Article paru dans le bulletin « Combattre pour le socialisme » n°49 (n°131 ancienne série) - 15 janvier 2013 :

Face à la politique du gouvernement :

rythmes scolaires, projet de loi d’orientation, la nécessité de l’heure,

s’organiser pour imposer aux directions syndicales (en premier lieu celle de la FSU) qu’elles se prononcent pour le retrait de ces mesures et rompent leur soutien par la concertation

 

Le 6 décembre, par voie de presse, le projet de loi d’orientation du gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel était rendu public. Après des mois de concertation avec les directions des organisations syndicales, le gouvernement était donc en mesure d’engager ses principaux projets. Le premier cheval de bataille ce sont les rythmes scolaires. Pour l’essentiel ils relèvent de dispositions réglementaires qui seront présentées au CSE du 8 janvier, même si la loi en fixe l’application à la rentrée 2013 et à la rentrée 2014.

Les rythmes scolaires : moins d’heures d’enseignement pour les élèves,
plus d’heures pour les enseignants

Présentée comme l’alpha et l’oméga de la pédagogie, le moyen universel de faire réussir les élèves français « dramatiquement classés » selon des standards internationaux destinés à faire pression sur les différents systèmes d’enseignement public dans le monde, la contre-réforme des rythmes scolaires est une mesure phare du gouvernement. Le moyen de faire progresser les élèves ? Baisser le nombre d’heures d’enseignement, puisque même avec un retour à la semaine de quatre jours et demi, et un horaire maximal par jour de cinq heures trente de classe en primaire, et durant les deux premières années du collège, puis de six heures en 4e et 3e, on perd encore des heures.

Moins les élèves ont d’heures de cours, et plus ils ont de chance d’apprendre selon le gouvernement ! Outre cette déqualification de l’enseignement, la fin des cours à 15h30, n’induit pas que les élèves quittent l’école. Quatre jours par semaine une aide aux devoirs, et des activités périscolaires devront être assurées pour partie par les enseignants, pour partie à la charge des communes, qui mettent par ce biais encore plus le pied dans la « gouvernance » de l’école. En attendant, le service des enseignants se voit allongé d’une heure, et il connaît une augmentation de l’amplitude hebdomadaire de travail. Si le dispositif est un peu différent au collège, les mêmes effets en terme de déqualification y seront produits.

Cette contre-réforme a été reçue comme un coup de poing au foie par les enseignants du primaire… à la fois à cause de la violence du coup, mais aussi de la promotion constante de la politique du gouvernement faite par le SNUIPP, principal syndical de l’enseignement primaire.

Pour autant, passé le premier instant, les enseignants se sont ressaisis et ont cherché à marquer leur rejet et leur opposition au projet de loi qui n’était pas encore rendu public. Ainsi, la première manifestation de cet émoi a été les « Dindons ». Passant en dehors des syndicats, pour déborder les appareils, par la discussion sur internet, ce premier groupe se prononce pour le retrait du projet de loi. Mais immédiatement l’aspiration fondamentale des enseignants, est détournée, soit par la confusion, soit par la pression des appareils sur les volatiles, les « dindons » se déclarant pour une « autre loi d’orientation ». On connaît la formule… elle veut laisser libre cours à toute discussion qui permettrait d’aménager le contenu du projet, pour en rendre le contenu acceptable par les appareils.

Le SNUIPP, quant à lui, a tenté de préparer le terrain par ses propres voies et méthodes, notamment en organisant un vaste sondage, auquel ont répondu 24 000 enseignants. D’abord, alors qu’il leur était proposé de déterminer un ordre de priorité entre 11 propositions, ils ont rejeté, de la façon la plus nette, en 11e et dernière position la question des « rythmes scolaires », plaçant aux deux premières places : la baisse des effectifs, et la restauration de la formation des maîtres. Ce choix manifestant leur volonté d’effacer les effets les plus régressifs de la politique du gouvernement Sarkozy-Fillon avec les dizaines de milliers de postes d’enseignants supprimés et la liquidation de la formation des maîtres.

