollars la
presque totalité de la consommation de base. Et depuis l’avènement du régime,
les maigres secteurs industriels nationaux ont disparu, la production agricole
locale s’est réduite et même la production pétrolière a diminué, par
obsolescence de l’appareil de production et faiblesse de l’investissement. En
dehors du pétrole, tout, ou presque tout, doit être importé. La tentative de
contrôler les changes, d’asseoir la monnaie, ayant échoué, le marché noir
monétaire domine et détermine la réalité économique du pays, la valeur du
bolivar s’est effondrée, et avec elle le pouvoir d’achat des masses pauvres.
Comme le pays est sous contrôle des changes et sous rationnement, la forme la
plus saisissante des déséquilibres c’est la pénurie dans les commerces. Tout
passe par le marché noir, est devient pratiquement hors de portée des
consommateurs de base.
Le 2 juin
2016, des émeutes ont eu lieu contre la pénurie dans plusieurs quartiers de
Caracas. C’est la première fois que ce type d’émeute concerne y compris les
quartiers centraux de la ville ; jusque-là les émeutes étaient restées
cantonnées aux bidonvilles périphériques. Le 16 mai, Nicolas Maduro avait décrété l’état d’exception, afin de lutter
contre les « menaces extérieures », afin de faire saisir les usines
« paralysées par la bourgeoisie », mais plus sûrement pour lutter
contre le chaos qui s’installe, contre les pillages de magasins, les lynchages,
tandis que les coupures d’électricité se multiplient, que les services publics
ne fonctionnent plus que deux jours par semaine, et que partout les files
d’attente s’allongent devant des magasins vides. Il faut ajouter que cet
« état d’exception », renforce « l’état d’urgence »
économique décrété en janvier 2016. Le régime est donc totalement aux abois
face à un pays au bord de l’explosion, une bourgeoisie qui veut en finir avec
cette situation et se rassemble autour de l’opposition réactionnaire de la MUD
(Mesa de unidad
democrática, table ronde d’unité démocratique) et
de Capriles, afin de faire révoquer Maduro, en s’appuyant sur l’impérialisme.
Les
chiffres officiels de l’économie vénézuélienne sont effarants : pour 2015,
l’inflation officielle était de 180 % et la récession était marquée par un
recul du PIB de 8,2 % selon la banque mondiale, 10 % pour le FMI, après une
année 2014 à - 4%. Les estimations de la banque mondiale donnent encore un
recul de plus de 4 % pour l’année 2016. Le budget est en fort déficit malgré la
rente pétrolière. Encore faut-il dire que ces données officielles ne sont que
le reflet déformé de la réalité. La pénurie de produits de consommation
courante est difficilement quantifiable dans les statistiques officielles. Et
l’inflation réelle n’est que le reflet du problème des taux de changes
officiels et officieux entre le bolivar et le dollar. Le FMI estime l’inflation
pour 2016 à 480 %.
Graphiques représentant l’évolution du cours du pétrole brut, le
déficit budgétaire en % du PIB, et le PIB.
Dans
cette situation le gouvernement se débat et tente de rééquilibrer ses comptes
en vendant une partie de son stock d’or. En février, le Venezuela a vendu 34,2
tonnes d’or, et en mars 8,5 tonnes. Il s’agit de trouver des liquidités pour
faire face aux échéances à venir. Néanmoins, la réserve d’or du Venezuela a
commencé à baisser, et cette marge de manœuvre ne pourra être exploitée très
longtemps.
La
forme de la crise est monétaire
Le
gouvernement Chávez a donc tenté de mettre en place
une monnaie forte et stable, appuyé sur la rente pétrolière et les forts
revenus que celle-ci apportait à l’État. La création du bolivar fort en 2008 s’est
couplée avec le contrôle des changes et un cours forcé du bolivar par rapport
au dollar. Au départ, ce dernier correspondait à 2,15 bolivars pour un dollar.
Mais ce cours forcé n’a pas résisté à la fuite des capitaux En effet, si la
politique de Chávez est mal reçue par les
capitalistes, il n’en reste pas moins que les capitaux impérialistes ou locaux,
n’ont pas été expropriés et ont commencé à quitter le navire au début de la
crise économique, entre 2007 et 2009.
Selon
un article de 2010 résumant la politique monétaire du gouvernement vénézuélien,
sur sciencepo.fr, rédigé par L. Bitarello :
« Cependant, la réforme monétaire se solda par
un échec. En premier lieu, le gouvernement sous-estima le défi que représentait
le remplacement de l’entièreté des anciens billets et des anciennes pièces.
