Éditorial du bulletin « Combattre pour le socialisme » n°48 (n°130 ancienne série) - 20 octobre 2012 :

La crise du capitalisme s’approfondit. Les plans de licenciements pleuvent. Appuyé sur le dialogue social, le gouvernement Hollande‑Ayrault‑Duflot‑Pinel, aux ordres du MEDEF et de la bourgeoisie, prépare une offensive de plus grande ampleur encore contre les conditions d’existence des masses. Il faut combattre pour :

·      La rupture de toutes les concertations des dirigeants syndicaux avec le MEDEF et le gouvernement

·      Retrait de tous les plans de licenciement !
Aucune concertation sur ces plans !
Nationalisation sans indemnité ni rachat de PSA, Arcelor‑Mitall, etc.

·      À bas le budget 2013 et la loi de financement de la Sécurité sociale !

Une impuissance totale de la bourgeoisie à juguler l’accélération de la crise du capitalisme

La BCE et Mario Draghi ont décidé de racheter de manière « illimitée » des obligations d’Etat. Et les commentateurs fleurissent pour saluer la décision de ce « grand homme » qui a une nouvelle fois sauvé l’Europe, l’Europe étant ainsi périodiquement « sauvée » toutes les six semaines. Ben Bernanke, président de la FED, vient d’annoncer la reprise de l’achat des dettes irrécouvrables de Freddy Mac et Fannie Mae, les compagnies d’assurance de crédit immobilier pour lesquelles l’Etat fédéral américain continue à déverser des milliards de dollars par crainte de l’effondrement en cascade que provoquerait leur ruine. Et Wall Street salue cette décision qui va « sauver » ‑ là aussi – l’économie US de la récession. La Banque Centrale Japonaise y va aussi de son rachat des obligations d’Etat. La Chine bruisse des projets d’un nouveau « plan de relance » pour inverser l’irrésistible tendance à la baisse de la croissance lourde de menace de gigantesques explosions sociales.

Pourtant, au‑delà des applaudissements bruyants que provoquent ces décisions, sourd plus qu’une inquiétude : un immense désarroi des états‑majors de la classe dirigeante devant les développements de la crise. L’économie mondiale est engagée dans un processus de glaciation généralisée qui, petit à petit, envahit le globe entier, touchant désormais y compris les zones et pays longtemps cités en exemple. La Chine, l’Inde voient leur croissance diminuer chaque trimestre. Au Brésil, elle n’est plus qu’un souvenir. L’économie allemande commence sérieusement à s’encalminer. La réalité du marché mondial finit par s’imposer à chacune des économies nationales. Et la réalité du marché mondial, c’est la récession. En frappant durement son propre prolétariat au nom de la « compétitivité » de ses entreprises, chaque bourgeoisie y contribue. Ainsi, y compris là où le prolétariat a été le plus violemment frappé avec quelques résultats pour la place de la bourgeoisie du pays sur le marché mondial, le spectre de la récession n’est pas pour autant repoussé. L’Italie est en récession malgré son excédent commercial. Et l’Irlande, le « bon élève » de la troïka, annonce une croissance zéro.

Voilà pourquoi au‑delà de l’ « optimisme de façade », affleurent les propos les plus cyniques dans la bouche des experts du capital. C’est dans celle d’un de ces spécialistes que Le Monde du 23 septembre place cette réflexion sur la dernière décision de la FED : « La banque centrale fait n’importe quoi avec l’énergie du désespoir ».

Martin Wolf, conseiller semi-officiel de l’administration Obama, dit à peu près la même chose à ce propos : ce qu’a fait la FED ne servira à peu près à rien… mais les Républicains ont tort de le critiquer … car ne pas le faire aurait été pire, dit‑il en substance dans sa tribune du 25 septembre. Et il en va ainsi dans tous les pays. Le Japon ? La dette atteint plus de 200% du PIB, et les derniers mois montrent une baisse de la production industrielle. La Chine ? Comment les banques grevées de créances douteuses pourraient‑ elles supporter un nouveau plan de relance ?

Christine Lagarde la directrice du FMI manifeste cette impuissance jusqu’à la caricature : « Quand c’est nécessaire et possible il faut réduire le rythme de l’ajustement budgétaire » déclare‑t‑elle à Washington. Puis 24 heures plus tard à propos de la Grèce : « Le problème de la dette n’est pas réglé (ndlr : c’est ce qu’on appelle un euphémisme) … il faut de nouvelles coupes. ».

Au moment où Lagarde préconisait, en particulier pour l’Espagne, de ralentir le « rythme de l’ajustement budgétaire » en Espagne et au Portugal (dans ce dernier pays faisant de nécessité vertu la troïka a repoussé de deux ans les délais de retour à l’équilibre budgétaire en vertu du principe : à l’impossible, nul n’est tenu), la BCE conditionnait son aide à l’Espagne à un nouvel allongement de l’âge de départ en retraite (actuellement fixé à 67 ans avec le soutien des dirigeants syndicaux, rappelons‑le).

Mais, in fine, ces multiples contorsions aboutissent inlassablement à la même conclusion : frapper inlassablement le prolétariat sans pour autant pouvoir espérer que ces coups relancent la machine économique. Car la contradiction insurmontable qui mine l’économie mondiale est la contradiction du système capitaliste lui‑même : la contradiction entre le caractère social de la production et le caractère privé de la propriété des moyens de production dont la manifestation patente est une gigantesque crise de surproduction (voir article sur la situation économique dans ce numéro).

Le prolétariat tente de combattre, mais il est confronté aux barrières
dressées devant lui par les appareils dirigeants de ses propres organisations

La crise et son approfondissement manifestent chaque jour davantage que le mode de production capitaliste a fait son temps ; que tout prolongement de son existence dans des conditions de putréfaction généralisée a pour prix d’épouvantables souffrances pour l’immense majorité de l’humanité et d’abord le prolétariat ; que sa survie ne peut avoir comme corollaire que la marche accélérée vers la barbarie.

Le prolétariat est la seule classe qui a entre les mains la puissance sociale susceptible d’abréger cette interminable agonie.

Du point de vue du combat du prolétariat, il existe de grandes disparités. Mais on doit insister sur la signification des événements de la lutte des classes en Espagne et au Portugal en particulier ces dernières semaines. Dans ces deux pays, de puissantes manifestations se sont dressées contre les plans de super austérité décidés par les gouvernements. Dans ces deux pays, elles se sont dirigées vers les Parlements posant la question d’en finir avec les gouvernements en place. Dans les deux cas, elles ont été appelées non par les dirigeants syndicaux mais par des canaux « informels ». Mais la réalité est que ces mobilisations sont largement spontanées.

