Éditorial du
bulletin « Combattre pour le socialisme » n°49 (n°131 ancienne série)
- 15 janvier 2013 :
Aux
ravages du capitalisme en crise, aux licenciements et fermetures d’usine, le
gouvernement répond par une rafale de contre–réformes au service du capital
Combattre
pour :
·
Imposer la rupture des directions
syndicales avec le gouvernement et le MEDEF
·
Imposer le front unique des
organisations du mouvement ouvrier
(partis et syndicats) pour affronter et défaire la politique du gouvernement
Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel aux ordres du capital
Crise du capitalisme : pas
le moindre signe réel de reprise
« La
Grèce va mieux », « Les exportations espagnoles sont en hausse », « La
croissance est repartie en Chine » : dans la crise générale de
surproduction que connaît le système capitaliste à l’échelle mondiale, il
semble qu’un secteur échappe au marasme général : le secteur de
distribution des produits euphorisants. Malheureusement, les effets bénéfiques
sur le malade sont de courte durée pour ne pas dire nuls.
Ensuite,
il faut bien passer à un diagnostic plus sérieux et conclure que le malade va
de mal en pis. La Grèce ? « La dette demeure insoutenable »
dit l’expert du Crédit Suisse et la « réussite » du rachat par l’Etat
grec d’une partie de sa dette (qui a donné l’occasion à quelques hedge funds de réaliser quelques
substantiels bénéfices) n’y change rien. L’Espagne ? 39 milliards
distribués pour la recapitalisation des banques espagnoles, et malgré de
nouvelles attaques contre les masses (baisse des retraites), le montant de la
dette a grimpé vertigineusement de 2011 à 2012 de 69 à 91% du PIB. Rajoy laisse échapper : « On n’y arrivera
pas ». Les créanciers le pensent aussi puisque les taux d’intérêt sont
à nouveau partis à la hausse. Mais à vrai dire c’est dans toute l’Europe,
Allemagne comprise, où une nouvelle série de mesures anti-ouvrières est
annoncée, que la dépression menace, comme en témoigne la baisse continue ces
derniers mois de la production industrielle.
La
Chine ? Laissons de côté les chiffres auxquels personne de sérieux ne
croit, bidonnés qu’ils sont à tous les niveaux de l’Etat et de l’appareil du PCC.
Le fait est que le PCC vient de mettre en route un nouveau « plan de
relance » à grands coups d’investissements publics et de baisse des taux
d’intérêt; au risque d’un effondrement du système bancaire déjà grevé de
créances douteuses. Au Japon, le nouveau premier ministre Abe se promet lui
aussi de réutiliser, contre la crise et l’inquiétante baisse de la production
industrielle qui en est la première manifestation, les mêmes vieilles recettes
qui ont fait la preuve… de leur inefficacité : rachat massif par la Banque
centrale d’obligations d’Etat (la dette y dépasse les 200% du PIB), politique
des grands travaux pour stimuler la « relance », fuite en avant
généralisée.
Mais
c’est au cœur même du système, aux USA, que se manifeste aujourd’hui de la
manière la plus évidente l’impasse historique du mode de production
capitaliste. Le fait que Républicains et Démocrates se soient mis d’accord pour
éviter la « falaise fiscale » en reportant les échéances… de deux
mois a valeur de symbole. Deux mois, c’est à peu près en effet la marge de
prévision dont disposent les cercles impérialistes quant à l’avenir de leur
propre système.
Il faut
d’ailleurs faire la part du psychodrame dans le conflit entre Républicains et
Démocrates, psychodrame dont Obama tire avantageusement parti – soutenu de
manière éhontée par la presse bourgeoise en Europe –, le faisant passer pour un
courageux partisan de la taxation des riches. En réalité, il n’y a nul
antagonisme fondamental entre Démocrates et Républicains sur la nécessité de frapper
à bras raccourcis sur le prolétariat et de lui faire porter le fardeau de la
crise. La seule différence tient au fait qu’Obama entend le faire en prenant
totalement appui sur l’appareil de l’AFL-CIO. On le verra dans les jours qui
viennent d’ailleurs à la suite de l’appel des patrons portuaires invitant Obama
à décréter illégale la grève des dockers – si la menace se transforme en grève
effective –, confrontés à une brutale remise en cause de leurs acquis, en
particulier de leurs salaires. Mais il ne fait aucun doute que les patrons des
ports en s’adressant à Obama contre les ouvriers ne se sont pas trompés
d’adresse !
La
vraie question n’est donc pas celle du conflit entre Démocrates et
Républicains. La vraie question est celle de la crise de l’économie américaine.
Le déficit public américain est de même ampleur que… celui de l’Espagne. Quant
à la dette, elle est passée de 76% du PIB en 2007 à 107% en 2012, un chiffre
proche de celui de l’Italie. Jusqu’à quand le fonctionnement de la planche à
billets de la FED, le rachat massif de bons du trésor et de titres
hypothécaires pourront–ils reporter les échéances ? Jusqu’à quand ne
provoqueront-ils pas inflation galopante et effondrement du dollar ? S’en
prendre brutalement aux budgets sociaux (les droits en matière de santé,
d’enseignement), tel est le programme commun aux deux partis de l’impérialisme
américain pour tenter d’échapper à la catastrophe. Sans garantie de succès.