Quand on leur a présenté l’ajout d’une demi-journée de travail le mercredi, c’est-à-dire la mesure prioritaire de Peillon, seuls 34% s’y sont montrés favorables (dont 13% tout à fait favorables) alors que 62% s’y sont opposés (dont 40% tout à fait opposés). Pour l’éventualité du travail le samedi (qui n’est pas avancé par Peillon), le rejet est même supérieur. Et pour bien montrer qu’ils ne sont pas dupes de l’opération « rythmes scolaires », 61% considèrent que « La réforme des rythmes scolaires se basera avant tout sur les intérêts économiques et politiques ».

En difficulté, et à la demande conjointe du SGEN, du SE-UNSA, et du SNUIPP, le gouvernement a rouvert une nouvelle phase de discussions, notamment autour de l’organisation de la rentrée, puisque de nombreuses communes s’avéraient dans l’incapacité de prendre à leur charge le surcoût des activités périscolaires annoncées par le gouvernement. Le dispositif choisi par le gouvernement a été un aménagement de l’application de la mesure sur deux rentrées scolaires, 2013 et 2014, avec un fond de soutien pour les communes impécunieuses.

Malgré tout, plusieurs conseils syndicaux du SNUIPP s’étaient déjà prononcés pour le retrait de cette contre-réforme, celui de l’Hérault par exemple, quant à celui de Paris, il le juge inacceptable en l’état. Et le dispositif d’aménagement de l’application de la contre-réforme s’avère insuffisant pour donner le change. Le 11 décembre, 400 enseignants se sont rassemblés en AG à l’appel local du SNUIPP, du SE-UNSA, du SNUDI-FO et de SUD… et ont décidé d’un appel à manifester le 19 décembre, sous le mot d’ordre : « Non à la réforme ministérielle des rythmes scolaires, oui à une réelle transformation de l’école ». L’appareil central du SNUIPP aidé en cela par celui du SNUDI-FO dirigé par le POI qui parle frauduleusement du projet de « décret Peillon-Delanoë » réussissent à faire en sorte que la manifestation se dirige non au ministère mais en direction de la mairie de Paris.

Ainsi, on sent la pression qui s’exerce sur l’appareil, lui imposant le rejet en paroles du projet du gouvernement, tout en laissant plusieurs portes ouvertes, par exemple la « réelle transformation de l’école ». La direction du SNUIPP demandant d’ailleurs la consultation des conseils d’école sur l’application des nouveaux rythmes scolaires, c’est-à-dire école par école, commune par commune ! Sans être un réel déferlement, la manifestation du 19 décembre a rassemblé entre 600 et 1000 enseignants, ce qui est significatif dans ces conditions politiques.

L’aspiration des enseignants est claire : le retrait de la contre-réforme des rythmes scolaires. C’est ce mot d’ordre qu’il faut imposer aux directions syndicales, à commencer par celle du SNUIPP. Outre cette position, pour fermer toute possibilité de faire réintroduire la contre-réforme par de la concertation, la responsabilité des directions syndicales est de refuser de poursuivre les discussions !

Une loi d’orientation à étages…

Le projet de loi d’orientation présenté par Peillon, est en réalité un subtil édifice, fait pour ne pas heurter de front les enseignants, et en même temps, il permet de progresser et de poursuivre l’offensive contre l’enseignement public pour les années à venir. D’une part un certain nombre de décisions et de grandes lignes, d’autre part, le renvoi à des décrets à prendre pour 2013, 2014, 2015.

Mais si l’offensive n’apparaît pas brutale au premier abord, noyé dans le langage pédagogiste, le projet de loi est parfaitement réactionnaire. Ainsi, une des premières fonctions de cette loi d’orientation est de se couler dans le moule de la précédente : la loi Fillon, qui instaure le discours sur le socle commun de compétences… fût-il maintenant affublé du mot culture, sa logique liée à la définition de compétences déterminant l’employabilité des élèves est donc maintenue. De même, un certain nombre de contre-réformes, comme celle du lycée, ne sont absolument pas remises en cause.

Appuyé sur les contre-réformes, le projet de loi reprend et approfondit cette politique : ainsi le projet de loi veut-il transférer les CIO aux régions, remettant en cause la seule revendication sectorielle arrachée à l’issue de la grève de 2003, le maintien de ceux-ci dans le cadre du ministère de l’Éducation nationale. L’appareil du SNES se flatte d’avoir arraché leur maintien dans la Fonction publique d’Etat. Mais outre le fait que cela demande confirmation, chacun comprend que, détachés aux collectivités territoriales, ce n’est là qu’un sursis. Ce qui s’est passé après 2003 pour les TOS (Techniciens et ouvriers de service) auxquels dans un premier le temps on a donné le choix, en témoigne. De même la carte de la formation professionnelle doit-elle être transférée aux régions, afin de permettre de satisfaire les besoins du patronat dans sa composante locale, et non la qualification des jeunes.