Et si ces mobilisations se sont développées en dehors des appels des directions syndicales, ce n’est évidemment pas un hasard. Celles‑ci sont profondément discréditées, en particulier dans la jeunesse. Et pour cause. En Espagne, il faut rappeler que les directions syndicales se sont associées par leur signature à la dernière contre‑réforme des retraites, qu’elles ont consciencieusement saboté toute possibilité de combat ensuite contre la contre‑réforme du « marché du travail ». Au Portugal, la direction – contrôlée par le Parti communiste portugais – de la CGTP loin de s’opposer au paiement de la dette, a toujours défendu de nouveaux délais pour la payer, bref une autre façon de la faire payer au prolétariat.

Portugal : pour la première fois depuis 2008,
même si c’est de manière provisoire et limitée, la bourgeoisie doit reculer

Or précisément au Portugal, la récente décision du gouvernement de revenir sur la décision qu’il avait prise d’augmenter massivement les cotisations ouvrières – c’est‑à‑dire en réalité de diminuer les salaires à raison d’un mois de salaire par an – est le produit direct de cette mobilisation. La bourgeoisie portugaise et son gouvernement – qui bénéficie du plein et entier soutien du Parti socialiste portugais – ont jugé qu’il y avait davantage de risques à persister dans la volonté coûte que coûte de faire passer cette nouvelle contre‑réforme – qu’à reculer provisoirement, quitte à la faire passer autrement par le biais d’une relance du « dialogue social » avec les dirigeants syndicaux.

Passos Coelho l’a indiqué sans ambiguïté : « Je ne confonds pas la détermination et l’intransigeance », et d’annoncer qu’il allait recevoir les partenaires sociaux pour les entendre sur des « propositions alternatives ».

On ne peut préjuger des conséquences de cet échec de la bourgeoisie au Portugal, et en particulier on ne peut dire s’il constituera un appel d’air pour les autres prolétariats d’Europe, en premier lieu pour le prolétariat d’Espagne. Mais ce qui est certain, c’est que la concertation, là comme ailleurs, ne vise qu’à faire rentrer par la fenêtre ce que la mobilisation des travailleurs et de la jeunesse portugaise ont chassé par la porte, et au‑delà, à combler la brèche que représente cette victoire dans le dispositif de l’offensive de la bourgeoisie en Europe. C’est ce à quoi s’affaire la direction de la CGTP qui s’est prononcée pour un « pacte de concertation sociale ».

Le fait même que les dirigeants de la CGTP aient les mains libres pour remettre en selle le gouvernement par le biais du dialogue social montre que, au Portugal comme ailleurs, les masses ne pourront pas faire l’économie du combat contre la politique des appareils syndicaux. Pour briser les obstacles que ces derniers dressent à leur mouvement spontané, travailleurs et jeunes auront à s’organiser pour exiger des directions syndicales : rompez le dialogue social avec le gouvernement ! Réalisez le front unique afin de combattre pour les revendications, à commencer par le retrait des contre‑réformes et plans d’austérité.

C’est sur cette orientation, qui correspond aux besoins pratiques des masses face à la crise du capitalisme, qu’il est possible de combattre et de regrouper pour le compte de la construction du parti ouvrier révolutionnaire.

Du Portugal à l’Afrique du Sud, la même question politique posée au prolétariat : briser le soutien des appareils dirigeants des organisations du mouvement ouvrier à la bourgeoisie et à ses plans

Le prolétariat portugais est confronté à la même question qui se pose partout : ceux qui ont pour tâche d’organiser le combat en défense de ses conditions d’existence – les dirigeants syndicaux – se retournent en réalité contre lui pour tenter de lui arracher le succès qu’il vient de remporter.

Ce rôle de « lieutenants de la bourgeoisie » ‑ selon la formule qu’employait Trotsky ‑ au sein du prolétariat, voire de police, au service de la classe ennemie joué par les appareils syndicaux, ce qui vient de se passer en Afrique du Sud l’illustre de manière tragique. On lira dans ce numéro de CPS la déclaration de notre groupe sur l’Afrique du Sud. Il suffit d’insister ici sur le fait que le gouvernement qui a fait tirer sur les mineurs comprend des dirigeants du PC sud‑africain et de la COSATU (principale centrale syndicale d’Afrique du Sud), et même qu’un des membres éminents de la direction de la mine de platine où a démarré la grève est un ancien dirigeant de la NUM (syndicat des mineurs affiliés à la COSATU). Il est honteux, mais pas étonnant, que les appareils syndicaux en France cherchent à étouffer toute voix qui s’élève contre la répression meurtrière des mineurs sud‑africains : c’est ce qu’exige la « solidarité » des bureaucrates du monde entier contre le prolétariat. Notre Groupe s’honore d’avoir tenté à l’échelle de ses forces de briser cette répugnante complicité. On lira à cet égard l’intervention du représentant Front Unique au CDFN de la FSU publiée dans ce numéro.

Ce combat conserve d’ailleurs toute son actualité. Car le massacre de Marikana n’a pas réussi à briser la volonté des mineurs sud‑africains. La grève s’est étendue à l’ensemble des mines d’or d’Afrique du Sud. Les patrons des mines de platine viennent de décider de licencier des milliers de mineurs coupables de participation à « des grèves sauvages ». Mais les mineurs ne sont pas défaits, et l’issue de ce combat est de première importance. Car le prolétariat d’Afrique du Sud est un prolétariat déterminant en Afrique. Et à travers la grève générale des mineurs, c’est tout le replâtrage du régime d’apartheid tel que décidé en 1994 dans l’accord de Kempton Park qui vacille.

France : détérioration accélérée de la situation économique

La situation de la lutte des classes en France n’offre rien de comparable à ce qui vient d’être décrit au Portugal et en Afrique du Sud. Bien au contraire, la situation à ce jour reste totalement cadenassée par la politique des dirigeants syndicaux. La défaite de la bourgeoisie sur le terrain électoral avec la victoire du candidat du PS aux présidentielles et la majorité PS‑PCF aux législatives n’a eu à ce jour aucun prolongement significatif sur le terrain de la lutte des classes directe.

Sans prétendre prophétiser sur les délais, il n’est pourtant nullement certain que cela dure. Car l’économie française connaît une évolution accélérée vers une situation à l’« espagnole » ou à la « portugaise ».