L’économie française sous la
menace de la dépression
C’est
un euphémisme de dire que la France n’échappe pas au marasme général. Car aux
maux généraux qui frappent l’économie mondiale, elle ajoute des handicaps
propres. Héritière d’un capitalisme de rentiers et de « tondeurs de
coupons », la faiblesse de son appareil de production industriel, les
retards pris du point de vue de la bourgeoisie dans les attaques contre les
masses – par exemple par rapport à l’Allemagne – constituent un handicap
supplémentaire. Ainsi, chaque nouvelle donnée est pire que la précédente :
la glissade de l’économie française vers la dépression semble inexorable. Chute
continue des investissements (-12% pour le secteur des machines outils par
exemple au troisième trimestre 2012), baisse de la production industrielle
(-3,4% pour les seuls mois de septembre-octobre 2012 !) avec, en
particulier, l’effondrement des ventes automobiles de PSA et Renault, un des
seuls secteurs à échapper au marasme étant l’industrie d’armements (+ 27% de
ventes en 2011).
La
stagnation annoncée du PIB (qui, rappelons-le, intègre dans son calcul des
éléments qui n’ont rien à voir avec la production réelle) masque le recul
impressionnant de l’activité économique. A cet égard, l’INSEE annonce lui-même
que les objectifs de croissance du gouvernement (0,8%), pourtant modestes, sont
hors d’atteinte. Avant lui, l’Union européenne avait fait le même pronostic,
ajoutant que l’objectif qui lui est lié de réduction des déficits budgétaires
(à 3% en 2013) ne l’était pas moins. Quant à The Economist, il parle de la « bombe
à retardement » française, pronostiquant une rapide évolution vers une
situation à l’espagnole ou à la grecque dans des délais rapprochés. Les milieux
du capital financier allemand ne sont pas en reste. La France, disent-ils, est « l’homme
malade de l’Europe ». C’est là, pour eux au moins, autant un motif
d’inquiétude que de satisfaction.
Certes,
cela fait ressortir a contrario le bilan de l’Allemagne comme brillant. Mais
l’Allemagne ne saurait échapper durablement au marasme général et, par
ailleurs, chacun mesure les conséquences en forme de cataclysme général que
représenterait un effondrement de l’économie française. C’est ce qui pourrait
se produire par exemple si les taux d’intérêt auxquels l’Etat emprunte venaient
à augmenter de manière significative. Ils ne sont bas pour l’instant que par la
défiance plus grande encore que suscitent d’autres Etats européens en
particulier encore plus mal lotis (l’Espagne, la Grèce, le Portugal, etc.).
Mais cette situation est susceptible de se retourner brutalement. La dette
deviendrait alors abyssale, et les mesures encore plus violentes d’austérité
prises contre les masses conduiraient inéluctablement à la dépression profonde.
Voilà pourquoi tous pressent le gouvernement français de passer à la vitesse
supérieure sur la voie des « réformes structurelles »,
c’est-à-dire des attaques contre les conditions d’existence des masses.
Le pré-carré de
l’impérialisme français menacé
Le
recul économique de la place de la France s’accompagne de la remise en cause de
la place de l’impérialisme français, en particulier dans son pré-carré, en
Afrique.
L’impérialisme
français, via le gouvernement présidé par Hollande, presse les autres
impérialismes de l’aider à rétablir la situation au Mali dont toute une partie
du territoire échappe au gouvernement « légal ». « Légal »
n’a du reste guère de sens pour caractériser un Etat où se succèdent à vitesse
accélérée coups d’Etat militaires, éviction par l’armée du Premier ministre,
etc. Le délitement du pouvoir, où les différentes factions divergent notamment
sur la nécessité d’une intervention militaire contre les bandes islamistes au
Nord, ne facilite pas la tâche du gouvernement français dans son entreprise
visant à une telle intervention, via des troupes africaines bien sûr. Le peu
d’enthousiasme de l’impérialisme américain ne facilite pas les choses non plus,
relayé par les gouvernements frontaliers de Mauritanie notamment. Et même
l’Algérie, malgré la récente visite de Hollande, renâcle. De sorte que la
résolution de l’ONU, si elle se prononce formellement pour une intervention,
propose pour cela de se hâter… lentement.
La
situation précaire de Bozizé en Centrafrique est
également un coup dur pour l’impérialisme français qui, depuis sa prise du
pouvoir en 2003 à la suite d’un coup d’Etat militaire, n’a cessé de bénéficier
du soutien – y compris du soutien militaire direct – de l’impérialisme
français. Les dénégations du gouvernement français sur le soutien à Bozizé ne doivent pas abuser. Sous couvert d’intervention
pour « protéger ses ressortissants », c’est bien d’une intervention
militaire en défense du régime qu’il s’agit.
L’enjeu
dans l’est du Congo est, sur le plan économique, d’une autre ampleur,
s’agissant d’une des régions dont le sous-sol regorge de richesses minérales de
toute sorte. Malgré un génocide dont ont été victimes des millions de Tutsis,
génocide organisé sous la houlette conjointe de Mitterrand et Balladur,
l’impérialisme français a été chassé il y a près de 20 ans du Rwanda.
Aujourd’hui, le gouvernement rwandais, appuyé par l’impérialisme US, soutient l’action
des bandes rebelles qui entendent mettre la main sur la région et ses
richesses. C’est ce soutien de l’impérialisme US qui explique l’étrange
passivité des 23000 soldats de l’ONU, passivité dont le gouvernement français
se plaint amèrement. Et, à l’évidence, la visite de soutien de Hollande au
tyran Kabila, président du Congo, n’y a rien fait. (On lira avec intérêt
l’article consacré à l’impérialisme français en Afrique dans CPS n°19 de mars
2005 – accessible sur le site.)
