Éditorial du
bulletin « Combattre pour le socialisme » n°48 (n°130 ancienne série)
- 20 octobre 2012 :
La crise du capitalisme s’approfondit.
Les plans de licenciements pleuvent. Appuyé sur le dialogue social, le
gouvernement Hollande‑Ayrault‑Duflot‑Pinel,
aux ordres du MEDEF et de la bourgeoisie, prépare une offensive de plus grande
ampleur encore contre les conditions d’existence des masses. Il faut combattre
pour :
·
La
rupture de toutes les concertations des dirigeants syndicaux avec le MEDEF et
le gouvernement
·
Retrait
de tous les plans de licenciement !
Aucune concertation sur ces plans !
Nationalisation sans indemnité ni rachat de PSA, Arcelor‑Mitall,
etc.
·
À
bas le budget 2013 et la loi de financement de la Sécurité sociale !
Une
impuissance totale de la bourgeoisie à juguler l’accélération de la crise du
capitalisme
La BCE
et Mario Draghi ont décidé de racheter de manière « illimitée » des
obligations d’Etat. Et les commentateurs fleurissent pour saluer la décision de
ce « grand homme » qui a une nouvelle fois sauvé l’Europe, l’Europe
étant ainsi périodiquement « sauvée » toutes les six semaines. Ben
Bernanke, président de la FED, vient d’annoncer la reprise de l’achat des
dettes irrécouvrables de Freddy Mac et Fannie Mae, les compagnies d’assurance
de crédit immobilier pour lesquelles l’Etat fédéral américain continue à
déverser des milliards de dollars par crainte de l’effondrement en cascade que
provoquerait leur ruine. Et Wall Street salue cette décision qui va
« sauver » ‑ là aussi – l’économie US de la
récession. La Banque Centrale Japonaise y va aussi de son rachat des
obligations d’Etat. La Chine bruisse des projets d’un nouveau « plan de
relance » pour inverser l’irrésistible tendance à la baisse de la
croissance lourde de menace de gigantesques explosions sociales.
Pourtant,
au‑delà des applaudissements bruyants que provoquent ces décisions, sourd
plus qu’une inquiétude : un immense désarroi des états‑majors de la
classe dirigeante devant les développements de la crise. L’économie mondiale
est engagée dans un processus de glaciation généralisée qui, petit à petit,
envahit le globe entier, touchant désormais y compris les zones et pays
longtemps cités en exemple. La Chine, l’Inde voient leur croissance diminuer
chaque trimestre. Au Brésil, elle n’est plus qu’un souvenir. L’économie
allemande commence sérieusement à s’encalminer. La réalité du marché mondial
finit par s’imposer à chacune des économies nationales. Et la réalité du marché
mondial, c’est la récession. En frappant durement son propre prolétariat au nom
de la « compétitivité » de ses entreprises, chaque bourgeoisie y
contribue. Ainsi, y compris là où le prolétariat a été le plus violemment
frappé avec quelques résultats pour la place de la bourgeoisie du pays sur le
marché mondial, le spectre de la récession n’est pas pour autant repoussé. L’Italie
est en récession malgré son excédent commercial. Et l’Irlande, le « bon
élève » de la troïka, annonce une croissance zéro.
Voilà
pourquoi au‑delà de l’ « optimisme de façade », affleurent
les propos les plus cyniques dans la bouche des experts du capital. C’est dans
celle d’un de ces spécialistes que Le
Monde du 23 septembre place cette réflexion sur la dernière décision de la
FED : « La banque centrale fait
n’importe quoi avec l’énergie du désespoir ».
Martin
Wolf, conseiller semi-officiel de l’administration Obama, dit à peu près la
même chose à ce propos : ce qu’a fait la FED ne servira à peu près à rien…
mais les Républicains ont tort de le critiquer … car ne pas le faire aurait été
pire, dit‑il en substance dans sa tribune du 25 septembre. Et il en va
ainsi dans tous les pays. Le Japon ? La dette atteint plus de 200% du PIB,
et les derniers mois montrent une baisse de la production industrielle. La
Chine ? Comment les banques grevées de créances douteuses pourraient‑ elles
supporter un nouveau plan de relance ?
Christine
Lagarde la directrice du FMI manifeste cette impuissance jusqu’à la
caricature : « Quand c’est
nécessaire et possible il faut réduire le rythme de l’ajustement
budgétaire » déclare‑t‑elle à Washington. Puis 24 heures
plus tard à propos de la Grèce : « Le
problème de la dette n’est pas réglé (ndlr : c’est ce qu’on appelle un
euphémisme) … il faut de nouvelles
coupes. ».
Au
moment où Lagarde préconisait, en particulier pour l’Espagne, de ralentir le « rythme de l’ajustement
budgétaire » en Espagne et au Portugal (dans ce dernier pays faisant
de nécessité vertu la troïka a repoussé de deux ans les délais de retour à
l’équilibre budgétaire en vertu du principe : à l’impossible, nul n’est
tenu), la BCE conditionnait son aide à l’Espagne à un nouvel allongement de
l’âge de départ en retraite (actuellement fixé à 67 ans avec le soutien des
dirigeants syndicaux, rappelons‑le).
Mais,
in fine, ces multiples contorsions
aboutissent inlassablement à la même conclusion : frapper inlassablement
le prolétariat sans pour autant pouvoir espérer que ces coups relancent la
machine économique. Car la contradiction insurmontable qui mine l’économie
mondiale est la contradiction du système capitaliste lui‑même : la
contradiction entre le caractère social de la production et le caractère privé
de la propriété des moyens de production dont la manifestation patente est une
gigantesque crise de surproduction (voir article sur la situation économique
dans ce numéro).
Le prolétariat tente de combattre, mais il est
confronté aux barrières
dressées devant lui par les appareils dirigeants de ses propres organisations
La
crise et son approfondissement manifestent chaque jour davantage que le mode de
production capitaliste a fait son temps ; que tout prolongement de son
existence dans des conditions de putréfaction généralisée a pour prix d’épouvantables souffrances pour l’immense majorité de
l’humanité et d’abord le prolétariat ; que sa survie ne peut avoir comme
corollaire que la marche accélérée vers la barbarie.
Le prolétariat
est la seule classe qui a entre les mains la puissance sociale susceptible
d’abréger cette interminable agonie.
Du
point de vue du combat du prolétariat, il existe de grandes disparités. Mais on
doit insister sur la signification des événements de la lutte des classes en
Espagne et au Portugal en particulier ces dernières semaines. Dans ces deux
pays, de puissantes manifestations se sont dressées contre les plans de super
austérité décidés par les gouvernements. Dans ces deux pays, elles se sont
dirigées vers les Parlements posant la question d’en finir avec les
gouvernements en place. Dans les deux cas, elles ont été appelées non par les
dirigeants syndicaux mais par des canaux « informels ». Mais la
réalité est que ces mobilisations sont largement spontanées.