L’INSEE vient d’annoncer une croissance nulle pour 2012. Encore faut‑il dire que la mesure officielle de la croissance camoufle la spectaculaire dégringolade de la production industrielle. Le Monde du premier septembre offrait un descriptif de l’évolution des résultats des entreprises du CAC40 d’où il concluait : « La rentabilité des grandes entreprises françaises se dégrade : les résultats nets régressent globalement de 19,6%. ». Les grandes banques et les entreprises industrielles – en premier lieu l’automobile bien sûr – sont particulièrement frappées. Parmi les rares qui échappent à cette dégradation, celles qui produisent des biens de consommation pour la seule bourgeoisie (LVMH Moêt Vuitton d’Arnould), dont les possibilités à cet égard ne sont pas à ce stade entamées. Encore faut‑il dire que les résultats des entreprises du CAC 40 ne donnent qu’une représentation très édulcorée de la situation réelle. La situation des entreprises de moindre taille est encore bien plus alarmante.

Le résultat de cette dégringolade, ce sont les plans de licenciements qui tombent en avalanche : en premier lieu, PSA Aulnay, Doux, Presstalis, Sanofi, Carrefour, Petroplus, Technicolor, auxquels il faut ajouter des dizaines et des dizaines d’entreprises de taille plus réduites. D’autres s’annoncent : Arcilor Mitall (avec la fermeture officiellement annoncée des derniers hauts-fourneaux fonctionnant en France), Crédit Immobilier de France, Ford, Alcatel, Bouygues Telecom, France Telecom; etc.). Il faut ajouter les dizaines de milliers de licenciements qui s’annoncent dans le bâtiment, compte tenu du ralentissement brutal de la construction de logements neufs. Dans ces conditions, le chômage explose. Le chiffre réel dépasse largement l’annonce officielle des 3 millions de chômeurs, chiffre fabriqué à partir d’une définition totalement fictive du chômeur. En réalité, c’est 5 millions de chômeurs que compte le pays, auxquels il faut ajouter les travailleurs en temps partiel imposé.

Le MEDEF et les patrons des grands groupes capitalistes pressent le gouvernement Hollande‑Ayrault‑Duflot‑Pinel d’accélérer la mise en œuvre
des mesures de réduction du coût du travail et de flexibilité…

Baisser le coût du travail, faire sauter tous les verrous à la possibilité de licencier sur le champ : telle est l’exigence clamée chaque jour par les capitalistes. C’est par exemple ce qu’ont déclaré Varin (dirigeant de PSA) et Ghosn (dirigeant de Renault). Ghosn a même assorti cette exigence de la menace… de la disparition pure et simple de Renault. L’entière satisfaction de ces exigences permettrait‑elle de « sauver » les usines en France ? La réponse vient d’Italie. Le dirigeant de la Fiat, Marchionne, a fait signer à la majorité des dirigeants syndicaux il y a deux ans un accord : en contrepartie de l’augmentation de la flexibilité et de l’exploitation (augmentation des cadences, remise en cause des congés de maladie, clause anti‑grève, élimination de fait de la FIOM non signataire – fédération de la métallurgie de la CGIL – de l’entreprise), il avait « promis » d’investir massivement en Italie pour y maintenir les usines. Il vient d’annoncer avec le plus parfait cynisme qu’il ne le ferait pas, en fournissant un argument qui ne l’est pas moins : on ne peut produire en Italie des automobiles… puisque les Italiens avec la crise n’ont plus les moyens de les acheter !

Le MEDEF est au diapason : la solution pour baisser le coût du travail, c’est le basculement des cotisations patronales sur la CSG et diverses formes de TVA.

… et le gouvernement s’exécute…

Le gouvernement entend bien se soumettre à toutes ces exigences. Sapin dénonce un « droit de licenciement (qui) n’est pas sécurisant pour l’entreprise ». Le gouvernement ne cesse d’indiquer que « la protection sociale est trop exclusivement financée par le travail » ‑ ce qui signifie en clair qu’il faut diminuer les cotisations sociales (payées par les patrons) et compenser le manque à gagner soit par une augmentation de la CSG, soit par une augmentation de la TVA – autrement dit la remise en place sous une autre forme de la « TVA sociale » de Sarkozy.

Pour couronner le tout, le gouvernement a commandé un rapport sur la compétitivité qui doit sortir fin octobre et qu’il a confié à Louis Gallois. Le pedigree du rapporteur donne toute garantie. Comme président de la SNCF, il avait élaboré l’accord dit de « prévention des conflits » à la SNCF signé par Le Reste, dirigeant de la CGT, véritable accord anti‑grève qui servira ensuite de modèle dans d’autres corporations (RATP, enseignants du primaire). En 2007 et 2010, il est PDG d’EADS et s’illustre dans le combat contre la grève des ouvriers de l’entreprise cassée avec la complicité active des dirigeants syndicaux.

Le Journal du Dimanche du 9 octobre rapporte d’ailleurs que « Jeudi devant l’AFEP, le puissant syndicat des patrons du CAC 40, le ministre de l’Economie a cherché à rassurer les PDG échaudés par la taxe à 75 % et solidaires de leurs camarades « pigeons ». Pierre Moscovici leur a longuement parlé du rapport sur la compétitivité de Louis Gallois, qui doit être public le 5 novembre et annoncé, en substance, que les mesures allaient les réjouir ».

Les « pigeons » dont il est question, c’est la dénomination qu’avaient abusivement choisie pour se désigner eux‑mêmes les patrons « indignés » du projet de taxation des plus values sur les cessions d’entreprise. En quelques heures, ils obtenaient de Moscovici qu’il retire l’essentiel de la mesure. Décidément ce gouvernement n’a rien à refuser aux patrons !

…en s’appuyant sur le dialogue social

Hollande l’a toutefois répondu aux patrons de l’automobile : « la compétitivité passe aussi par l’innovation et le dialogue social ». En clair, il indique qu’il partage totalement les objectifs du patronat, mais qu’aucun ne peut être atteint sans la pleine collaboration des dirigeants syndicaux. C’est ce qu’a indiqué aussi Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales. Question : « Pourquoi n’indiquez‑vous pas dès maintenant que vous allez augmenter la CSG ? ». Réponse : « Il ne serait pas convenable d’anticiper sur le résultat de la concertation. Mais nous allons réactiver le Haut Conseil pour le financement de la protection sociale ». Pour mémoire, ce Haut Conseil avait été créé par le gouvernement Sarkozy‑Fillon, mais quelques semaines avant les élections présidentielles, la direction de la CGT avait jugé peu opportun d’y participer.