Deux ans après l’institution du bolivar fort, le bolivar faible est toujours en
circulation. Cette double économie provoque toute sorte d’ennuis à la
population, qui doit travailler avec deux monnaies parallèles. En deuxième
lieu, la nouvelle politique monétaire vénézuélienne ne parut pas crédible aux
yeux de la population, qui continua à craindre des niveaux élevés d’inflation.
Ses attentes se confirmèrent : en 2009, l’inflation atteignit 25,1%.
La montée des prix sous les présidences de M.
Chávez a rogné - lentement, mais constamment - la
valeur du bolivar (en 11 ans, la monnaie vénézuélienne a perdu 90% de sa
valeur). De surcroît, les investissements étrangers abandonnèrent le pays,
découragés par la crise économique de 2007-2009 et par les nationalisations
répétées pratiquées par M. Chávez, qui créèrent un
climat de méfiance parmi les investisseurs. La fuite de capitaux provoqua une
hausse de la demande des devises étrangères et une baisse de la demande du
bolivar, ce qui contribua à faire décliner la valeur de la monnaie nationale. »
Le
rédacteur accrédite la thèse de nationalisations répétées, en réalité la fuite
des capitaux marque le mécontentement des grands groupes capitalistes, qui ne
trouvent pas le gouvernement Chávez assez docile
vis-à-vis de leurs intérêts.
Cependant
la dévaluation n’en était qu’à ses balbutiements, d’autant que malgré le
contrôle des changes, un marché noir monétaire exprimait les rapports réels de
dévaluation du bolivar et frappait de plein fouet la population, puisque les
achats de nombreux produits ne peuvent se faire que dans ce deuxième marché. Si
légalement le bolivar a été dévalué, jusqu’à 6 dollars pour un bolivar, cette
valeur est encore très éloignée de la réalité, et surtout le double taux de
change plombe l’économie vénézuélienne.
Selon
G. Wilpert, le Monde
diplomatique, novembre 2013 :
« Tant que le gouvernement autorise un accès
relativement fluide aux devises étrangères, le taux de change au marché noir et
l’inflation restent plafonnés à un niveau supportable. Mais le Venezuela
importe 70 % des biens qu’il consomme. Il cherche donc à maintenir un taux de
change favorable à sa monnaie, afin que les prix à l’étalage des produits
d’importation ne s’envolent pas. Or cette politique est source de
distorsion : au fil du temps, l’écart se creuse entre la valeur réelle du
bolivar, qu’une inflation — même sous contrôle — déprécie mécaniquement sur le
marché intérieur, et sa valeur nominale sur le marché des devises, laquelle est
maintenue à un niveau élevé. Cela a pour effet de pénaliser les industries
vénézuéliennes, puisque le coût de leurs produits augmente plus vite que celui
des biens d’importation. Il en découle que les producteurs locaux se font
écraser par la concurrence. C’est pourquoi le gouvernement a décidé de limiter
les importations aux produits uniquement fabriqués à l’étranger ; mais
cette condition s’avère souvent intenable. Les aliments de base sont pour la
plupart produits au Venezuela, mais en quantité insuffisante pour satisfaire la
demande. »
Le
résultat, c’est que tout manque au Venezuela. Les prix ne font dès lors
qu’augmenter, les magasins sont vides. Si le gouvernement accuse les agioteurs,
la spéculation de tous les maux, en réalité ce n’est que l’expression de la
pénurie que le double taux de change engendre.
Des
mesures de rétorsion ont pu être prises comme celles contre la chaîne de
supermarchés Exito, de capitaux français et
colombiens, qui été nationalisée. Rien n’y fait. La frontière avec la Colombie
a été fermée : toujours pas de résultats. En mars 2015, une nouvelle
tentative de juguler l’écart entre le taux officiel et le taux de la rue a été
faite par une deuxième plate-forme de change, avec un deuxième taux de change
officiel, cette fois-ci de 10,8 bolivars pour un dollar. Cependant le taux de
change de la rue restait aux environs de 50 bolivars pour un dollar, parfois
plus allant jusqu’à 57, au mois de mars 2016.
Pour
l’année 2015, le pays avait connu l’inflation la plus importante au monde, avec
un taux officiel de 180,9 %, et dans le détail, se sont les prix des produits
alimentaires qui ont le plus crû, avec une inflation moyenne de plus de 300 %.