En
Afrique, le gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel se conduit comme le
fidèle exécutant des intérêts de l’impérialisme français menacé : il tient
à bout de bras les dictatures honnies et sanguinaires qui écrasent les masses
africaines. Il le fait avec la complicité honteuse des dirigeants des partis
issus du mouvement ouvrier et des syndicats. Cela ne rend que plus nécessaire
le combat contre notre propre impérialisme : dehors l’impérialisme
français d’Afrique ! Hors d’Afrique les troupes impérialistes, y compris
les troupes sous l’égide de l’ONU ; mais en premier lieu les troupes
françaises !
La gangrène du chômage de
masse
Pour
les masses, la crise du capitalisme, c’est d’abord le chômage de masse.
L’augmentation du chômage sur le seul mois d’octobre 2012 (+ 71500 chômeurs)
retrouve les chiffres de février 2009 (78800) au plus fort de la première vague
de la crise. La jeunesse est brutalement atteinte : les chiffres officiels
annoncent 1 million de jeunes au chômage, chiffre probablement largement
sous-estimé. Dans les « zones urbaines sensibles », c’est 35% de
jeunes chômeurs. On n’est pas si éloigné de la situation de la jeunesse
grecque, espagnole ou portugaise.
En un
an, le nombre de « bénéficiaires » du RSA a augmenté de 15%. Il faut
noter, pour faciliter les licenciements, le rôle joué par l’accord permettant
la rupture conventionnelle du contrat de travail, c’est-à-dire instaurant le
« licenciement volontaire », accord négocié par tous les dirigeants
syndicaux et signé par FO (près de 30000 par mois ! plus de 1 million depuis
la signature de l’accord en 2008).
La
grande masse des nouveaux chômeurs proviennent de fins de CDD non renouvelés.
C’est en effet d’abord cette fraction du prolétariat, la plus précaire, qui est
frappée. Ainsi, les savants analystes de la bourgeoisie disent que le chômage
ne vient pas principalement des plans sociaux. Ils veulent sans doute dire par
là que pour licencier les précaires, il n’est pas même besoin d’avoir recours à
un plan social. Mais en réalité, quand un capitaliste ne renouvelle pas un CDD,
il s’agit bien d’un point de vue ouvrier d’un licenciement. Il faut manier la
langue de bois des traîtres qui sont au sommet des appareils syndicaux pour
oser se féliciter du fait que, dans ce cas, il n’y a pas de « licenciement
sec ». Précisément, la « réforme du marché du travail » que
mitonnent appareils syndicaux et MEDEF dans la concertation dite sur la
« sécurisation des parcours professionnels » aboutira à ce qu’il n’y
ait plus de « licenciement sec », puisque le CDI serait réduit à
l’état de pièce de musée.
Car,
aujourd’hui, les procédés « ordinaires » par lesquels les
capitalistes jettent à la rue les travailleurs ne suffisent plus. L’expulsion
des précaires, les « mesures d’âge » par lesquelles on met au rebut
les vieux travailleurs : tout cela n’est plus suffisant pour répondre à
l’impérieux besoin des capitalistes soumis à la crise de surproduction de jeter
des centaines de milliers de travailleurs à la rue, de liquider des masses
énormes de capital vivant (c’est-à-dire de salariés) et mort (le capital
constant : les usines, les machines, etc.) pour rétablir le taux de
profit. Il faut généraliser la « méthode General Motors » dont
on sait comment elle a renoué avec les profits : fermetures d’usines en
série, licenciements par dizaines de milliers, et augmentation forcenée du taux
d’exploitation ouvrière pour ceux qui restent dans l’entreprise, tout cela en
pleine collaboration avec les dirigeants de l’appareil syndical. Ajoutons, dans
ce cas précis, avec la garantie de l’Etat sous la forme de la
« nationalisation provisoire » de l’entreprise, une forme de
nationalisation à laquelle le capital n’est nullement hostile (voir plus bas).
L’objectif
de la bourgeoisie est donc que soit rétabli le plein droit du patron de
licencier à sa guise sans frein d’aucune sorte. C’est ce qu’exige le MEDEF.
C’est ce à quoi entend œuvrer le gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel.
Comment Hollande veut
« inverser la courbe du chômage »
Hollande
n’a pas manqué d’adopter la posture du chef de guerre contre le chômage
appelant à la « mobilisation de tous » pour inverser « coûte
que coûte » la courbe du chômage lors de ses vœux.
La
mobilisation de tous ? On n’a pas tardé à comprendre à qui ce discours
s’adressait lorsqu’il a évoqué la « négociation sur le marché du
travail » : c’est aux bureaucrates syndicaux qu’il s’adressait pour
qu’ils aillent jusqu’au bout sur le terrain de la prise en charge des plans de
la bourgeoisie : jusqu’à la signature d’un accord en bonne et due forme
piétinant les quelques garanties subsistant dans le code du travail. Il faut,
a-t-il dit, « conjurer une double peur : la peur du licenciement
pour les travailleurs, la peur de l’embauche pour les employeurs ».
Il faut
une sacrée dose de cynisme pour mettre ainsi les uns et les autres sur le même
plan. Le licenciement est une menace immédiate, directe qui pèse comme une épée
de Damoclès sur la tête de millions de travailleurs. La peur du licenciement
n’est pas un fantasme ! Quant à la « peur d’embaucher »,
c’est l’argutie patronale pour obtenir que sautent toutes les barrières légales
au licenciement, prétendant que les patrons seraient disposés à embaucher
massivement…. s’ils pouvaient commencer par licencier librement ! Cette
façon de présenter les choses par Hollande le montre à l’évidence : il
fait dans cette affaire publiquement droit à la demande patronale.