Mais le gouvernement Hollande‑Ayrault‑Duflot‑Pinel, dont la faiblesse congénitale tient au fait qu’il s’est constitué à la suite d’une défaite de la bourgeoisie et de ses partis aux présidentielles et législatives, a besoin bien plus encore que le précédent du plein appui des appareils syndicaux à travers le dialogue social. Et celui‑ci fonctionne à plein régime à la suite de la « conférence sociale » de juin : concertation entre le MEDEF et les dirigeants syndicaux sur la « réforme » du marché du travail, concertation sur la mise en œuvre des « contrats de génération » ‑ dont un des aspects essentiels est l’exonération de toute cotisation sociale à la fois pour les « seniors » et pour les jeunes ‑, concertation sur le financement de la protection sociale, etc.

Et à partir de là, la concertation se déploie partout dans les différents secteurs : « agenda de la Fonction Publique », concertation sur la loi d’orientation sur l’Ecole, Assises de l’université (voir article Enseignement dans ce numéro), concertation sur la mise en œuvre à La Poste du rapport Kaspar.

Il vaut la peine de dire deux mots de ce dernier rapport concocté par un ancien dirigeant de la CFDT. Préconisant une « respiration dans la politique de suppression d’emplois » (sic), il propose la création de 4500 créations de poste (il y a eu plus de 4000 suppressions de poste pour le seul premier trimestre 2012) … sous forme de contrats de génération et de contrats par alternance (c’est‑à‑dire d’apprentis surexploités) dont 2000 emplois… au titre des « moyens du dialogue social » ! Il s’agit donc de libérer une armée de bureaucrates syndicaux de toute servitude de travail pendant que des jeunes surexploités feront le travail dont ils auront été délestés. Tout un programme, pour lequel les dirigeants syndicaux, tel Klosskowski, dirigeant CGT, déclare : « Cela fait des années qu’on le demande…. ». Puis suivent quelques remarques « critiques » usuelles de pure forme.

Thibault : « Nous nous impliquerons sans réserve dans toutes les négociations »

Le gouvernement sait que dans cette affaire il peut totalement prendre appui sur les directions syndicales. Participation « sans réserve » déclare Thibault qui affecte de croire que la politique du gouvernement serait en quelque sorte à la croisée des chemins entre les exigences patronales et les revendications ouvrières, qu’il « ménage la chèvre et le chou » (Thibault dans Le Monde du 13 septembre). Mais en réalité, au moment où le gouvernement s’aligne totalement sur les exigences du patronat et du MEDEF, Thibault lui‑même s’aligne sur les uns et sur les autres, en particulier en faisant sienne l’exigence du combat pour la « compétitivité » : « Nous sommes prêts à débattre de la compétitivité. Il faut s’intéresser aux choix de gestion des entreprises, à ce qu’elles font de leurs marges, à leurs efforts d’innovation et de recherche bien inférieurs à ceux des entreprises allemandes ».

Or se situer sur le terrain de la « compétitivité » des entreprises françaises, c’est affirmer de la manière la plus claire qu’on fait corps avec les objectifs de sa propre bourgeoisie. C’est faire du syndicat un « conseiller économique » du patron auquel il faudrait donner des conseils de bonne gestion capitaliste. Que Thibault cite en exemple l’Allemagne dont la « compétitivité » a été gagnée par une furieuse augmentation de l’exploitation de la force de travail à travers l’’ agenda 2000 » adopté par le gouvernement Schroeder (limitation drastique des droits des chômeurs, attaques contre le système de santé, contre‑réforme des retraites, etc.), voilà qui en dit long sur l’orientation de l’appareil CGT.

Les « propositions » de la direction de la CGT sur la Sécurité sociale

La position du même appareil sur la question de la Sécurité sociale l’illustre parfaitement :

« La CGT revendique depuis de nombreuses années une réforme ambitieuse du financement de la Sécurité sociale qui soit au service du développement de l’emploi. Elle attend du Haut Conseil du financement de la protection sociale que le diagnostic qu’il doit établir permette d’engager enfin cette action indispensable. La CGT ne méconnaît pas les enjeux de compétitivité de l’économie, mais ceux‑ci ne peuvent être approchés à partir d’une approche étriquée en termes de coût du travail. »

Dire que la compétitivité ne se ramène pas au coût du travail, que c’est trop « étriqué », c’est tout de même dire que, bien qu’insuffisante, la réduction du coût du travail fait partie des moyens de la compétitivité. C’est une confirmation : se prononcer pour la compétitivité, c’est se prononcer d’une manière ou d’une autre pour la baisse du salaire, direct ou indirect.

 « C’est pourquoi la CGT récuse les orientations visant à transférer une partie des cotisations sociales dites « patronales » sur d’autres assiettes, que ce soit la TVA, la CSG ou encore les taxes environnementales comme cela a été envisagé lors de la conférence environnementale. Les cotisations « patronales » sont un élément du salaire, et leur transfert sur d’autres assiettes ne serait rien d’autre qu’une baisse des salaires ».

Là, la direction de la CGT semble en revenir à une position ouvrière. Fort bien, mais lisons la suite.

« La CGT souhaite que le financement de la Sécurité sociale reste ancré sur la création de richesses dans le cadre de l’entreprise. Mais celui‑ci doit être profondément transformé pour être favorable au développement de l’emploi.

La CGT mettra un ensemble de propositions sur la table :

‑ une modification du mode de calcul des cotisations employeurs prenant en compte la part des salaires dans la valeur ajoutée ;

‑ un dispositif de type « bonus‑malus » tenant compte du recours à la précarité et plus largement des comportements des entreprises à l’égard de l’emploi ;

‑ la création d’une contribution sociale sur les revenus financiers des entreprises (intérêts et dividendes). »

Si les mots ont un sens, la première proposition consiste à dire : plus il y a de salaire, moins les cotisations doivent être élevées. Donc il s’agit bien de plaider pour la liquidation de la Sécurité sociale fondée sur le salaire différé qui au contraire suppose que la cotisation augmente en proportion du salaire. La seconde proposition va dans le même sens puisqu’elle propose un « bonus » pour les « bons » patrons, ceux qui n’ont pas recours à la précarité et qui créent des emplois. Indépendamment du fait qu’ils seront difficiles à trouver, la direction de la CGT se situe bel et bien sur le terrain patronal et gouvernemental de la diminution des cotisations sociales, c’est‑à‑dire au bout du compte du salaire.