Et si
ces mobilisations se sont développées en dehors des appels des directions
syndicales, ce n’est évidemment pas un hasard. Celles‑ci sont
profondément discréditées, en particulier dans la jeunesse. Et pour cause. En
Espagne, il faut rappeler que les directions syndicales se sont associées par
leur signature à la dernière contre‑réforme des retraites, qu’elles ont
consciencieusement saboté toute possibilité de combat ensuite contre la contre‑réforme
du « marché du travail ». Au Portugal, la direction – contrôlée par
le Parti communiste portugais – de la CGTP loin de s’opposer au paiement de la
dette, a toujours défendu de nouveaux délais pour la payer, bref une autre
façon de la faire payer au prolétariat.
Portugal : pour la première fois depuis 2008,
même si c’est de manière provisoire et limitée, la bourgeoisie doit reculer
Or
précisément au Portugal, la récente décision du gouvernement de revenir sur la
décision qu’il avait prise d’augmenter massivement les cotisations ouvrières –
c’est‑à‑dire en réalité de diminuer les salaires à raison d’un mois
de salaire par an – est le produit direct de cette mobilisation. La bourgeoisie
portugaise et son gouvernement – qui bénéficie du plein et entier soutien du
Parti socialiste portugais – ont jugé qu’il y avait davantage de risques à
persister dans la volonté coûte que coûte de faire passer cette nouvelle contre‑réforme
– qu’à reculer provisoirement, quitte à la faire passer autrement par le biais
d’une relance du « dialogue social » avec les dirigeants syndicaux.
Passos
Coelho l’a indiqué sans ambiguïté : « Je
ne confonds pas la détermination et l’intransigeance », et d’annoncer
qu’il allait recevoir les partenaires sociaux pour les entendre sur des « propositions alternatives ».
On ne
peut préjuger des conséquences de cet échec de la bourgeoisie au Portugal, et
en particulier on ne peut dire s’il constituera un appel d’air pour les autres
prolétariats d’Europe, en premier lieu pour le prolétariat d’Espagne. Mais ce
qui est certain, c’est que la concertation, là comme ailleurs, ne vise qu’à
faire rentrer par la fenêtre ce que la mobilisation des travailleurs et de la
jeunesse portugaise ont chassé par la porte, et au‑delà, à combler la
brèche que représente cette victoire dans le dispositif de l’offensive de la
bourgeoisie en Europe. C’est ce à quoi s’affaire la direction de la CGTP qui
s’est prononcée pour un « pacte de
concertation sociale ».
Le fait
même que les dirigeants de la CGTP aient les mains libres pour remettre en
selle le gouvernement par le biais du dialogue social montre que, au Portugal
comme ailleurs, les masses ne pourront pas faire l’économie du combat contre la
politique des appareils syndicaux. Pour briser les obstacles que ces derniers
dressent à leur mouvement spontané, travailleurs et jeunes auront à s’organiser
pour exiger des directions syndicales : rompez le dialogue social avec le
gouvernement ! Réalisez le front unique afin de combattre pour les
revendications, à commencer par le retrait des contre‑réformes et plans
d’austérité.
C’est
sur cette orientation, qui correspond aux besoins pratiques des masses face à
la crise du capitalisme, qu’il est possible de combattre et de regrouper pour
le compte de la construction du parti ouvrier révolutionnaire.
Du Portugal à l’Afrique du Sud, la même question
politique posée au prolétariat : briser le soutien des appareils
dirigeants des organisations du mouvement ouvrier à la bourgeoisie et à ses
plans
Le
prolétariat portugais est confronté à la même question qui se pose
partout : ceux qui ont pour tâche d’organiser le combat en défense de ses
conditions d’existence – les dirigeants syndicaux – se retournent en réalité
contre lui pour tenter de lui arracher le succès qu’il vient de remporter.
Ce rôle
de « lieutenants de la bourgeoisie » ‑ selon
la formule qu’employait Trotsky ‑ au sein du prolétariat, voire
de police, au service de la classe ennemie joué par les appareils syndicaux, ce
qui vient de se passer en Afrique du Sud l’illustre de manière tragique. On
lira dans ce numéro de CPS la déclaration de notre groupe sur l’Afrique du Sud.
Il suffit d’insister ici sur le fait que le gouvernement qui a fait tirer sur
les mineurs comprend des dirigeants du PC sud‑africain et de la COSATU
(principale centrale syndicale d’Afrique du Sud), et même qu’un des membres
éminents de la direction de la mine de platine où a démarré la grève est un
ancien dirigeant de la NUM (syndicat des mineurs affiliés à la COSATU). Il est
honteux, mais pas étonnant, que les appareils syndicaux en France cherchent à
étouffer toute voix qui s’élève contre la répression meurtrière des mineurs sud‑africains :
c’est ce qu’exige la « solidarité » des bureaucrates du monde entier
contre le prolétariat. Notre Groupe s’honore d’avoir tenté à l’échelle de ses
forces de briser cette répugnante complicité. On lira à cet égard
l’intervention du représentant Front Unique au CDFN de la FSU publiée dans ce
numéro.
Ce
combat conserve d’ailleurs toute son actualité. Car le massacre de Marikana n’a
pas réussi à briser la volonté des mineurs sud‑africains. La grève s’est
étendue à l’ensemble des mines d’or d’Afrique du Sud. Les patrons des mines de
platine viennent de décider de licencier des milliers de mineurs coupables de
participation à « des grèves sauvages ». Mais les mineurs ne sont pas
défaits, et l’issue de ce combat est de première importance. Car le prolétariat
d’Afrique du Sud est un prolétariat déterminant en Afrique. Et à travers la
grève générale des mineurs, c’est tout le replâtrage du régime d’apartheid tel
que décidé en 1994 dans l’accord de Kempton Park qui vacille.
France : détérioration accélérée de la
situation économique
La
situation de la lutte des classes en France n’offre rien de comparable à ce qui
vient d’être décrit au Portugal et en Afrique du Sud. Bien au contraire, la
situation à ce jour reste totalement cadenassée par la politique des dirigeants
syndicaux. La défaite de la bourgeoisie sur le terrain électoral avec la
victoire du candidat du PS aux présidentielles et la majorité PS‑PCF aux
législatives n’a eu à ce jour aucun prolongement significatif sur le terrain de
la lutte des classes directe.
Sans
prétendre prophétiser sur les délais, il n’est pourtant nullement certain que
cela dure. Car l’économie française connaît une évolution accélérée vers une situation
à l’« espagnole » ou à la « portugaise ».