L’importance des collectivités territoriales est renforcée dans les conseils d’écoles et les conseils d’administration des établissements du secondaire, les régions et les départements pouvant même envoyer dans ces derniers des « personnalités du monde économique et social ». La mise en œuvre de « projets éducatifs territoriaux » à laquelle ils contribueront contient en germe la pulvérisation du caractère national de l’Enseignement public. Il faut ajouter à cela l’intervention des associations dans la vie des établissements, en particulier les écoles, afin d’organiser le temps péri-scolaire, à la faveur de la baisse des heures de cours. Enfin, des conseils collèges-écoles doivent préparer des projets communs, impliquant des enseignements communs, ce qui évidemment est une bombe contre le statut des enseignants du primaire et du secondaire.

La loi se veut aussi une loi de programmation et flèche, dans le rapport annexé, les postes vers différents projets : ainsi on apprend que l’effort de scolarisation des enfants de deux ans dans les zones défavorisées essentiellement coûtera 4 000 postes, tandis que la politique « plus de maîtres que de classes » est essentiellement concentrée, elle aussi, dans les zones défavorisées et aura donc un caractère extrêmement limité.

Dans le secondaire, l’essentiel des postes est destiné aux collèges et aux lycées professionnels, tandis que les lycées n’obtiennent strictement rien, alors que les effectifs scolarisés y remontent et que trouver une classe à moins de 35 élèves est une rareté absolue. De fait, sur les 60 000 postes promis, seuls 4 000 sont destinés à l’évolution démographique… dans le primaire. Le Monde du 20/12 peut publier une carte où pratiquement toutes les académies gagneraient des postes (en dehors de celle de Nancy-Metz) : il n’en reste pas moins que les immenses besoins liés à l’augmentation du nombre d’élèves scolarisés (30 000 supplémentaires en primaire en septembre 2013), l’impossibilité de trouver des remplaçants (dès la rentrée scolaire dans les académies les plus touchées, en fin de premier trimestre ailleurs) montrent l’insuffisance criante de ces recrutements ! Après avoir promu les « recrutements du gouvernement », Le Monde constate, finalement étonné, que les 43 000 postes ouverts aux concours ne sont plus, sur le terrain, que 6770 « équivalents temps plein », 3006 dans le premier degré, 3764 dans le second degré. Abandonne tout espoir, toi qui croyais que cela permettrait une amélioration réelle des conditions d’enseignement.

Il faut dire qu’une mesure absorbe énormément d’équivalents postes, c’est la formation des « écoles supérieures du professorat et de l’éducation » destinées à former les stagiaires (26 000 au total). La loi leur donne un statut et une forme, une date de création, mais ne donne guère de précisions sur l’organisation des stages et des concours. Ces espèces d’établissement semi-universitaires, avec un contrôle fort du rectorat, seraient à même de dispenser la formation initiale, en délivrant le master enseignement et en préparant aux concours, mais chapeauteraient aussi la formation continue des enseignants.

Le problème majeur, on le sait c’est la situation des stagiaires, rendue impossible sous Sarkozy. Cette fois-ci, le service prévu est de 9 heures, soit toute de même plus qu’avant la contre-réforme Sarkozy. Mais une nouvelle régression est prévue, puisque les stagiaires ne seraient plus en réalité des titulaires du concours mais des admissibles…

De fait, si le rétablissement d’un service en responsabilité allégé pour les stagiaires coûte en heures, il se fait au détriment du statut d’enseignant en faisant enseigner des masses d’étudiants, dont au moins la moitié échoueront à l’oral du CAPES qui aura lieu en fin d’année scolaire. Les étudiants employés à demi-service, payés avec le lance-pierre d’un demi-salaire de contractuel, devront en plus d’enseigner, terminer leur M2 et préparer l’oral. Finalement, non seulement le statut est attaqué, mais la situation des stagiaires est rendue encore plus difficile !