Il est
difficile de suivre l’évolution rapide vers la catastrophe, mais chaque mois
les données publiées sont plus inquiétantes, la création du deuxième taux de
change officiel pour se rapprocher du cours du dollar au marché noir nayant pas eu de résultats positifs. Au contraire, le
dollar aurait été équivalent, en juin, à plus de 800 bolivars sur le marché parallèle
selon le site Notiactual
(10 juin).
Chaque
jour rapproche un plus la situation d’un effondrement général. D’ores et déjà
la population est littéralement étranglée pour sa consommation quotidienne. Sur
un plan plus général cette situation est l’expression des déséquilibres
fondamentaux de l’économie vénézuélienne, notamment la totale soumission de
cette économie à la rente pétrolière. Néanmoins, le gouvernement même en
tablant sur une soudaine et miraculeuse hausse des prix du pétrole ne pourrait pas
forcément rétablir la situation, la crise ayant commencé avant même la chute
des prix pétroliers, et la production nationale ne cessant de baisser.
Un
régime aux abois
Depuis
la mort de Chávez, le régime dirigé par Maduro est aux abois. De fait le régime bonapartiste a
besoin du charisme du chef, et Maduro n’est qu’un
épigone. De plus, la crise économique que connaît le Venezuela n’arrange pas
les affaires politiques de ce dernier. Mais il faut aussi préciser que l’aura
de Chávez lui-même n’avait pas empêché l’opposition
de se reconstituer. Si l’on suit les résultats de Chávez,
il n’a cessé de gagner des voix, jusqu’en 2012, où il atteint plus de 8
millions de voix, face aux différents candidats de l’opposition « démocratique »,
c’est-à-dire la fraction de la bourgeoisie liée à l’impérialisme, sous
différentes formes et coalitions : Arias Cardenas, le oui lors du
référendum révocatoire de 2004, Rosales, puis Capriles
le candidat de l’actuelle MUD (table d’unité démocratique). Lors de l’élection
de 2013, Maduro ne réalisait pas un mauvais score en
soi (il ne perdait que 500 000 voix par rapport à Chavez) mais
l’opposition bourgeoise s’était reconstituée derrière la candidature de Capriles.
|
2000 |
2004 * |
2006 |
2012 |
2013 |
% participation |
56 |
69,9 |
74 |
80,56 |
79,7 |
H. Chávez |
3 757 733 |
|
7 309 080 |
8 191 132 |
|
F. Arias Cardenas (opposition ) |
2 359 459 |
|
|
|
|
No |
|
5 800 629 |
|
|
|
Sí (opposition) |
|
3 989 008 |
|
|
|
Rosales (opposition) |
|
|
4 292 466 |
|
|
Capriles (opposition) |
|
|
|
6 591 304 |
7 363 264 |
Maduro |
|
|
|
|
7 587 532 |
*En 2004 un
référendum révocatoire a été organisé sur demande des partis de l’opposition
« démocratique » bourgeoise.
Depuis
2012, le déclin électoral du régime s’est transformé en défaite cinglante, en
décembre 2015. Lors de l’élection de 2012, Chávez,
moribond, mettant tout le poids de sa personne dans l’élection, avait encore
réussi son pari. Cependant, cette « victoire » annonçait la suite.
Comme le note Patrick Guillaudat :
« En regardant de près les résultats, la
victoire est fragile, malgré le fait que Chávez ait
gagné contre Capriles dans 22 des 24 États du pays.
Entre la dernière présidentielle de 2006 et celle de 2012, Chávez
a gagné 752.976 voix pendant que l’opposition en gagnait 2.175.984, soit près
de trois fois plus. Dans les quartiers populaires de Caracas (Petare, 23 de Enero, La Vega,…)
le vote chaviste a baissé entre 6 % et 9 %.
C’est le même mouvement dans les autres villes du pays. D’autre part, le
décompte précis des voix de chaque candidat, parti par parti, permet de voir
que plus d’un cinquième des voix obtenues par Chávez
se sont portées sur d’autres partis que le PSUV. (...) Dans les jours qui ont
suivi l’élection, des signaux contradictoires ont été lancés. D’un côté, Chávez prône le dialogue et l’ouverture en direction de
l’opposition. De l’autre côté, des militants du PSUV demandent une
“rectification” dans le sens d’un approfondissement du processus » (revue Tout est à nous). Dès ce moment-là, les
principaux problèmes étaient déjà clairement posés.