L’INSEE
vient d’annoncer une croissance nulle pour 2012. Encore faut‑il dire que
la mesure officielle de la croissance camoufle la spectaculaire dégringolade de
la production industrielle. Le Monde
du premier septembre offrait un descriptif de l’évolution des résultats des
entreprises du CAC40 d’où il concluait : « La rentabilité des grandes entreprises françaises se dégrade :
les résultats nets régressent globalement de 19,6%. ». Les grandes
banques et les entreprises industrielles – en premier lieu l’automobile bien
sûr – sont particulièrement frappées. Parmi les rares qui échappent à cette
dégradation, celles qui produisent des biens de consommation pour la seule
bourgeoisie (LVMH Moêt Vuitton d’Arnould), dont les possibilités à cet égard ne
sont pas à ce stade entamées. Encore faut‑il dire que les résultats des
entreprises du CAC 40 ne donnent qu’une représentation très édulcorée de la
situation réelle. La situation des entreprises de moindre taille est encore
bien plus alarmante.
Le
résultat de cette dégringolade, ce sont les plans de licenciements qui tombent
en avalanche : en premier lieu, PSA Aulnay, Doux, Presstalis, Sanofi,
Carrefour, Petroplus, Technicolor, auxquels il faut ajouter des dizaines et des
dizaines d’entreprises de taille plus réduites. D’autres s’annoncent :
Arcilor Mitall (avec la fermeture officiellement annoncée des derniers
hauts-fourneaux fonctionnant en France), Crédit Immobilier de France, Ford,
Alcatel, Bouygues Telecom, France Telecom; etc.). Il faut ajouter les dizaines
de milliers de licenciements qui s’annoncent dans le bâtiment, compte tenu du
ralentissement brutal de la construction de logements neufs. Dans ces
conditions, le chômage explose. Le chiffre réel dépasse largement l’annonce
officielle des 3 millions de chômeurs, chiffre fabriqué à partir d’une
définition totalement fictive du chômeur. En réalité, c’est 5 millions de
chômeurs que compte le pays, auxquels il faut ajouter les travailleurs en temps
partiel imposé.
Le MEDEF et les patrons des grands
groupes capitalistes pressent le gouvernement Hollande‑Ayrault‑Duflot‑Pinel
d’accélérer la mise en œuvre
des mesures de réduction du coût du travail et de flexibilité…
Baisser
le coût du travail, faire sauter tous les verrous à la possibilité de licencier
sur le champ : telle est l’exigence clamée chaque jour par les
capitalistes. C’est par exemple ce qu’ont déclaré Varin (dirigeant de PSA) et
Ghosn (dirigeant de Renault). Ghosn a même assorti cette exigence de la menace…
de la disparition pure et simple de Renault. L’entière satisfaction de ces
exigences permettrait‑elle de « sauver » les usines en
France ? La réponse vient d’Italie. Le dirigeant de la Fiat, Marchionne, a
fait signer à la majorité des dirigeants syndicaux il y a deux ans un
accord : en contrepartie de l’augmentation de la flexibilité et de
l’exploitation (augmentation des cadences, remise en cause des congés de
maladie, clause anti‑grève, élimination de fait de la FIOM non signataire
– fédération de la métallurgie de la CGIL – de l’entreprise), il avait
« promis » d’investir massivement en Italie pour y maintenir les
usines. Il vient d’annoncer avec le plus parfait cynisme qu’il ne le ferait
pas, en fournissant un argument qui ne l’est pas moins : on ne peut produire
en Italie des automobiles… puisque les Italiens avec la crise n’ont plus les
moyens de les acheter !
Le
MEDEF est au diapason : la solution pour baisser le coût du travail, c’est
le basculement des cotisations patronales sur la CSG et diverses formes de TVA.
… et le gouvernement s’exécute…
Le
gouvernement entend bien se soumettre à toutes ces exigences. Sapin dénonce un « droit de licenciement (qui) n’est pas sécurisant pour
l’entreprise ». Le gouvernement ne cesse d’indiquer que « la protection sociale est trop
exclusivement financée par le travail » ‑ ce qui
signifie en clair qu’il faut diminuer les cotisations sociales (payées par les
patrons) et compenser le manque à gagner soit par une augmentation de la CSG,
soit par une augmentation de la TVA – autrement dit la remise en place sous une
autre forme de la « TVA sociale » de Sarkozy.
Pour
couronner le tout, le gouvernement a commandé un rapport sur la compétitivité
qui doit sortir fin octobre et qu’il a confié à Louis Gallois. Le pedigree du
rapporteur donne toute garantie. Comme président de la SNCF, il avait élaboré
l’accord dit de « prévention des
conflits » à la SNCF signé par Le Reste, dirigeant de la CGT,
véritable accord anti‑grève qui servira ensuite de modèle dans d’autres
corporations (RATP, enseignants du primaire). En 2007 et 2010, il est PDG
d’EADS et s’illustre dans le combat contre la grève des ouvriers de
l’entreprise cassée avec la complicité active des dirigeants syndicaux.
Le Journal du Dimanche du 9 octobre
rapporte d’ailleurs que « Jeudi devant
l’AFEP, le puissant syndicat des patrons du CAC 40, le ministre de l’Economie a
cherché à rassurer les PDG échaudés par la taxe à 75 % et solidaires de
leurs camarades « pigeons ». Pierre Moscovici leur a longuement parlé du
rapport sur la compétitivité de Louis Gallois, qui doit être public le 5
novembre et annoncé, en substance, que les mesures allaient les réjouir ».
Les
« pigeons » dont il est question, c’est la dénomination qu’avaient
abusivement choisie pour se désigner eux‑mêmes les patrons
« indignés » du projet de taxation des plus values sur les cessions
d’entreprise. En quelques heures, ils obtenaient de Moscovici qu’il retire
l’essentiel de la mesure. Décidément ce gouvernement n’a rien à refuser aux
patrons !
…en s’appuyant sur le dialogue social
Hollande
l’a toutefois répondu aux patrons de l’automobile : « la compétitivité passe aussi par l’innovation et le dialogue
social ». En clair, il indique qu’il partage totalement les objectifs
du patronat, mais qu’aucun ne peut être atteint sans la pleine collaboration
des dirigeants syndicaux. C’est ce qu’a indiqué aussi Marisol Touraine,
ministre des Affaires sociales. Question : « Pourquoi n’indiquez‑vous pas dès maintenant que vous allez
augmenter la CSG ? ». Réponse : « Il ne serait pas convenable d’anticiper sur le résultat de la
concertation. Mais nous allons réactiver le Haut Conseil pour le financement de
la protection sociale ». Pour mémoire, ce Haut Conseil avait été créé
par le gouvernement Sarkozy‑Fillon, mais quelques semaines avant les
élections présidentielles, la direction de la CGT avait jugé peu opportun d’y
participer.