D’autres aspects médiatisés à outrance, mais de moindre importance, n’en sont pas moins évocateurs : au nom de l’innovation « pédagogique », l’informatique est au cœur du projet de loi. En vérité, chacun sait que l’informatique ne permet rien de particulier. L’insistance des différents gouvernements sur ce terrain est liée avant tout à la soumission des élèves aux besoins des entreprises en matière d’informatisation, mais aussi parce que l’Etat et l’enseignement public offrent un marché captif à un secteur censé porter l’activité économique. Mais sur le terrain, ce qui est acheté tombe en panne sans qu’il soit possible d’avoir une maintenance efficace, puisque personne n’y pourvoit, en dehors de contrats aidés ou d’enseignants volontaires à qui l’on accorde une décharge sans rapport avec l’ampleur de la tâche. Ce problème n’est toujours pas résolu.

Enfin, la loi prévoit l’instauration pour 2015 de cours de morale laïque. Faut-il y voir une invention de Peillon pour répondre au discours de Sarkozy sur la valeur des religions ? Il s’agit surtout de soumettre le corps enseignant aux exigences de la morale bourgeoise, à une période où la crise de la bourgeoisie éclate à la vue de tous, livrant le prolétariat et la jeunesse à la misère, au chômage et à la précarité, à la déchéance physique et intellectuelle. Ces leçons seront dispensées par les enseignants d’histoire et de géographie qui sont toujours mis à contribution pour les basses œuvres idéologiques.

Appuyé sur ce projet de loi, le gouvernement entend passer à une nouvelle phase de l’offensive

Après avoir pleuré des larmes de crocodile durant des mois sur l’impossibilité de rémunérer décemment les enseignants français, Peillon, a trouvé la solution : appliquer le programme du candidat Sarkozy.

En effet, au matin du 10 décembre, sur RMC, il répond aux questions posées à ce sujet par l’interviewer maison, et évoque une augmentation en rapport avec une discussion sur l’évolution du métier : « en changeant aussi la nature du métier. Ça ne peut pas se faire en 2013, on peut ouvrir les discussions en 2013, ma porte est ouverte, je suis prêt à partir de janvier 2013 à ouvrir la grande négociation qui n’a jamais eu lieu dans ce pays sur la refondation du métier d’enseignant. Il y aura bien entendu les contenus, qu’est-ce qu’on fait quand on enseigne » (…) et citant le désormais universel exemple allemand, « pourquoi garde-t-on uniquement le salaire et pas tout ce qui justifie le salaire ? » (sous-entendu, les services des enseignants allemands sont bivalents et plus longs que ceux des enseignants français).

Au moment où le projet de loi d’orientation sera présenté devant le conseil des ministres, Peillon tient sa feuille de route, l’ouverture de nouvelles discussions sur la destruction du statut des enseignants. Non seulement on retrouve dans cette déclaration toutes les antiennes sur la « prise en compte » des différentes tâches effectuées par l’enseignant, mais aussi ce qui avait été prétendument retiré du rapport rendu en novembre : la bivalence, et l’attaque frontale contre les décrets de 1950 qui définissent le service hebdomadaire des enseignants en heures d’enseignement. A cette véritable provocation, aucune dénonciation n’a été apportée par la direction de la FSU ou de ses syndicats, tout particulièrement le SNES… La réponse est la poursuite de la discussion avec le gouvernement dans les différentes instances de participation qui jalonnent le parcours du projet de loi afin qu’il arrive à bon port, et ainsi l’engagement tacite à participer à ces futures discussions.

Les directions syndicales soutiennent le projet de loi d’orientation

Chacune à sa manière dans le grand jeu du « pluralisme » syndical, chaque direction permet au gouvernement de poursuivre sa politique et d’engager une nouvelle phase en janvier. Les « pédagos » et « réformateurs », c’est-à-dire les organisations qui par leur nature même soutiennent les contre-réformes, quelles qu’elles soient, jouent leur partition (SGEN, SE-UNSA), les oppositionnels font de l’opposition… sans dommage, FO, la fédération de l’enseignement de la CGT ou SUD votent contre le projet de loi dans les instances de participation (CSE, Conseil supérieur de l’éducation ou CTP, Comité technique paritaire) mais y siègent, ce qui est la seule chose qu’on leur demande. De quelque façon qu’on prenne le problème, leur place et leur position est de toute manière négligeable, la place centrale étant tenue par la FSU et ses syndicats. Non seulement la direction de la FSU a joué le jeu de la participation, mais elle s’est abstenue lors du CSE du 14 décembre, au motif qu’il y aurait du bon dans le projet de loi :

« La FSU note positivement que certaines propositions qu’elle porte ont influencé l’écriture du texte :

-reprise de la notion de culture dans le socle et confirmation que celui-ci serait réécrit ;

-révision des programmes ;

-création d’un Conseil Supérieur des Programmes ;

-insistance sur l’amélioration d’une formation initiale et continue des enseignants qui reste à construire.