Quant à la dernière proposition, elle ouvre explicitement la porte à la fiscalisation de la Sécurité sociale. Elle n’est au fond en rien différente d’une proposition d’augmentation de la CSG que l’appareil CGT affectait d’écarter un peu plus haut. Telle est la logique de l’implication « sans réserve » de la direction de la CGT dans la concertation.

Mailly (Force Ouvrière) : « Nous ne servirons pas de caution…. mais nous irons »

La direction de Force Ouvrière n’a pas, sur la participation à la concertation, une position différente de celle de la direction de la CGT. Mais elle s’est fait une spécialité de capituler… dans un langage « viril ». Tel est le tour de passe‑passe auquel se livre Mailly dans son éditorial du 12 septembre : « Cette négociation sera donc tendue et nous ne pouvons pas accepter de servir de caution pour justifier ou accompagner l’austérité. ». Il parle ici de la négociation sur le marché du travail qu’il qualifie bien improprement d’ « usine à gaz ». La qualifier ainsi c’est prétendre qu’il n’en sortira rien alors qu’en réalité il s’agit d’avancer de manière décisive dans la liquidation des garanties contenues dans le droit du travail, ce qui n’est pas rien. Puis Mailly nous dit sans rire qu’il va à la négociation pour réclamer le rétablissement de la hiérarchie des normes. Mais de qui se moque‑t‑il ? Est‑ce cela qui est en jeu ou au contraire la « compétitivité » des entreprises ? L’éditorial de Mailly n’est qu’un misérable camouflage de sa contribution par la participation à l’entreprise de liquidation des acquis ouvriers qui est le seul but de ces concertations. La preuve en est avec la signature à Sevelnord par le syndicat Force Ouvrière d’un accord compétitivité‑emploi caractérisé par une flexibilité à outrance et le blocage des salaires pendant deux ans. Ou encore avec la participation – la direction du syndicat CGT y est aussi – à des négociations depuis des mois d’un accord de même nature à Renault.

PSA : concertation sur la mise en œuvre du plan de la direction
des 8000 suppressions d’emploi et de la fermeture d’Aulnay

Les représentants de Mailly à PSA ne s’embarrassent pas, eux non plus, de périphrases pour apporter leur soutien au plan Varin. Ils ont dès sa publication donné leur aval, en particulier à la fermeture d’Aulnay. Mais sous des formes différentes, et avec un langage différent, c’est la position commune de tous les dirigeants syndicaux de l’entreprise – à l’exception du petit syndicat SUD qui formellement se prononce contre la discussion du plan.

Passons rapidement sur la position du SIA (syndicat « indépendant » de l’automobile). Il est une pure création de la direction, héritier de la CFT, « syndicat » maison recruteur pendant des décennies de nervis spécialisés dans le tabassage des militants ouvriers. Il faut tout de même noter que la direction de la CGT se prononce pour l’« unité » avec ce prétendu syndicat qui a bien entendu immédiatement entériné le plan patronal demandant au gouvernement de prendre en charge la « reconversion » des ouvriers licenciés (on sait ce que cela veut dire).

Mais évidemment, la responsabilité principale est celle de la CGT, principal syndicat ouvrier de l’entreprise, en particulier à Aulnay.

Le syndicat CGT d’Aulnay a une particularité. Il est dirigé par des militants notoirement connus comme étant responsables du groupe Lutte Ouvrière, qui se réclame de la révolution, du communisme et même du trotskysme. On aurait donc pu supposer que l’orientation défendue diffère de celle de Thibault.

Ce dernier se garde bien de se prononcer contre tout licenciement et toute suppression de poste, et pour le retrait du plan Varin. S’il affirme vaguement la nécessité que le site d’Aulnay demeure un site de production – ce qui laisse complètement dans l’ombre la question : avec combien d’ouvriers ? –, la position martelée par l’appareil consiste à dire : on attend le « rapport d’experts » ‑ un de plus – commandé par le Comité d’entreprise pour voir si les licenciements sont justifiés. Qu’on en juge : « A Aulnay‑sous‑Bois, après l’annonce de la direction mi‑juillet de la fin de la production sur le site pour 2014, le retour est morose et les salariés sont dans l’attente des conclusions de l’expertise mandatée par le comité d’entreprise afin d’obtenir des preuves justifiant la fermeture de l’usine. Les syndicats vont rencontrer les salariés dans les jours qui viennent afin d’organiser la mobilisation. » (dépêche CGT du 3 septembre). Tout le monde le comprend : se situer sur ce terrain‑là, c’est d’emblée justifier la nécessité de licenciements. Car il ne fait aucun doute que du point de vue du marché capitaliste, il y a surproduction.

Mais quelle est la position des dirigeants locaux Lutte Ouvrière de la CGT ? Voyons la déclaration faite par son dirigeant à la suite de la réunion tripartite convoquée par le gouvernement sur des bases très claires, celles de la mise en œuvre du rapport Sartorius, commandé par le gouvernement qui juge « inévitable » la fermeture d’Aulnay : « Selon le délégué CGT Jean‑Pierre Mercier, "les négociations auront lieu site par site", notamment celui Aulnay‑sous‑Bois (Seine‑Saint‑Denis), que PSA entend fermer d’ici à 2014, supprimant quelque 3.000 emplois, et celui de Rennes. Il s’agit pour les syndicats d’"obtenir le maximum de garanties sur le maintien de l’emploi, c’est une revendication unanime des syndicats", a poursuivi M. Mercier. » ( déclaration faite à l’AFP le 20 septembre).

Le simple fait que les négociations aient lieu « site par site » ‑ ce que Mercier évoque sans autre commentaire – indique bien qu’il s’agit de voir comment vont s’opérer les suppressions de poste et non d’en discuter le principe. Du reste, Mercier ne dit pas le contraire à l’AFP. Voyons maintenant comment l’hebdomadaire Lutte Ouvrière maquille cette position de capitulation totale de Mercier (Lutte Ouvrière datée du 28 septembre) :

« Dans cette rencontre, seule la CGT a redit clairement qu’elle exigeait le gel du plan de licenciements avant de pouvoir entamer la moindre discussion, car il n’est pas question pour les travailleurs de se voir imposer des négociations le couteau sous la gorge. Mais ce n’est le point de vue ni de Peugeot, ni du gouvernement.

Hollande a annoncé la tenue d’une réunion tripartite (syndicats, direction, gouvernement), comme si cela représentait en soi une solution.