Mais le
gouvernement Hollande‑Ayrault‑Duflot‑Pinel, dont la faiblesse
congénitale tient au fait qu’il s’est constitué à la suite d’une défaite de la
bourgeoisie et de ses partis aux présidentielles et législatives, a besoin bien
plus encore que le précédent du plein appui des appareils syndicaux à travers
le dialogue social. Et celui‑ci fonctionne à plein régime à la suite de
la « conférence sociale » de juin : concertation entre le MEDEF
et les dirigeants syndicaux sur la « réforme » du marché du travail,
concertation sur la mise en œuvre des « contrats de
génération » ‑ dont un des aspects essentiels est
l’exonération de toute cotisation sociale à la fois pour les
« seniors » et pour les jeunes ‑, concertation sur le
financement de la protection sociale, etc.
Et à
partir de là, la concertation se déploie partout dans les différents
secteurs : « agenda de la Fonction Publique », concertation sur
la loi d’orientation sur l’Ecole, Assises de l’université (voir article
Enseignement dans ce numéro), concertation sur la mise en œuvre à La Poste du
rapport Kaspar.
Il vaut
la peine de dire deux mots de ce dernier rapport concocté par un ancien
dirigeant de la CFDT. Préconisant une « respiration
dans la politique de suppression d’emplois » (sic), il propose la
création de 4500 créations de poste (il y a eu plus de 4000 suppressions de
poste pour le seul premier trimestre 2012) … sous forme de contrats de génération
et de contrats par alternance (c’est‑à‑dire d’apprentis
surexploités) dont 2000 emplois… au titre des « moyens du dialogue social » ! Il s’agit donc de
libérer une armée de bureaucrates syndicaux de toute servitude de travail
pendant que des jeunes surexploités feront le travail dont ils auront été
délestés. Tout un programme, pour lequel les dirigeants syndicaux, tel
Klosskowski, dirigeant CGT, déclare : « Cela
fait des années qu’on le demande…. ». Puis suivent quelques remarques
« critiques » usuelles de pure forme.
Thibault : « Nous nous impliquerons sans
réserve dans toutes les négociations »
Le
gouvernement sait que dans cette affaire il peut totalement prendre appui sur
les directions syndicales. Participation « sans réserve » déclare
Thibault qui affecte de croire que la politique du gouvernement serait en
quelque sorte à la croisée des chemins entre les exigences patronales et les
revendications ouvrières, qu’il « ménage
la chèvre et le chou » (Thibault dans Le Monde du 13 septembre). Mais en réalité, au moment où le
gouvernement s’aligne totalement sur les exigences du patronat et du MEDEF,
Thibault lui‑même s’aligne sur les uns et sur les autres, en particulier
en faisant sienne l’exigence du combat pour la « compétitivité » : « Nous sommes prêts à débattre de la
compétitivité. Il faut s’intéresser aux choix de gestion des entreprises, à ce
qu’elles font de leurs marges, à leurs efforts d’innovation et de recherche
bien inférieurs à ceux des entreprises allemandes ».
Or se
situer sur le terrain de la « compétitivité » des entreprises
françaises, c’est affirmer de la manière la plus claire qu’on fait corps avec
les objectifs de sa propre bourgeoisie. C’est faire du syndicat un
« conseiller économique » du patron auquel il faudrait donner des
conseils de bonne gestion capitaliste. Que Thibault cite en exemple l’Allemagne
dont la « compétitivité » a été gagnée par une furieuse augmentation
de l’exploitation de la force de travail à travers l’’ agenda 2000 »
adopté par le gouvernement Schroeder (limitation drastique des droits des
chômeurs, attaques contre le système de santé, contre‑réforme des
retraites, etc.), voilà qui en dit long sur l’orientation de l’appareil CGT.
Les « propositions » de la direction de la
CGT sur la Sécurité sociale
La
position du même appareil sur la question de la Sécurité sociale l’illustre
parfaitement :
« La
CGT revendique depuis de nombreuses années une réforme ambitieuse du
financement de la Sécurité sociale qui soit au service du développement de
l’emploi. Elle attend du Haut Conseil du financement de la protection sociale
que le diagnostic qu’il doit établir permette d’engager enfin cette action
indispensable. La CGT ne méconnaît pas les enjeux de compétitivité de
l’économie, mais ceux‑ci ne peuvent être approchés à partir d’une
approche étriquée en termes de coût du travail. »
Dire
que la compétitivité ne se ramène pas au coût du travail, que c’est trop
« étriqué », c’est tout de même dire que, bien qu’insuffisante, la
réduction du coût du travail fait partie des moyens de la compétitivité. C’est
une confirmation : se prononcer pour la compétitivité, c’est se prononcer
d’une manière ou d’une autre pour la baisse du salaire, direct ou indirect.
« C’est pourquoi la CGT récuse les
orientations visant à transférer une partie des cotisations sociales dites «
patronales » sur d’autres assiettes, que ce soit la TVA, la CSG ou encore les
taxes environnementales comme cela a été envisagé lors de la conférence
environnementale. Les cotisations « patronales » sont un élément du salaire, et
leur transfert sur d’autres assiettes ne serait rien d’autre qu’une baisse des
salaires ».
Là, la
direction de la CGT semble en revenir à une position ouvrière. Fort bien, mais
lisons la suite.
« La
CGT souhaite que le financement de la Sécurité sociale reste ancré sur la
création de richesses dans le cadre de l’entreprise. Mais celui‑ci doit
être profondément transformé pour être favorable au développement de l’emploi.
La CGT
mettra un ensemble de propositions sur la table :
‑ une
modification du mode de calcul des cotisations employeurs prenant en compte la
part des salaires dans la valeur ajoutée ;
‑ un
dispositif de type « bonus‑malus » tenant compte du recours à la
précarité et plus largement des comportements des entreprises à l’égard de l’emploi ;
‑ la
création d’une contribution sociale sur les revenus financiers des entreprises
(intérêts et dividendes). »
Si les
mots ont un sens, la première proposition consiste à dire : plus il y a de
salaire, moins les cotisations doivent être élevées. Donc il s’agit bien de
plaider pour la liquidation de la Sécurité sociale fondée sur le salaire
différé qui au contraire suppose que la cotisation augmente en proportion du
salaire. La seconde proposition va dans le même sens puisqu’elle propose un « bonus »
pour les « bons » patrons, ceux qui n’ont pas recours à la précarité
et qui créent des emplois. Indépendamment du fait qu’ils seront difficiles à
trouver, la direction de la CGT se situe bel et bien sur le terrain patronal et
gouvernemental de la diminution des cotisations sociales, c’est‑à‑dire
au bout du compte du salaire.