Les dirigeants syndicaux
négocient depuis des mois sur le terrain de la « flexibilité »
et de la liquidation du CDI
Nul ne
sait si l’appel de Hollande sera couronné du plein succès que constituerait la
signature par les directions syndicales de l’accord. Mais le patronat et le
gouvernement peuvent s’enorgueillir d’un premier succès. La « conférence
sociale » qui s’est tenue depuis 6 mois avait clairement balisé le cadre
de cette « négociation ». Ce cadre était celui de l’adaptation du
droit du travail à une meilleure « compétitivité » de l’économie
française.
Depuis
le MEDEF n’a cessé d’en rappeler l’enjeu : introduire la flexibilité dans
l’embauche, le temps de travail, les salaires – qui est aussi l’objet des
négociations visant à des accords « compétitivité-emploi ». Les
propositions du MEDEF sont d’une violence provocatrice anti-ouvrière :
généralisation du « contrat de projet » à la plupart des embauches, généralisation
des accords compétitivité-emploi – le patron pouvant ainsi modifier
unilatéralement le contrat de travail, tout refus du salarié valant
licenciement légitime, limitation drastique du recours aux prud’hommes, etc.
C’est donc en toute connaissance de cause que les directions syndicales
participent à cette négociation.
Durant
tout ce temps, loin de rompre une concertation qui ne visait à l’évidence qu’à
liquider les garanties ouvrières, ils n’ont cessé d’appeler les travailleurs –
la direction de la CGT en particulier – à « peser sur les
négociations » dans le but apparent de faire porter par avance sur eux
et leur insuffisante « mobilisation » la responsabilité des coups à
venir. C’était notamment la fonction de la confidentielle journée d’action du
13 décembre dirigée vers les locaux du MEDEF. Dans le dernier FO Hebdo
de l’année, il n’y a pas un mot sur ce qui se trame, l’appareil FO se laissant
sans doute jusqu’au bout la possibilité de signer. Par ailleurs, loin de
rejeter purement et simplement les projets patronaux, les directions syndicales
n’ont cessé de se situer sur le terrain des « compensations » aux
propositions patronales – du type taxation des CDD. C’était déjà accepter la
remise en cause des garanties actuellement contenues dans le code du travail.
Rien ne
dit pourtant que la CGT et FO pourront aller jusqu’à la signature. Si soumis
que soient ses dirigeants à la bourgeoisie, signer porterait un coup terrible
au syndicat lui-même, et donc à l’influence que peuvent avoir les dirigeants en
question sur la classe ouvrière. S’agissant de la CGT, la signature est à cette
étape hautement improbable. Mais tant que rien n’est formellement annoncé des
intentions des dirigeants, il faut combattre contre la signature des deux
centrales.
Au-delà
de ce combat, si comme Hollande en a annoncé l’intention, le gouvernement
prétend légiférer, il faudra imposer aux directions syndicales qu’elles
engagent le combat effectif contre toute législation remettant en cause le
droit du travail, en particulier au moment du passage de la loi à l’Assemblée
Nationale. Il faut d’autant plus le faire que, lorsque Thibault indique que « le
dernier mot devra rester au législateur », il légitime par avance un
scénario où, sans que l’accord soit formellement acté avec le MEDEF, quelques
semaines plus tard, une loi reprenne, à peine modifié, le projet du patronat.
Mittal : la prosternation du
gouvernement devant les grands groupes capitalistes…
S’il
fallait trouver une illustration de la soumission entière du gouvernement au
patronat, la fermeture programmée des hauts-fourneaux de Mittal en fournirait
une illustration éclatante. Les hauts-fourneaux de Florange constituaient
l’ultime exemplaire de la sidérurgie lorraine, qui de Wendel à la
nationalisation à prix d’or par le gouvernement Mitterrand, de la nationalisation
à la privatisation par Chirac - pour 10 milliards de francs alors que l’Etat
avait investi dans les 4 années précédentes 60 milliards -, de la privatisation
à l’OPA de Mittal en 2006 aura vu, à chaque étape, capitalistes et banquiers
faire de juteuses opérations pendant que des dizaines de milliers de
sidérurgistes étaient licenciés.
Mittal
avait fermé depuis des mois les hauts-fourneaux « à titre
temporaire » lorsque le 28 septembre il a annoncé la fermeture définitive
de ceux-ci. Entre- temps, les indemnités chômage étaient payées par l’assurance
chômage et Mittal ….encaissait de substantiels bénéfices produits de la revente
de « droits à polluer » !
Il
accorde généreusement au gouvernement… deux mois pour retrouver un repreneur.
Mais les hauts-fourneaux sont de toute façon invendables, non seulement du fait
de la crise de surproduction de l’acier à travers toute l’Europe, mais aussi du
fait que les hauts-fourneaux ne présentent un intérêt qu’intégrés à une chaîne
de production et de transformation de l’acier, dont Florange se trouve
déconnecté puisque les autres usines ne sont pas à vendre. Mittal n’a, de toute
façon, pas la moindre intention de permettre à un concurrent de s’installer. Il
s’agit donc d’un leurre cynique, ce qui n’empêche pas les appareils syndicaux
de participer à la mascarade de la recherche d’investisseurs
« éthiques », « garantissant l’emploi », etc .
L’épisode de la
« nationalisation provisoire »
Au bout
des deux mois échus, fin du premier acte de la comédie. Au deuxième acte,
intervient Montebourg. « Nous ne voulons pas de Mittal en France ».
Et d’annoncer la perspective de la « nationalisation provisoire »
de Mittal dans l’attente d’un repreneur. Pour éviter toute confusion avec une
véritable nationalisation sans indemnité ni rachat de l’entreprise, Montebourg
avait précisé : « L’Etat n’a pas vocation à gérer la sidérurgie.