En fait le gouvernement, loin de vouloir empêcher PSA de licencier, est au contraire prêt à discuter de modalités pour financer des fausses solutions appelées « reconversion du site », qui permettraient à la direction de fermer l’usine tout en faisant miroiter des promesses bidon. De son côté, la direction proclame fièrement qu’elle veut bien participer à une réunion, à partir du moment où elle a la certitude qu’il s’agit de discuter des sommes que l’État versera, et non de ce qu’elle devrait concéder aux travailleurs.

Bref, ces réunions tripartites ne correspondent pas, en l’état, à ce que réclament les travailleurs. Il faut donc qu’ils imposent leur ordre du jour à ces réunions en continuant à se mobiliser. »

Bref, le gel du plan de licenciement est un préalable à toute discussion…. Mais les responsables LO de la CGT somment les travailleurs de se mobiliser … pour changer l’ordre du jour de ces réunions…. où par conséquent ils continueront de se rendre !

La journée d’action du 9 octobre totalement intégrée aux concertations avec le gouvernement et le MEDEF

On ne s’étonnera pas que Mercier, comme les dirigeants de Lutte Ouvrière, soient les plus fervents supporters de la journée d’action du 9 octobre. Le simple libellé de celle‑ci, « pour l’emploi et l’industrie », indique assez sur quel terrain elle se situe : la défense de « notre » industrie – patrons et ouvriers ainsi rassemblés sur un objectif commun. Du reste, Nadine Prigent interviewée sur le site de la CGT inscrit totalement cette journée d’action dans les concertations tous azimuts avec le gouvernement et le MEDEF. Les travailleurs sont invités à descendre dans la rue pour « peser sur les négociations en cours ».

Front Unique pour le retrait du plan Varin ! Rupture de la concertation tripartite !
Pour la grève de tous les travailleurs du groupe jusqu’au retrait du plan !

À l’inverse, c’est sur les mots d’ordre ci‑dessus que peut s’organiser et centraliser le combat des travailleurs de PSA. Et pour ce faire, il est de la responsabilité des dirigeants syndicaux de convoquer une conférence nationale des travailleurs de PSA, conférence constituée par les délégués élus par les assemblées générales.

Les travailleurs de Sanofi indiquent la voie pour combattre

La manifestation des travailleurs de Sanofi à l’Assemblée nationale indique que cette voie est possible. La comédie à laquelle se livraient la direction de Sanofi et Montebourg, ministre dit du « redressement productif », se jouait en plusieurs actes, le dernier acte étant le licenciement de centaines de travailleurs. La direction de Sanofi commence par annoncer 2600 licenciements. Montebourg affecte l’indignation mais très vite baisse d’un ton : « Nous avons répondu de manière excessive ». La direction de Sanofi « recule »… sur des positions préparées à l’avance : il n’y aura « plus que » 900 suppressions d’emploi avec le bla bla bla habituel sur les reconversions. Cela suffit pour que Montebourg rende à l’Assemblée un vibrant hommage à la direction de Sanofi pour son « effort patriotique ». Apparemment l’« effort patriotique » de la direction de Sanofi n’a pas été goûté par les travailleurs de l’entreprise. Rassemblés devant l’Assemblée nationale, ils ont interpellé avec vigueur ledit Montebourg : « Pour nous, c’est zéro licenciement ! Retrait pur et simple du plan ».

Là encore, personne ne peut anticiper les suites de cette mobilisation. Mais les travailleurs de Sanofi ouvrent une issue au combat contre les plans de licenciement. Le premier point est de se prononcer pour le retrait pur et simple du plan (c’est le cas à Sanofi alors que partout ailleurs les dirigeants se prononcent pour discuter des plans sous couvert de « contre plans »). Le second point est que le combat contre les plans patronaux est inséparable du combat contre le gouvernement, qui les soutient et les accompagne, en direction de la majorité PS‑PCF pour laquelle les travailleurs ont voté précisément pour qu’elle les protège du chômage et de la déchéance.

Le budget 2013, budget anti‑ouvrier, constitue une échéance centrale

S’il est clair que dans le présent contexte le destin des ouvriers de PSA est un enjeu de la lutte des classes pour tous les travailleurs de ce pays, il est une autre échéance centrale tout aussi immédiate : celle du budget 2013. Car celui‑ci constitue sans aucun doute une violente offensive contre les masses. Dès le 3 septembre, Parisot indiquait que pour le MEDEF ce budget constituait une « épreuve de vérité », sommant le gouvernement d’adopter un budget « pro entreprise ». Le MEDEF n’a pas relâché la pression, Parisot indiquant qu’elle regardait « avec effroi » sa préparation. La présentation du budget le 28 septembre a montré à l’évidence qu’il y avait pour le MEDEF davantage matière à satisfaction qu’à effroi. Mais de cela, Parisot n’avait en réalité jamais douté. Ce budget est tout entier ordonné par la réduction de la dette et son remboursement. Il faut rappeler que le loyer de la dette demeure le principal poste budgétaire !

Passons sur le prétendu impôt à 75%, dont le simple libellé est un mensonge puisque cette proportion de 75% ne concerne que les revenus… au‑delà de 1 million d’euros par an par bénéficiaire. D’où le bénéfice dérisoire attendu de cet impôt. Même chose pour la réforme de l’ISF, qui ne revient même pas sur la totalité des allégements consentis par les gouvernements Chirac et Sarkozy. D’une manière générale, les innombrables cadeaux fiscaux faits durant les dix dernières années aux patrons (par exemple la taxe professionnelle) et plus généralement aux riches, sont maintenus. D’autres sont mis en place : Duflot a ainsi remplacé les abattements fiscaux dits Sellier par des abattements similaires pour l’investissement immobilier, pain béni pour les spéculateurs dans ce secteur.

Par contre est maintenu l’essentiel des dispositions alourdissant les impôts des masses laborieuses, par exemple le gel du barème de l’impôt, qui a pour effet d’augmenter l’impôt de la majorité des travailleurs. Dans ces conditions, l’offensive contre la Fonction publique, les postes, les salaires des fonctionnaires ne se dément pas, dans la continuité totale des budgets Sarkozy‑Fillon. D’abord, le gouvernement a annoncé le gel du point d’indice, ce qui signifie que la baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires allait continuer. Et ce d’autant plus, que sans qu’on ait beaucoup de précisions à ce sujet, il n’a pas caché son intention de remettre en cause les « mesures catégorielles », voire les progressions de carrière qui jusqu’à présent limitaient la perte de pouvoir d’achat pour chaque fonctionnaire.