Quant à
la dernière proposition, elle ouvre explicitement la porte à la fiscalisation
de la Sécurité sociale. Elle n’est au fond en rien différente d’une proposition
d’augmentation de la CSG que l’appareil CGT affectait d’écarter un peu plus
haut. Telle est la logique de l’implication « sans réserve » de la
direction de la CGT dans la concertation.
Mailly (Force Ouvrière) : « Nous ne
servirons pas de caution…. mais nous irons »
La direction
de Force Ouvrière n’a pas, sur la participation à la concertation, une position
différente de celle de la direction de la CGT. Mais elle s’est fait une
spécialité de capituler… dans un langage « viril ». Tel est le tour
de passe‑passe auquel se livre Mailly dans son éditorial du 12
septembre : « Cette négociation
sera donc tendue et nous ne pouvons pas accepter de servir de caution pour
justifier ou accompagner l’austérité. ». Il parle ici de la
négociation sur le marché du travail qu’il qualifie bien improprement d’ « usine à gaz ». La qualifier
ainsi c’est prétendre qu’il n’en sortira rien alors qu’en réalité il s’agit
d’avancer de manière décisive dans la liquidation des garanties contenues dans
le droit du travail, ce qui n’est pas rien. Puis Mailly nous dit sans rire
qu’il va à la négociation pour réclamer le rétablissement de la hiérarchie des
normes. Mais de qui se moque‑t‑il ? Est‑ce cela qui est
en jeu ou au contraire la « compétitivité » des entreprises ?
L’éditorial de Mailly n’est qu’un misérable camouflage de sa contribution par
la participation à l’entreprise de liquidation des acquis ouvriers qui est le
seul but de ces concertations. La preuve en est avec la signature à Sevelnord
par le syndicat Force Ouvrière d’un accord compétitivité‑emploi
caractérisé par une flexibilité à outrance et le blocage des salaires pendant
deux ans. Ou encore avec la participation – la direction du syndicat CGT y est
aussi – à des négociations depuis des mois d’un accord de même nature à
Renault.
PSA : concertation sur la mise en œuvre du plan
de la direction
des 8000 suppressions d’emploi et de la fermeture d’Aulnay
Les
représentants de Mailly à PSA ne s’embarrassent pas, eux non plus, de
périphrases pour apporter leur soutien au plan Varin. Ils ont dès sa
publication donné leur aval, en particulier à la fermeture d’Aulnay. Mais sous
des formes différentes, et avec un langage différent, c’est la position commune
de tous les dirigeants syndicaux de l’entreprise – à l’exception du petit
syndicat SUD qui formellement se prononce contre la discussion du plan.
Passons
rapidement sur la position du SIA (syndicat « indépendant » de
l’automobile). Il est une pure création de la direction, héritier de la CFT,
« syndicat » maison recruteur pendant des décennies de nervis
spécialisés dans le tabassage des militants ouvriers. Il faut tout de même
noter que la direction de la CGT se prononce pour l’« unité » avec ce
prétendu syndicat qui a bien entendu immédiatement entériné le plan patronal
demandant au gouvernement de prendre en charge la « reconversion »
des ouvriers licenciés (on sait ce que cela veut dire).
Mais
évidemment, la responsabilité principale est celle de la CGT, principal
syndicat ouvrier de l’entreprise, en particulier à Aulnay.
Le
syndicat CGT d’Aulnay a une particularité. Il est dirigé par des militants
notoirement connus comme étant responsables du groupe Lutte Ouvrière, qui se
réclame de la révolution, du communisme et même du trotskysme. On aurait donc
pu supposer que l’orientation défendue diffère de celle de Thibault.
Ce
dernier se garde bien de se prononcer contre tout licenciement et toute
suppression de poste, et pour le retrait du plan Varin. S’il affirme vaguement
la nécessité que le site d’Aulnay demeure un site de production – ce qui laisse
complètement dans l’ombre la question : avec combien d’ouvriers ? –,
la position martelée par l’appareil consiste à dire : on attend le
« rapport d’experts » ‑ un de plus – commandé par le
Comité d’entreprise pour voir si les licenciements sont justifiés. Qu’on en
juge : « A Aulnay‑sous‑Bois,
après l’annonce de la direction mi‑juillet de la fin de la production sur
le site pour 2014, le retour est morose et les salariés sont dans l’attente des
conclusions de l’expertise mandatée par le comité d’entreprise afin d’obtenir
des preuves justifiant la fermeture de l’usine. Les syndicats vont rencontrer
les salariés dans les jours qui viennent afin d’organiser la
mobilisation. » (dépêche CGT du 3 septembre). Tout le monde le
comprend : se situer sur ce terrain‑là, c’est d’emblée justifier la
nécessité de licenciements. Car il ne fait aucun doute que du point de vue du
marché capitaliste, il y a surproduction.
Mais
quelle est la position des dirigeants locaux Lutte Ouvrière de la CGT ?
Voyons la déclaration faite par son dirigeant à la suite de la réunion
tripartite convoquée par le gouvernement sur des bases très claires, celles de
la mise en œuvre du rapport Sartorius, commandé par le gouvernement qui juge
« inévitable » la fermeture d’Aulnay : « Selon
le délégué CGT Jean‑Pierre Mercier, "les négociations auront lieu
site par site", notamment celui Aulnay‑sous‑Bois (Seine‑Saint‑Denis),
que PSA entend fermer d’ici à 2014, supprimant quelque 3.000 emplois, et celui
de Rennes. Il s’agit pour les syndicats d’"obtenir le maximum de garanties
sur le maintien de l’emploi, c’est une revendication unanime des
syndicats", a poursuivi M. Mercier. » ( déclaration faite à l’AFP
le 20 septembre).
Le
simple fait que les négociations aient lieu « site par site » ‑ ce
que Mercier évoque sans autre commentaire – indique bien qu’il s’agit de voir
comment vont s’opérer les suppressions de poste et non d’en discuter le
principe. Du reste, Mercier ne dit pas le contraire à l’AFP. Voyons maintenant
comment l’hebdomadaire Lutte Ouvrière
maquille cette position de capitulation totale de Mercier (Lutte Ouvrière datée du 28 septembre) :
« Dans cette rencontre, seule la CGT a
redit clairement qu’elle exigeait le gel du plan de licenciements avant de
pouvoir entamer la moindre discussion, car il n’est pas question pour les
travailleurs de se voir imposer des négociations le couteau sous la gorge. Mais
ce n’est le point de vue ni de Peugeot, ni du gouvernement.
Hollande a annoncé la tenue d’une réunion
tripartite (syndicats, direction, gouvernement), comme si cela représentait en
soi une solution.