Cela n’a pas marché dans le passé » (référence à la nationalisation
Mitterrand).
La
perspective d’une véritable nationalisation – sans indemnité ni rachat – de
Mittal, d’un plan de production sous le contrôle des travailleurs permettant de
conserver tous les postes de travail – si elle avait été avancée par les
directions syndicales aurait bénéficié sans aucun doute du soutien enthousiaste
des sidérurgistes. Au-delà de Florange, elle aurait constitué un appel d’air
pour les travailleurs confrontés dans d’autres secteurs aux mêmes problèmes
(PSA, les Chantiers navals, etc.).
Mais
comme on le voit, ce n’est pas de cela dont il s’agit dans la proposition de
Montebourg soutenue avec enthousiasme par les appareils syndicaux – comprise la
CFDT. Ce dont il s’agit, avec la « nationalisation provisoire », ce
qui s’est passé avec la papeterie d’Alizay dans
l’Eure en donne une idée. Il y a eu dans ce cas « prise de contrôle
temporaire » par le département. L’ancien patron annonce en 2011 la
fermeture de l’usine. Ensuite, Le Monde
décrit le scénario : « En toute discrétion, un petit comité de
trois syndicalistes et autant d’anciens dirigeants se met en chasse d’un repreneur…
Pour 22 millions d’euros, le conseil général va acheter le site d’Alizay, « alors que Monsieur Real en demandait au
départ 50 millions » souligne le député. Le même jour, il cédera la
machine à papier à double A à un industriel thaïlandais pour 15 millions
d’euros. Celui-ci devra réembaucher des (souligné par nous)
salariés pour faire repartir l’usine. » Puis l’article décrit la
revente de la centrale électrique du site à un autre repreneur, la revente
d’une partie des terrains à un troisième, etc. « Une sorte de vente par
appartement précédée d’une nationalisation transitoire. »
Ainsi,
la « nationalisation transitoire » vise à faciliter le
démantèlement de l’entreprise – avec l’argent des travailleurs contribuables,
une poignée de travailleurs conservant leur emploi, la grande majorité étant
licenciée. Dans le cours du démantèlement, quelques capitalistes prédateurs
font quelques juteuses opérations de rachat à bas prix. Et tout cela en étroite
collaboration avec les bureaucrates syndicaux locaux…
L’accord Mittal
Ayrault : du « foutage de gueule »
Toutefois,
dans le cas de Mittal, la solution conjointe de Montebourg et des appareils
syndicaux ne sera pas retenue. Parisot, affectant de tonner contre Montebourg,
avait indiqué par ce biais que pour la bourgeoisie française dans son ensemble,
l’heure était venue d’en finir définitivement, officiellement et ouvertement
avec la sidérurgie lorraine, infligeant au passage une dure défaite au
prolétariat dans son ensemble.
Ayrault
rencontrera donc Mittal pour la signature de l’acte de décès : accord si
pourri qu’Ayrault refusera d’abord de le rendre public. C’est un grossier
camouflage de la fermeture totale et définitive des hauts-fourneaux. Les
prétendus investissements de Mittal ne vont en réalité guère au-delà des frais
de fonctionnement ordinaires des usines subsistantes. Quant au projet ULCOS de
production avec enfouissement du CO2, projet qui de toute manière eût été
subventionné sur fonds publics, on apprend peu de temps après…. que Mittal n’a
même pas candidaté … « Il n’y aura pas de plan social » devait
déclarer Ayrault. Question de vocabulaire sans doute : les travailleurs
âgés « bénéficieront » de mesures d’âge pour partir, les plus jeunes
seront invités à aller à Fos ou à Dunkerque, quant aux précaires, comme dit
plus haut, ils ne relèvent pas de « licenciements secs » ! Au
point que le dirigeant CFDT Edouard Martin devait déclarer : « C’est
du foutage de gueule ».
Les dirigeants syndicaux se
partagent le travail
En
matière de « foutage de gueule », Martin
s’y connaît. D’après Le Monde, suite
à une de ses interventions, un ouvrier lui a lancé : « Tu aurais
dû faire du cinéma ». En effet ! Après avoir beaucoup tempêté
contre l’accord, après avoir fait signer conjointement avec les autres
appareils une pétition pour la « nationalisation provisoire », Martin
et la CFDT prennent place dans le comité de suivi… de l’accord Mitall-Ayrault.
La pétition continue comme… moyen de pression pour un « bon »
accord !
Les
dirigeants CGT et FO, eux, ne participent pas à ce stade au « comité de
suivi »… tout en continuant à réclamer la « nationalisation
provisoire ». Mais aucun n’avance le retrait du plan Ayrault-Mitall ;
aucun ne se prononce pour aucune suppression de postes, aucun licenciement !
Aucun n’ouvre la voie du combat contre le gouvernement et sa politique. Pour
les sidérurgistes, c’est le désarroi et la perspective de la défaite.
L’offensive anti-ouvrière du
gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel
protégée par la politique des appareils syndicaux ne rencontre à cette étape
aucune résistance sérieuse
Ce qui
s’est passé à Arcelor Mitall est emblématique. Mais la vérité est que sur aucun
terrain le gouvernement n’a rencontré de résistance significative alors même
qu’il développe contre le prolétariat une offensive qui n’a rien à envier à
celle menée précédemment par le gouvernement Sarkozy- Fillon.
Même
quand les travailleurs ont tenté d’engager le combat, comme à l’usine de
Basse-Indre, où ils se sont mis en grève pour s’opposer aux transferts
d’activités prévus par l’accord Mittal-Ayrault, les
appareils ont pu leur faire reprendre le travail au bout de 4 jours en opposant
à la poursuite de la grève le recours à une «expertise externe» sur les
conséquences du transfert.