Mais il faut ajouter : en réalité, la RGPP (Révision générale des politiques publiques) continue et même s’aggrave. Du reste, le gouvernement a opportunément commandé un rapport qui fait comme seul reproche réel à la RGPP… l’insuffisante concertation sur sa mise en œuvre. Certes dans l’Education Nationale, il y a arrêt des suppressions de poste. Mais le chiffre de 40 000 postes créés au budget est une pure fiction (voir article sur l’enseignement dans ce numéro). Ailleurs, la curée non seulement continue mais s’accentue : aux Finances, au ministère de l’Agriculture, à la Culture, à l’Environnement (la fédération FO y annonce 8 départs à la retraite sur 10 non remplacés). Les budgets de fonctionnement subissent une véritable saignée.

Le budget est d’ailleurs complété par l’acte III de la décentralisation à venir, qui va voir le basculement hors Fonction publique d’Etat de milliers de fonctionnaires mis sous la coupe des préfets ; et par la loi de financement de la Sécurité sociale. Ce qu’on sait de celle‑ci, outre l’augmentation de diverses taxes à la consommation et les 0,15% ponctionnés sur les retraités, c’est que l’augmentation de l’ONDAM – compte tenu des postes budgétaires incompressibles liés aux retraites et salaires – ne permettra même pas aux hôpitaux publics de conserver leurs moyens actuels. D’où la politique systématique visant à chasser les malades de l’hôpital, et au niveau de la médecine de ville, la chasse aux prescriptions prétendument « abusives ».

Quand les dirigeants syndicaux, et ceux du Front de Gauche
font grand bruit sur le Traité Européen pour mieux laisser passer le budget…

Le vote du budget doit intervenir à l’Assemblée nationale dans la deuxième quinzaine d’octobre après la ratification du TSCG, le nouveau traité européen qui fixe à terme à 0,5% le déficit budgétaire maximum des différents pays de l’Union européenne. Il y a dans ce traité un côté irréel qui s’apparente au serment de l’ivrogne qui promet qu’il ne boira plus. Dans une grande partie des pays de l’Union européenne, l’actuel plafond des déficits autorisé (3% du PIB) est hors d’atteinte. Non pas parce qu’il y aurait trop de fonctionnaires, trop de dépenses sociales, etc., mais pour de tout autres raisons qui tiennent aux tares congénitales du système capitaliste. La concurrence effrénée entre les différentes bourgeoisies sur le marché mondial a poussé à multiplier à l’infini les allégements fiscaux pour les patrons. Les budgets militaires pèsent d’un poids écrasant. Depuis 2008, des milliards ont été déversés pour soutenir ou nationaliser dans certains cas les banques au bord de la faillite. Plus généralement, les mesures de « relance » visant à éviter la faillite à des secteurs entiers de l’économie ont grevé les budgets. À cela il faut ajouter la dynamique infernale de la dette qui fait que dans de nombreux pays le simple loyer de la dette (le paiement des intérêts) est le premier poste budgétaire de l’Etat. Donc, au moment où les 3% de déficit sont inatteignables, les gouvernements promettent qu’ils vont réduire le déficit à 0,5%.

Mais le TSCG servira bien à quelque chose : il constituera un alibi supplémentaire pour laminer tous les budgets sociaux, remettre partout en cause les budgets consacrés à la santé, à l’éducation, aux services sociaux en général.

C’est pour cette raison qu’il est parfaitement réactionnaire. Non pas parce qu’il remettrait en cause la « souveraineté » des Etats, qu’il « interdirait » aux Parlements nationaux de prendre telle ou telle décision, argument avancé par toutes les forces politiques qui prétendent s’y opposer. Car n’importe quel parlement conserve en réalité toujours la possibilité de dénoncer ce traité. Non pas parce qu’il rendrait impossible de « défendre les revendications », comme le disent les dirigeants du POI (Parti ouvrier indépendant) : ce qui rend impossible la défense des revendications, c’est la politique des dirigeants syndicaux de défense de leur propre bourgeoisie !

La preuve vient d’en être administrée au Portugal, un des premiers pays à adopter le traité : le recul du gouvernement face au mouvement des masses montre que l’adoption du traité n’a en rien le pouvoir de cadenasser la lutte des classes.

Non. Si le traité est réactionnaire, c’est pour la raison dite plus haut : il constitue une nouvelle justification aux mesures anti‑ouvrières des gouvernements, et particulièrement en France du gouvernement Hollande‑Ayrault‑Duflot‑Pinel.

En ce sens, il est parfaitement correct de combattre pour que la majorité PS‑PCF élue contre Sarkozy et l’UMP refuse de ratifier à l’Assemblée nationale un traité qui n’est rien d’autre, à la virgule près, que le traité Sarkozy‑Merkel.

Mais il faut ajouter : comme le TSCG, le budget 2013 est entièrement placé sous le signe du combat « contre les déficits », et ce sont bien les effets dudit budget que vont ressentir douloureusement les travailleurs de ce pays dans les mois prochains. Comment serait‑il possible donc de se prononcer contre le TSCG et… pour le budget 2013, plus généralement pour le gouvernement Hollande‑Ayrault‑Duflot‑Pinel ? A cet égard, on peut au premier abord être surpris de la prise de position d’EELV (les Verts) qui annoncent qu’ils voteront contre le traité… et pour la loi organique qui l’applique au droit français… Et également pour le budget 2013. Idem pour la prétendue « gauche » du PS, qui adopte la même position.

30 septembre : une manifestation pour « donner du courage »…. au gouvernement

Mais, dira‑t‑on : n’en va‑t‑il pas autrement des organisateurs de la manifestation du 30 septembre contre le TSCG ? A ce propos, une question doit être posée. La force politique principale organisatrice de cette manifestation, le PCF, se prononce bruyamment pour l’organisation d’un referendum sur le traité. Il faudrait donc voter. Pourtant le vote a déjà eu lieu au printemps dernier. Il est hors de doute que la défaite de Sarkozy, la victoire de la majorité PS‑PCF incluait l’exigence de la non ratification du traité Sarkozy‑Merkel.

Et quelle est donc la position des initiateurs de la manifestation du 30 septembre par rapport au gouvernement et à sa politique ? Remarquons que les députés Front de Gauche ont déjà largement indiqué leur position : vote du collectif budgétaire en juillet, vote de la loi sur les « Contrats d’avenir », sorte de super CPE qui va substituer aux embauches dans le cadre du statut dans l’enseignement, la santé, dans les collectivités territoriales, à la SNCF, l’embauche de jeunes en CDD, sans aucune protection contre le licenciement et royalement payés au maximum 900 euros par mois.