En fait le gouvernement, loin de vouloir
empêcher PSA de licencier, est au contraire prêt à discuter de modalités pour
financer des fausses solutions appelées « reconversion du site », qui
permettraient à la direction de fermer l’usine tout en faisant miroiter des
promesses bidon. De son côté, la direction proclame fièrement qu’elle veut bien
participer à une réunion, à partir du moment où elle a la certitude qu’il
s’agit de discuter des sommes que l’État versera, et non de ce qu’elle devrait
concéder aux travailleurs.
Bref, ces réunions tripartites ne
correspondent pas, en l’état, à ce que réclament les travailleurs. Il faut donc
qu’ils imposent leur ordre du jour à ces réunions en continuant à se mobiliser. »
Bref,
le gel du plan de licenciement est un préalable à toute discussion…. Mais les
responsables LO de la CGT somment les travailleurs de se mobiliser … pour
changer l’ordre du jour de ces réunions…. où par conséquent ils continueront de
se rendre !
La
journée d’action du 9 octobre totalement intégrée aux concertations avec le
gouvernement et le MEDEF
On ne
s’étonnera pas que Mercier, comme les dirigeants de Lutte Ouvrière, soient les
plus fervents supporters de la journée d’action du 9 octobre. Le simple libellé
de celle‑ci, « pour l’emploi
et l’industrie », indique assez sur quel terrain elle se situe :
la défense de « notre » industrie – patrons et ouvriers ainsi
rassemblés sur un objectif commun. Du reste, Nadine Prigent interviewée sur le
site de la CGT inscrit totalement cette journée d’action dans les concertations
tous azimuts avec le gouvernement et le MEDEF. Les travailleurs sont invités à
descendre dans la rue pour « peser
sur les négociations en cours ».
Front
Unique pour le retrait du plan Varin ! Rupture de la concertation
tripartite !
Pour la grève de tous les travailleurs du groupe jusqu’au retrait du
plan !
À
l’inverse, c’est sur les mots d’ordre ci‑dessus que peut s’organiser et
centraliser le combat des travailleurs de PSA. Et pour ce faire, il est de la
responsabilité des dirigeants syndicaux de convoquer une conférence nationale
des travailleurs de PSA, conférence constituée par les délégués élus par les
assemblées générales.
Les
travailleurs de Sanofi indiquent la voie pour combattre
La
manifestation des travailleurs de Sanofi à l’Assemblée nationale indique que
cette voie est possible. La comédie à laquelle se livraient la direction de
Sanofi et Montebourg, ministre dit du « redressement productif », se
jouait en plusieurs actes, le dernier acte étant le licenciement de centaines
de travailleurs. La direction de Sanofi commence par annoncer 2600
licenciements. Montebourg affecte l’indignation mais très vite baisse d’un
ton : « Nous avons répondu de
manière excessive ». La direction de Sanofi « recule »… sur
des positions préparées à l’avance : il n’y aura « plus que »
900 suppressions d’emploi avec le bla bla bla habituel sur les reconversions.
Cela suffit pour que Montebourg rende à l’Assemblée un vibrant hommage à la
direction de Sanofi pour son « effort
patriotique ». Apparemment l’« effort
patriotique » de la direction de Sanofi n’a pas été goûté par les
travailleurs de l’entreprise. Rassemblés devant l’Assemblée nationale, ils ont
interpellé avec vigueur ledit Montebourg : «
Pour nous, c’est zéro licenciement ! Retrait pur et simple du plan ».
Là
encore, personne ne peut anticiper les suites de cette mobilisation. Mais les
travailleurs de Sanofi ouvrent une issue au combat contre les plans de
licenciement. Le premier point est de se prononcer pour le retrait pur et
simple du plan (c’est le cas à Sanofi alors que partout ailleurs les dirigeants
se prononcent pour discuter des plans sous couvert de « contre
plans »). Le second point est que le combat contre les plans patronaux est
inséparable du combat contre le gouvernement, qui les soutient et les
accompagne, en direction de la majorité PS‑PCF pour laquelle les
travailleurs ont voté précisément pour qu’elle les protège du chômage et de la
déchéance.
Le
budget 2013, budget anti‑ouvrier, constitue une échéance centrale
S’il
est clair que dans le présent contexte le destin des ouvriers de PSA est un
enjeu de la lutte des classes pour tous les travailleurs de ce pays, il est une
autre échéance centrale tout aussi immédiate : celle du budget 2013. Car
celui‑ci constitue sans aucun doute une violente offensive contre les
masses. Dès le 3 septembre, Parisot indiquait que pour le MEDEF ce budget
constituait une « épreuve de vérité », sommant le gouvernement
d’adopter un budget « pro entreprise ». Le MEDEF n’a pas relâché la
pression, Parisot indiquant qu’elle regardait « avec effroi » sa préparation. La présentation du budget
le 28 septembre a montré à l’évidence qu’il y avait pour le MEDEF davantage
matière à satisfaction qu’à effroi. Mais de cela, Parisot n’avait en réalité
jamais douté. Ce budget est tout entier ordonné par la réduction de la dette et
son remboursement. Il faut rappeler que le loyer de la dette demeure le
principal poste budgétaire !
Passons
sur le prétendu impôt à 75%, dont le simple libellé est un mensonge puisque
cette proportion de 75% ne concerne que les revenus… au‑delà de 1 million
d’euros par an par bénéficiaire. D’où le bénéfice dérisoire attendu de cet
impôt. Même chose pour la réforme de l’ISF, qui ne revient même pas sur la
totalité des allégements consentis par les gouvernements Chirac et Sarkozy.
D’une manière générale, les innombrables cadeaux fiscaux faits durant les dix
dernières années aux patrons (par exemple la taxe professionnelle) et plus
généralement aux riches, sont maintenus. D’autres sont mis en place :
Duflot a ainsi remplacé les abattements fiscaux dits Sellier par des
abattements similaires pour l’investissement immobilier, pain béni pour les
spéculateurs dans ce secteur.
Par
contre est maintenu l’essentiel des dispositions alourdissant les impôts des
masses laborieuses, par exemple le gel du barème de l’impôt, qui a pour effet
d’augmenter l’impôt de la majorité des travailleurs. Dans ces conditions,
l’offensive contre la Fonction publique, les postes, les salaires des
fonctionnaires ne se dément pas, dans la continuité totale des budgets Sarkozy‑Fillon.
D’abord, le gouvernement a annoncé le gel du point d’indice, ce qui signifie
que la baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires allait continuer. Et ce
d’autant plus, que sans qu’on ait beaucoup de précisions à ce sujet, il n’a pas
caché son intention de remettre en cause les « mesures
catégorielles », voire les progressions de carrière qui jusqu’à présent
limitaient la perte de pouvoir d’achat pour chaque fonctionnaire.