Le
« pacte compétitivité » et ses 20 milliards de cadeaux au patronat
(voir CPS 48) est passé sans rencontrer la moindre résistance. Il faut
d’ailleurs ajouter à ces 20 milliards les 5,5 milliards de recapitalisation de
Dexia partagés entre la France et la Belgique. C’est à peine s’il faut évoquer ici
la demande d’une partie des députés du PS de « contrôle des aides »
au patronat pour qu’elles « aillent bien à l’emploi » : demande
grotesque, qui ne peut connaître le moindre début d’application. C’est pourtant
la même position qu’ont défendue les dirigeants syndicaux CGT, FO, FSU.
Les
mêmes, flanqués de Solidaires et de l’UNSA, devaient d’ailleurs organiser une
« journée d’action où le plan compétitivité n’était même pas évoqué !
C’est dire qu’il n’était pas question d’en demander le retrait ! Mais le
contenu de ce plan qui écrase les travailleurs d’impôts, en particulier sous la
forme de la TVA, est opportunément éclipsé par le tintamarre autour de la
pseudo taxation des riches à 75% (taxation qui n’existe pas en réalité – voir
encore CPS 48), les exils fiscaux et le rejet du Conseil constitutionnel
présentant pour le gouvernement l’immense avantage de le faire apparaître comme
un gouvernement qui s’en prend aux privilégiés.
Fonction publique : un
« choc de rigueur de 60 milliards »
Le
« pacte compétitivité » était lui-même intégré au budget 2013. Non
seulement les appareils syndicaux ne l’ont pas combattu, mais ils ont affecté
d’y voir des aspects positifs. Il contenait en particulier la décision de
bloquer les salaires via le gel du point d’indice.
Aujourd’hui
les dirigeants CGT, FSU, Solidaires appellent à une « journée
d’action » (sans appel à la grève) le 31 janvier (à laquelle il est
possible que FO se rallie) : appel étonnant, qui commence par un long
paragraphe… de félicitation au gouvernement pour son attachement à la Fonction
publique et au dialogue social !
D’ailleurs
dans le même temps, la concertation va bon train. La RGPP est remplacée par la
MAP (modernisation de l’action publique). La MAP a pour fonction de mener à
bien le « choc de rigueur » de 60 milliards d’euros sur 5 ans. « Faire
mieux en dépensant moins » « réformer l’Etat, la protection sociale
et notre organisation territoriale » : ce sont les propos de
Hollande lui-même. Cahuzac le précise en dressant un
procès en bonne et due forme au gouvernement Sarkozy Fillon, procès en… laxisme
budgétaire et insuffisance des coupes ! Le Monde écrit : « Sous Nicolas Sarkozy, rappelle le
cabinet du ministre du budget, Jérôme Cahuzac, “ les
dépenses ont crû de plus de 1,7% en moyenne. “ Le gouvernement qui envisageait
initialement de contenir leur progression à 0,7% en volume en 2014, s’est fixé
un objectif plus rude encore, en dessous de 0,5% (…). Pour y parvenir, il
faudra dégager entre 7 et 8 milliards d’économies en plus en 2014. »
L’» acte
3 de la décentralisation » doit y contribuer : continuer à transférer
aux collectivités territoriales une partie des missions de la Fonction publique
d’Etat tout en restreignant la dotation de l’Etat : tel est le moyen qui
va conduire à des milliers de suppressions de postes dans la Fonction publique
territoriale. Déjà dans les communes, départements, régions, les postes
statutaires sont remplacés par les « emplois d’avenir » - dont,
rappelons-le, la création a été saluée par tous les appareils syndicaux.
Enseignement : la
direction de la FSU prend en charge la loi Peillon
La
prise en charge de la politique gouvernementale par les appareils syndicaux
concerne aussi l’Enseignement avec la loi Peillon. Si les suppressions de
postes au rythme de 20000 par an sont interrompues, le chiffre des 60000
créations de poste est une fiction. Mais surtout, la loi Peillon reprend à son
compte tous les objectifs de la bourgeoisie contre l’enseignement public :
dislocation du cadre national des programmes et des diplômes via la
décentralisation et les projets éducatifs territoriaux, soumission de
l’enseignement au patronat, menaces contre les statuts, etc.).
C’est
pourtant cette loi que les dirigeants de la FSU et de ses syndicats nationaux,
dont la position est déterminante, ont décidé de soutenir de manière à peine
voilée, allant jusqu’à s’abstenir au Conseil Supérieur de l’Education. On lira
à ce propos l’article « Enseignement » dans ce numéro de CPS.
La chasse aux sans-papiers
s’intensifie
Mais
s’il est un domaine où la politique du gouvernement
Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel est strictement calquée sur celle de
Sarkozy-Fillon, c’est bien celle qui concerne la chasse aux travailleurs
immigrés sans papiers. L’expulsion de deux Algériens vers Alger malgré un état
de santé critique suite à une grève de la faim à Lille est la dernière des
décisions barbares prises par Valls dans la droite ligne de la violente
dispersion des camps de Roms qui a précédé. Naturellement, tous les dirigeants
syndicaux locaux et nationaux se fendent de communiqués de
« protestations » entremêlés d’appels au Vatican pour qu’il intercède
auprès du gouvernement. Mais ce que tous camouflent, c’est que ces expulsions
procèdent de la circulaire Valls – qui suit elle-même une autre circulaire
instaurant une loi d’exception pour les immigrés s’agissant de la durée légale
de la garde à vue, portée dans ce cas à 16 heures.