Les
élections de 2015 ont donc mené à la victoire de la MUD, face à la coalition
articulée autour du PSUV, le grand pôle patriotique Simon Bolivar.
|
2010 |
2015 |
||
inscrits |
17
712 768 |
19 504
106 |
||
exprimés |
11 097
667 |
66,45
% |
14 385 349
|
74,17
% |
Gran polo patriótico Simón Bolívar |
5 423
324 |
48,13
% |
5 622
844 |
40,91
% |
Mesa
de Unidad Democrática |
5 320 364
|
47,22
% |
7 726
066 |
56,22
% |
Sièges
GPPSB |
98 |
55 |
||
Sièges
MUD |
65 |
112 |
Ainsi depuis
2010, l’opposition s’est reconstituée et renforcée face au régime. Dès lors, à
la suite des élections de 2015, Maduro se voit obligé
de composer avec un Parlement hostile, malgré des pouvoirs réduits, et donc est
contraint à gouverner par décret, sans base parlementaire. L’opposition
continue d’occuper la rue, et tente de prendre l’initiative d’organiser un
nouveau référendum révocatoire, en réunissant les signatures des citoyens,
premièrement pour l’ouverture de la procédure, puis deuxièmement en nombre
suffisant pour déclencher l’organisation du vote, dans les délais les plus
brefs. Si la procédure n’arrive pas à temps, en effet, Maduro
serait remplacé par son vice-président, sans que des élections anticipées aient
lieu, vu que l’échéance électorale normale prévue est en 2019.
De
plus, émeutes, manifestations et grèves se multiplient face à la politique que
le gouvernement mène et ses conséquences économiques et sociales.
Le
gouvernement a tenté de donner des gages à la bourgeoisie et à l’impérialisme
D’une
part le gouvernement est en butte à l’hostilité de la bourgeoisie liée à
l’impérialisme, d’autre part il doit s’affronter aux masses. Jusque vers 2009,
le gouvernement Chávez essayait de s’appuyer sur les
masses dans la mesure où le régime pouvait les subordonner à sa politique
d’indépendance nationale. Néanmoins, les conditions générales liées à la crise
économique ont changé la donne, Chávez, puis Maduro, ayant dû mener une politique de moins en moins
« sociale ».
La
répression face aux travailleurs et à leur mouvement s’est largement accentuée
dans la dernière période. En 2014 des mesures de répression massives sont
prises contre les bastions ouvriers. Le cas de l’usine sidérurgique SIDOR, à
Ciudad Guyana, est un symbole. En 2008, les travailleurs ont réussi à imposer
la nationalisation de l’usine au gouvernement par leur lutte. Cependant,
l’activité de cette entreprise est en déclin depuis 2011 (dans le cadre de la
crise monétaire et pétrolière), l’appareil de production n’étant quasiment plus
utilisé. Le gouvernement a alors tenté d’imposer une nouvelle convention
collective aux travailleurs, en faisant pression sur l’appareil syndical
bureaucratique quasi-mafieux lié à l’État, et en réprimant les travailleurs par
la violence dans leur tentative de résistance, se prévalant d’une loi
anti-terroriste. Le conflit qui a duré un mois durant l’été 2014 représente
clairement un tournant.
Dans le
secteur automobile, à la même période, les capacités productives utilisées réduites
à 50 % marquaient bien la profondeur de la crise qui s’y déroulait. A cette
occasion, les travailleurs avaient revendiqué le contrôle ouvrier et la
réorientation de l’industrie du montage vers la production locale. En février
2014, la fédération UNT (Union nationale des travailleurs) de l’état d’Ansoategui publiait cet appel :
« En conclusion de tout ce qui vient d’être dit, nous travailleurs de
l’automobile nous devons descendre dans la rue, affronter la spéculation et le
sabotage économique des multinationales, et défendre nos revendications
(conventions collectives, (…) de maladies professionnelles). Nous demandons aux
directions de l’UNT et de la FUTAAC d’élaborer un plan de lutte pour les
travailleurs débattu en assemblée avec tous les travailleurs du secteur et
d’organiser la mobilisation continue de la classe ouvrière pour ce programme,
le temps qu’il soit présenté au gouvernement.
Comme première étape, nous proposons (nous
travailleurs du secteur automobile d’Ansoategui) que
les entreprises soient obligées d’ouvrir leurs livres de compte, et le contrôle
par les travailleurs et le gouvernement, la nomination de comités, révocables à
tout moment, chargés du contrôle ouvrier, par les assemblées des travailleurs.