Mais il
faut ajouter : en réalité, la RGPP (Révision générale des politiques
publiques) continue et même s’aggrave. Du reste, le gouvernement a
opportunément commandé un rapport qui fait comme seul reproche réel à la RGPP…
l’insuffisante concertation sur sa mise en œuvre. Certes dans l’Education
Nationale, il y a arrêt des suppressions de poste. Mais le chiffre de 40 000
postes créés au budget est une pure fiction (voir article sur l’enseignement
dans ce numéro). Ailleurs, la curée non seulement continue mais
s’accentue : aux Finances, au ministère de l’Agriculture, à la Culture, à
l’Environnement (la fédération FO y annonce 8 départs à la retraite sur 10 non
remplacés). Les budgets de fonctionnement subissent une véritable saignée.
Le
budget est d’ailleurs complété par l’acte III de la décentralisation à venir,
qui va voir le basculement hors Fonction publique d’Etat de milliers de
fonctionnaires mis sous la coupe des préfets ; et par la loi de
financement de la Sécurité sociale. Ce qu’on sait de celle‑ci, outre
l’augmentation de diverses taxes à la consommation et les 0,15% ponctionnés sur
les retraités, c’est que l’augmentation de l’ONDAM – compte tenu des postes
budgétaires incompressibles liés aux retraites et salaires – ne permettra même
pas aux hôpitaux publics de conserver leurs moyens actuels. D’où la politique
systématique visant à chasser les malades de l’hôpital, et au niveau de la
médecine de ville, la chasse aux prescriptions prétendument
« abusives ».
Quand
les dirigeants syndicaux, et ceux du Front de Gauche
font grand bruit sur le Traité Européen pour mieux laisser passer le budget…
Le vote
du budget doit intervenir à l’Assemblée nationale dans la deuxième quinzaine
d’octobre après la ratification du TSCG, le nouveau traité européen qui fixe à
terme à 0,5% le déficit budgétaire maximum des différents pays de l’Union
européenne. Il y a dans ce traité un côté irréel qui s’apparente au serment de
l’ivrogne qui promet qu’il ne boira plus. Dans une grande partie des pays de l’Union
européenne, l’actuel plafond des déficits autorisé (3% du PIB) est hors
d’atteinte. Non pas parce qu’il y aurait trop de fonctionnaires, trop de
dépenses sociales, etc., mais pour de tout autres raisons qui tiennent aux
tares congénitales du système capitaliste. La concurrence effrénée entre les
différentes bourgeoisies sur le marché mondial a poussé à multiplier à l’infini
les allégements fiscaux pour les patrons. Les budgets militaires pèsent d’un
poids écrasant. Depuis 2008, des milliards ont été déversés pour soutenir ou
nationaliser dans certains cas les banques au bord de la faillite. Plus
généralement, les mesures de « relance » visant à éviter la faillite
à des secteurs entiers de l’économie ont grevé les budgets. À cela il faut
ajouter la dynamique infernale de la dette qui fait que dans de nombreux pays
le simple loyer de la dette (le paiement des intérêts) est le premier poste
budgétaire de l’Etat. Donc, au moment où les 3% de déficit sont inatteignables,
les gouvernements promettent qu’ils vont réduire le déficit à 0,5%.
Mais le
TSCG servira bien à quelque chose : il constituera un alibi supplémentaire
pour laminer tous les budgets sociaux, remettre partout en cause les budgets
consacrés à la santé, à l’éducation, aux services sociaux en général.
C’est
pour cette raison qu’il est parfaitement réactionnaire. Non pas parce qu’il
remettrait en cause la « souveraineté » des Etats, qu’il
« interdirait » aux Parlements nationaux de prendre telle ou telle
décision, argument avancé par toutes les forces politiques qui prétendent s’y
opposer. Car n’importe quel parlement conserve en réalité toujours la
possibilité de dénoncer ce traité. Non pas parce qu’il rendrait impossible de
« défendre les revendications », comme le disent les dirigeants du
POI (Parti ouvrier indépendant) : ce qui rend impossible la défense des
revendications, c’est la politique des dirigeants syndicaux de défense de leur
propre bourgeoisie !
La
preuve vient d’en être administrée au Portugal, un des premiers pays à adopter
le traité : le recul du gouvernement face au mouvement des masses montre
que l’adoption du traité n’a en rien le pouvoir de cadenasser la lutte des
classes.
Non. Si
le traité est réactionnaire, c’est pour la raison dite plus haut : il
constitue une nouvelle justification aux mesures anti‑ouvrières des
gouvernements, et particulièrement en France du gouvernement Hollande‑Ayrault‑Duflot‑Pinel.
En ce
sens, il est parfaitement correct de combattre pour que la majorité PS‑PCF
élue contre Sarkozy et l’UMP refuse de ratifier à l’Assemblée nationale un
traité qui n’est rien d’autre, à la virgule près, que le traité Sarkozy‑Merkel.
Mais il
faut ajouter : comme le TSCG, le budget 2013 est entièrement placé sous le
signe du combat « contre les déficits », et ce sont bien les effets
dudit budget que vont ressentir douloureusement les travailleurs de ce pays
dans les mois prochains. Comment serait‑il possible donc de se prononcer
contre le TSCG et… pour le budget 2013, plus généralement pour le gouvernement
Hollande‑Ayrault‑Duflot‑Pinel ? A cet égard, on peut au
premier abord être surpris de la prise de position d’EELV (les Verts) qui
annoncent qu’ils voteront contre le traité… et pour la loi organique qui
l’applique au droit français… Et également pour le budget 2013. Idem pour la
prétendue « gauche » du PS, qui adopte la même position.
30
septembre : une manifestation pour « donner
du courage »…. au gouvernement
Mais, dira‑t‑on : n’en va‑t‑il pas
autrement des organisateurs de la manifestation du 30 septembre contre le
TSCG ? A ce propos, une question doit être posée. La force politique
principale organisatrice de cette manifestation, le PCF, se prononce bruyamment
pour l’organisation d’un referendum sur le traité. Il faudrait donc voter.
Pourtant le vote a déjà eu lieu au printemps dernier. Il est hors de doute que
la défaite de Sarkozy, la victoire de la majorité PS‑PCF incluait
l’exigence de la non ratification du traité Sarkozy‑Merkel.
Et
quelle est donc la position des initiateurs de la manifestation du 30 septembre
par rapport au gouvernement et à sa politique ? Remarquons que les députés
Front de Gauche ont déjà largement indiqué leur position : vote du
collectif budgétaire en juillet, vote de la loi sur les « Contrats
d’avenir », sorte de super CPE qui va substituer aux embauches dans le
cadre du statut dans l’enseignement, la santé, dans les collectivités
territoriales, à la SNCF, l’embauche de jeunes en CDD, sans aucune protection
contre le licenciement et royalement payés au maximum 900 euros par mois.