La
dernière circulaire en date prétend établir les critères de la régularisation.
Elle a été élaborée à la suite d’une longue concertation avec les appareils
syndicaux. Citons l’analyse qu’en fournit une contribution du courant Front
Unique au congrès national de la FSU :
« Elle
s’inscrit dans la stricte continuité de celles de ses prédécesseurs : les
sinistres Hortefeux et Besson. Là où la circulaire de
2006 de Sarkozy demandait deux ans de scolarisation en France, la circulaire
Valls… en réclame trois ! Quant aux travailleurs célibataires, leur
régularisation est subordonnée à deux ans de travail par exemple pour trois ans
de séjour en France, les deux années de travail étant attestées par le patron.
Le Monde indique clairement en quoi ce dispositif est un véritable piège qui va
se refermer sur les sans-papiers : “ Sur le fond, les avancées de la
circulaire - la suite montre qu’il n’y a aucune « avancée » ndlr -
reposeront beaucoup sur la volonté de l’employeur des sans-papiers. Celui-ci
est invité à se dénoncer (…) ; il n’y aura pas d’ « amnistie
fiscale » et se dévoiler impliquera de fait un redressement. » Or
aucun patron (il s’agit de négriers, non des philanthropes !) n’acceptera
de payer des milliers d’euros pour déclarer avoir employé des sans-papiers
pendant des mois. La circulaire Valls se révèle ainsi pour ce qu’elle
est : un formidable instrument à remplir les charters de sans-papiers refoulés
dans leur pays d’origine. »
C’est à
propos de cette circulaire que la direction de la FSU – la position de la
direction de la CGT n’est pas différente – invite le gouvernement à « aller
plus loin » regrettant que la circulaire « n’ait pas force de
loi ». Faut-il commenter ?
A
l’inverse, il faut exiger non seulement le retrait de la circulaire Valls, mais
puisqu’elle n’est rien d’autre que la mise en œuvre de la loi CESEDA de 2006,
et de l’ensemble des lois racistes visant à faciliter l’expulsion en masse des
travailleurs immigrés.
Vers une nouvelle agression
contre les retraites
Mais
d’autres attaques se profilent, en particulier une nouvelle agression contre le
droit à retraite des travailleurs. Comme à l’accoutumée le rôle d’éclaireur des
contre-réformes est confié au COR (Conseil d’orientation des retraites) dont la
seule légitimité provient de la participation des directions syndicales et qui
vient de publier un nouveau rapport en date du 19 décembre 2012.
Le rôle
du COR est, comme d’habitude, de faire apparaître comme inéluctable pour les
travailleurs de nouvelles contre-réformes à partir de projections
pseudo-scientifiques démographiques et économiques. Alors même que les
économistes de la bourgeoisie sont incapables de pronostiquer les taux d’intérêt
qui prévaudront dans quinze jours, les « savants » du COR devant
lesquels s’inclinent respectueusement les dirigeants syndicaux n’hésitent pas à
faire des pronostics sur l’état économique de la France… en 2060. Mais au bout
de tout cela apparaît inévitablement l’urgence, soit d’augmenter les
cotisations (soustraites au salaire), soit de diminuer les pensions (une des
hypothèses : baisse de 5%), soit d’augmenter le nombre d’annuités
nécessaire et l’âge légal. Mais la conclusion en réalité avait précédé la
« démonstration ». La proposition du MEDEF de diminuer de 6% les
retraites du privé lors de la « négociation » sur les retraites
complémentaires AGIRC-ARRCO indique déjà la violence de l’offensive qui se
prépare.
En
réalité, tout le « déséquilibre » du régime des retraites doit être
imputé aux capitalistes. D’abord du fait des cotisations sociales patronales
impayées et des exonérations multiples dont ils n’ont cessé de bénéficier. En
outre, l’existence de 5 millions de chômeurs dans ce pays signifie autant de
cotisations en moins. Mais la réalité du chômage est présentée par nos
« savants » comme une fatalité naturelle sur laquelle il n’y aurait
pas plus de prise que sur les variations météorologiques et susceptible des
mêmes aléas. Naturellement, il ne faut pas compter sur nos
« savants » pour ramener ce taux de chômage à sa cause réelle :
le système capitaliste en crise, et encore moins sur les bureaucrates syndicaux
pour leur rappeler.
Evidemment,
tout dirigeant syndical qui voudrait être fidèle aux intérêts du prolétariat
déciderait immédiatement de quitter cette entreprise d’escrocs anti-ouvriers et
il déclarerait : « Nous combattons le système capitaliste qui
jette à la rue des millions de travailleurs. Nous combattons pour le socialisme
qui utilisera toutes les forces créatrices et productrices des hommes pour la
satisfaction de leurs besoins. Dans un tel système, le développement des forces
productives permettrait sans difficulté d’assurer les vieux jours de tous les
travailleurs. En attendant la mise à bas du système barbare dont vous avez la
responsabilité, nous combattrons de toutes nos forces pour que les garanties en
matière de retraites soient préservées par l’augmentation des cotisations
patronales autant que de besoin. »
Non
seulement les dirigeants syndicaux ne tiennent pas ce discours ; non
seulement ils continuent de siéger dans le COR, mais encore ils s’ébahissent
devant le rapport en question. Ainsi le communiqué de la FSU :
« Le
rapport du Conseil d’Orientation des Retraites vient de publier aujourd’hui des
scénarios qui en raison de la crise, montrent le besoin de financement de
l’ensemble des systèmes de retraites d’environ 20 milliards en 2020. La FSU
estime que les travaux du COR sont utiles pour éclairer les débats sur
l’avenir, et notamment ceux qui seront rendus publics en janvier prochain sur
l’Etat des lieux des systèmes de retraite.