En même temps le gouvernement doit nationaliser ce secteur sous contrôle
ouvrier. Mais un contrôle ouvrier réel, sans comités d’administration qui
imposent des décisions bureaucratiques aux travailleurs, un contrôle ouvrier où
les travailleurs eux-mêmes par l’élection de délégués révocables (…). Que ces
mesures soient accompagnées d’un plan d’investissements dans les usines
automobiles du pays, qui aujourd’hui sont essentiellement des usines de
montage, afin qu’elles puissent produire pour les besoins du pays… ».
Bien
entendu, ces revendications sont restées lettre morte, face à la corruption de
la bureaucratie syndicale qui ne les a pas reprises à son compte, et à la
politique menée par le gouvernement. La lutte des classes néanmoins a atteint
une grande intensité, avec 15 000 conflits sociaux entre 2011 et 2014. Le
gouvernement assis sur cette bombe tente donc de la désamorcer par une
législation particulièrement anti-démocratique, décidée par Chávez
lui-même. Maduro s’est aussi coulé dans ce moule,
notamment dans le cadre de la répression des émeutes liées à la pénurie.
L’armée sillonne aujourd’hui tous les quartiers de bidonvilles de Caracas,
utilisant le prétexte de l’insécurité (une des criminalités les plus élevées au
monde), et des émeutes, tandis que Maduro a décrété
l’état d’exception.
Les
dirigeants paysans du courant révolutionnaire Bolivar et Zamora, soutiens du
régime, dénoncent les assassinats perpétrés contres ses militants qui luttent
contre la corruption de groupes qui détournent la production alimentaire, de
groupes paramilitaires qui trafiquent avec la Colombie. Ces mafias, ces groupes
d’intérêts corrompus sont installés dans l’appareil de l’État de Chávez et n’ont jamais été vraiment été pourchassés ;
ils profitent aujourd’hui de la pénurie pour poursuivre leurs lucratives activités.
Ils constituent une puissante « bolibourgeoisie »,
liée à l’État et au régime, qui profite de ses largesses et de sa position.
Le
gouvernement intervient régulièrement dans les organisations syndicales, en
utilisant notamment le « tribunal suprême de justice » pour
suspendre, invalider des élections. La dernière en date a été celle du syndicat
des travailleurs des mines de fer de l’Orénoque, de 8000 membres, dont les
élections ont été annulées avant même qu’elles ne se déroulent (elles étaient
prévues les 27 et 28 mai), sur la demande de deux militants du « Movimiento 21 », le courant syndical dirigé par le
PSUV. Il se pourrait donc que ce syndicat connaisse le même sort que celui du
syndicat unique des travailleurs de l’industrie sidérurgique (le syndicat des
travailleurs de SIDOR), dont les élections ont été suspendues en 2015 et
ajournées sine die. Dans le secteur
de l’énergie, la compagnie nationale d’électricité vient d’interdire toute
réunion à ses travailleurs.
Le
droit à l’organisation des travailleurs est donc quotidiennement amoindri et
menacé. De même en 2013, lorsque les étudiants ont commencé à manifester pour
l’augmentation des bourses, ils furent confrontés à la répression, et
manifestèrent aussi pour leurs droits démocratiques : ce à quoi le
gouvernement opposa, outre des arguments casqués et caparaçonnés, le fait que
les étudiants seraient des suppôts de l’impérialisme et du fascisme. Cette
position a d’ailleurs été relayée par de nombreux groupes gauchistes dans le
monde entier. C’est évidemment une calomnie honteuse, qui n’est qu’une
couverture à la répression.
Actuellement,
si la MUD représente bien cette fraction de la bourgeoisie liée à
l’impérialisme, il n’en reste pas moins que les émeutes de la faim, les
pillages de magasins sont le fait d’une partie des masses pauvres qui ne
peuvent plus trouver à se nourrir face au marché noir, à la pénurie et à
l’inflation, et à un gouvernement incapable de stabiliser la situation
monétaire et d’assurer l’approvisionnement de base pour la survie quotidienne.
Dans
cette situation explosive, un arbitre : l’armée
Bonaparte
Maduro tente de s’élever au-dessus des classes.