Si ce projet de loi affiche des ambitions, dans le même temps, il retient son souffle. Cette loi permettra-t-elle de mieux préparer l’avenir ? Là est le vrai défi qui reste à relever. Beaucoup reste à préciser dans les textes réglementaires à venir et à renforcer sur le terrain en donnant les moyens à tous les personnels de faire leur travail dans de bonnes conditions, et de remplir toutes les missions nécessaires à la réalisation de ces ambitions.

A ce stade, le projet de loi comporte des absences ou des continuités avec les politiques précédentes qui, si elles restent en l’état, obéreront la mise en œuvre des transformations nécessaires. Cela doit être corrigé. »

En clair il faut continuer à faire pression sur le gouvernement, principalement par la participation vigilante des dirigeants syndicaux ! « De nouvelles perspectives sont attendues. La FSU est prête à s’engager dans ces débats, à y porter ses propositions pour un service public de l’éducation renforcée, et à y construire des synthèses à partir de l’axe fondamental qu’est la démocratisation du système éducatif, pour la réussite et l’amélioration de la formation pour tous les jeunes. Elle attend maintenant que vous nous donniez, monsieur le Ministre, un agenda de discussions et de négociations qui devra préciser les chantiers qui seront menés dans les prochains mois et le calendrier de travail. Si la refondation a besoin du temps de la réflexion collective et du débat associant les personnels, il faut que ceci soit engagé sans attendre » (communiqué du 15/12). La direction du SNES n’a rien fait et dit d’autre le 20 au CTPM, confirmant ainsi cette orientation qui permet au gouvernement d’avancer.

La voie semble dégagée pour le gouvernement. Pourtant, immédiatement après l’annonce de l’abstention, des protestations montent des secrétariats départementaux de la FSU, des CDFD, qui disent n’avoir pas été consultés, regrettent le vote et prônent une position plus ouvertement négative ainsi qu’un plan d’action, avec un appel à la grève pour la journée d’action du 31 janvier.

Pour autant, la direction de la FSU tient fermement sa ligne : la journée d’action est appelée sur le mot d’ordre de faire pression sur le gouvernement pour peser sur les négociations : le communiqué commun à la FSU, CGT et SUD dit ainsi :

« Les organisations syndicales CGT, FSU, Solidaires, de la Fonction publique ont fait le point sur l’agenda social et les discussions en cours.

Si, ensemble, elles se félicitent que la Ministre souligne son attachement à la Fonction publique, à ses valeurs de progrès social, au rôle de ses personnels,

Si elles notent des améliorations dans la qualité du dialogue social,

Si elles estiment positives quelques mesures déjà prises comme, par exemple, l’abrogation du décret sur la réorientation professionnelle, Elles considèrent que sur les enjeux essentiels, aucun début de réponse satisfaisante n’est au rendez-vous. »

Au moment où le gouvernement avec la MAP (Modernisation de l’action publique) renforce les dispositions de la RGPP ! Quoi qu’il en soit, ce n’est pas un appel à la grève de la part de la FSU, mais bien une journée d’action : « Nous appelons nos organisations à préparer ensemble la mobilisation la plus large possible construite selon des modalités décidées avec les agents (grève, manifestations, rassemblements…). » Bref, si les échelons inférieurs de l’appareil sentent la difficulté à défendre la position de la direction fédérale dans les écoles et les salles des profs, elles n’ouvrent bien entendu aucune perspective, mais bien plutôt prônent la mise en place d’un plan pour dissiper l’énergie potentielle du corps enseignant.