Déjà,
lors des mobilisations massives de l’ensemble de la population à l’automne 2010
contre la réforme Fillon/Sarkozy, la FSU avait dénoncé non seulement
l’injustice de cette réforme mais son inefficacité en termes de financement et
de garantie de la pérennité de nos régimes de retraites. »
Autrement
dit : « On vous l’avait bien dit. La réforme de 2010 ne fait pas
l’affaire ». Voilà un point sur lequel peut se nouer une large
alliance des directions syndicales… au MEDEF. Le MEDEF aussi pense que la
réforme 2010 est « inefficace en terme de financement » et
voilà pourquoi Parisot à peine le rapport sorti… a proposé de faire sans délai
passer l’âge légal à 63 ans !
Ainsi,
les uns et les autres se disposent pour faire avaler une nouvelle agression
contre les retraites. C’est pourquoi sans délai, il faut exiger que les
dirigeants syndicaux quittent le COR et refusent de participer à la
« concertation » prévue dès ce trimestre en vue de cette nouvelle
agression.
Comment combattre ?
Il y a
quelques mois, les travailleurs infligeaient une défaite nette et sans bavure à
Sarkozy, à l’UMP et aux partis bourgeois aux législatives. Le résultat de cette
défaite est d’ailleurs la violente crise qui secoue aujourd’hui l’UMP, crise
qui n’est nullement conjurée avec l’armistice armé signé par Fillon et Copé.
Mais d’un autre côté, ils assistent sidérés à la reprise, toute honte bue, par
le gouvernement Hollande du programme du candidat Sarkozy : TVA sociale,
RGPP à peine rebaptisée, chasse aux immigrés, etc. Quant à la majorité PS-PCF à
l’Assemblée, elle s’illustre par sa soumission totale aux injonctions du
gouvernement (le PCF au gré de ses votes en abstention ou contre les textes
gouvernementaux se gardant bien d’ouvrir une perspective alternative au
gouvernement d’alliance du PS avec les partis bourgeois EELV et radicaux de
gauche).
Le
résultat des élections législatives partielles où malgré sa crise, l’UMP,
bénéficiant de l’abstention populaire massive, a battu à plate couture les
candidats PS - là où ils n’avaient pas laissé la place à des personnalités de
la bourgeoisie ! -, indique assez le désaveu par les masses de la
politique du gouvernement.
Mais ce
désaveu par lui-même n’ouvre aucune voie. La seule voie possible consiste dans
le combat en direction de la majorité PS-PCF pour lui imposer de cesser de se
soumettre à la politique archi-réactionnaire du gouvernement, de rejeter son
arsenal de décisions et lois anti-ouvrières et, au-delà, de constituer un
gouvernement responsable devant elle seule, gouvernement duquel les
travailleurs exigeront la satisfaction de leurs revendications.
L’expérience
de ces derniers mois le montre à qui en aurait douté. Il faudra l’imposer à
cette majorité PS-PCF par les moyens de la lutte des classes qui pourrait
prendre la forme d’une manifestation de tout le prolétariat, par centaines de
milliers à l’Assemblée nationale.
Mais
pour préparer un tel combat, l’exigence immédiate est la rupture des directions
syndicales avec le gouvernement et le MEDEF : rupture de la négociation
sur le marché du travail ! Dirigeants CGT, de FO, ne signez pas !
Défendez effectivement les droits subsistant en matière de retraites !
Quittez le COR ! Aucune participation à la « concertation » sur
les retraites ! Rompez la participation à « l’agenda Fonction
publique » !, etc.
Le
désarroi dans lequel se trouve plongé le prolétariat en particulier en France
ne doit pas nous le faire oublier : ni la bourgeoisie, ni les appareils à
sa solde n’ont le pouvoir de faire disparaître la lutte des classes. Ainsi,
ceux qui croyaient en avoir fini avec le prolétariat tunisien quand le
gouvernement islamiste d’Ennhada au compte de
l’impérialisme s’est mis en place en sont pour leurs frais. En se mobilisant
massivement malgré la répression brutale, il y a à peine un mois, sur le mot
d’ordre : « gouverneur d’Ennahda,
dégage ! », les travailleurs de Siliana – ont posé la question d’un
gouvernement qui soit le leur, d’un gouvernement ouvrier. Mais ils ne pouvaient
le poser qu’à travers l’organisation qu’ils ont massivement renforcée à travers
le processus révolutionnaire en cours : à savoir l’UGTT. A la suite de la
mobilisation de Siliana, dans plusieurs provinces, des grèves et mobilisations
se sont développées au cours desquelles les travailleurs ont exigé que la
direction de l’UGTT appelle à la grève générale. Or la direction de celle-ci
s’est dérobée, annulant son mot d’ordre de grève générale parce qu’elle savait
qu’un tel mot d’ordre posait forcément la question : « qui est maître
de la maison ? » donc la question du pouvoir.
Ainsi,
en Tunisie comme en France, la question fondamentale à résoudre, c’est la
question de la direction révolutionnaire du prolétariat, la question du Parti révolutionnaire.
Le
groupe pour la Construction du Parti Ouvrier Révolutionnaire, pour
l’Internationale Ouvrière Révolutionnaire n’est pas ce parti. Il n’en est pas
même l’embryon. Mais, armé des acquis politiques de la Ire, de la IIe, de la
IIIe, de la IVe Internationales, ainsi que du Comité constitué par Stéphane
Just, il entend contribuer à sa construction. Il vous appelle à vous associer à
son combat.
Le 3 janvier 2013
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