Néanmoins, il a besoin pour cela d’une certaine force. Or, un des piliers du
régime actuel, et qui jusqu’à maintenant ne lui a pas fait défaut, c’est
l’armée. Le chavisme est consubstantiellement lié à
l’armée. Ainsi, selon un article publié par le site Izquierda Diario le 24/05 2016, et intitulé « Que se passe-t-il dans les
casernes ? », le degré d’implication des militaires dans le
régime n’a jamais été aussi élevé que depuis que le « civil » Maduro gouverne, 10 ministres sur 30 sont des militaires, 6
encore en activité, 4 en retraite : ministère de l’intérieur, de la
justice et de la paix, ministère de la défense, ministère de l’alimentation, de
l’agriculture, de la terre et de la pêche, voici les ministères les plus
importants aux mains de représentants des « Forces armées nationales
bolivariennes ». L’armée a aussi un poids important dans le secteur
économique, notamment au travers d’entreprises d’État. Le 19 avril 2013, Maduro inaugurait à Maracaibo, sur la base aérienne R Urdaneta, une « zone économique militaire », dont
le but était de « satisfaire la demande des FANB »… Cette « zone
économique militaire socialiste » abrite des entreprises de différents
secteurs, transports, communications, agriculture, construction, mais aussi
finances, ou boisson. L’entreprise Camimpeg qui vient
d’intégrer la zone, s’occupe de services au secteur pétrolier et gazier,
exploitation de mines, entretien des puits de pétrole, importation de produits
d’équipement, transport, travaux publics, dépollution, entre autres.
L’armée
représente donc un État dans l’État, avec son secteur économique lié. Elle a
été largement épurée après la tentative de coup d’État en 2002, et Chávez a investi dans les budgets militaires, la formation
par la création d’écoles et d’universités militaires, l’augmentation des
salaires des officiers, l’ouverture d’accès à certaines fonctions gouvernementales,
ce qui a assuré sa loyauté au régime.
Le 5
juillet, lors de la fête de l’indépendance, Maduro a
assuré qu’il augmenterait le pouvoir militaire et déclaré : « aujourd’hui 5 juillet, au début du second
semestre, je le dis, je sais que je peux compter sur le peuple et les forces
armées pour gagner la guerre non-conventionnelle, la guerre économique, et tous
les mécanismes de la guerre psychologique, nous allons gagner, je vous convoque
pour la victoire, je vous appelle au sacrifice, à la lutte. » (La Izquieda
Diario).
Néanmoins,
la crise est telle que la position de l’armée n’est plus en soi assurée. Capriles a tenté de s’assurer de sa neutralité, sinon de sa
bienveillance. Maduro continue à la choyer, mais la
perspective d’un conflit politique majeur, d’une confrontation entre Maduro et son opposition, fait réfléchir les militaires.
Des officiers liés au régime, qui ont dirigé d’importantes zones de défense, ou
même participé au gouvernement, ont fait entendre leur voix, prévenant le
régime de la nécessité de changer.
Il est
clair qu’en cas de blocage entre les deux parties, les forces armées pourraient
se sentir amenées à jouer un rôle politique sur l’avant-scène. Soit précipiter
la chute de Maduro, tout en obtenant des garanties de
la part de la MUD pour qu’elle ne mette pas son nez dans les affaires
militaires, soit trouver une voie médiane entre les deux camps en lutte, créant
une situation où l’armée pourrait prendre en main le pouvoir afin de limiter
les effets du chaos politique, du développement de la lutte politique et
éventuellement de la lutte des classes. Ce genre de solution n’est pas
évidemment l’issue privilégiée, malgré les traditions militaires en Amérique
latine, tant la dernière période d’interventionnisme militaire a laissé des traces
dans le prolétariat latino-américain. En tout cas, pour Capriles
il est nécessaire de négocier et de passer un accord ou un compromis avec les
officiers dirigeant l’armée. Cela est loin d’être inenvisageable. Mais dans le
cadre de la lutte engagée, et en l’absence de solution prolétarienne, il est
fort probable que l’armée en dernière analyse décide de l’issue politique.
Les
bons offices impérialistes et négociations de coulisses
Il n’est
pas nouveau que les rodomontades du régime de Chávez
indisposent les États-Unis. Or la situation générale en Amérique latine lui est
de moins en moins favorable. La victoire de Macri en Argentine, dont le premier
acte a été de donner satisfaction aux fonds d’investissement qui avaient refusé
la restructuration de la dette en 2002, et la déposition de Dilma Roussef au
Brésil, remplacée par un gouvernement de même inspiration que celui de l’Argenine, le rétablissement des relations diplomatiques des
États-Unis avec Cuba, l’accord qui veut mettre fin à la guérilla en Colombie,
voilà de nombreux points où l’impérialisme américain marque d’importants
progrès dans sa reprise en main continentale. Et le Venezuela est un objectif
naturel. Toutefois, ce n’est pas directement les États-Unis qui jouent le rôle
le plus exposé, mais bien l’Espagne qui, dans son ancienne colonie, envoie
depuis longtemps des représentants jouer les bons offices et faire la leçon de
démocratie.