Les enjeux du congrès de la FSU

La période qui s’ouvre est tout de même sensible pour la FSU puisque le congrès national aura lieu du 11 au 15 février à Poitiers. Cette situation où la direction s’engage à fond dans le soutien de la politique du gouvernement est de fait inconfortable pour une partie de l’appareil. Outre les instances régulières, au moins un congrès départemental a fait remontrance à la direction fédérale de sa position lors du vote au CSE. C’est bien cette question et cette politique qui fera le fond du congrès. En effet, comme toujours, c’est ce qui se passera en dehors de la salle qui aura une influence sur le congrès lui-même. Si l’on en juge par les votes d’orientation émis en préparation du congrès, il serait bien difficile de faire échec à la politique de la direction, tant l’appareil semble renforcé par ce vote :

 

Participation

Vote pour le Rapport d’activité

U & A

EE

URIS

Émancipation

FU

23,72 %

77,27 %

72,35 %

17,85 %

3,92 %

3,73 %

2,15 %

 

Participation au vote étique, augmentation du vote « pour » au rapport d’activité par rapport à 2009. Sur fond de désyndicalisation régulière et d’augmentation du nombre des retraités par rapport aux actifs dans les syndiqués, l’appareil semble devoir s’en tirer sans dommage .

Mais ce n’est qu’une apparence. Tout cela est un précipité instable qui peut très bien voler en éclat en cas de mobilisation des enseignants durant les mois de janvier et février, voire simplement parce que le retour des salles des profs est d’humeur négative. L’organisation syndicale est soumise à une double pression, celle de la bourgeoisie par l’intermédiaire de l’appareil, celle des travailleurs par les syndiqués. Si un congrès n’est pas le lieu favorable pour l’expression des intérêts des travailleurs, il ne peut s’en abstraire. Les congrès départementaux seront durant le mois de janvier le lieu de ce premier affrontement, et la pression de la « base » y sera plus forte. Puis le congrès national se jouera surtout en relation avec les déroulements de la lutte des classes du moment. Si l’appareil a peu de chances d’être mis en échec au vu des votes, il se peut qu’il doive ajuster sa politique aux besoins du moment.

Dans ce congrès, dans sa préparation, les intérêts des personnels et des enseignants seront cependant défendus par le courant Front Unique, qui a pu, malgré la politique de l’appareil, continuer à exister et à maintenir son score. Le courant Front Unique défendra ainsi la volonté des enseignants du premier degré de ne pas subir la contre-réforme des rythmes scolaires, la nécessité de rejeter le projet de loi d’orientation, et la rupture de la concertation avec le gouvernement qui pave la voie de sa politique.

S’organiser pour imposer la rupture aux directions syndicales

Au-delà de ce congrès et de ces enjeux, il est nécessaire en tout état de cause de s’organiser pour imposer aux dirigeants syndicaux qu’ils cessent d’accompagner la politique du gouvernement. Ainsi, dans le premier degré, la direction du SNUIPP doit immédiatement dénoncer la contre-réforme des rythmes scolaires. Dans l’enseignement en général, la direction de la FSU et de ses syndicats doivent dénoncer le projet de loi d’orientation pour ce qu’il est, une offensive réactionnaire, exiger son retrait et rompre la discussion avec le gouvernement.

C’est en s’adressant sur ce terrain aux directions syndicales, à commencer par celle de la FSU et de ses syndicats nationaux, que les enseignants peuvent dégager une perspective politique, celle de faire reculer le gouvernement. En effet, le gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel, pour être un gouvernement parfaitement bourgeois, n’en reste pas moins un gouvernement bourgeois particulier, né dans des circonstances politiques particulières : la défaite électorale de la bourgeoisie, de son candidat et de son parti politique principal, l’UMP. La coalition politique qui compose le gouvernement se dresse contre le sens du vote et de l’élection d’une majorité du PS et du PCF à l’Assemblée nationale. Les directions syndicales contribuent, par la concertation et la bienveillance dont elles font preuve avec le gouvernement, à cette escroquerie politique.

Imposer à cette majorité PS-PCF de rejeter la politique réactionnaire du gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel, et donc, dans l’enseignement, le projet de loi Peillon, commence par imposer aux directions syndicales qu’elles se prononcent pour le retrait de ce projet de loi et rompe la concertation avec le gouvernement.

C’est donc sur cet axe de rupture que nous voulons mener le combat dans les semaines et les mois à venir et que nous proposons de regrouper les enseignants qui veulent trouver une issue politique.

Le 7 janvier 2013

 

 

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