Prenons maintenant la déclaration de Laurent, secrétaire général du PCF, dans la manifestation du 30 : "C’est un point de départ, ça commence aujourd’hui et ça va continuer dans les semaines à venir", a renchéri Pierre Laurent, décrivant un mouvement destiné à "donner du courage à la gauche pour mener la guerre à la finance" (L’Humanité du 1er octobre).

Or toute la politique du gouvernement « de gauche » ‑ car c’est bien de lui que parle Laurent – vise non à « mener la guerre à la finance » mais à lui complaire. Mais puisque le PCF veut donner « du courage » au gouvernement, il s’agit bien d’une manifestation de soutien – soutien critique, « aiguillon » si l’on veut ‑ au gouvernement Hollande-Ayrault‑Duflot‑Pinel. Dès lors, que rien de sérieux ne doive être fait contre l’adoption du budget 2013 est parfaitement cohérent. Et en même temps est apportée la preuve que, quelles que soient les intentions des participants du rang à la manifestation du 30 septembre, celle‑ci constituait une parfaite mystification du point de vue des intérêts ouvriers.

Une orientation pour la construction du Parti Ouvrier Révolutionnaire,
de l’Internationale Ouvrière Révolutionnaire

Il faut rappeler ce que nous écrivions en conclusion des « notes éditoriales » dans CPS daté du 18 avril 2012 :

« En combattant pour la défaite des candidats de la bourgeoisie, de Sarkozy en premier lieu, pour la victoire électorale du candidat du parti issu du mouvement ouvrier resté en lice au second tour, les militants du Groupe pour la construction du POR et de l’IOR ne laissent place à aucune illusion. Même en cas de victoire, la politique que tenterait de mettre en œuvre un gouvernement d’alliance du PS, éventuellement du PCF avec des représentants de la bourgeoisie, notamment Europe Ecologie Les Verts, serait une politique de soumission au capital financier. On ne peut même pas affirmer qu’elle serait « moins pire » que celle de Sarkozy car à vrai dire l’Espagne et le Portugal hier, la Grèce, la Belgique aujourd’hui montrent assez qu’elle serait strictement conforme à ce qu’exigent banquiers et capitalistes. Elle aurait seulement pour effet que le prolétariat aborderait dans des conditions moins défavorables les échéances à venir sur le terrain de la lutte des classes directe, échéances inéluctables, sauf à supposer que le prolétariat et la jeunesse se laissent broyer sans réagir. »

La politique du gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel est strictement conforme à l’appréciation que nous avions portée. La défense des intérêts ouvriers suppose donc que soit combattue frontalement la politique de ce gouvernement.

Cela implique le combat pour que les organisations syndicales cessent de s’associer à sa mise en œuvre, donc rompent toute concertation avec le gouvernement et le MEDEF, et en particulier la concertation sur la réforme du marché du travail, celles sur le financement de la protection sociale, sur les contrats de génération, de la loi d’orientation sur l’école. Cela suppose que les fédérations de fonctionnaires refusent de s’associer à l’« agenda Fonction publique », etc.

La question centrale est celle du développement endémique du chômage. Il faut mettre en avant le mot d’ordre aussi vieux que le mouvement ouvrier lui‑même du droit au travail. Il suppose que l’on combatte pour imposer aux directions syndicales qu’elles rejettent tous les plans de licenciement, rompent toute concertation sur leur mise en œuvre et à l’inverse défendent le mot d’ordre : pas un seul licenciement ! Pas une seule suppression d’emploi ! D’ores et déjà dans des entreprises comme Arcelor ou PSA, cette revendication ne peut être satisfaite sans avancer le mot d’ordre de nationalisation sans indemnité ni rachat de ces entreprises. Voilà ce qu’a le pouvoir de décider la majorité PS‑PCF‑PG élue à l’Assemblée nationale. N’est‑il pas caractéristique que Montebourg, dès l’annonce de la fermeture des hauts-fourneaux de Florange ait immédiatement écarté cette perspective, manifestant ainsi sa soumission servile à la propriété capitaliste ? Au‑delà de ce mot d’ordre rendu urgent par tel ou tel plan de licenciements, l’existence de 5 millions de chômeurs réels pose la question du partage du travail entre toutes les mains disponibles sans diminution de salaire, c’est‑à‑dire l’échelle mobile des heures de travail.

Le budget du gouvernement est tout entier dicté par l’exigence du capital financier de réduction des déficits et de remboursement de la dette. Il faut combattre pour exiger des députés PS, PCF, PG qu’ils rejettent le budget. Pour cela, la responsabilité des dirigeants syndicaux est d’appeler à une manifestation centrale massive à l’Assemblée nationale contre l’adoption de ce budget. Une telle manifestation inclura aussi l’exigence de retrait du projet de loi sur la Sécurité sociale, la défense de la Sécurité sociale fondée sur le salaire différé. Aucune revendication sérieuse, aucun des besoins pressants des masses en matière d’instruction, de santé, de logement ne peuvent être satisfaits sans que soit décidé le non-paiement de la dette qui n’est pas celle des travailleurs. C’est sur ce mot d’ordre qu’il faut combattre dans les organisations syndicales, ce qu’a, là encore, le pouvoir de décider la majorité PS‑PCF‑PG.

Avancer ces mots d’ordre, c’est préparer politiquement l’irruption du mouvement des masses telle qu’on commence à le voir surgir dans le sud de l’Europe, tel qu’il a commencé à faire reculer la bourgeoisie au Portugal. Et comme c’est le cas dans ce dernier pays, il devra déborder les vieux appareils du mouvement ouvrier étroitement inféodés à la bourgeoisie. Il posera alors la question non seulement du retrait de toutes les mesures anti‑ouvrières prises par le gouvernement, mais aussi de substituer au gouvernement Hollande-Ayrault-Duflot-Pinel un gouvernement des seuls PS, PCF et PG responsable devant la majorité PS‑PCF‑PG à l’Assemblée nationale.

Mais, les masses faisant l’expérience du caractère irredressable de ces partis, un tel gouvernement ne pourrait que constituer un court intermède avant la constitution d’un véritable gouvernement ouvrier décidant d’en finir avec le capitalisme, expropriant les grands moyens de production et d’échange, s’engageant sur la voie du démantèlement de l’appareil d’état ; bref sur la voie du socialisme, seule alternative à la barbarie du capitalisme en crise.

C’est dans cette perspective que nous appelons les lecteurs de Combattre Pour le Socialisme à s’associer au combat de notre Groupe, et à le renforcer.

 

Le 8 octobre 2012

 

 

 

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