L’Espagne
envoie donc des défenseurs des droits de l’homme, régulièrement au Venezuela.
Ainsi une mission de conciliation est organisée en ce moment même par José Luis
Rodríguez Zapatero, en tant que représentant
exemplaire du PSOE. Il aura été inspiré en cela par son modèle Felipe González.
Il est mandaté par l’Union européenne, et a reçu le soutien de John Kerry dans
sa démarche. Mais, d’autres donneurs de leçon affluent : Albert Rivera,
dirigeant du très libéral mouvement Ciudadanos, a
accouru au Venezuela pour soutenir l’opposition. S’il est venu faire son petit
effet, ce n’est pas seulement pour des vertus démocratiques et se donner l’aura
d’un grand défenseur des libertés publiques, c’est aussi pour dénoncer le
financement de Podemos par un « dictateur ». Quant à Rajoy, toujours chef du gouvernement « en
fonction », il souhaite assurer la sécurité des ressortissants espagnols
au Venezuela, langage habituellement utilisé lorsqu’un gouvernement
impérialiste menace d’une intervention militaire.
Il faut
compter aussi avec les bons offices d’un pacificateur de profession, originaire
d’Argentine, qui lui aussi promet son intercession dans le conflit : il
s’agit du pape François. En attendant l’OEA, l’Organisation des États
Américains, par la voix de son secrétaire argentin, met la pression sur le gouvernement
de Maduro. Bref, tout le monde se presse pour
apporter sa solution au conflit. Cependant, Maduro a
accepté la médiation de Zapatero et l’a rencontré, laissant ainsi malgré sa
phraséologie martiale, une porte ouverte à l’opposition et aux exigences de
l’impérialisme, sur le terrain politique.
Les
discussions sont donc permanentes, avec des intermédiaires, ou sans, un membre
du gouvernement évoquant d’ailleurs des contacts informels quasi-permanents.
Les négociations plus ou moins secrètes portent sur la libération des
prisonniers de l’opposition, ou encore la mise en œuvre du référendum
révocatoire en 2016. De fait, le 26 juillet, 28 prisonniers ont été remis en
liberté, sur les 37 dont l’opposition réclame la libération. Le 21 juillet, Maduro lui-même avait parlé de l’ouverture du « chemin qui mène au dialogue politique
sur les préoccupations fondamentales des Vénézuéliens dont la fonction est de
renforcer la paix dans le pays ». Le 15 juillet, Maduro
avait prorogé le décret sur l’état d’exception et d’urgence économique jusqu’au
début de l’année 2017, décret qui lui permet de lutter contre les émeutes et
d’avancer vers des solutions qui de plus en plus ouvertement préparent
l’arrivée au pouvoir de la MUD et de son programme économique, dont un des partisans
prévenait qu’il serait forcément impopulaire.
Si
malgré ses discours Maduro reste en contact avec les
représentants de l’impérialisme, d’où qu’ils viennent, c’est que la situation
économique du Venezuela, au bord de l’effondrement total, nécessite d’avoir
recours aux services du capital. Il a fait vendre une partie du stock d’or, a
recours à des emprunts pour financer le déficit courant, et ouvre certains
secteurs, notamment miniers aux investissements étrangers. La façade de sa
politique est bien en contradiction avec ses actes, et la prolongation de
l’état d’urgence économique servira sans nul doute à briser la résistance des
masses, plutôt que les manifestations de l’opposition.
Quelle
voie pour les masses au Venezuela ?
Bien entendu, le retour au pouvoir de la fraction la plus
ouvertement soumise à l’impérialisme ne peut être une bonne nouvelle. Il faut
lutter pour l’empêcher. Cela est indissociable en réalité d’un combat contre le
gouvernement de Maduro, dont toute la politique fait
le lit de cette « restauration », dont les masses, quoiqu’il arrive,
feraient les frais. Il faut donc rompre avec le gouvernement pour combattre sur
le terrain de l’indépendance de classe.