Prenons
maintenant la déclaration de Laurent, secrétaire général du PCF, dans la
manifestation du 30 : "C’est un
point de départ, ça commence aujourd’hui et ça va continuer dans les semaines à
venir", a renchéri Pierre Laurent, décrivant un mouvement destiné à
"donner du courage à la gauche pour mener la guerre à la finance"
(L’Humanité du 1er
octobre).
Or
toute la politique du gouvernement « de gauche » ‑ car
c’est bien de lui que parle Laurent – vise non à « mener la guerre à la finance » mais à lui complaire.
Mais puisque le PCF veut donner « du
courage » au gouvernement, il s’agit bien d’une manifestation de
soutien – soutien critique, « aiguillon » si l’on veut ‑ au
gouvernement Hollande-Ayrault‑Duflot‑Pinel.
Dès lors, que rien de sérieux ne doive être fait contre l’adoption du budget
2013 est parfaitement cohérent. Et en même temps est apportée la preuve que,
quelles que soient les intentions des participants du rang à la manifestation
du 30 septembre, celle‑ci constituait une parfaite mystification du point
de vue des intérêts ouvriers.
Une
orientation pour la construction du Parti Ouvrier Révolutionnaire,
de l’Internationale Ouvrière Révolutionnaire
Il faut
rappeler ce que nous écrivions en conclusion des « notes
éditoriales » dans CPS daté du 18 avril 2012 :
« En
combattant pour la défaite des candidats de la bourgeoisie, de Sarkozy en
premier lieu, pour la victoire électorale du candidat du parti issu du
mouvement ouvrier resté en lice au second tour, les militants du Groupe pour la
construction du POR et de l’IOR ne laissent place à aucune illusion. Même en
cas de victoire, la politique que tenterait de mettre en œuvre un gouvernement
d’alliance du PS, éventuellement du PCF avec des représentants de la
bourgeoisie, notamment Europe Ecologie Les Verts, serait une politique de
soumission au capital financier. On ne peut même pas affirmer qu’elle serait
« moins pire » que celle de Sarkozy car à vrai dire l’Espagne et le
Portugal hier, la Grèce, la Belgique aujourd’hui montrent assez qu’elle serait
strictement conforme à ce qu’exigent banquiers et capitalistes. Elle aurait
seulement pour effet que le prolétariat aborderait dans des conditions moins
défavorables les échéances à venir sur le terrain de la lutte des classes
directe, échéances inéluctables, sauf à supposer que le prolétariat et la
jeunesse se laissent broyer sans réagir. »
La
politique du gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel est strictement
conforme à l’appréciation que nous avions portée. La défense des intérêts
ouvriers suppose donc que soit combattue frontalement la politique de ce
gouvernement.
Cela
implique le combat pour que les organisations syndicales cessent de s’associer
à sa mise en œuvre, donc rompent toute
concertation avec le gouvernement et le MEDEF, et en particulier la
concertation sur la réforme du marché du travail, celles sur le financement de
la protection sociale, sur les contrats de génération, de la loi d’orientation
sur l’école. Cela suppose que les fédérations de fonctionnaires refusent de
s’associer à l’« agenda Fonction publique », etc.
La
question centrale est celle du développement endémique du chômage. Il faut
mettre en avant le mot d’ordre aussi vieux que le mouvement ouvrier lui‑même
du droit au travail. Il suppose que
l’on combatte pour imposer aux directions syndicales qu’elles rejettent tous
les plans de licenciement, rompent toute concertation sur leur mise en œuvre et
à l’inverse défendent le mot d’ordre : pas un seul licenciement ! Pas une seule suppression
d’emploi ! D’ores et déjà dans des entreprises comme Arcelor ou PSA,
cette revendication ne peut être satisfaite sans avancer le mot d’ordre de nationalisation sans indemnité ni rachat de
ces entreprises. Voilà ce qu’a le pouvoir de décider la majorité PS‑PCF‑PG
élue à l’Assemblée nationale. N’est‑il pas caractéristique que
Montebourg, dès l’annonce de la fermeture des hauts-fourneaux de Florange ait
immédiatement écarté cette perspective, manifestant ainsi sa soumission servile
à la propriété capitaliste ? Au‑delà de ce mot d’ordre rendu urgent
par tel ou tel plan de licenciements, l’existence de 5 millions de chômeurs
réels pose la question du partage du travail entre toutes les mains disponibles
sans diminution de salaire, c’est‑à‑dire l’échelle mobile des heures de travail.
Le
budget du gouvernement est tout entier dicté par l’exigence du capital
financier de réduction des déficits et de remboursement de la dette. Il faut
combattre pour exiger des députés PS, PCF, PG qu’ils rejettent le budget. Pour
cela, la responsabilité des dirigeants syndicaux est d’appeler à une manifestation centrale massive à
l’Assemblée nationale contre l’adoption de ce budget. Une telle
manifestation inclura aussi l’exigence de retrait du projet de loi sur la
Sécurité sociale, la défense de la Sécurité sociale fondée sur le salaire
différé. Aucune revendication sérieuse, aucun des besoins pressants des masses
en matière d’instruction, de santé, de logement ne peuvent être satisfaits sans
que soit décidé le non-paiement de la
dette qui n’est pas celle des travailleurs. C’est sur ce mot d’ordre qu’il
faut combattre dans les organisations syndicales, ce qu’a, là encore, le
pouvoir de décider la majorité PS‑PCF‑PG.
Avancer
ces mots d’ordre, c’est préparer politiquement l’irruption du mouvement des
masses telle qu’on commence à le voir surgir dans le sud de l’Europe, tel qu’il
a commencé à faire reculer la bourgeoisie au Portugal. Et comme c’est le cas
dans ce dernier pays, il devra déborder les vieux appareils du mouvement
ouvrier étroitement inféodés à la bourgeoisie. Il posera alors la question non
seulement du retrait de toutes les mesures anti‑ouvrières prises par le
gouvernement, mais aussi de substituer au gouvernement
Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel un gouvernement des seuls PS, PCF et PG
responsable devant la majorité PS‑PCF‑PG à l’Assemblée nationale.
Mais,
les masses faisant l’expérience du caractère irredressable de ces partis, un
tel gouvernement ne pourrait que constituer un court intermède avant la
constitution d’un véritable gouvernement ouvrier décidant d’en finir avec le
capitalisme, expropriant les grands moyens de production et d’échange,
s’engageant sur la voie du démantèlement de l’appareil d’état ; bref sur
la voie du socialisme, seule alternative à la barbarie du capitalisme en crise.
C’est
dans cette perspective que nous appelons les lecteurs de Combattre Pour le
Socialisme à s’associer au combat de notre Groupe, et à le renforcer.
Le 8 octobre 2012
[ http://socialisme.free.fr
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