- Cela signifie tout d’abord l’indépendance de l’UNT, de ses
sections, de ses fédérations et syndicats. La direction de l’UNT ne doit plus
se soumettre aux intérêts du gouvernement et défendre les revendications des
travailleurs ;
- Dans le cadre de la pénurie généralisée et du marché noir, les
travailleurs, par le biais de leurs organisations, doivent prendre en main la
question du contrôle ouvrier, du contrôle de l’approvisionnement, de la
production qui doit être soumise à un plan permettant de satisfaire les
immenses besoins de la population ; dans le cadre des problèmes liés à la
monnaie et au marché noir, le monopole du commerce extérieur, le contrôle des changes,
l’appel aux travailleurs des banques pour interdire la spéculation, la fuite
des capitaux semble
aussi nécessaire ;
- Contre les mesures de restriction de liberté : contre les
mesures d’état d’urgence, la loi antiterroriste destinées à frapper les plus
pauvres, dans leurs manifestations ;
- Pour les étudiants, la question des bourses est
cruciale ;
- Les salaires et leur défense par une échelle mobile est
absolument nécessaire face aux prix réels ;
- La
réforme agraire, l’organisation de l’agriculture de sorte à répondre aux
besoins urgents de la population.
Toutes ces mesures évidemment nécessitent un gouvernement, un
gouvernement ouvrier, dont la seule organisation qui puisse l’assurer semble
être l’UNT, qui pourrait s’appuyer sur des comités, des comités d’usine, de
quartiers, d’approvisionnement. Dans ce cadre, la lutte pour des États-Unis
Socialistes d’Amérique latine est aussi indispensable, afin de permettre aux
différents prolétariats de s’appuyer les uns sur les autres et d’organiser les
échanges à l’échelle du continent afin, par exemple, de bénéficier notamment
des produits agricoles importés depuis le Brésil ou l’Argentine, en échange des
ressources pétrolières.
Cela est donc tout à fait incompatible avec le régime de Chávez-Maduro, qui a ménagé les
intérêts du capital et capitulé face à l’impérialisme, limitant les
nationalisations (en réalité toutes réalisées avec des indemnisations), et
tentant de contrôler toute forme de mobilisation populaire au travers d’un
appareil politique, le PSUV, et en tentant d’intégrer et de caporaliser sans y parvenir totalement, le mouvement ouvrier
et notamment l’UNT dans ce dispositif, par le biais
de son appareil corrompu.
C’est dans ce combat que se dégageront les militants pour la
construction d’un parti ouvrier révolutionnaire intégrant le combat pour
l’internationale ouvrière révolutionnaire.
Le 5 août 2016
«
De tous
les événements survenus depuis le mois d’août, depuis que cet article a été
écrit, de tous les nuages noirs qui s’amoncèlent sur l’horizon bolivarien de Maduro, le plus menaçant pour son régime est la chute
définitive de Dilma Roussef, dont le sénat brésilien a confirmé l’impeachment
le 31 août. Avec l’élection de Macri en Argentine, en novembre 2015, elle
semble confirmer le retournement de conjoncture en Amérique latine. La campagne
de l’opposition s’est d’ailleurs momentanément intensifiée, pour culminer dans
une grande manifestation, massive, organisée par la MUD (table d’unité
démocratique) le 1er septembre, manifestation présomptueusement
appelée « prise de Caracas » mais qui toutefois regroupait des
centaines de milliers de manifestants, faisant disparaître politiquement du
paysage la contre-manifestation organisée par le pouvoir. Pour autant, si
l’opposition a tenté de prolonger cette mobilisation à la semaine suivante, la
mobilisation s’est largement dégonflée. Les partis de l’opposition regroupés
dans la MUD tentent donc de faire progresser le plus rapidement possible le
référendum révocatoire dont ils ont réussi à faire enregistrer la procédure
préparatoire auprès du tribunal constitutionnel.
Menacé,
le régime tend donc encore son caractère bonapartiste, Maduro
a prolongé pour la quatrième fois l’état d’urgence économique, renforcé
l’armement de la police, et militarisé la distribution économique en nommant 18
officiers supérieurs responsables de la distribution de 18 produits de base,
huile, sucre, viande, farine de maïs, blé, poisson, produits pharmaceutiques,
détergents et savon, ou papier hygiénique. C’est là que la situation économique
et monétaire n’offre aucune perspective d’amélioration immédiate. Tandis que la
situation des masses s’aggrave de jour en jour. Jusqu’à quel point les tensions
et contradictions peuvent-elles s’accumuler ? c’est l’enjeu des semaines à
venir.
C’est
donc dans ce contexte toujours plus menaçant qu’il faut tirer le bilan du
« socialisme du XXIe siècle ».
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